Eclats de nylon et vieux papiers (9)

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

1882 – On retrouve les origines du terme pornographie. D’après l’article elle est en constante progression. Il serait intéressant de savoir ce qui était considéré alors comme de la pornographie. La moindre apparition de cheville devait déjà constituer la base de ce genre d’effraction

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Un peu plus de 20 ans après, on sait un peu mieux ce qui tombe sous le coup de la pornographie. C’est la France qui taxe la Suisse de pays de luxure. Il semblerait à n’en pas douter selon l’article, que des histoires écrites par des écrivains de renom comme Zola, sont publiées avec des illustrations tendancieuses. On y parle aussi de Paul Deschanel, pas encore président, mais déjà écrivain assez prolifique et Académicien, pour son « Portraits de Femme ». Il y a une part de vérité dans le fait que la Suisse est prise comme cible. En ce début de siècle, c’est un pays qui a réussi sa révolution, sans qu’elle aie jamais eu lieu. Contrairement à la France qui possède alors une administration tatillonne, intrusive, la Suisse fait confiance à ses citoyens pour l’essentiel de ses devoirs et droits qu’il connaît et respecte dans la majorité des cas. La libre entreprise en est un ses grands principes, uniquement régie par les limites des lois, et encore faut-il qu’elles ne gênent pas son voisin fouineur en étant trop visibles. Bien des infractions ne se poursuivent que sur dépôt de plainte. Dans ce contexte, il est assez facile de comprendre que la publication d’ouvrages licencieux peut se faire avec une certaine facilité moyennant une certaine discrétion. On peut imaginer que certains ne se sont pas privés de donner un coup de pouce à ce genre de commerce.

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Revenons à Paul Deschanel, cette fois président. Il a écrit involontairement une des plus savoureuses histoires arrivées à un président en exercice. C’est la fameuse histoire de la chute du train qui nous est narrée dans l’article suivant. Le 23 mai 1920, il tombe d’un train en marche et erre en pyjama dans la campagne. Les suites de l’affaire l’amèneront à démissionner quelques mois plus tard, tant ses adversaires s’acharnent à mettre en cause sa santé mentale. Toutefois, il semblerait qu’il n’était pas au mieux de sa forme quand l’incident s’est produit. Il mourut en avril 1922, toujours député. 

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Caricature parue dans l’Humanité le 25 mai 1920

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Parmi les présidents de la République qui s’illustrèrent d’une manière particulière, il y a bien entendu Félix Faure. La rumeur veut qu’il soit mort dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil. Il est le seul président décédé dans son cabinet présidentiel, c’est à dire sur son lieu de « travail ». Elu en 1895, c’est un président qui n’a pas que des amis. C’est sous son règne que l’affaire Dreyfus devient une véritable affaire nationale qui divise la France en deux. Il est lui-même un adversaire de Dreyfus. Sa politique ne brille pas particulièrement, moins que son goût du faste qui le fait surnommer « Président Soleil ».  Le 16 février 1899, alors qu’il s’adonne avec sa maîtresse dans ce qui s’appelait le salon bleu, à des ébats qui n’ont rien avoir avec la marche de la France, il est victime d’une attaque et meurt peu de temps après. Bien qu’étouffée, l’histoire devient bientôt le secret de Polichinelle. Ce n’est pas sans déplaire à une certaine parie de l’opinion publique à l’esprit bien gaulois. Par contre ses adversaires et autres rieurs en profitent pour lui trouver quelques épitaphes devenues célèbres.

Georges Clemenceau, qui ne l’aimait pas, dit de lui: quand il est entré dans le néant, il a dû se sentir chez lui!

D’autres moins connus ou anonymes trouvèrent quelques formules bien senties et parfois osées.

– Il est plus connu par sa mort que par son vivant

– Il voulait être César mais ne fut que Pompée, allusion à la fellation que lui prodiguait sa maîtresse au moment de sa défaillance.

Sa maîtresse fut surnommée « la pompe funèbre »

Et cette histoire attribuée au prêtre venu lui fourguer les derniers sacrements:

– Le président a-t-il toujours sa connaissance?

– Non, elle est partie par la porte de service!

Quant à la fameuse Marguerite Steinheil, une bourgeoise issu du meilleur monde et femme du peintre Adolphe Steiheil, elle acquit une flatteuse réputation et devint la maîtresse de plusieurs autres célébrités dont Aristide Briand. Elle fut impliquée en 1908 dans une affaire criminelle retentissante, au cours de laquelle son mari fut étranglé, sa mère victime d’une crise cardiaque. Elle-même fut découverte ligotée sur un lit. De forts soupçons pesèrent sur elle, elle changea plusieurs fois son témoignage, accusant tantôt un, tantôt l’autre, parmi son entourage. Elle avoua puis se rétracta. Elle fut acquittée, sur un tissu de mensonges comme l’affirma le président du procès, et l’histoire jamais vraiment éclaircie. Des rumeurs circulèrent, l’accusant d’avoir empoisonné Félix Faure, en connexion avec l’affaire Dreyfus. Mais là encore, le mystère demeure.

Elle émigra en Angleterre, épousa un Lord, et mourut en 1954 à 85 ans.

La victime et sa « connaissance »

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Article repris plus tard qui fait quelques allusions à la mort de Faure, quelques jours après son décès.

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Bon vivant, bon mangeur, un des menus qui attendait le président à Fougères

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Tiens à propos de Fougères, j’y suis passé il y a quelques temps, j’y ai vu ceci

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En 1925, un petit malin avait déjà trouvé que la Tour Eiffel ferait un très bon panneau d’affichage

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En 1909, il n’y avait pas que des prêtres pédophiles…

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

1912, nous sommes à deux ans du début de la première guerre mondiale. La situation n’est pas géniale, mais rien ne laisse présager que l’on s’achemine vers un conflit général. Ce sont plutôt des querelles internes propres à certaines régions qui alimentent l’actualité, on revendique l’autonomie de telle ou telle contrée, contrées souvent englobées dans des empires où elles perdent leur identité. Les mouvements anarchistes sèment le trouble dans la quiétude des villes et compagnes. Eux ne revendiquent souvent rien de plus qu’une vision plus fraternelle de la société, une meilleure distribution des richesses ou plus simplement une vie plus facile.

Il y a pourtant une chose qui peut intéresser tout le monde: le progrès. C’est aussi une manière de se simplifier la vie et d’obtenir un mieux. Les prouesses techniques aiment bien montrer le bout de leur nez. On se fait fort d’en parler. En 1912, une de ces prouesses est la mise en service du Titanic. Sans être un événement mondial, on le présente comme le nouveau géant des mers tout en lui prêtant toutes les qualités, la plus fameuse d’entre elles, il est insubmersible. Après avoir quitté Queenstown en Irlande le 11 avril 1912, il fait route vers l’Amérique avec plus de 2000 personnes à son bord, si l’on compte le personnel qui comprend presque 900 personnes. Le reste de l’histoire est célèbre, le 14 avril vers 23h40, il heurte un iceberg et finira par couler complètement en 2 heures et 40 minutes.

C’est surtout à partir de ce moment-là qu’il entrera dans l’histoire et n’en sortira plus. Il faudra une journée pour que la presse s’empare de l’événement et commence d’en parler dans l’édition du 16 avril. Pourtant comme nous le verrons, l’information passe assez mal dans le sens qu’elle est peu précise et contradictoire. Une seule chose est sûre, le Titanic a des problèmes.

Il faut se remettre en mémoire que le Titanic est un bateau certes, mais aussi une gigantesque entreprise commerciale, des enjeux colossaux font partie du voyage. A bord, il y a des richesses sous diverses formes et des personnes qui représentent des empires comme le célèbre Astor des hôtels Waldorf-Astoria. Une certaine panique, une fois la nouvelle connue, peut s’emparer des milieux directement concernés. On s’accroche à la moindre hypothèse, bonne ou mauvaise, on guette la moindre information vérifiable et sûre.

En 1912, l’information est loin d’être unifiée. Ce n’est pas encore le cas aujourd’hui, mais les moyens d’alors reposent sur diverses agences de presse qui n’emploient pas toutes les mêmes sources. Dans un journal que j’ai choisi, vous pourrez constater par vous-même la diversité de ces sources qui sont loin de dire la même chose. Prenez en compte que toutes ces informations sont issues du même numéro et non une compilation de divers journaux ou numéros. C’est assez pathétique. La plupart des photos sont cliquables pour une meilleure vision.

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Quelques jours ont passés, on sait maintenant ce qu’il est advenu du bateau et l’on compte surtout les victimes. On reproche pas mal de choses à la compagnie qui avait armé le navire. Son directeur, Joseph Bruce Ismay, est l’objet de toutes les critiques et il lui est surtout reproché d’être parmi les survivants. Il est vrai que sa conduite, son arrogance, lui valent le surnom de Brute Ismay. Un commentaire publié le 23 avril, souligne son comportement. Il sera par la suite absous par la justice, on peut très bien y voir de la complaisance, mais condamné par l’opinion publique. Encore aujourd’hui, il est considéré comme le principal coupable, plus particulièrement pour avoir ordonné de maintenir une vitesse excessive malgré la présence d’icebergs. 

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Cette photo est entrée dans la légende comme étant celle de l’iceberg que le Titanic heurta. Des traces de peinture rouges en bas à droite furent considérées comme une preuve suffisante.

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Un journal illustré du 28 avril 1912

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En toile de fond, alors que le Titanic fait toujours la une, un autre feuilleton se déroule, celui du fameux Bonnot et de sa bande, qui périra 14 jours après le naufrage suite à l’assaut de la maison où il s’est planqué, jour de la parution de l’article ci-dessus. Pourtant le journal y fait une allusion détournée, car on sait que l’étau se resserre sur Bonnot. On parle du salaire des fonctionnaires de police, un salaire bien modeste, il est vrai. En comparaison, vous trouverez en dessous une publicité pour un phonographe et le prix qu’il faut payer pour en posséder un en 1912. 

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1908 – Une de ces histoires pathétiques qui peuvent faire partie des nouvelles diffusées par un journal. D’obscurs personnages qui sont rentrés dans les dédales de l’oubli.

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1908 – Une certaine idée de la mode

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1928 – Un aperçu des articles de lingerie en vogue dans un magasin.

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

La presse depuis sa création est avant tout destinée a fournir une information qui concerne directement les gens, les événements politiques étant les principaux ayant une importance directe dans leur vie quotidienne. Elle est aussi, et c’est moins visible, un organe qui peut façonner la pensée et les avis. Tout dépend de la manière dont on veut que l’information parvienne au lecteur en cherchant la meilleure façon pour qu’elle rencontre un écho favorable. C’est le but principal de la presse d’opinion, souvent rattachée à un courant de pensée de gauche ou de droite. On peut distinguer deux grands courants, la presse nationale et la presse locale, la première étant plus fortement ancrée dans un courant politique, car touchant plus de monde. La puissance d’un journal peut être énorme et faire basculer complètement la vie politique d’un pays. On se souvient de l’affaire du Watergate, liée au journal Washington Post, qui obligea un président américain, Richard Nixon, à démissionner. C’est une belle illustration.

La plupart des journaux ne vont pas aussi loin et se contentent de fournir l’information de manière succincte. Un des problèmes récurrent qu’elle peut rencontrer, c’est le remplissage des pages, car l’actualité se moque bien de lui fournir un nombre exact de lignes qui correspond à ses pages. Selon les jours, on ajoute ou on coupe l’information pour trouver une balance au remplissage. Quand il y a un manque, on fait passer une information que l’on a été chercher ailleurs et qui ne concerne pas directement le territoire couvert par le journal, tout en présentant un semblant d’intérêt pour la curiosité du lecteur. Si vous lisez les journaux et êtes un peu attentifs, vous aurez remarqué la présence de ces informations. Un hold up à Sydney peut trouver un écho dans un grand journal parisien un jour d’actualité calme, alors que lors des événements du 11 septembre il n’en aurait été aucunement fait mention.

Pour susciter un peu d’intérêt de la part des lecteurs, ces articles doivent titiller sa curiosité. Il lira plus volontiers à la découverte d’un fait divers inhabituel comme la découverte d’un trésor ou un phénomène un peu surnaturel. Les événements climatiques comme les orages, les inondations, les cataclysmes, les chutes de neige extraordinaires en font partie. Voici puisés dans divers journaux, des informations que l’on peut classer comme curiosités, traitant d’un fait qui a eu lieu à des kilomètres de là, que le lecteur aurait tout aussi bien pu ignorer.

10 juillet 1875

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15 septembre 1882

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24 juillet 1886

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1889  – Une chose qui attire la curiosité en 1989, la construction de la Tour Eiffel. La photographie dans les quotidiens est encore rarissime, on en parle que par le texte ou de très rares suppléments qui couvrent un événement avec plus d’images. Par contre, le style carte postale est assez courant. Ici cette fameuse tour pas encore tout à fait achevée.

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Encore la Tour,

28 février 1889 – On peut voir dans l’événement que représente l’édification de la Tour Eiffel, un des premiers événements tendance, comme on dit aujourd’hui. Certes, la mode a toujours existé, mais elle se cantonnait dans un endroit plus ou moins limité, à la cour des rois de France par exemple. Avec les moyens de communications plus performants de cette fin de 19ème siècle, le relais l’avancement des travaux de la Tour constitue une sorte de feuilleton, on se passionne pour elle. Il s’en suit un marketing qui se développe en parallèle, chacun veut son morceau de tour selon ses moyens. On va la voir sur place, on y grimpe, mais les lointaines contrées se contentent d’une reproduction photographique ou d’un modèle réduit. Mr Eiffel n’est pas tout à fait absent de ce commerce lucratif, on apprend qu’il a même cédé des droits de reproduction exclusifs à un certain personnage. L’affaire fait pas mal de bruit et il doit revenir en arrière. On estime en haut lieu que la Tour appartient aux Parisiens, car construite en grande partie avec les deniers publics et que cela doit aussi profiter aux petits commerçants qui ont misé sur l’importance de l’événement pour en recueillir quelques retombées. On serait étonné de voir à des milliers de kilomètres, combien de cafés ont pris le nom de la désormais célèbre tour. Voici un article qui souligne le renoncement de Mr Eiffel. 

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31 mars 1904 – Cette fois il s’agit d’un sujet un peu particulier, mais dont on parle déjà sans que cela soit une notion bien précise pour le simple passant et lecteur, la Traite des blanches. En ce début de siècle où tout n’est pas rose pour le jeune fille de bonne famille, la tentation d’aller vers un pays plein de promesses comme l’Amérique peut en tenter plus d’une. Bien entendu l’on doit se fier à ce qui existe comme moyens d’y aller et de s’en faire une idée depuis l’endroit où l’on habite et souvent la tromperie qui peut se cacher derrière des promesses alléchantes devrait inciter à la prudence.  L’article, très complet et bien informé, nous montre ce que peut être cette réalité.

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22 juin 1904 – Une de ces nouvelles typiques qui n’amusera qu’une tranche de lecteurs. Encore faut-il que l’histoire soit vraie. La Lituanie c’est si loin.

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De l’humour 1927

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