Léo coeur de nylon (78)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action, avec les compétences d’un flic un peu particulier, Laverne. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Il en avait dit des choses Laverne, c’est lui qui menait le bateau, il représentait la loi dans ce qu’elle pouvait avoir d’officiel, mais cela allait plus loin. Chacun pouvait s’imaginer combien de fois il avait fait tourner son manège personnel dans sa tête. Les pensées de chacun arrivaient à la même conclusion, si c’était lui qui avait mené l’enquête à l’époque, nul doute que le mystère serait éclairci depuis longtemps. Marly était sans doute le moins frivole de l’équipe, le plus apte à saisir la noirceur humaine. Il l’avait expérimenté dans sa vie, bien plus loin que ses désirs. Ce fut lui qui prit la parole.

– Monsieur Laverne, je vais noter le nom du coupable sur un billet que je retournerai sur la table. Ainsi personne ne saura maintenant à quelle conclusion je suis arrivé. Il se peut que je me trompe, il ne manque toutefois un point sur lequel je bute et vous allez sans doute m’éclairer sur lui très prochainement. C’est un peu comme si j’avais pris un billet de loterie, que je sais qu’il est gagnant, mais je ne sais pas encore ce que j’ai gagné. Je vous en prie continuez votre histoire, pendant que j’écris le nom.

– Je suis à peu près sûr que vous avez la bonne réponse, mais en effet il y a quelques points où j’avais besoin de Singer pour qu’il éclaire ma lanterne. Le premier est certainement juste un truc qui a rapport avec sa fuite, savoir pourquoi il se cachait. Le second nous concerne directement tous, nous qui sommes autour de cette table. Mais avant de faire la lumière sur cette histoire, je veux vous faire une petite dissertation sur une enquête de police.

Léo alluma sa cigarette d’un geste nerveux. C’était lui le plus concerné directement par cette affaire. Sa nervosité, c’était une sorte d’angoisse, il voulait bien en finir avec une bonne fois pour toutes avec ce coin de son passé qu’il avait oublié avec le temps, mais qui était revenu au galop dans sa vie présente. Il tendit son oreille en espérant qu’il n’allait pas devenir subitement sourd.

– Depuis pas mal de temps, le passé de chacun de vous a été mis à contribution pour que nous puissions cerner la vérité. Vous vous êtes certainement rendu compte  qu’une multitude de personnages, de faits, d’anecdotes, ont surgi du passé. Vous, bien plus que moi, car avant que l’enquête me soit confiée, vous avez sûrement parlé d’un tas de gens qui auraient pu, d’une manière ou d’une autre, jouer un rôle dans cette histoire. Notre ami Léo est le plus concerné par ce que je dis, c’est lui qui a relancé toute l’affaire. C’est souvent le cas dans une enquête, il y a un tas de trucs dont on parle, mais dans la réalité, seuls trois ou quatre permettent d’y voir clair, ou sont nécessaires pour faire jaillir la lumière. C’est comme une maison, elle est faite d’un tas de briques, mais seulement quelques-unes sont indispensables pour qu’elle ne s’écroule pas, le reste c’est de la décoration, ou pour empêcher le vent d’entrer dans votre salon. On est un peu comme des toubibs quand on écoute les témoignages. Il y en a un qui ne sent pas bien, il a très mal à la tête, il le souligne et ne parle que de cela, mais en réalité il a le foie malade. Un bon flic comme un bon toubib, doit parvenir à trier le vrai du faux. Il y a dix personnes témoins qui ont vu un piéton se faire écraser par une voiture, mais aucune n’a vu exactement la même chose. Pour un c’est le piéton qui s’est élancé sur la route, pour l’autre c’est la voiture qui roulait trop vite, pour un troisième c’est la faute au manque de visibilité à l’endroit de l’accident. Il y aussi celui qui n’a pas bien vu, mais qui croit que. C’est ce qui me passionne dans mon boulot, c’est pas tellement d’arrêter des coupables, mais de trouver quelles sont les pièces du puzzle qui nous feront deviner ce que l’image représente quand on ne la connait pas. Je conseille d’ailleurs de faire un puzzle sans savoir ce qu’il représente, c’est bien plus marrant. Je me souviens qu’à l’école pour les fêtes de Noël, notre pion nous proposait de faire un grand puzzle en commun. A chacun son tour, on essayait de mettre une pièce. Chaque élève qui réussissait d’en mettre une à la bonne place marquait un point.  Le premier qui avait trouvé ce qu’il représentait avait droit à un splendide cadeau et celui qui avait placé le plus de pièces justes avait aussi droit à un joli cadeau. Jamais les élèves n’étaient plus attentifs le reste de l’année.

– Je parie que c’est vous qui gagniez toujours, rigola Léo.

– Pour poser les pièces à la bomme place, je crois me souvenir que j’ai gagné trois années de suite. Par contre, j’étais moins bon pour trouver ce que représentait l’image. Une fois c’était Versailles, mais je n’ai pas pu trouver le nom de l’endroit. J’ai bien vu que c’était un truc historique, mais je n’y étais jamais allé. A part ça, je reprendrais bien un de ces petits cafés…

Léo appela Marie-Thérèse en levant sa tasse et en la tournant comme s’il brassait une sauce, c’était le signal convenu pour la tournée. Un truc à lui pour ne pas essuyer de refus de la part de l’un ou l’autre. Cela le vexait toujours un peu.

Laverne poursuivit son histoire.

– La peur de Singer, eh bien c’est assez simple. J’ai d’abord pensé, comme mon collègue de l’époque, que c’était lui l’assassin. Il avait toutes les connaissances sur la fameuse plante mortelle. Imprudemment,  il en avait parlé avec la fameuse dame Gaubert, Gloria pour les intimes. Tiens ça me fait penser que récemment dans un bistrot, un jeune a mis une pièce dans le jukebox, il a fait jouer un disque en anglais où il était question d’une certaine Gloria, le chanteur avait une voix rocailleuse qui allait très bien avec la nôtre de Gloria, je me demande s’il ne l’a pas rencontrée un jour.*  L’histoire de la plante mortelle a bien un rapport avec Singer, il a en quelque sorte refilé le tuyau. Mais j’ai acquis la certitude que quand la victime a été empoisonnée, Singer ne pouvait pas être présent, il était ailleurs, j’ai un témoignage qui l’affirme avec certitude, peu importe lequel, cela n’a qu’une importance relative. Donc ce n’est pas lui. Revenons au fameux repas, au cours duquel l’ancienne copine à Léo a avalé son bouillon d’onze heures. Etaient présents ce soir-là, Monti,  la victime Lucienne, Gloria, son mari, quelques intimes de Monti, dont le fameux Pedro. C’est par lui qu’est venu un éclairage intéressant quand j’ai retrouvé l’ancien tenancier du Lugano et qu’il me l’a raconté. Donc, le repas a été servi dans l’arrière salle d’un petit bistrot de Pigalle, où Monti avait quelques habitudes. Salle discrète, idéal pour parler de choses et d’autres, traiter certaines affaires entre spécialistes. Pourtant, ce soir-là, il semble que la réunion était simplement amicale, on fêtait quelque chose ou rien, on pourrait dire qu’il n’y avait rien d’officiel.

– Donc, c’est bien là, au cours de ce repas que Lucienne a été empoisonnée ? questionna Léo.

– Oui c’est certain. L’autopsie est formelle, l’ingestion du poison remonte à environ deux, maximum trois heures avant la mort. Quand Lucienne est partie avec Monti et qu’elle se plaignait de se sentir pas très bien, il s’était écoulé une heure depuis la fin du repas.

– Mais, demanda Marly, on sait pourquoi ils sont partis ?

– Le récit du fameux Pedro ne le dit pas, mais on peut supposer qu’ils partaient faire un petit séjour en amoureux. C’est souvent somme cela que les proxénètes mettent les filles sur le trottoir, après un joli petit voyage, au cours duquel ils présentent leurs pseudos soucis financiers et le moyen de l’aider à les résoudre. Le truc est classique.

– Donc Lucienne n’était pas encore une prostituée au sens professionnel du terme ?

– Non et c’est peut-être cela qui a fait que le crime n’a pas été résolu, l’enquête  a piétiné. Monti avait une vie publique et à ce moment-là, Lucienne n’en faisait pas partie, ils se voyaient discrètement. Une fois devenue une gagneuse elle aurait évidemment passé de l’autre côté, on les montre surtout pour faire savoir à qui elle appartient, du moins entre gens du milieu. Seuls, ceux de la bande à Monti et les époux Gaubert, avec qui il était en affaires, la connaissaient de près, le milieu la connaissait de loin, savait qu’elle existait.

 – Mais ce Pedro, il, était quand même assez bavard pour aller se confier à un patron de boîte, car c’est bien lui qui a raconté l’histoire ?

– Oui c’est lui, mais il n’a fait que répéter la rumeur en ajoutant certainement quelques précisions, dont une très importante, c’est lui qui a raconté le déroulement du souper à Hervé, tenancier du Lugano de son état.

– Ah cela a de l’importance ?

– C’est capital et heureusement qu’il s’est souvenu de cela, sinon je n’aurais sans doute pas la solution.

A suivre*

* Il fait allusion à la chanson « Gloria », interprétée par le groupe anglais Them

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