Des dessous pour un siècle (20)

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Les années 70 sont sans conteste un période de liberté où tout peut être dit et son contraire, c’est une ère de contestation qui s’étale plus dans les propos  que dans l’intention réelle d’améliorer un société qui n’est pas idéale. On peut critiquer son patron, et si celui-ci nous vire, il n’y qu’à traverser la rue pour se faire embaucher par le patron d’en face. C’est une image, mais c’est un peu ça.

C’est l’avènement de la femme libérée, tout le monde mâle l’admet du moins quand la femme est présente. Le femme, elle, se comporte comme telle. Il y a la vieille école, les couples qui se sont mariés dans les années 50 ou 60, dont la pensée est encore faite de traditions. La femme reste encore volontiers à la maison pour élever les enfants, c’est surtout que le salaire du mari suffit aux besoins de la famille. Si cette règle souffre quelques exceptions, la nouvelle école soit les enfants de la vieille, accède plus individuellement au monde du travail et des loisirs. Les filles apprennent de vrais métiers couronnés par un diplôme et deviennent plus indépendantes financièrement. C’est d’autant plus possible, car l’économie manque de bras.

Les dessous deviennent fonctionnels et à moins d’une révolution future, le resteront. Ils deviennent un produit de consommation comme un autre. Les slogans pour les vendre mettent plus en évidence le confort que le côté coquin qu’il peuvent avoir. Ils continuent cependant de subsister côte à côté sur les étalages, mais dans des proportions qui ne sont pas comparables.

Quelques traits de cette mode vu d’en dessous…

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La marque Huit se conjugue en duo, soutien-gorge et slip font la paire. C’est minimaliste, pas toujours très sexy, mais ça marche. C’est le type même de ce que l’on trouve en grande surface, quand soudain en achetant sa boîte de cassoulets, on se rappelle qu’il ne faut pas oublier de renouveler le tiroir de lingerie avec quelques pièces neuves. La seule concession coquine, là et ailleurs, c’est une certaine transparence qui laisse deviner ce qui nous attend quand on ne connaît pas.

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Playtex met à l’heure sa gaine 18 heures, une gaine minimaliste qui assure toutefois un maintien de l’abdomen et qui sert aussi à mettre les fesses en évidence. Elle est, c’est évident, sans jarretelles.

La mode devenant de plus en plus unisexe, presque aucune femme n’a de complexe à s’afficher en pantalon et par définition de mettre ses fesses bien en évidence.  Par contre, on essaye autant que possible de limer l’impression que l’on porte quelque chose sous le pantalon.

Une tendance du début des années 70, qu’on ne voit pas souvent mentionnée, c’est l’opposition du maxi-mini. Chez la gent féminine, la minijupe est très, très mini. Mais en hiver on porte dessus un maxi manteau qui brosse presque le trottoir. Je pense que les plus anciens se rappelleront de cela.

La mode des années 70, que l’on peut considérer comme assez terne, privilège le confort sous diverses variantes. La plupart du temps ce sont des variantes apportées à ce que l’on connaît déjà. Le soutien-gorge avec certains petits trucages permet de porter une robe décolletée dans le dos. Le pyjama avec quelques améliorations, devient une tenue d’intérieur. On peut recevoir ses invités en robe d’intérieur, robe qui rappelle un peu les fastes de la lingerie d’antan. Une des rares nouveautés reste la caraco, version moderne d’un vêtement du 18ème sicle. A ses côtés, le tee-shirt, pas vraiment une nouveauté non plus, devient une institution.

Et nos chers bas nylons que deviennent-ils?

C’est certain, le collant a définitivement conquis les jambes féminines. Il y a peut-être encore 1% des dames qui portent encore des bas et parmi elles 0,1% qui n’ont pas l’âge d’être la grand-mère d’un adolescent ou un jeune homme né dans les années 50-60. Je crois qu’en comparaison du 0,1% d’alors, il y a infiniment plus de femmes qui portent aujourd’hui des bas jarretières.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la disparition presque totale du bas a laissé une sorte de vide affectif dans l’esprit de l’homme, du moins l’occidental. Pourtant il ne disparaît pas complètement du paysage. Les prostituées en portent souvent, c’est une sorte de bonus offert au client. C’est un bien et un mal, on fait encore maintenant l’amalgame entre bas et prostitution, ce qui est complètement faux, une erreur historique. D’une certaine manière il revient, mais pas matériellement. Je n’en suis pas certain, mais je pense  que c’est quelque chose qui a un rapport avec une certaine forme de marketing, comme aujourd’hui on vous vends des chargeurs de rechange pour votre portable. Le cinéma en sera le principal promoteur. Les scènes ou madame ajuste sa jarretelle deviennent plus courantes, on les rajoute presque avec une certaine volonté plaisir. L’Italie s’en fera quasiment une spécialité. Un tas de petites comédies à deux balles troueront la nuit des salles avec profusion des bas et jarretelles de toutes les couleurs. La film « Malizia » avec Laura Antonelli, aurait-il eu autant de succès s’il n’avait pas étalé de nombreuses scènes en bas nylon? On peut en douter. François Truffaut offrira un cinéma d’une qualité bien supérieure, avec une certaine envie de nous faire profiter des dessous de ses vedettes, chose dont il ne se prive pas dans de nombreux cas. Paradoxalement dans « L’homme Qui Aimait Les Femmes », titre qui a un petit air prophétique, il n’y a pas vraiment de scènes ou le nylon s’étale complaisamment.

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Sans doute une des premières scènes de ce genre qui devint culte (Malizia 1973).

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Un des cinéastes italiens qui échappe à la ritournelle du cinéma érotique italien des années 70, Tinto Brass. Ici une scène de « Salon Kitty » (1975), avec helmut Berger, basé sur une histoire réelle.

La presse masculine, celle destinée à un grand public en dehors de toute notation pornographique, ne se prive pas d’étaler femmes en bas et porte-jarretelles. Le plus en vue fut sans doute Lui et dans une certaine mesure la version française de Playboy. A sa disparition, le fameux Paris-Hollywood laisse un vide, car à l’opposé des précédents, il y avait plus à voir qu’à lire. On put compenser en partie la perte par des revues un peu plus confidentielles comme Sexy-Humour, qui offraient passablement de filles en bas nylon à l’intérieur de leurs pages. Pour le reste, les revues coquines des boîtes de nuit peuvent constituer un palliatif de moindre importance.

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Le couple Gainsbourg-Birkin dans Lui en 1974

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Une des couvertures de « Sexy Humour »

Les années 70 resteront comme la période la plus fade depuis l’invention du bas qu’il soit en nylon ou pas, tout est fait pour favoriser le collant dans l’idée de l’éternel féminin. Je dois à nouveau faire appel à mes souvenirs pour quelques repaires dans le temps. Je l’ai dit ailleurs, ma dernière vision d’une jeune femme portant des bas, remonte à 1973. A part le fait que j’ai eu sous ma vue et pendant longtemps, une femme qui en portait sans que je m’en rende compte, j’ai commencé à revoir des porte-jarretelles dans une revue de vente par correspondance en 1974. En 1976, par hasard à la devanture d’un grand magasin sur un étalage, je m’aperçus qu’une dame d’une quarantaine d’années portait des bas, car une jarretelle était visible par transparence sous sa robe. Comme vous le voyez, les cas sont assez rares pendant cette période.

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Dix ans après sa presque disparition, la presse parle à nouveau de la jarretelle et prédit son retour. Le vent tourne même s’il ne souffle pas encore en tempête.

Les choses vont bouger avec l’apparition de la musique punk vers 76-77, qui va remettre les jarretelles dans la garde-robe féminine. Disons le tout de suite, s’il y a un esprit de provocation, il est plutôt lié à l’anarchie qu’à la provocation coquine. D’ailleurs les jarretelles ne se cachent pas tellement sous la robe, elles sont le plus souvent bien visibles ou très peu cachées. Ceci, plus le sevrage de quelques années et sans doute de quelques hommes qui demanderont avec insistance et persuasion à leur compagnes de porter des bas, le bas amorce les prémices dune renaissance.

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Le prototype de la punkette des années 70, eh oui elle porte des bas, ne s’en cache pas et ne les cache pas!

C’est à cette époque que l’on verra les premiers collants avec une couture apparente en trompe l’oeil. Comme quoi le bas à couture, le vrai, est une référence. Un collant qui veut faire croire que l’on porte de vrais bas, c’est une tromperie sur la marchandise, mais est-ce aussi une tromperie sur la rêverie?

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Un des bienfaits insoupçonnés de la musique punk et son résultat: la société récupère le « no future » de ces derniers et offre au bas une espérance pour le futur.

Nous verrons dans une prochaine partie comment le bas deviendra petit à petit un symbole de la vrai féminité. En attendant vous pouvez relire mon article Paris-Nylon 77, où je parle de quelques visions faîtes au cours de l’année 77 à Paris, en cliquant sur le lien ci-dessous

A suivre

 Paris – Nylon 77

6 réflexions sur “Des dessous pour un siècle (20)

    • Merci Chris,

      Oui je connais aussi la clef, c’est aussi de Tinto Brass. J’ai choisi Kitty Salon car il est des années 70 tandis que la clef est des années 80, mais il est sans doute un peu plus « fétichiste » que le premier. Tinto Brass est un cinéaste qui a su apporter une certaine classe dans ses films.
      Bien à vous

  1. Laura Antonelli était une femme superbe. J’ai eu l’occasion de voir ce film au cinéma plus de 5 fois ! J’avais 22 ans ! Ces photos d’elle m’affole encore….Quasi impossible a trouver en dvd.
    Merci pour ce bel article. Hmfbaspj

    • Merci Michel,

      Je l’ai vu aussi quelquefois, une fois au cinéma lors de sa sortie. J’ai eu la chance quelques années plus tard de l’enregistrer sur une vidéo VHS et le regarder encore plusieurs fois. Je pense qu’il y avait tous les ingrédients pour combler tous les mateurs de bas nylon et je suis certain que c’est une part de son succès.

      Merci encore et bien à vous

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