Eclats de nylon et vieux papiers (17)

Eclats de nylon et beaucoup d’eau

27 060816 10

27 060816 11

27 060816 12

27 060816 13

27 060816 14

 

 

 

27 060816 18

27 060816 19

Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

Ces derniers temps on a beaucoup parlé d’inondations. Ce phénomène naturel est récurrent dans l’histoire de l’humanité. Jadis, c’est surtout par manque de moyens que des catastrophes se produisaient, l’homme était soumis aux caprices de l’eau qu’elle soit lac, mer, ou rivière. Aujourd’hui, on passe à l’autre extrémité, c’est souvent une urbanisation anarchique qui provoque des drames. Sous prétexte de gagner de l’argent et faire prospérer une ville, un village, on construit n’importe où et souvent n’importe comment. Le prix à payer est parfois cher, plus qu’il ne rapporte.

La presse a toujours donné écho aux débordements aquatiques, qu’ils soient phénomènes ponctuels ou autres. Explorons-en quelques uns à travers les journaux.

Toulouse 1875 – La fameuse Garonne chère à Claude Nougaro, n’est pas toujours un fleuve tranquille, c’est un torrent qui a ses colères. Au mois de juin dans la nuit du 23 au 24, elle a son coup de colère. Après un mois de pluie ininterrompues elle atteint une cote de plus de 11 mètres par rapport à son niveau normal. Environs 1400 maisons et plus de 200 victimes sont à déplorer. C’est un deuil national qui frappe la population. Heureusement un élan de solidarité, auquel participent d’autres pays, s’organise pour soulager ceux qui ont tout perdu.

Voici, assez sobrement résumé, un résumé de presse dans un journal local, accompagné de photos d’époque.

27 060816 127 060816 2

27 060816 3

L’inondation de janvier 1910, celles dont on parle encore aujourd’hui. Elle affecta surtout Paris, elle est historiquement à quelques dizaines de centimètres près, la plus importance après celle de 1658, c’est à dire sous le règne de Louis XIV. Voici un article de presse, sur une page entière, qui relate des faits divers dus à l’inondation. (cliquer pour une meilleure lecture).

27 060816 4

Les deux premiers événements tragiques peuvent être mis sur le compte des colères de la nature. Mais le suivant est uniquement le fait de l’homme. Il faut bien admettre que le monde moderne veut prendre de plus en plus le pas sur la nature et la dompter. Parfois le but est louable, mais les infrastructures mise en place relèvent souvent de la plus haute fantaisie. Nous avons vu récemment le drame du Fukushima. On ne peut que s’étonner que le Japon, coutumier de violents tremblements de terre, autorise la construction d’une centrale nucléaire en bord de mer. Nous savons ce qui s’est passé, le raz-de-marée consécutif au séisme a envahi le site nucléaire provoquant un dysfonctionnement majeur. On aura certifié en inaugurant la centrale, comme a bien d’autres places ailleurs en ce qui concerne le nucléaire, que toutes les précautions avaient été prises. Nous avons vu le résultat et il ne faut pas croire que chez nous cela n’arrivera pas. D’après ce que je peux voir ici et là, à travers des informations qui ne sont pas forcément le fait de gauchistes ou de jeteurs d’alertes anarchistes, on a du souci à se faire. Le risque existe, comme l’alcool au volant, mais en cas d’accident, le résultat ne sera pas de quelques morts et de tôles pliées. Les intérêts économiques en jeu, valent bien, hélas, quelques mensonges.

Le drame dont je veux parler, n’a rien à voir avec le nucléaire. Il concerne toutefois une construction moderne, un barrage.

Je vais reprendre un article que j’avais mis ailleurs en guise d’introduction…

Fréjus, 2 décembre 1959 – C’est le soir, la France qui possède la télévision s’apprête à regarder « La Piste aux Etoiles », célèbre émission. Ce soir on va rire, il y a le clown Achille Zavata. Ceux qui ne l’ont pas peuvent aller au cinéma. On y projette « J’irai cracher sur vos tombes » inspiré du roman de Vernon Sullivan, alias Boris Vian. Il est mort quelques mois plus tôt à la première du film. Ceux qui ne sont tentés, ni par l’un, ni par l’autre, peuvent se rendre au bistrot du coin. Les jukeboxes distillent avec complaisance la voix de Dalida qui chante  « Love In Portofino » ou « La Chanson D’Orphée ». Et puis, il y a ceux qui restent bien tranquillement à la maison.
Le nuit est tombée depuis longtemps, il est 21h14. Un peu plus d’une dizaine de kilomètres en dessus de Fréjus,  au lieu dit Malpasset, un sinistre craquement déchire la nuit. Le barrage hydraulique cède sous la pression des eaux. Une vague de 60 mètres se précipite  vers Fréjus en  rebondissant contre les parois de rochers  de la vallée où il a été construit. Dans un bruit effroyable, des milliards de litres d’eau, charriant des blogs de pierres par centaines de tonnes, balaie tout sur son passage. Dans la plaine les flots s’étalent, mais ils auront encore la force du haut de leurs dix mètres, de détruire des quartiers entiers de Fréjus.
Officiellement on dénombre 423 morts, 900 maisons endommagées et 200 complètement détruites. La France est en deuil.

Le but, louable, de ce barrage était d’assurer une réserve d’eau pour l’alimentation de Fréjus et sa région, souvent victimes d’un déficit hydrographique. Il apparut bien vite lors des enquêtes qui suivirent, que cette construction fut érigée avec un certain manque de rigueur, pour ne pas dire que certains points importants furent complètement négligés. Le mauvais choix du lieu de son ancrage fut particulièrement mis en lumière, roches instables et perméables. L’ouverture tardive de la vanne de vidange du barrage, juste avant sa rupture, alors que l’eau menaçait déjà de passer par dessus le barrage, fut sans doute une des causes de sa rupture. On hésita longtemps avant son ouverture pour éviter des dégâts sur un chantier d’autoroute en contrebas, tant il est vrai que les dommages sur un chantier sont bien plus importants que la vie humaine. De toute manière il fut établi avec certitude que cette ouverture intervint trop tard, 3 heures avant que le barrage cède, et même on peut aussi imaginer que son débit maximum est sous estimé en cas de pluies très fortes.

La pire sans doute, c’est que personne n’a songé a installer un système d’alerte, notamment à Fréjus. Il s’écoula à peu près 20 minutes, entre la rupture du barrage et l’arrivée des eaux dans la ville. Les habitants alertés, il est certain qu’on aurait sans douté évité des pertes de vies, à défaut d’éviter les dégâts.

Comme dans les autres cas d’événements qui prennent une telle ampleur, l’indignation, la compassion, la solidarité, coulèrent en vagues aussi hautes de celle du barrage. Je me souviens de l’annonce de la nouvelle à travers le poste de radio familial et des commentaires attristés de mes parents, ces souvenirs me reviennent chaque fois que j’entends parler de cette histoire. Pendant plusieurs jours, les journaux y allèrent de leur commentaires, puis peu à peu l’histoire retomba dans un demi oubli.

L’épilogue judiciaire, après maintes tergiversations et deux études approfondies, arriva à la conclusion que c’était la faute à personne. L’Etat prit à sa charge les dommages publics. Les victimes et leurs familles eurent surtout les yeux pour pleurer. Heureusement un grand élan de solidarité avait quelque peu adouci leur malheur. Il en résultat toutefois deux changements dans la vie des citoyens. Le première fut la réactivation du mariage posthume, instauré pendant la guerre 14-18, puis abandonné. Il permet à toute femme enceinte de réclamer la légitimité d’un enfant de père connu et décédé avant le mariage. Toutefois, il nécessite une étude pour chaque dossier, cela n’est pas automatique. Le second fut la mise en place d’une sécurité civile au niveau départemental d’abord et ensuite national.

Les ruines du barrage existent encore aujourd’hui, il est devenu un but d’excursion.

Je me suis volontairement limité à la une, au surlendemain de la catastrophe, d’un journal local. On y voit déjà apparaître quelques questions.

27 060816 5

Trois photos, une du barrage avant, et deux qui montrent les dégâts.

27 060816 6

27 060816 8

27 060816 7

Et pour terminer une note plus rieuse, une petite histoire de favoritisme, pourtant publié le même jour que le récit de la rupture du barrage. Nul doute que dans les jours suivants le gouvernement a eu d’autres priorités.

27 060816 9

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s