Eclats de nylon et vieux papiers (4)

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Froissons les vieux papiers…

Plus la possibilité d’être informé s’est développée, plus les moyens de communications se sont développés, plus il a fallu trier parmi le flot d’informations. Aujourd’hui, cela va très vite, un événement qui se produit aux antipodes peut vous parvenir en moins de quelques minutes. Devant cette masse d’informations, un tri s’opère par des moyens plus ou moins mystérieux. Pourquoi un mec qui se met un pot de chambre sur la tête peut intéresser des millions d’internautes, alors qu’un naufrage qui fait 200 morts sera à peine commenté ou développé. La raison la plus évidente est que chacun peut trouver ce qui l’arrange ou pas dans la publication d’une information. L’attentat au Bataclan à Paris est un bel exemple, on en a fait un deuil national, même international, alors que les morts de la guerre ailleurs et bien plus nombreux, passent presque inaperçus. La montée d’un événement en épingle est souvent un écran de fumée qui aide à reléguer au second plan des choses dont on ne veut pas trop parler et n’arrangent pas tel ou tel courant d’opinion.

La presse de jadis, celle qui relayait l’information pure sans y adjoindre un commentaire d’opinion, était sûrement moins bien informée, mais plus impartiale. C’était le lot de ces petits journaux de province ou ceux des villes au tirage modeste par rapport aux plus populaires. Ils ont pratiquement tous disparus aujourd’hui. Ils constituent, quant on en retrouve les traces,  une mine d’informations pour retracer un événement local ignoré des grands journaux.

De manière générale, les catastrophes restent bien ancrées dans la mémoire populaire. Il y en a de temps en temps une qui passe à l’histoire, comme le naufrage du Titanic. Il est dans la nature humaine de préférer quelque chose d’exceptionnel, même négatif, à la routine quotidienne. Nous allons en voir deux, chacune à leur manière.

La première est un test de vitesse pourrait-on dire. L’événement, géographiquement lointain, nous donne une idée de la vitesse à laquelle pouvait se transmettre une information en 1883. Le 27 août l’île de Krakatoa située en Indonésie, explose suite à une éruption volcanique très violente. Cette explosion provoquera un tsunami qui se répandit loin à la ronde. Les victimes se chiffrent en milliers. Le climat mondial s’en trouvera perturbé pendant plusieurs mois, le volcan ayant envoyé des tonnes de cendres volcaniques dans l’atmosphère. 

Un journal bien de chez nous en parlera dans un bref article. Nous pouvons constater que l’événement qui s’est produit le 27 août est relayé par le journal le 30 août. Si nous prenons en compte le décalage horaire, le fait qu’un journal est bouclé à une certaine heure pour être imprimé et publié le lendemain, il a fallu environ deux jours pour que l’information lui parvienne. Ce qui n’est pas si mal pour un événement qui s’est produit à l’autre bout du monde.

L’article du 30 août 1883. Je rappelle que l’on peut cliquer les articles reproduits pour une meilleure lecture.

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En date du 30 décembre, les suites de l’explosion, les cendres qui font le tour de la Terre via l’atmosphère, sont commentées par un article.

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En parcourant la suite du journal, j’ai relevé deux publicités.

Pour ceux qui considèrent que le cancer est une maladie récente et moderne, on voit très bien que l’on tente déjà de la guérir.

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Publicité pour un restaurant, la choucroute est déjà au menu. En dessous, le samedi soir est consacré aux tripes. Ce plat jouit alors d’une énorme popularité, car il est accessible aux petites bourses. C’est pour certains une des rares occasions de manger de la viande. Selon les régions, le plat est apprêté de différentes manières, à la mode de Caën, à la milanaise, et comme je l’ai mangé dans certains endroits, avec une vinaigrette, de la mayonnaise, ou les deux. De loin la meilleure manière, car elle préserve le goût particulier à chaque sorte de tripes, la noire étant la plus délicieuse. De plus, j’ai mangé au Maroc, des tripes à la mode locale vraiment succulentes. 

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L’autre événement est plus proche de nous, pas tellement par le temps, mais par le lieu. Il s’agit de l’incendie du Bazar de la Charité à Paris, qui se produisit le 4 mai 1897. Les journaux de l’époque font mention de 200 morts, mais le chiffre le plus probable est d’environ 120 victimes. Si l’incendie eut un retentissement aussi grand, c’est que de très nombreuses personnalités issues de la noblesse et de la bourgeoisie se trouvèrent parmi les victimes. Imaginons qu’à cette époque de lutte sociale naissante, certains applaudirent discrètement et y virent un sorte de justice, divine ou pas. La victime la plus célèbre est la duchesse d’Alençon, la soeur de la fameuse Sissi, dont nous avons vu les destin tragique récemment.

Pourtant ce bazar part d’un bon principe. Il est mis sur pied par un financier, Henri Blount, et présidé par le baron Armand de Macrau. Son but est de venir en aide aux plus démunis en organisant des ventes de charité. Les ventes sont assurées et organisées par des dames qui appartiennent pour la plupart au gotha de l’époque. La première vente a lieu en 1885. Par la suite, elle changera plusieurs fois d’endroit et l’année du drame, elle est installée pour la première fois au 15-17 de la rue Jean Goujon, dans le 8e arrondissement. Tout en étant une vente de charité, elle se veut aussi une sorte de foire avec distractions et autres divertissements. Justement, cette année-là, pour quelques dizaines de centimes, on présente des projections avec le cinématographe. Peu de gens ont alors eu l’occasion de voir des imagines animées, Louis Lumière est le Speiberg de cette fin de siècle. C’est justement ce divertissement  qui sera la cause du drame.

Résumé des faits

Les lieux qui abritent la vente sont un véritable château de cartes. Pour donner le cachet d’une rue médiévale, on a installé des décors de théâtre dans un hangar en bois de 80 mètres de long sur 13 de large. Il ne comporte principalement qu’une porte d’entrée et sortie, alors que des centaines de personnes peuvent se tenir à l’intérieur, on estime le nombre à plus de mille au moment du départ de l’incendie  Aujourd’hui le service du feu dirait que le tout est hautement inflammable.

Le fameux appareil de cinématographe se trouve dans une salle arrière. Il fonctionne encore à l’éther. Ayant épuisé sa charge, il faut à nouveau le remplir. Une allumette malencontreusement frottée met les feu aux vapeurs qui sortent de l’appareil mal isolé. Au début le feu se limite au seul périmètre de l’appareil de projection. On remarque l’incident et on commence à  faire évacuer les lieux. Mais le feu va plus vite et c’est bientôt un gigantesque brasier qui trouve dans les matériaux un combustible de choix. En 15 minutes, tout est détruit.

Voici le premier compte rendu du journal local, le 6 mai 1897. On est pas encore très sûr du nombre de victimes

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Un jour plus tard, un correspondant local décrit ce qu’il a vu

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Un coin des lieux avant l’incendie

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Les photos des lieux en flammes sont assez rares, tout le monde n’avait pas un appareil de photo. Et tout s’est déroulé très vite

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Après le drame

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A défaut de photographies on a des dessinateurs

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La plus célèbre des victimes, la duchesse d’Alençon, soeur de Sissi. Elle eut, parait-il, un comportement héroïque, aidant d’abord les personnes de son entourage à sortir.

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Mais tout le monde n’est pas d’accord. Un article dans un journal qui défend la cause ouvrière.

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Et pour sourire

L’insecticide version 1926…

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Ambiguïté de la même année…

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