Des dessous pour un siècle (18)

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La minijupe est sans conteste la tueuse de ce bon vieux bas nylon. 1965 est l’année charnière de son avènement définitif. A part chez certaines peuplades plus ou moins civilisées, entendons par là en dehors du contexte occidental, le monde antique, ce genre de vêtement a fait partie de la garde robe féminine et éventuellement masculine. Reprenons les bons vieux films de Tarzan dans lesquels sa compagne porte quelque chose qui peut très bien ressembler à une cousine de la minijupe. Comme les histoires se passent en des terres lointaines, en dehors de la civilisation admise comme telle à l’époque, cela passe très bien, c’est presque admis pour mettre en évidence les moeurs peu orthodoxes de ces peuplades sauvages. On peut aussi observer la tolérance qui fait les beaux jours de Joséphine Baker avec sa fameuse jupe régime de bananes. Du moment qu’elle ne porte cela que sur scène et pas dans la rue, on fait preuve d’une certaine bienveillance, qui dissimule d’autant mieux les penchants coquins qui ne manquent pas de titiller la libido.

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La vrai minijupe, la version moderne, est née au début des années 60, en 1962 selon les meilleures sources. Si l’événement et la date sont un peu incertains, c’est qu’elle n’est pas tout de suite apparue dans les défilés. C’est une création de la styliste Mary Quant qui l’invente surtout… pour elle. Quelques unes de ses amies l’adoptent et en 1963, il doit bien y avoir deux douzaines de filles en minijupe dans la ville de Londres. Le contexte du pays est très important et il permettra que les choses deviennent ce qu’elles seront. L’Angleterre est un pays plutôt conservateur, fait de traditions séculaires, on porte encore un uniforme dans certaines écoles. D’un autre côté l’Anglais est plutôt bonne poire, plutôt du genre tolérant avec un petit mélange d’indifférence. L’apparition des premières minijupes dans Londres ne suscitent point d’émeutes, bien qu’elles soient portées avec l’intention première de choquer, de bousculer les traditions, c’est un premier pas qui mènera vers la victoire finale.

Le détonateur, le point commun qui servira l’avènement de la révolution vestimentaire, reste bien entendu la musique qui canalisera l’envie du changement. Dès 1963, les Beatles, les Rolling Stones une année plus tard, connaissent un succès qui va tout chambarder et faire comprendre à la jeunesse que sa liberté est avant tout son affaire. La musique apporte sa part de rêve, les concerts remplacent les messes et l’on communie en musique, un peu plus tard les pétards remplaceront les hosties, mais on est pas encore là.

 

La différence significative avec les la génération rock and roll des années 50, les jeunes ont un pouvoir d’achat, le plus souvent modeste, mais il existe. Alors on achète des disques, des fringues et des magazines. Encore plus significatif, on s’identifie aux idoles dans leur manière de s’habiller. La génération rock and roll était plutôt cantonnée dans un sorte d’uniforme, veste en cuir, jeans, bottes, et l’incontournable banane. En Angleterre, le mouvement vestimentaire qui découlera de la beatlemania sera le style mod. Ce n’est pas tellement les Beatles ou les Rolling Stones qui en sont les plus instigateurs, excepté la longueur des cheveux, mais plutôt des groupes qui apparaîtront en 1964-1965, dont les plus représentatifs seront les Who et les Kinks. Le style des mods est d’un principe simple, on s’habille élégamment, tout en reniant passablement la tradition ou en la détournant, on cherche à innover. C’est le départ d’une liberté vestimentaire qui perdure encore aujourd’hui.

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Sur cette pochette de disque de 1964, on peut noter que les Beatles sont presque en uniforme. Toutefois, un création de l’époque dont on peut leur attribuer la paternité, la veste sans col.

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Les Who en 1965 sur la seconde édition française du hit « My Generation », on voit tout à fait l’évolution à travers le style des mods. Une veste taillée dans un drapeau anglais, une chemise d’obédience militaire et un pull avec une cible et le prénom Elvis au centre, adulation ou mépris pour le Presley du même nom. Les chaussures balancent entre mocassin et boots. C’est l’élégance made in 1965.

L’apparition de la minijupe en 1965, après sa visualisation dans un défilé de Mary Quant et son succès immédiat semble presque naturel dans la logique de l’époque. Elle est assez bien décrite par l’appellation de Swinging London, c’est ainsi qu’elle passera à la postérité. Londres va devenir la capitale de ce mouvement de mode et une rue va en devenir un symbole aussi grand que la rue est petite, Carnaby Street. Dans un premier temps, le phénomène minijupe est brièvement centré sur Londres, mais déborde très vite au-delà des frontières. En France c’est principalement Courrèges qui récupérera le phénomène dans une version plus luxueuse. Il semble même qu’on lui en attribuera, à tort, tout le mérite de « l’invention ». Les magazines de mode serviront de propulseur pour son avènement, mais encore une fois c’est la musique et ses vedettes de l’époque qui feront le plus pour sa visibilité, Sandie Shaw, Marianne Faithfull, Twiggy, alors très populaires.  La minijupe version 1965 est encore raisonnablement courte, mais elle va très vite devenir mini, mini, et le mot gagner son entrée dans l’éternité.

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Mary Quant, la fameuse créatrice de la minijupe. On peut remarquer sur cette photo qu’elle porte des collants

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L’influence de la mode anglaise se fait sentir partout. Ici, le célèbre duo américain Sony and Cher. Ils devinrent des icônes du couple moderne. Remarquez les gilets de fourrure, las pantalons rayés de Cher et la chemise très tapisserie de Sony. A noter également le revolver qu’il tient dans les mains, objet purement décoratif l’année ou s’installe une  sérieuse contestation de la guerre au Vietnam. C’est désormais un fait, la contestation s’installe de manière très présente dans la chanson.

Le fait le plus cinglant  pour les dessous sera l’adaptation de la lingerie féminine à cette nouvelle tendance, que les plus nostalgiques qualifieront de désastre. Ces bons vieux bas et jarretelles, cachés par les jupes qui descendaient aux genoux et plus bas, deviennent visiblement indésirables, il faut donc les cacher. On ne chercha pas loin, sinon de mettre en avant ce qui existe déjà, pour la danse, le jeunes filles pas encore pubères, le collant. Il envahira les tiroirs de lingerie, au fur et à mesure que leurs propriétaires raccourcissent leur jupes. Le collant sera assez vite considéré comme pratique par les femmes. Je dirais avec un air pince-sans-rire, qu’on se demande bien pourquoi il a fallu attendre la minijupe pour qu’elles le découvrent. Il y aurait là matière à une bonne étude sociologique.

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La plus populaires des chanteuses anglaises des années 60, Dusty Springfield. Si elle ne fut pas particulièrement une adepte de la minujupe, on peut la voir ici portant des bas fantaisie, une ultime pirouette des fabricants pour tenter de sauver l’essentiel.

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Entre 1965 et 67, Sandie Shaw connut son heure de gloire avec de nombreux succès. Elle fut une de celles qui s’affichaient  volontiers avec une minijupe. 


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Marianne Faithfull entre deux minijupes et scandales, eut la bonne idée de poser en guêpière. Comme je le dis dans mon article, tout ne changea pas du jour au lendemain. 

Le collant ne fut pas qu’un désastre pour les amateurs de lingerie, il en fut encore un plus grand pour les fabricants. Ils tentèrent de résister en diversifiant la production, en offrant plus de fantaisie, des bas avec des motifs, de la couleur, mais rien y fit. En quelques années le collant avala tout.

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Le collant, si détestable soit-il, apporta au moins une chose, la variété des couleurs.

Il faut encore une fois que je fasse appel à mes souvenirs pour résumer cette époque, vue sous l’angle bas nylon. Dans mon bled, la plupart des jeunes filles ont porté des bas jusqu’en 1966-67, j’en suis sûr. Plutôt que de faire la transition immédiate bas-collant, elles délaissèrent la jupe pour le pantalon ou les jeans. En 1968, j’avais encore deux copines de classe qui portaient des bas quand elles mettaient une jupe. J’ai aussi vu des dames portant de bas jusqu’en 1970-71. Ma dernière vision de jarretelles et bas, remonte à l’été 1972 lors d’un retour de vacances en Espagne. Il en va tout autrement des dames d’un certain âge ou les grand-mères, la plupart continuèrent à porter des bas contre vents et marées. Le principal handicap, c’est la disparition presque totale du bas dans les rayons des magasins. Seuls ceux d’une certaine importance continuèrent d’offrir cet article, d’où une certaine conversion par obligation pour quelques unes d’entre elles.

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Le style de bas que l’on pouvait encore se procurer en 1965-66 avant qu’il disparaisse.

Dans un prochain chapitre, nous verrons ce qu’il en a été des autres dessous et surtout le bas, qui malgré un net déclin reviendra assez vite sous nos regards. Certes, d’une manière beaucoup plus modeste, mais aussi avec une toute signification dans l’esprit des gens. C’est sûrement à partir de là, qu’il deviendra un objet de culte, lui qui n’était en fin de compte qu’un pièce vestimentaire usuelle.

A suivre.

4 réflexions sur “Des dessous pour un siècle (18)

  1. bonjour a vous je suis nee en 1946 j ai tres bien connu les bas nylon et porte jarretelle avec des vision de reve oh que s etait joli en musique le disque qui le plus marquer de claude nougaraux les paroles
    .y avais une ville et y plus rien je connais plus le titre

  2. Bonsoir Chris,

    Merci pour vos mots. Le titre de la chanson de Claude Nougaro est « Il Y Avait Une Ville » et puis aussi la fameuse « Ou Sont Les Bas ».

    Au plaisir de vous relire

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