Des dessous pour un siècle (17)

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Avec ce nouveau chapitre nous abordons le période où le bas va être mis à mal presque uniquement par l’apparition d’un vêtement qui n’avait jusqu’alors pas droit de cité, mais que l’on pouvait trouver sous des formes apparentées dans les peuplades sauvages ou exotiques, la minijupe.

Je peux d’autant parler de cette époque en connaissance de cause puisque je l’ai vécue. Si ces souvenirs ne sont plus de première fraîcheur, ils sont par contre encore très présents dans ma mémoire. Je les partage avec des millions d’autres garçons et filles qui ont aujourd’hui à peu près mon âge. Je vais y revenir quelques instants.

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Les règles du jeu étaient simples. Les filles portaient des bas tout en étant pour la plupart très conscientes de leur potentiel à fixer les regards et leur pouvoir de séduction. C’était pour elles, et cela arrive en tête, pratiquement une promotion sociale que je pourrais appeler la majorité sentimentale. Avant on était juste une petite fille insignifiante, maintenant on savait qu’il fallait compter avec elle. Les garçons tombaient volontiers dans le piège et nul doute que s’ils avaient à choisir une petite amie entre deux filles, celle qui portait des bas avait un avantage certain. Les collants existaient déjà depuis bien longtemps. Dans la réalité, ils étaient plutôt opaques et n’avaient pas la finesse du nylon. Certains étaient même en laine et plutôt destinées aux fillettes. Depuis quelques années on tentait de les imposer à la clientèle féminine dans une version plus légère, transparente, telle qu’elle existe maintenant. Mais comme on dit, la mayonnaise ne prenait pas, le bas avait les faveurs de ces dames et demoiselles, mais…

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En 1964, un journal montre une pub pour les collants, l’araignée tisse sa toile!

Je retourne dans ma classe d’école en 1965 puiser dans les souvenirs.

Nous étions un peu plus d’une vingtaine dans cette classe villageoise, à peu près en deux moitiés égales. Parmi les filles, cinq ou six portaient déjà des bas au moins occasionnellement. Socialement, les enfants d’agriculteurs étaient assez nombreux, sans être majoritaires. C’est justement parmi eux que l’on trouvait les plus défavorisés socialement, ceux qui avaient la vie la moins riante. Dans ma classe, les filles appartenant à ce milieu ne portaient pas de bas. C’était bien celles d’un milieu plus aisé qui arboraient cette parure, selon la permission plus ou moins précoce de maman. En général, vers 12 ou 13 ans, elle arrivait sous la forme de l’achat d’un porte-jarretelles ou plus souvent d’une gaine. Cela peut sembler bizarre maintenant, mais c’était comme ça, imaginez maintenant une fille de 12 ans avec porte-jarretelles et bas, impensable! Je l’ai déjà dit et écrit des dizaines de fois, mais je le redis, porter des bas était une chose plutôt conventionnelle, presque banale. Cela ne l’empêchait pas d’avoir des admirateurs masculins, mais surtout muets. C’est le vide laissé par son absence qui le portera aux nues de l’érotisme.

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Dans ma classe et ma catégorie d’âge, j’étais certainement un des plus délurés. Les copains de classe me cassaient un peu les bonbons, je les trouvaient ringards. Quand ils s’éclataient à comparer le dernier tube de Claude François avec celui d’Adamo, moi je flashais sur les Yardbirds, les Pretty Things, les Who, tout le devenir d’une belle évolution musicale. Cela m’a rendu service, car pour essayer de comprendre quelque chose dans les titres et les paroles des chansons, je me suis mis à l’anglais avec une vieille méthode trouvée dans les livres de mon père. En plus, j’avais un peu la chance de pratiquer l’italien avec ma mère. Cela m’était bien utile quand j’allais en Italie en colonie de vacances pour converser avec ces charmantes petites italiennes de la colonie voisine. C’est là que j’ai entendu ma première déclaration d’amour ou quelque chose comme ça. Elle s’appelait Miranda et me dit avec un sourire: « mi piaci! », de quoi m’emmener dans les étoiles. Si mes camarades lisaient Bob Morane, que j’ai toujours cordialement détesté, j’étais plutôt attiré par l’histoire tout court, les histoires de fantômes, les histoires de soucoupes volantes. J’avais aussi dépassé depuis longtemps la petite guéguerre qui était de mise avec les filles, style les filles c’est bête ou ça parle trop. Je n’ai pas changé d’un clou depuis. J’aime que les filles m’étonnent d’une manière ou d’une autre, pas seulement en portant des bas. Je savais alors qu’elles le sentaient bien, elle m’accordaient volontiers leurs confidences et nous avons quelquefois parlé de bas sans pour autant aller très loin. C’est assez typique et j’en rigole encore aujourd’hui, mais elles me parlaient, sûrement à titre comparatif, des dessous de leur mère. Madame Dupont aurait été bien étonnée, si je lui avais dit que je savais qu’elle portait des dessous noirs. J’étais aussi un peu combinard. Ma petite copine de l’époque une certaine Yvette, était la seconde d’une famille de trois. Sa soeur ainée portait des bas, elle non. J’avais pris son coeur libre, comme il peu l’être à 12 ans, pour mieux pouvoir approcher l’autre dans une version personnelle du loup dans la bergerie. Je me suis ramassé un flop, car Yvette a remarqué que je draguais sa frangine et m’a planté là, ignorant tout de la cause des mes profonds sentiments. Elle était pourtant plus jolie, mais que voulez-vous, on est accro au nylon ou pas.

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Ces souvenirs, je les ai déjà racontés, plus en détails ailleurs dans mon blog, mais il fallait que je fasse ce petit résumé pour rappeler et planter le décor d’une époque qui voyait la fin du règne du bas nylon qui n’aura duré que 25 ans et des poussières.

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La révolution vestimentaire en marche n’arrivait que par échos dans mon village sans remettre immédiatement tout en question. Il est vrai que les campagnes ne sont pas les villes, elles sont ouvertes aux nouvelles idées avec un décalage dans le temps. Il faudra encore quelques lunes avant de voir une minijupe nous laisser entrevoir la face cachée d’une autre lune celle-ci beaucoup plus terrestre. La mode vestimentaire ne m’intéressait pas beaucoup, la musique attirait bien plus mon attention. Je ne me suis pas douté un seul instant que l’apparition de la minijupe allait mettre le bas au rancart. Il faut bien se mettre à l’esprit qu’en 1965 la longueur de la minijupe n’était pas encore aussi courte qu’elle le sera un an ou deux plus tard. Elle s’arrêtaient pour la plupart 10 à 15 cm au dessus du genou. On pouvait encore porter des bas sans trop jouer les allumeuses. Seules le filles d’un âge un peu plus avancé pouvaient s’afficher avec ce vêtement, pas les fille de ma classe, donc je pouvais imaginer qu’il en serait ainsi éternellement.

Nous verrons dans un chapitre suivant l’avènement de cette minijupe et de son impact sur les bas.

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Les Yardbirds en 1965 le groupe des années 60 qui m’a le plus marqué. En les écoutant à cette époque, je ne m’imaginais pas que j’allais plus tard les connaître personnellement. Un rêve d’adolescent devenu réalité. La photo illustre assez bien l’habillement des garçons en 1965, qui plus est des vedettes.

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Carnaby Street en 1965, la rue qui va devenir le centre de la mode

A suivre

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