Eclats de nylon et vieux papiers (24)

Eclats de nylon et satires de papier

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

L’autoroute, d’après vous qui l’a inventée?

Le concept est une idée allemande ainsi que le premier bout d’autoroute de 10 km près de Berlin, inauguré en 1921.  Ce sont les Italiens qui créèrent les premières vraies autoroutes depuis Milan et la région des lacs au sud de la Suisse vers 1924. Un certain naturalisé allemand du nom de Hitler, dès son accession au pouvoir absolu en 1933, reprend l’idée. Son but premier est de donner du travail dans un pays où sévit un chômage record. Mais avec le personnage que l’on connaît, on peut imaginer qu’il voit déjà ses chars partir à la conquête de l’Europe, sans avoir besoin d’un agent pour régler la circulation aux carrefours. Un photographe a immortalisé le premier coup de pelle d’une autoroute qui verra le jour vers Francfort. On peut voir à l’arrière plan un certain Goebbels, ministre de la propagande, dont la présence et la fonction n’est sans doute pas fortuite. 

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En même temps, dans le même journal, un pub d’un magasin que l’on connaît bien dans toute la francophonie. Pour vous faire un idée des prix, celui du journal était de 25 centimes.

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Le journaux satiriques existent depuis belle lurette, pratiquement depuis que certains pays ont reconnu le droit à la liberté de la presse. Bien qu’elle existe en France depuis le Révolution, avec des haut et des bas dans sa réelle liberté d’expression, ce n’est qu’au 19 siècle qu’elle prend peu à peu son essor. Ce n’est pas un phénomène typiquement francophone, il existe pratiquement dans tous les pays qui ne sont pas soumis à une dictature quelconque, encore que dans certains de ces pays on peut l’utiliser à des fins de propagande sous contrôle gouvernemental. Le nazisme ne privera pas de cette manne en certaines occasions, notamment au niveau de la caricature. Employé à bon escient, c’est une sorte de contre-pouvoir rafraîchissant et surtout plein d’humour, tant il est vrai que les politiciens ne sont parfois que des clowns qui feignent de s’ignorer. 

Au début, il n’y a assez peu de textes, car les gens sachant lire ne sont pas toujours majoritaires. On a alors recours au dessin, plus facilement accessible pour tout un chacun. Et parfois un dessin peut marquer l’esprit plus qu’un texte ennuyeux. De plus, il peut frapper l’esprit en quelques secondes, ce qui n’est de ce que l’on doit lire ou écouter. 

Dans un numéro datant de 1877, probablement le seul de son existence, La Caricature, journal satirique qui eut plusieurs homonymes, le journal publie une rubrique intitulée Tribunal de l’opinion publique, un tribunal bien sûr imaginaire. Il égratigne le célèbre Jacques Offenbach, compositeur allemand bien évidemment. S’il a brillé de pas mal de feux à certaines époques avec son opéra-bouffe, il n’a pas que des amis. Surtout depuis la guerre de 1870, où l’empire Allemand a annexé l’Alsace. Il y a de la revanche dans l’air pour tout ce qui est allemand. Voici cet article ou on le fait parler avec l’accent allemand, ici employé certainement de manière à bien souligner ses origines. On peut imaginer qu’il était bien au-dessus de cela, uniquement préoccupé par sa carrière artistique. Le fameux tribunal imaginaire l’acquitte, histoire de faire savoir qu’il n’en a rien à foutre de ses origines et que seul son talent est à mettre au premier plan, il en a d’ailleurs plus que n’importe quel général qui a bataillé sur les charniers de la guerre. 

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Une sorte d’élite artistique avait comme quartier général vers la fin du 19ème siècle, le fameux Chat Noir, que l’on connait tous plus ou moins à travers la chanson de Bruant. Pendant presque deux décennies, un journal du même nom sera publié hebdomadairement. Il est certainement moins poivré que les autres, limité en pages, préférant donner une vision plus poétique de la vie d’alors. Mais sous cette apparence plutôt débonnaire, la satire s’y cache aussi de manière sans doute moins évidente pour le passant, mais peut-être plus féroce pour les initiés, il faut savoir lire entre les lignes. Voici trois extraits, un poème de Verlaine qui écrivit pour la revue, un texte d’Alphonse Allais, omniprésent dans les pages et une publicité se recommandant pour la cuisine du cabaret, avec notamment les pommes pailles, qui sont à mon avis bien meilleures que les frites. Bon appétit!

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 Apparu dans les années 30, Bec et Ongles, fut d’un excellent apport satirique dans des années plutôt troubles. Entre textes et caricatures, il en égratigna plus d’un. A commencer par cette excellente couverture de 1934, qui ne cite pas le nom du personnage concerné, ni n’en montre les traits, et pourtant tout le monde peut le reconnaître.

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Je reviendrai dans de futurs articles au journal satirique, car ils ne peuvent se résumer à quelques extraits dans un journal. L’esprit râleur des Français n’est sans doute pas étranger à la pléthore de publications qui ont existé.

Sources BNF, Gallica, DP

Eclats de nylon et vieux papiers (23)

Eclats de nylon et vieilles stars sur voie ferrée

 

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

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Au début du 20ème siècle, malgré des moyens médiatiques encore assez balbutiants, le phénomène de star prit son envol. Il devint possible d’admirer quelqu’un sans pour autant aller le voir sur scène ou dans un endroit donné. On pouvait commencer de cultiver son idolâtrie avec ce qu’offrait le progrès. A la Belle Epoque, un des moyens les plus sûrs, juste pour avoir son idole accessible à la demande, restait le gramophone. Cela concerne bien sûr les documents sonores, le film n’avait encore que peu d’impact. L’ancêtre de nos platines ne tourna pas toujours à 78 tous/minute, mais à 100, 90, 80 tours avant l’adoption définitive de 78 tours dans les années vingt. Les diamètres varient, mais c’est finalement celui de 25 cm qui prévaudra. Posséder un gramophone, bien qu’onéreux, n’était pas totalement impossible. La production de disques suivit l’évolution de la demande, on offrit un choix de plus en plus grand et de plus en plus varié. Dès le début du siècle, l’industrie proposera ou tentera d’imposer divers talents.

L’une des ces grandes idoles internationales fut un chanteur d’opéra, Enrico Caruso (1873-1921). D’origine très modeste, il est à considérer comme l’une des premières stars de la production phonographique et l’un des premiers millionnaires du disque. Dès la fin du 19ème siècle, il devient célèbre d’abord en Italie, ensuite en Europe et en Amérique au tournant du siècle. On dirait presque que ce statut de grosse vedette a été involontairement inventé par lui, tant sa réputation était énorme. On le connaît partout, on veut le voir l’admirer et surtout l’entendre. Artistiquement, il possède une voix de ténor et consacre l’essentiel de sa carrière à  l’opéra. Mais ses origines napolitaines le poussent aussi à enregistrer et interpréter des musiques typiquement napolitaines comme « O Sole Mio ». Au hasard de ses récitals, il se trouvait à San Francisco lors du tremblement de terre qui anéantit la ville, le 19 avril 1906. Son premier réflexe fut de chanter un air pour voir si sa voix était toujours intacte.

Il avait la réputation d’être un personnage plutôt affable, bon vivant, on le voit plutôt souriant ou débonnaire sur les photos qui existent de lui. Il chanta assez souvent pour des oeuvres de charité renonçant à tout cachet. Il eut 5 enfants de deux femmes différentes, dont une seule se maria avec lui. Etrangement pour un chanteur d’opéra, il était un gros fumeur. Il meurt prématurément en 1921, âgé de 48 ans.

Deux extraits de presse datant de 1910

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L’annonce de son décès, on exagère son âge

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Il existe une pléthore d’enregistrements de Caruso, bien évidemment avec les moyens de l’époque qui ne lui rendent sans doute pas justice. Le voici dans un extrait de Rigoletto de Verdi, enregistré probablement en 1908.

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Le développement des voies de communications à partir du 19ème siècle, chemin de fer notamment, a toujours buté contre un obstacle de choix, les montagnes. La France ne s’en tire pas trop mal, les hautes montagnes s’étalent plutôt du côté des frontières, les Alpes au sud-est et les Pyrénées au sud. Si les Alpes peuvent encore se contourner pour une liaison avec l’Italie, les Pyrénées forment pratiquement un mur de l’ouest à l’est, seules les parties extrêmes, celles qui baignent dans l’eau, sont  franchissables sans trop de complications, sinon des tunnels qui partent à basse altitude.

Il apparut bien vite que l’axe est, celui qui tend vers l’Italie et Turin, nécessitait un raccord à travers les Alpes pour éviter un détournement trop long par le sud. Le percement du tunnel du Mont Cenis,  aussi appelé tunnel de Fréjus, achevé en 1871, rasa cet obstacle et relia la Savoie à l’Italie. Le tunnel est situé a plus de 1100 mètres d’altitude, 13688 mètres de long, un tube pour deux voies. Il est encore aujourd’hui le second plus long tunnel ferroviaire français, battu par celui sous la Manche.

On pensa de même à propos des Pyrénées, il fallait une liaison par chemin de fer qui passerait par le milieu de la chaîne de montagnes. Elle offrirait l’avantage d’une liaison directe à Saragosse et à Madrid, qui se trouve pile au centre de l’Espagne. On en parla dès le milieu du 19ème siècle, sans penser qu’il faudrait presque 80 ans pour que cette ligne ne devienne une réalité. On compara les diverses possibilités qu’offraient ou n’offraient pas les obstacles du terrain accidenté. Toutefois il y avait quelques quasi certitudes, la ligne partirait de Pau, elle emprunterait la vallée d’Aspe, il faudrait percer un tunnel relativement long.  Ce fut un peu son percement qui alimenta pas mal les discussions et retarda le projet à sa manière. Certains passages nécessitaient un tunnel plus court, mais il fallait grimper plus haut. De plus certains hivers étant très rigoureux, cela impliquait une accessibilité restreinte, voire un paralysie de la ligne, alors la question de l’altitude joua aussi son rôle. Finalement et tardivement, en 1880, on se décida pour une percée par le col du Somport, qui aboutirait à Canfranc côté espagnol et partirait d’un lieu-dit, les Forges d’Abel, côté français. La décision prise, on ne s’emballa pas pour autant. Le percement du tunnel, d’une longueur de 7875 mètres commença en 1908 et fut terminé en 1915. Il est prévu pour une voie unique.

L’un des articles vers l’année 1880 qui fait état d’une sision du projet

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L’entrée du tunnel côté Espagne

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L’entrée du tunnel côté France

Un peu de technique, revue Génie Civil, 1911

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Maintenant, et avant le percement du tunnel, il fallut accorder les violons avec  l’Espagne pour que la ligne devienne aussi une réalité côté espagnol, sinon les efforts français ne serviraient à rien, le but ultime étant une liaison internationale. Toutefois, les Espagnols semblaient plus motivés que les Français pour qu’un jour cette ligne devienne réalité. La France commença les travaux à Partir de Pau vers Oloron en 1880 et les termina en 1883. La suite fut plus hasardeuse, car le suite du tracé ne fut vraiment terminée qu’après le première guerre mondiale et la ligne finalement inaugurée en 1928.

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Techniquement c’est une réalisation difficile, mais très bien maîtrisée. La déclinaison entre Pau et Canfranc est de 1000 mètres, plus de vingt tunnels, dont un hélicoïdal, et une multitude de ponts furent nécessaires pour rejoindre la frontière, un pente de 40 pour mille à certains endroits. Mais ce qui est sans doute le chef d’oeuvre de la ligne, c’est la gare de Canfranc. Un gare que l’on s’attendrait plutôt à trouver à Paris ou à New York, que dans un village de quelques centaines d’habitants. La gare est plus grande que le Titanic, tout y est démesuré, elle est aussi un miroir, la moitié est le reflet exact de l’autre. On frise le surréalisme, voire le surnaturel, chose qui attire les amateurs du genre. Elle est malheureusement en piètre état. 

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Intérieur du tunnel hélicoïdal de Sayerce, 1793 mètres. Ce tunnel fait une boucle sur lui-même, ce qui permet de monter ou descendre de 60 mètres dans la montagne.

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Dans le paysage, on voit la ligne en bas et la sortie du tunnel en haut


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Construction de la ligne

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La gare de Canfranc à l’époque de son inauguration

Le 18  juillet 1928, c’est l’inauguration, présentation, bla bla, on cire les pompes en grande pompe

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Le roi d’Espagne passe les troupes en revue

Malheureusement, l’exploitation ne tint pas ses promesses, peu de voyageurs surtout côté français. Ce fut pourtant pendant la seconde guerre mondiale que la ligne connut sa plus belle apogée. Un moment en zone libre, elle devint une sorte de train de la liberté pour ceux qui fuyaient l’occupation. Elle fut aussi utilisée par la résistance et pour certains échanges commerciaux, et même un histoire de trafic d’or. Après la guerre, elle continua son déclin avec une fréquentation anecdotique. En 1970, un accident détruit un pont métallique coté français. Depuis la ligne est fermée, seule une partie de la ligne entre Pau et Oloron a été réactivée. Par contre côté espagnol, la ligne fonctionne toujours depuis Canfranc. Un mouvement citoyen se bat pour la réouverture de cette ligne, quelques lueurs semblent poindre, surtout depuis qu’un tunnel routier, dont le tunnel ferroviaire sert de voie de délestement a été inauguré. On parle de ferroutage, mais c’est un combat de longue haleine. 

Une promenade le long de cette ligne, dont il existe de nombreux vestiges, devrait constituer un parcours de rêve pour les amateurs de chemin de fer, dont je suis toujours féru côté histoire. Alors si par hasard, un visiteur de la région me lit, qu’il me contacte, je serais charmé de m’organiser un petit voyage dans le coin avec sa complicité. Merci d’avance. Et puis, les Pyrénées c’est tellement beau!

Documents source: Gallica et DP

Nylon paparazzi (27)

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Les articles sur le bas nylon ne sont pas une exclusivité des journaux européens. De l’autre côté de l’océan, on en parle aussi, d’autant plus que c’est une invention américaine. Voici quelques extraits de journaux qui en parlent, ils sont principalement canadiens ce qui nous permet aussi d’avoir des textes en français. Bien que politiquement il s’agisse de pays assez différents, le style de vie y est quand même un peu le même. Ce que ressent la femme canadienne n’est sûrement pas éloigné de sa cousine en matière de mode.

Commençons du côté de New York, de la pub qui vante la bas nylon d’après guerre.

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Suivons par un autre article en anglais, mais côté canadien. En 1946, le trou laissé par la pénurie de bas nylons s’estompe. Rappelons que le nylon est strictement réservé à l’effort militaire, le Canada est aussi un pays qui combat avec les Alliés, mais pour le nylon, on peut imaginer que les Américains se servent les premiers. Le spectre de la guerre s’éloigne et on peut consacrer le nylon à la fabrication des bas et un tas d’autre choses, ici et là. Les yeux des dames le guettent et les mains des homme aussi. Il y a un trou à combler et il faut rattraper le retard. Cet article fait le point sur la situation et on s’attend un peu à une ruée sans en être très sûr. Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais c’est brièvement résumé, mais je me suis attardé sur le trait d’humour du dessinateur qui met ces dames sur la ligne de départ avec un pistolet à la main, comme dans une couse d’athlétisme, avec la fameuse phrase: à vos marques prêt…

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Une publicité qui rappelle, si besoin en est, que le bas nylon annonce son grand retour

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Cinq ans après, on sent que la pénurie fait partie des souvenirs. Tant et si bien que les Anglais accordent des crédits nylons. Aux travestis?  C’est ce que l’on pourrait penser si on ne lit que le titre de l’article.

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Un article intéressant, qui commente le pouvoir d’achat d’un canadien avec un travail rétribué à un 1 dollar 50 de l’heure. Ce qui doit sans doute constituer un salaire décent à cette époque au Canada. Si je l’ai choisi, c’est qu’il fait justement mention du bas nylon. Alors on peut comparer maintenant avec ce que vous gagnez et le prix qu’il faut payer maintenant pour un paire de bas nylon authentiques. Mesdames à vos calculettes! 

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Bien qu’ancien cet article pourrait rester d’une certaine actualité. Il explique comment on peut se procurer une brochure qui vous permettra de faire des poupées avec vos vieux bas nylons. Inutile d’écrire, je crois que la maison n’existe plus. 

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Une pub

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On commence à parler d’un nouveau bas, le bas extensible. C’est une sorte de teste consommateur made in 1955. 

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Et pour terminer une petite vidéo

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Eclats de nylon et sérial killers et un peu de Victor Hugo aussi… 

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

Lisez bien ces petites annonces, elles sont mortelles!

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Pourquoi mortelles? Eh bien tout simplement car elles furent publiées dans les journaux sur la demande d’un certain… Landru! Même si vous êtes jeunes, vous avez certainement entendu parler de lui. Ce fut un des premiers « serial killers » de l’ère moderne. Par ce moyen il rencontrait des dames seules ou veuves, assez nombreuses à l’époque de leur parution car nous sommes pendant la guerre 14-18, pour tirer parti de leur solitude. On connait la suite, il se débarrassait d’elles dans sa villa de Cambrai et faisait disparaître les restes dans sa fameuse cuisinière. On lui attribue au moins une dizaine de meurtres. Voilà très brièvement résumée l’histoire. Il n’avoua jamais ses crimes, mais de très fortes présomptions, pour ne pas dire certitudes, ne laissent que peu de doutes sur sa culpabilité. Il fut guillotiné le 25 févier 1922. 

Un article concernant l’exécution de Landru. 

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Remontons près de cent ans avant pour le compte rendu d’une autre exécution, une histoire que presque tout le monde connaît grâce à un film célèbre avec Fernandel, L’Auberge Rouge. Ce film, au demeurant très comique, s’inspire d’une histoire réelle. Au début du 19ème siècle, la France est encore très mal équipée en routes, ce sont des sentiers plus que des routes. Les voyageurs les empruntent pour se rendre d’un lieu à un autre à travers monts et collines. Très souvent, ils traversent des zones pratiquement désertiques et l’on trouve ici et là des auberges, des relais pour les chevaux, et aussi de quoi se nourrir. C’est bien le cas de l’Ardèche de cette époque, vers 1820. A quelques kilomètres d’un village du nom de Lanarce, perché à plus de 1300 m, se trouve une auberge au lieu-dit Peyrebeille. A l’époque des faits, c’est un endroit très isolé et un arrêt pour les voyageurs.

Les gens du coin racontent des histoires à propos de cette auberge, comme quoi elle ne serait pas le lieu si accueillant auxquel les passants ayant franchi l’entrée pourraient prétendre. Le couple et le domestique qui gèrent les lieux seraient de fieffés gredins. On en parle, mais personne ne semble agir pendant des années. En octobre 1831, on trouve le cadavre d’un maquignon, un certain Enjolras. Probablement que Victor Hugo a entendu parler de cette histoire, il s’est peut-être inspiré de ce nom pour son personnage de révolutionnaire dans Les Misérables. Dans son roman, ce meurtre à lieu au moment ou Marius chassé par son père adoptif, erre dans les jardins du Luxembourg et aperçoit Cosette avec Jean Valjean.

Suite à certains témoignages qui semblent accuser l’aubergiste, la police de l’époque fait irruption dans les lieux et arrête les tenanciers, lui, sa femme, le serviteur. Alors le langues se délient, des tas de gens ont vu quelque chose, qui du sang sur les murs ou les draps, qui des morceaux humains que l’on cuisait dans les marmites, qui des cris d’agonisants. On ne ménage rien pour ajouter à l’horreur, elle devient l’auberge rouge ou sanglante. On parle d’une cinquantaine de meurtres répartis sur plus de vingt ans. L’affaire a un grand retentissement, même jusqu’au niveau national, malgré les moyens encore assez rudimentaires de ce que l’on pourrait qualifier de médias de l’époque. La France s’est dotée d’un nouveau et dernier roi, Louis Philippe, et les temps sont est assez troublés, raison de plus pour détourner l’esprit des gens avec des histoires bien saignantes. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le procédé existe.

Un procès a lieu en 1933, il n’est pas des plus impartial selon ce que l’on peut observer avec le recul. Finalement, on ne retient que le meurtre du maquignon, mais c’est suffisant pour les condamner à mort, exécution qui aura lieu devant l’auberge le 2 octobre 1833, au milieu d’une foule estimée à 30000 personnes. Eux seuls connaissent la vérité, de gros doutes subsistent et subsistent encore. Ils furent peut-être tués indirectement par des jaloux et des clients mal servis…

Si vous voulez frissonner, cette auberge existe toujours et n’a pratiquement pas changé d’aspect. On y sert toujours à manger en toute sécurité, et un petit musée rappelle l’histoire de cette auberge sanglante ou pas.

Par contre ce qui est sûr, c’est que les protagonistes de cette histoire ont bel et bien été exécutés. Voici le rapport concernant l’exécution. 

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Il existe assez peu de documents qui relatent le déroulement du procès, sauf sans doute dans les annales judiciaires. Voici toutefois, un document tiré d’un journal de 1833, qui parle du procès sur des pages et des pages. Je n’ai gardé que la première page qui résume les faits en introduction, tels que l’on pouvait les ressentir cette année-là. C’est assez significatif de ce que les gens pensaient sur cette affaire.

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Quand on a lu Les Misérables, on se fait une idée de ce qu’était la justice au début du 19ème siècle, Jean Valjean condamné à 5 ans de bagne pour avoir cassé un carreau et volé un pain. L’acharnement de Javert, l’homme qui ne pense que par loi, qui ne voit que des fripouilles chez les démunis. L’idée était malheureusement assez répandue…

Mais ne noircissons pas le tableau, vous allez voir que tout n’était pas aussi terrible que cela en ces temps reculés. Voici le résumé de trois audiences de tribunaux datant de 1833. Je les ai choisies car elle montrent que l’on savait aussi rire dans un tribunal. Le chroniqueur, sans doute homme de lettres, fait parler les victimes dans leur langage propre en modifiant l’orthographe si nécessaire. En passant, on peut aussi constater que le français écrit sous Louis Philippe, n’est pas tellement différent de celui de maintenant, exception pour certains mots tombés en désuétude.

De quoi serrer les fesses!

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C’est pas du Pipeau!

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La mendicité s’il-vous-plait!

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Documents textes source gallica.bnf.fr