Eclats de nylon et vieux papiers (18)

Eclats de nylon et  l’assassin est une dame

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

En 1913, la France politique est déjà partagée entre gauche et droite. La principale figure de la gauche est le socialiste Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914. Il n’est pas le seul politicien de gauche, d’autres marchent sur ses traces ou lui font de l’ombre, c’est selon. Parmi ces politiciens, nous découvrons un personnage ambigu, Joseph Caillaux (1863-1944), qui a ses mérites, mais aussi ses faiblesses, on lui reproche son arrogance. Nous pouvons le détester pour une chose qui nous touche directement, il est l’instigateur de l’impôt sur le revenu. En 1913, il est déjà un personnage connu, il est ministre. Ses idées de gauche font de lui un homme unanimement détesté par la droite. Il faut bien reconnaître que le personnage ne fait pas toujours l’unanimité, impliqué à tort ou à raison dans certaines affaires douteuses, il a aussi ses supporters. Mais il va défrayer la chronique pour une affaire dans un tout autre domaine.

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Il fut longtemps célibataire, marié une première fois en 1906, après un divorce en 1911, il épouse en secondes noces sa maîtresse rencontrée un peu après son mariage, Henriette Raynouard.

Le 9 janvier 1914, Le Figaro, journal de droite, lance série d’articles polémiques contre Caillaux et sa politique. Dans le Figaro, on comptera plus de 100 articles sur trois mois, tous dirigés contre lui et pas spécialement en son honneur. En ce début d’année, Caillaux est ministre des Finances et fait adopter un projet d’impôt sur le revenu. Les élection législatives sont prévues en avril et Caillaux, en cas de victoire de la gauche (ce qui sera le cas), est un premier ministre palpable.  D’un autre côté, les rumeurs de guerre et surtout ses partisans ne sont pas rares. Il y a les nationalistes qui verraient bien l’Alsace, perdue au profit de l’Allemagne à la guerre de 70, redevenir française. Dans tout cela Caillaux est résolument pacifiste, il est contre toute idée de guerre, préférant la négociation. Il sera même partisan d’un rapprochement avec l’Allemagne. De plus, et aussi cela, l’idée de payer un impôt sur le revenu en effraie plus d’un.

En attendant, la campagne de dénigration du Figaro va bon train, le tout est orchestré par Gaston Calmette, son directeur. Un pas de plus sera franchi lorsque le journal publie une lettre intime entre le politicien et sa  première femme d’alors, Berthe. Du moins, elle lui est attribué elle n’est pas implicitement signée de son nom mais « ton Jo ». La femme de Caillaux, en fait une histoire personnelle, se rend au siège du Figaro et tue le directeur.

Le scandale éclate, Caillaux démissionne immédiatement de son poste ministériel pour être réélu malgré tout député deux mois plus tard. La meurtrière se laissera arrêter sans aucune résistance et affirmera avoir voulu défendre son honneur. Elle plaidera le crime passionnel, ce qui sera retenu par les juges lors de son procès qui aura lieu en juillet de la même année, c’est à dire quatre mois après les faits et une bonne semaine avant que n’éclate la première guerre mondiale. Le 28 juillet, elle est acquittée. Evidemment, l’on se posera quelques questions sur l’impartialité de ce procès, un procès bien sûr à grand spectacle qui verra même le président de la République témoigner. Le doute de partialité  ne semble pas tout à fait infondé, mais les nuages sombres de la guerre qui paraît inévitable font que le citoyen lambda a d’autres préoccupations.

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Mais qui est réellement cette Henriette Caillaux? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas spécialement une aventurière, mais une femme plutôt cultivée. On lui attribue une personnalité assez fragile, sous une écorce d’apparence plus rude.   Elle fut la femme de l’écrivain Léo Clarétie, avec lequel elle a eu deux enfants. Elle publiera dans les années 30, en passionnée d’art qu’elle est, un ouvrage de référence sur le sculpteur Jules Dalou. Elle mourut en 1943, une année avant son mari avec lequel elle ne vivait plus.

Pour certains historiens, le doute s’installe pour savoir si ce meurtre n’a pas précipité ou n’est carrément pas la suppression d’un mur important qui faisait barrage à la guerre, du moins en ce qui concerne la France. Les causes du premier conflit mondial sont multiples, mais cette affaire peut paraître prendre une tournure particulière. La guerre a eu lieu, elle fut un gigantesque boucherie et plus ou moins indirectement la cause du second conflit. Il faudrait pouvoir demander aux victimes ce qu’elles en pensent aujourd’hui. 

Cette affaire pose aussi la question de savoir jusqu’où peut aller la presse? Il ne fait aucun doute qu’ici cela confine à l’acharnement. Que l’on soit d’un bord ou d’un autre, l’adversaire est très rarement ou tout bon ou tout mauvais. La victime l’a appris à ses dépens, c’est quand même un comble de se faire trucider par la femme d’un homme plutôt reconnu comme étant un  pacifiste, même si c’est la seule qualité que l’on peut lui reconnaître presque à coup sûr.

Voici quelques extraits de journaux dont la principale source est le Figaro de l’époque, mais pour commencer prenons un journal « neutre » qui relate les faits sans prendre parti.

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En une du Figaro, le lendemain de l’attentat.

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Un numéro spécial sur l’affaire

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La première audience du procès vue par le Figaro, on remarque les fameux croquis  de l’accusée, une pratique courante à l’époque.

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Dans l’édition du 28 juillet, en première page et très visible, ce petit encart qui résume la décision du jury. Elle est remplie de commentaires sur ce que le journal considère comme un scandale. Un de plus.

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Les documents sonores sur des personnages politiques qui vécurent il y a longtemps sont assez rares. J’en ai retrouvé un qui concerne le principal protagoniste masculin de notre histoire. Imaginer la voix qu’il pouvait avoir en regardant sa photo est une affaire d’imagination. Je dois dire que c’est une surprise en l’écoutant et en même temps un morceau d’anthologie tant sa manière de parler est particulière. Je ne vois que le général de Gaulle qui puisse lui damner le pion. Extrait d’un discours de 1932 sur la crise de 1929, car il est toujours actif en politique au grand dam de ses adversaires.

Allons dans l’édition du Figaro où débute vraiment toute l’histoire, le 9 janvier 1914

Un relevé de la météo, on se les gèle ici et là, mais à Monte-Carlo, sur le coup de midi il fait 25 degrés. Le réchauffement climatique déjà?

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Il semblerait qu’il n’y a pas que des personnages recommandables.

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Météorite ou ovni?

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Un tribunal dans lequel apparaît une célébrité

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A l’époque, ils savaient déjà où aller planquer leur pognon. 

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Le presse people de 1914, un certain Winston Churchill y apparaît

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