Des dessous pour un siècle (22), suite et fin et quelques anecdotes…

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Comme j’ai vécu plutôt intensément les années 80, je peux en témoigner à la manière d’une sorte d’historien, tout au moins en ce qui concerne les histoires de dessous et plus spécialement le bas nylon. Dans mes fréquentations, le sujet sans être constant était abordé quelquefois. Les hommes en parlaient sans doute moins, pour eux c’était plutôt au niveau de la rêverie, juste quelques allusions ou regrets. Comme je possède quelques témoignages que j’ai recueillis en direct, souvent en glissant le mot bas sans avoir l’air de rien dans la conversation, je vais vous en narrer un ou deux. Disons-le tout de suite, deux clans se partagent la discussion, le pour et les majoritairement contre. On peut aussi les diviser en deux catégories, celles qui n’en ont jamais porté et celles qui l’on fait jadis, ici majoritaires.

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Pour les contre, les arguments sont toujours les mêmes, ça fait pute, c’est pas pratique, je ne me vois pas avec ces trucs (oui, oui, je l’ai entendu!), ou certaines qui traitent carrément leur partenaire ou mari d’obsédé. Je dois dire que parmi ces dames si sûres d’elles, j’aurais assez vite tendance à soupçonner que leur couple tournait de manière plutôt routinière, j’ai même souvent constaté quelques divorces ou séparations.  Je me souviens d’un cas particulier que nous appellerons Lise, qui n’attirait pas particulièrement ma sympathie au vu de sa personnalité, une de ces irréductibles qui faisaient presque le signe de croix quand le mot bas était prononcé et qui était mariée à un de mes bons copains. Un beau jour il l’a larguée. J’ai revu cette Lise bien des années plus tard, assise sur un banc en ville. Elle était complètement saoule et sa jupe plutôt remontée laissait deviner, ou plutôt ne cachait rien de ses jambes habillées avec de Dim Up. J’avais presque envie de lui demander si la prochaine étape c’était le porte-jarretelles. Comme quoi, il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau ou Dim je ne porterai jamais tes bas.

De l’autre côté, les favorables. Il y avait celles qui connaissaient la chose pour l’avoir pratiquée dans leur jeune âge. En fait, nous ne sommes éloignés que d’un jet de pierre de cet âge, il s’est écoulé presque trois fois plus de temps depuis ces années-là. Une l’avoue franchement, je la connais pour être une nana plutôt franche et libérée, elle ne portera plus jamais de bas pour une bonne raison. Elle a dû abandonner la pratique en étant adolescente, car les jarretelles lui donnaient de l’eczéma et elle a été passablement ennuyée avec cela. Je crois qu’on peut lui faire confiance, c’est en général des excuses que l’on invente pas sans les avoir vraiment vécues. Mais elle était tout à fait convaincue que c’était quelques chose de sensuel. Il y avait aussi Carine, qui elle avouait franchement porter des bas plus qu’occasionnellement. Elle a certainement formé avec son mari, l’un des couples pour lesquels les situations coquines passaient au premier plan parmi ceux que j’ai connus. A ma connaissance, elle a aussi entraîné quelques copines à franchir le pas, sans toutefois en convertir beaucoup de manière définitive.

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Une anecdote plus insolite, pour laquelle j’ai un peu payé de ma personne. Je connaissais une bistrotière que nous appellerons Evelyne (je ne vais pas chercher trop loin, je suis en train d’écouter Georges Chelon en écrivant ces lignes, les fans comprendront). Je sais qu’elle m’avait dans la peau comme on dit. Si j’avais été un souteneur, j’aurais pu en faire une gagneuse. Mais comme cet aspect de la condition féminine ne m’intéresse pas du tout, je ne l’ai jamais mise sur le trottoir. Elle était bien plus âgée que moi, une vingtaine d’années. A part ça, elle était charmante avec moi, toujours à mes petits soins. Je mangeais quelquefois dans son bistrot et j’avais toujours des assiettes plutôt bien garnies avec dessert le plus souvent offert. Je lui rendais des petit services, il y a des choses que les femmes ne sauront jamais faire, sauf pour quelques unes d’entre elles. Si je bois parfois de l’alcool, je ne me suis jamais saoulé la gueule, disons que j’ai l’alcool social. Je sais toujours doser, un peu lancé, mais pas très loin. Je peux traverser assez facilement une nuit sans dommages. Une fois que nous étions un peu parti en noce avec une équipe dont elle faisait partie, nous avons commencé à déconner un peu. Comme nous approchions des fêtes de fin d’année, nous avons fait quelques projets sur la manière de fêter ça dignement. Une chose était certaine, nous allions venir squatter son bistrot, à discuter comment était le sujet de la conversation. A un moment, en m’appelant par le surnom par lequel tout mes copains m’appelaient, elle me lança:

– Sur le coup de minuit de minuit, j’aimerais que tu fasse quelque chose moi…

– Ah oui quoi?

 – Que tu me roule une galoche à minuit!

Ah ben m… si je m’attendais à celle-là!

– Si tu mets des bas et des jarretelles, je te roule une galoche!

Ainsi fut décidé. Le fameux soir, elle portait de bas et moi je me suis exécuté, je lui ai roulé sa galoche. Je ne lui ai jamais demandé si elle avait acheté cela spécialement pour l’occasion où si elle avait cela dans un tiroir. D’après ce qu’elle m’a montré, c’est possible qu’il s’agisse d’un porte-jarretelles ancien. Elle aurait sans doute voulu aller plus loin. Mais ce ne fut pas le cas et c’est disons un peu de sa faute, en affirmant que je les roulais bien. Car celle que j’ai cité plus haut, celle dont les jarretelles lui donnaient de l’eczéma et qui évidemment n’en portait pas ce soir-là et qui a entendu l’affirmation a voulu « tester ». Je lui ai accordé le droit de satisfaire sa curiosité et nous avons fini la nuit ensemble, enfin ce qu’il en restait au petit matin. La morale de cette histoire, échangerais femme portant des bas de 50 ans contre une de 25 ans portant des collants!

Mais revenons un peu à la mode des dessous car elle continue…


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Depuis la fin des années 80, la libéralisation des moeurs continue de plus belle. Il n’est plus question de virer une présentatrice de la télévision pour avoir montré ses genoux. Il n’est certes pas encore permis de présenter le journal télévisé en étant nue, mais on assiste à des émissions plus légères. En 1986, débute le fameux « Sexy Folies » qui propose une émission nettement axée sur l’érotisme, on y parle même que de cela. Des reportages, même dans les émissions féminines de l’après-midi, sont diffusées. On peut y voir l’animateur, Patrick Lauret, du Club 50-60, venir nous parler des bas coutures. C’est aussi le première manifestation du revival du bas nylon authentique à travers ses membres. On le reverra dans un des rares documentaires dédiés au bas nylon « Nylon Blues » au tournant des années 90, également diffusé à la télévision. Un phénomène qui a aussi débuté dans les années 80, la location possible ou l’achat de cassettes érotiques ou pornographiques à travers les clubs vidéos. La télévision reliera l’offre aux heures tardives. Les pubs télévisés se permettent aussi la vente de lingerie de manière plus ou moins suggestive. La marque Scandale réussira un joli coup de rêve pour certains avec une dame nous affirmant qu’elle porte un ensemble 3 pièces avec un porte-jarretelles, et qu’il n’est pas question qu’elle nous les montre. La suggestion a toujours été un excitant érotique très fort.

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Une fiche sur Nylon Blues

La lingerie ne connaîtra pas de révolution pendant toutes ces années. C’est encore le marketing qui lance le bouchon aussi loin que possible. La plupart des marques traditionnelles, Aubade, Scandale, Dim et autres, sont conscientes que les femmes désirent toujours plaire et comme la nature n’a pas augmenté les zones sensuelles, il faut bien reprendre les mêmes et recommencer, ce sont souvent des adaptation de ce que l’on connaît déjà. En 1988, Dim met au point une nouvelle version de ses bas et collants en introduisant le Lycra, sous l’appellation Diam’s. Il donne une brillance aux bas et collants qui rejoint le reflet de l’authentique nylon sous la lumière, surtout dans sa version vintage non extensible. C’est encore un truc dont les anciens se souviennent mais qui a l’air d’une nouveauté pour les plus jeunes. La méthode sera adoptée par la plupart des fabricants, c’est très courant encore aujourd’hui.

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Le porte-jarretelles, après de timides réapparitions, devient un objet que l’on trouve dans la plupart des rayons de lingerie un peu étoffés. Le fait qu’il soit proposé constamment depuis des années, montre que malgré tout il se vend assez bien. Il est sûr qu’il figure de manière plus ou moins visible dans la garde-robe féminine, même s’il n’est qu’exceptionnellement porté. Il connaîtra un bon regain publicitaire quand Dim lancera son Sexy Kit dans les années 2000. Un bien vilain nom pour une si jolie chose, bien qu’encore une fois ce soit encore un objet inapproprié pour porter confortablement un paire de bas.

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Nous avons parcouru un siècle en sous-vêtements. Une soixantaine d’années où la femme faisait rêver grâce à des atouts et atours plus ou moins cachés. Une quarantaine d’années où tout à changé, pas forcément en bien pour son image sensuelle. Le monde a changé, tout va plus vite, conquérir une femme ou un homme est aussi un affaire de vitesse pour certains. Reste encore quelques vieux briscards comme moi, qui ne voient pas en chaque femme une citadelle à conquérir immédiatement, mais qui savent aussi la regarder comme on regarde une oeuvre d’art dans un musée. Pour qu’elle soit cette oeuvre, l’élégance et la sensualité doivent en faire partie. Malgré tout n’importe quelle femme qui porte des bas n’est pas forcément une femme élégante, il y a la manière. Cela peut s’apprendre, mais je crois surtout que c’est inné.

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Et après…

Bon gré, mal gré, nous avons bien entamé ce nouveau siècle. Force est de constater que la lingerie a gagné de nouveaux galons d’or. Quelques marques de lingerie ont pratiquement pignon sur rue, elles offrent à une clientèle nostalgique de quoi faire rêver les autres. Il y a Cervin, Sodibas, Secrets In Lace, What Katy Did, Agent Provocateur, Kiss Me Deadly, Touchable, qui ont saisi le goût de l’authentique et savent le reproduire à la perfection ou avec un certain bonheur.

Le burlesque a remis la pin up au goût du jour, elle est un pivot essentiel de la renaissance des soixante premières années du siècle passé transportées à aujourd’hui. Il ne faut pas crier victoire, je crois que l’âge d’or ne reviendra jamais, mais il presque sûr que chez certains et surtout certaines, ce retour en arrière est définitif. Elles ne sont pas la majorité, mais elles continueront de porter de la belle lingerie et surtout des bas pour que le bleu de notre ciel reste toujours bleu.

Et puis souvenez-vous que j’ai deux Ambassadrices qui portent des bas au quotidien…

Une visite s’impose…

Miss Nylon

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Miss Eva

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Modèle dans Nylon-Zine

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5 réflexions sur “Des dessous pour un siècle (22), suite et fin et quelques anecdotes…

  1. marie depuis 47 mon épouse na jamais mis de collant toujours des bas et porte jarretelles ses pour cela que je n ai jamais u le besoin daller voire autre par oui je sais regarder les jolie femme en rue et parler avec ma femme elle en porte ou pas ses notre petit jeu a nous .merci pour tous ses beau article votre cite est génial continuer bien a vous chris

    • Merci Claire,

      Je vois que vous êtes revenue et avec une bonne nouvelle, il vous arrive de porter des bas!

      Je me suis un peu promené sur votre blog et j’ai remarqué que nous partageons une certaine philosophie de la vie, le bio, la campagne, la musique ethnique et aussi une belle écriture.
      Quand j’aurai un peu de temps, je suis un peu à la bourre en ce moment, je vous glisserai un commentaire. Je vous mettrai volontiers en lien si vous le désirez, votre philosophie est digne d’intérêt.

      Bien à vous

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