Léo coeur de nylon (79)

Léo, un ancien chanteur de charme devenu tenancier de bistrot, est un amoureux et inconditionnel du bas nylon. Il se rappelle avec nostalgie d’une époque où toutes les femmes portaient des bas et de toutes les coquineries que son statut de vedette lui permettait pour assouvir sa passion, notamment les nombreuses photos qu’il prenait de ses conquêtes. Un soir, une dame en bas coutures pénètre dans son établissement. En observant ses chaussures, il remarque un détail qu’il avait jadis imaginé pour une de ses conquêtes. Les souvenirs envahissent les pensées de Léo. Il se souvient de sa rencontre avec un ministre et de la belle Léa, sa secrétaire. Mais les pièces d’un étrange puzzle s’assemblent peu à peu dans son esprit. Après une enquête personnelle, il relance la piste sur le meurtre d’une de ses anciennes compagnes jamais élucidé. Il informe la police qui semble très intéressée. Avec son ami Marly et sa compagne, il continue son enquête personnelle au fil de ses souvenirs, tout en n’oubliant pas de raconter quelques anecdotes et situations cocasses où toutes ses anciennes conquêtes défilent en bas et en porte-jarretelles. Alors qu’il est en conversation avec ses amis, un inconnu entre dans le bistrot et l’informe qu’il est le demi-frère de son ancienne amie tuée. Apportant des informations inédites, il veut aussi éclaircir cette sombre histoire. Après bien des rebondissements, ils semble que les choses se précisent. Il est décidé d’entrer en action, avec les compétences d’un flic un peu particulier, Laverne. Le fameux jour où tout devrait s’éclaircir arrive enfin.

Vous pouvez lire le début complet de ce récit en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Léo regarda une fois de plus Laverne, il ne comprenait pas toujours et surtout n’avait aucune intuition sur ce que ce flic allait pondre comme histoire pour éclairer sa lanterne. Mais il l’admirait silencieusement. Il ressassa pour lui-même la manière qu’il avait au temps de sa gloire pour savoir si une femme portait des bas, quand il avait un doute dans le clair-obscur des salles de concerts. Sa main un peu vagabonde se glissant furtivement sur la jambe des dames à travers la jupe ou la robe aux endroits stratégiques, là où il savait qu’une possible jarretelle tenait ces bas qu’il aimait tant. Il aurait pu en remontrer à Laverne sur le sujet, mais en rigolant intérieurement, il s’imagina que Laverne en serait arrivé à la même conclusion rien qu’en observant la dame à dix mètres. Il n’alla pas plus loin dans sa réflexion, car avec l’habitude il savait maintenant que Laverne allait reprendre son récit, après ces quelques secondes de suspension nécessaire afin de faire monter le suspense. Il ne voulait pas en perdre une miette.

– Vous vous imaginez, c’est normal, que lors d’un repas avec quelques amis, tout le monde mange la même chose. Je dirais que c’est selon et justement ce soir-là, il n’y avait pas unanimité sur le plat principal. La majorité avait opté pour des entrecôtes bordelaises.

– Ah ça, je suis certain qu’elle n’a pas mangé cela, interrompit Léo. Elle avait horreur de la cuisine au vin et de la moelle. Je me rappelle qu’une fois elle n’a pas voulu manger cela dans un restaurant où je l’avais emmenée après un concert.

– Vous avez raison, elle n’a pas mangé cela, je vois que l’avez bien connue pour vous rappeler cela. 

– D’autant plus que moi j’adore. Cela m’avait presque énervé, elle avait fait une telle moue quand elle a vu que j’avais choisi cela.

– Pour être précis, elle a mangé des escalopes avec une sauce aux champignons. Comme je vous l’ai dit, le repas avait lieu dans un coin discret d’un bistrot de Pigalle vers Blanche. Le restaurant était tenu par un certain Léon qui n’avait pas grandchose à voir avec le milieu, du moins il n’était pas en affaires avec eux, mais il savait qui il recevait et que ce n’était pas tous des anges descendus du ciel. On aimait assez bien sa manière d’être discret. En récompense, il avait une clientèle attitrée et régulière, qui n’en faisait non plus pas son quartier général. Pour autant que je sache, il n’a jamais rien eu affaire avec la police, il n’était pas surveillé d’une manière particulière et son bistrot était aussi fréquenté par bon nombre de touristes.

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Marly se rappelait vaguement de ce bistrot, il l’avait fréquenté une ou deux fois. Ce n’était pas tellement du bistrot dont il se souvenait, mais du patron et de son prénom, Léon. Il trouvait ce nom ridicule, à la limite de le faire éclater de rire. Avec un effort d’imagination, il pouvait vaguement revoir les lieux, mais il aurait été bien été en mal de dire combien il y avait de tables à l’intérieur et s’il y avait une arrière salle.

– Quand j’ai interrogé le patron du Lugano, il s’est rappelé de la conversation qu’il avait eue avec le fameux Pedro. La rumeur de l’empoisonnement avait déjà circulé. C’est là qu’il a raconté au patron que Lucienne avait mangé un autre plat que les autres, en l’occurrence les escalopes aux champignons. Mais il a dit cela comme ça, on savait plus ou moins qu’elle avait mangé des champignons et tout le monde a pensé que cela pouvait être la cause de sa mort. En relisant les faits récoltés par mes collègues de l’époque, ils ont aussi pensé à cela. On aurait pu mettre cela sur le compte d’un accident. Mais les champignons n’étaient pas en cause, cela est établi. Le médecin légiste qui a fait l’autopsie a suspecté un empoisonnement, ils ont l’habitude comme ça au premier coup d’œil d’aller dans une direction plutôt qu’une autre. Maintenant il me restait à savoir qui avait glissé le poison dans son plat et comment cela a été fait, là c’était plus difficile. Pedro n’avait rien raconté à ce sujet, il n’avait rien à raconter car pour lui c’était les champignons, c’est aussi la version officielle de ce que la police avait laissé filtrer de son enquête. C’est un truc, souvent on ne dit pas tout, parfois les gens se trahissent en donnant par accident des renseignements qu’ils ne sont pas censés connaître. Comme vous pouvez l’imaginer, il me fallait un témoin qui avait assisté au repas, je voulais avoir de plus amples renseignements sur son déroulement. Ma première idée fut de rechercher Pedro, encore un de ceux qui avait disparu de la circulation. Le patron du Lugano m’a mis sur une piste, il semblait avoir une passion singulière, il en avait quelquefois discuté avec lui. Il collectionnait les objets ayant trait à la seconde guerre mondiale, notamment tout ce qui avait un rapport avec l’armée. J’ai fait une enquête auprès de quelques antiquaires de la place spécialisés pour savoir s’ils n’avaient pas comme client un certain monsieur qui s’intéressait à ce genre d’objets. Je n’avais pas de photos, il n’a pas l’air d’être fiché, par contre il a un accent espagnol assez prononcé. J’ai fini par tomber sur un marchand qui avait connu quelqu’un qui avait un accent espagnol et qui s’intéressait aux objets militaires. Il m’a dit d’aller voir du côté des puces de Saint-Ouen chez un certain bonhomme spécialisé dans ce genre d’objets, il pouvait éventuellement me donner des renseignements. J’y suis allé, pas en me présentant comme flic, mais comme un amateur d’objets guerriers venant de l’Alsace. L’air de rien, je lui dis que j’avais perdu de vue un copain du nom de Pedro, si par hasard il ne le connaissait pas. Je dois avoir été assez convaincant avec mon imitation de l’accent alsacien, car il m’a filé un tuyau sans trop hésiter, le bonhomme travaillait quelquefois chez un antiquaire qui tenait une boutique dans un autre coin des puces. Par bonheur, il était présent quand je suis entré dans boutique.

Léo regarda Marly avec un sourire, il pencha les yeux sur le billet retourné où il avait écrit le nom du coupable, ou celui qu’il pensait être le coupable. Encore un peu de patience et on saurait enfin le fin mot de l’histoire.

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– Je me suis présenté à lui en ne cachant pas ma qualité de flic, tout en le rassurant que j’avais juste besoin d’un témoignage à propos d’une vieille affaire. Il a été d’accord et nous sommes allés boire un verre. Je tenais enfin un témoin direct de l’affaire. Je me suis tout d’abord intéressé à lui, à savoir ce qu’il faisait là lors du souper et quel était précisément son rôle dans la bande à Monti. Comme je le soupçonnais, il n’était pas vraiment de la bande, c’était comme qui dirait un client de passage. Ce qui m’y a fait penser, c’est son comportement avec le patron du Lugano, sans lui dire de grandes choses, il avait quand même lâché quelques propos qu’un vrai homme du milieu n’aurait jamais prononcés. Cela va vous étonner, mais il agissait pour le compte d’un agent immobilier espagnol qui vendait des maisons sur les côtes d’Espagne. Et justement Monti venait d’en acheter une, c’est ce qui justifiait sa présence lors du repas, un vrai repas d’affaire en somme. Pedro, Vergara de son vrai nom, était venu s’établir en France justement dans le but de rechercher des clients, il touchait d’intéressantes commissions pour chaque maison vendue. Pedro est un type plutôt sympathique, ouvert, du genre assez bavard. Il n’a pas eu de peine à me persuader qu’il était étranger au milieu, mais mon but n’était pas de lui coller un passé de truand.

– Il cherchait sa clientèle dans le milieu ? questionna Marly

– Oui et non, mais certains envisageaient l’Espagne comme une retraite paisible en cas de coup dur. Comme nous l’avons vu, la police de là-bas n’est pas très féroce avec les étrangers, surtout s’ils sont fortunés et ne se mêlent pas de politique antifranquiste. Evidemment ce qui m’intéressant le plus, c’est ce qui s’est passé lors du fameux soir. Vous vous souvenez, la conversation rapportée par le patron du Lugano, m’avait fait tiquer. c’est un événement particulier, anodin, qui avait tout pour passer inaperçu.

A suivre

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