Léo coeur de nylon (77)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action, avec les compétences d’un flic un peu particulier, Laverne. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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– A voir le sourire, nous allons avoir du neuf, souligna Marly.

Marie-Thérèse constatant le retour à table de l’inspecteur, amena les cafés.

– Une petit alcool ? suggéra Léo.

Laverne fit signe que non, par contre Marly acquiesça. La serveuse connaissait son job, elle savait que ce serait un marc pour Marly et un cognac pour Léo. Quant à Isabelle, elle se contenterait de tremper les lèvres dans le verre de son ami. Léo piocha une cigarette dans son paquet et l’alluma en interrogeant Laverne du regard.

Ce dernier dégusta une gorgée de café, comme un déguste un vin. Il opina de la tête, comme pour exprimer qu’il n’avait pas un goût de bouchon.

– Ah ils fameux ce petite café, j’en oublierais presque que le blanc sec existe. Bien mes amis, ouvrez vos oreilles, je vais vous raconter une histoire passionnante.

Les paroles étaient inutiles, il n’y avait pas de mouches dans le bistrot pour troubler le silence autour de la table. Même les clients semblaient observer une minute de silence, suggérée par une onde mystérieuse. Par contre, ils étaient trop loin pour saisir les paroles ou deviner quel était le sujet de la conversation. Toutefois, Laverne entama son récit presque à voix basse.

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– Bien sûr, vous connaissez une partie de cette histoire, c’est vous-mêmes qui me l’avez racontée. Je résume donc. Une ancienne maîtresse de notre ami Léo a été retrouvée morte d’une manière suspecte, abandonnée dans un endroit peu fréquenté. L’enquête conclut à un meurtre, car une plante très toxique a été utilisée, dont on retrouve les traces dans son corps après analyse. C’est une de ces plantes que l’on n’avale pas par mégarde, comme on confond le sucre et le sel dans l’obscurité de la cuisine. Cette plante, il faut la connaître en ayant un certain savoir. L’enquête démarrée ne donne pratiquement rien, nous sommes dans le milieu où le silence est d’or. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’un souteneur, Monti, avait de vues sur elle et désirait la mettre sur le trottoir. C’est dans sa voiture que la victime est décédée, des suites de son repas assaisonné avec la plante funeste. Il choisit de s’en débarrasser dans un bois. Il ne risque pas trop d’être soupçonné, sa liaison avec elle est discrète et le fameux soir du repas, ils sont en petit comité, quelques personnes, des fréquentations et des proches du milieu. On peut lui forger un alibi en béton. Il est bien ennuyé le Monti, car dans un premier temps, il pense qu’elle est morte d’un truc naturel, genre une crise cardiaque. Enfin dans son esprit, pour éviter des ennuis, il choisit de faire savoir qu’il ne la connaît pas.

– Il ne peut pas être lui-même le commanditaire du meurtre ?

– C’était contraire à ses intérêts, pour lui c’était une sorte d’investissement. On ne saura jamais la réalité des sentiments qu’il éprouvait pour elle, mais je pense que c’est un de ces amours comme on en trouve dans la prostitution. On est le protecteur de ces dames, une sorte de favorite comme au temps des rois, tout en se foutant complètement qu’elle se fasse culbuter par la clientèle qui amène ce qui les intéresse vraiment, le fric.

Léo secoua la tête, pas pour rejeter les affirmations de Laverne, mais pour dire à sa manière qu’il trouvait le monde absurde. Dans la panoplie de ses amours, elle avait compté un peu plus que les autres. Il ne l’avait pas chassée, c’est elle qui était partie, pour aller à la rencontre de son destin. Que ce soit Pierre ou Paul l’assassin, il s’en foutait complètement, mais il ne lui trouverait jamais une excuse valable pour ce qu’on lui avait fait. Des femmes, il en avait connues d’innombrables, pour un soir ou une semaine, il les avait toujours considérées comme des amies. Il n’avait jamais accepté un centime de leur part, tout au plus un cadeau quand l’occasion s’en présentait.

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– J’avais besoin du témoignage de Singer, car c’est lui seul qui pouvait éclaircir quelques points, il avait trempé à sa manière dans le meurtre. Mes collègues de Pau devaient le questionner dans ce sens et j’ai obtenu à peu près ce que je voulais savoir. Le connaisseur en plantes toxiques, c’est lui, du moins il était un de ceux qui s’y connaissait en la matière. Comme Léo l’a souligné, il n’avait pas l’étoffe d’un assassin. Mais pour autant ce n’était pas un personnage qui risquait d’être un jour canonisé saint. Léo, il ne vous a jamais donné l’impression qu’il avait un train de vie de dispendieux ?

– Avec moi, il gagnait décemment sa vie, certainement  mieux qu’un ouvrier en usine. Je soulignerais que nous n’avions pratiquement que des relations professionnelles. La machine était tellement bien réglée que nous n’avions pratiquement pas besoin d’être ensemble avant ou après les concerts. Quand j’arrivais sur scène, tout était au point, je n’avais qu’à commencer de chanter. C’est le bassiste, par ailleurs un assez bon chanteur, qui faisait les réglages pour ma voix. Ce qu’il faisait ailleurs ne m’importait peu. Je ne le dirais jamais assez, c’était un excellent chef d’orchestre et arrangeur, très professionnel. Nous avions quand même une certaine complicité. On ne peut pas tourner à travers la France avec une personne que l’on n’aime pas, il m’avait été imposé par la maison de disques, mais le choix me convenait très bien.

– Avez-vous connu une certaine Gloria Gaubert ?

– Non jamais entendu parler.

– Elle faisait partie de la bande à Monti, c’était une prétendante au titre, si je puis dire. Mais elle avait une autre qualité dans le milieu, elle fournissait en drogue une clientèle disséminée ici et là. En général dans le milieu, les femmes ont peu le droit à la parole. Mais elle était à la tête d’un réseau qui avait des ramifications un peu partout, ce qui était bien utile. On la considérait comme une femme d’affaires, elle jouissait d’une certaine considération. Elle est Américaine, elle était la femme d’un mec très important dans le banditisme à Chicago. Il s’est fait descendre, ce qui n’enlève rien à ses connaissances dans les trafics de toutes sortes. Comme cela sentait un peu le roussi, elle en a profité pour épouser un Français, Pierre Gaubert, qu’elle a rencontré sur place, il s’initiait un peu aux méthodes américaines, un séjour professionnel quoi ! Alors ils ont un peu importé le savoir-faire américain chez nous, notamment le trafic de drogue et dans une certaine mesure la fabrication de faux billets. La miss était plutôt une très belle femme, vous savez celles que l’on rencontre dans les films noirs des années 50. N’importe quel homme l’aurait bien mise dans son lit, mais ceux qui l’ont fait, s’ils peuvent s’en vanter, ne sont pas nombreux. Mais voilà la belle avait des vues sur Monti, malgré un mari jaloux qui veillait au grain, c’est le moins que l’on puisse dire. Vous la sentez venir la suite ?

Le groupe s’interrogea du regard, personne n’avait vraiment une idée claire sur le probable ou l’improbable. Léo nageait dans un brouillard composé de vapeurs de tabac et parfumées d’un rien de cognac. Marly avait sa petite idée, il l’a garda pour lui. Isabelle supposait que, mais elle ne voyait toujours pas le lien entre l’amie de Léo et les chaussures qu’elle portait le soir où tout a commencé dans le bistrot de Léo.

Le silence ne troubla pas Laverne. Il connaissait la suite bien évidemment, mais il aimait toujours laisser travailler les méninges des autres. Il estima qu’il fallait encore donner un coup de pouce à ses auditeurs.

– Avec ce que je vous ai raconté, vous devez avoir une vue sur le meurtre et même me dire qui est probablement coupable.

A suivre

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