Léo coeur de nylon (76)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action, avec les compétences d’un flic un peu particulier, Laverne. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Chacun réfléchit à la question, mais Isabelle avait déjà fait sa petite déduction, l’intuition féminine certainement. Et même un peu plus, elle avait toujours écouté parler les autres, plus qu’elle ne parlait elle-même. Ce fut donc elle qui devança tous les autres pour émettre son opinion.

– D’après ce que vous avez affirmé, la victime a été empoisonnée par une plante qui s’appelle la Gueule de loup ?

Laverne sourit en regardant Isabelle

– Et vous en déduisez quoi ?

– Singer a l’air de s’y connaître en plantes, pourquoi pas aussi celles qui sont toxiques ?

– Dire qu’il s’y connaissait en plantes et sans doute exagéré, mais c’est pratiquement sûr qu’il était sans doute au courant de l’existence de cette plante.

– C’est assez dans les cordes de Singer, ajouta Léo. Pour certains trucs c’était un passionné, je dirais surtout pour tout ce qui sortait un peu de l’ordinaire. Je sais qu’il s’intéressait aux histoires de soucoupes volantes. Il affirmait lui-même en avoir vu une. De là à avoir retenu le côté un peu spécial de cette plante, il y a un pas que l’on peut franchir. On peut imaginer que son père, un peu passionné comme le sont tous les collectionneurs, lui avait souligné les pouvoirs spéciaux de la plante, car elle figurait certainement dans la collection. Savez-vous Léo quelles relations il avait avec son père ?

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– Je ne l’ai jamais vu, il ne m’en a pratiquement jamais parlé. Je sais qu’il a existé, c’est une évidence, mais il ne m’en a jamais dit du mal, ni du bien d’ailleurs. Si j’en juge par la culture de Singer, je crois que son influence en tant que de prof est certaine. Sans être un puits de savoir, il avait de bonnes connaissances générales, il écrivait d’une très belle écriture. C’est lui qui rédigeait souvent les petits articles que l’on publiait dans la presse quand nous devions nous produire ici ou là, quand nous avions droit à un peu de publicité dans un journal local.

A ce moment le téléphone sonna dans le calme relatif du bistrot. Laverne suivit d’un œil intéressé Marie-Thérèse qui se dirigeait vers lui. Elle décrocha le combiné et après quelques secondes secoua affirmativement la tête. Elle balaya la salle du regard et s’arrêta sur Laverne en lui faisant comprendre que c’était pour lui.

– Commandez les cafés pour dans cinq minutes, je reviens tantôt, j’espère avoir du neuf.

Léo fit un signe convenu à Marie-Thérèse, elle pouvait couler les cafés quand Laverne en aurait terminé avec son coup de fil.

– Du colombien ? interrogea la serveuse.

– Bien sûr !

Le petit noir colombien était aussi une spécialité du bistrot qui attirait une certaine clientèle. Léo avait son secret, il achetait son café chez un importateur de la rue voisine. Il venait directement de Colombie, un pays que Léo avait visité quand il était un peu plus qu’un adolescent. Il avait un oncle qui s’y était établi et il l’avait invité pour les vacances. On peut dire que c’était celui de la famille qui avait réussi. Il avait monté un commerce d’export et une grande partie des produits du pays, le café notamment, ne sortait pas du pays sans passer entre ses mains. Léo se souvient que le voyage en bateau avait été payé par son oncle, pour lui, rien que pour lui et en première classe s’il vous plait. Il aimait à se rappeler ces souvenirs, surtout la petite Carmen, une secrétaire de son oncle. Une belle hispanique avec qui il avait appris les trois mots d’espagnol qu’il savait. Il est vrai que les langues fourrées empêchent  les conversations de haute portée philosophique quand les bouches sont trop proches l’une de l’autre. Il avait adoré sa cuisine, avec les yeux de l’amour elle devenait délectable. Il aimait particulièrement un plat, la bandeja paisa, un mets typique servi sur une planche. Et par-dessous tout, elle avait adopté une mode vestimentaire à l’européenne, assez de rigueur dans l’entourage de son oncle. Elle portait même des bas, chose qui n’était pas tout à fait étrangère au fétichisme de Léo, du moins elle avait contribué à envoyer les premières fusées dans son ciel de nylon.

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– Tu rêves Léo ? demanda Marly

– Oh j’étais parti faire un petit voyage en Colombie. Tu sais la belle Carmen…

Marly connaissait l’existence de cette fille. Il avait eu vent de son voyage, Léo lui avait montré une photo. Il savait aussi que son oncle avait été tué durant La Violencia, une guerre civile qui avait duré près de dix ans. On n’aimait pas trop les riches étrangers durant cette époque troublée. Quant à Carmen, elle s’était fondue dans la foule, il n’avait plus jamais entendu parler d’elle. Mais il savait aussi que ses premiers pas sur scène durant la guerre avaient encore un peu la saveur de Carmen. Un de ses potes musiciens lui avait composé une chanson sous ce titre, chanson qu’il n’avait jamais enregistrée quand il commença à faire des disques, comme il disait. Il avait songé rester en Colombie, la marier, mais les lueurs de la guerre s’étaient soudain allumées dans un ciel qui devenait de plus en plus sombre. Il avait regagné son pays, triste, mais avec pleins de projets. Le principal restait l’espoir de pouvoir devenir ce qu’il rêvait, un chanteur à belle voix, ce cadeau que la nature lui avait réservé et qu’il comptait bien mettre en évidence. Il retournerait en Colombie faire la sérénade à sa belle, elle lèverait sans doute le bas de sa robe pour lui montrer qu’elle portait bien des bas, attachés à ces belles jarretelles qui ressemblaient à des notes de musique sur une gamme montrant le secret des notes célestes. Sa carrière, il l’avait commencée, et plus elle prenait de l’importance, plus la belle Carmen s’effaçait de sa vie. Le second voyage en Colombie n’aura jamais lieu et le pire c’est que Léo ne le regrettait pas un seul instant. Des Carmen, il en reviendra une presque tous les soirs.

Laverne raccrocha le téléphone, sembla réfléchir un instant avant de revenir vers la table, il avait un franc sourire aux lèvres.

A suivre

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