Eclats de nylon et vieux papiers (27)

Eclats de nylon et effet Papillon

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Les vieux papiers ou comment les journaux et autres nous donnent une vision de ce que furent la vie et l’actualité en d’autres temps.

L’un des livre le plus merveilleux que j’ai lu est sans aucun doute Papillon de Henri Charrière (1906-1973), sorti en 1969. Ce fut un très gros succès de librairie, au moins 2 millions d’exemplaires vendus, tellement grand qu’il amena Hollywood à en faire un film. A sa sortie on fit passer le livre pour une autobiographie, car le personnage qui lui donne son titre est le surnom de l’auteur référence à un papillon qu’il avait tatoué sur la poitrine. Donc le personnage qui a bel et bien existé, fut condamné au bagne à perpétuité et déporté à Cayenne en 1933. Il fut accusé d’un meurtre dont il nia toujours la culpabilité. Un fait est certain, au moment de son procès, son passé parla contre lui. Il fréquentait le milieu et était plus ou moins connu comme souteneur. La victime était aussi quelqu’un du même bord et l’affaire parut être un règlement de compte ou une altercation qui a mal tourné. Bref, il est plus que probable qu’il fut le seul, et restera le seul, a connaître la vérité sur sa culpabilité ou son innocence. 

Son passage au bagne dura 11 ans, il s’évade définitivement en 1944, se réfugie au Venezuela et y mène une vie qu’il raconte dans son deuxième livre Banco. Rentrant en France en 1967 une fois sa peine prescrite, il entreprend d’écrire son livre. A la sortie du premier, les lecteurs s’intéressent à son récit comme un témoignage sur le bagne, on y a plus envoyé personne depuis la fin de la guerre. Le récit le plus probant sur le bagne remonte à 1923, c’est loin, grâce au journaliste Albert Londres qui en fit un récit dépourvu de complaisance et amena quelques améliorations dans le sort des détenus, jusque là considérés comme des déchets de l’humanité.  Le récit de Charrière se lit comme une passionnante aventure, un thriller pour employer un terme d’aujourd’hui, dans lequel il est le héros.

Malheureusement, il apparut bien vite que son récit était assez fantaisiste, que tous les exploits qu’il raconte et s’attribue dans son livre, étaient plus ou moins vrais, mais vécus par d’autres détenus. Pour des raisons de dates, certains personnages dont il parle dans son récit, ne peuvent l’avoir rencontré. Il a, semble-t-il, largement puisé dans le folklore du bagne. Aujourd’hui, on n’hésite plus à le traiter de menteur, bien que tout ceci n’enlève rien à la qualité de son récit, simplement il faut le lire autrement.

Evidemment puisqu’il y a eu procès, on en retrouve le minutes résumées dans la presse d’alors. J’ai fouillé et vous en montre des extraits avec l’ambiance de l’époque. La question reste posée, était-il vraiment innocent ?

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En 1936, un grand pas est franchi pour la condition ouvrière, l’octroi des congés payés à l’initiative du Front Populaire, mené par Léon Blum et rassemblement des partis de gauche. Depuis le 19ème siècle, la gauche est présente au niveau électoral, mais le plus souvent en ordre dispersé, ce qui ne lui permet pas de remporter de grandes victoires. Soyons honnêtes, les progrès sociaux ne sont pas une exclusivité de la gauche, les assurances sociales, des mesures fiscales avantageuses pour les plus démunis, sont le fait des partis de droite, avant le Front Populaire. Mais pour certains, on avance trop lentement et un peu timidement. En 1936, pour une fois on arrive à un consensus qui permet d’avoir un gouvernement de gauche, très éphémère rappelons-le, mais dont la mise en place des congés payés restera l’image de marque et ne sera pratiquement jamais remise en cause. Ce congé, fixé à deux semaines, sera le premier exode des ouvriers qui partent découvrir d’autres cieux, s’ils en ont les moyens bien sûr. Evidemment cela ne plait pas forcément au patronat, obligé de passer à la caisse, d’autant plus que le semaine de quarante heures s’ajoute aux congés, et cela a force de loi. Comme dans toute nouvelle donne politique, les lésés ne manquant pas de hurler au loup, les gens de droite, en général, ne manqueront pas de crier que la fin des temps est proche.

Prenons un journal par excellence de droite, Le Figaro, et voyons un peu ce qu’il raconte à la fin juin 36, au moment où les congés payés sont acquis. Le journal donne immédiatement la parole aux milieux patronaux qui fait a son petit calcul, 1 milliard 200 millions, voilà ce que coûtera les congés payés! Un milliard et des grosses poussières, c’est une somme. Mais relativisons là aussi son importance. J’ai fait le calcul, cette somme divisée par la population française de cette époque, environ 40 millions d’âmes, cela représente… 30 francs par tête de pipe! Un peu plus loin, un autre calcul est présenté, le prix de la semaine de 40 heures, estimé proche de 12 milliards. J’aime bien le terme de la présentation, ça coûtera, jouons un peu avec les mots et trouvons une autre définition plus appropriée: ce que les patrons ne gagneront pas, et qui sera très judicieusement réparti entre les ouvriers qui travaillent.

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Un milliardaire, c’est justement le nom que l’on donne à un homme qui possède au moins un milliard. Les mathématiques ont la vie dure, mais la fortune de ce monsieur représente en gros le prix à payer pour que tous les ouvriers puissent prendre deux semaines de vacances. Justement une semaine après l’instauration de ces fameux congés, il y en a un qui est reçu à l’Elysée, un certain membre de la famille Rockfeller. Il a généreusement (mais quand on donne un confetti de sa fortune est-ce vraiment de la générosité?) à quelques rafistolages à Versailles. Bien évidemment Le Figaro consacre un bout de sa première page à tant de bonté dans un article dont je vous donne le titre, c’est bien suffisant, le reste étant du cirage de pompes. En dessous vous trouverez un compte rendu de sa réception à l’Elysée où il est fait, c’est bien la moindre des choses, grand croix de la Légion d’honneur. Tout ce barda lui a été remis par le président de la République, Albert Lebrun. Eh oui, c’est déjà la cohabitation, un gouvernement à gauche est un président à droite. Il le restera d’ailleurs jusqu’à la guerre toute proche. C’est lui qui fera appel à Pétain, et on connait la suite…

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Il fallait bien évidemment aller voir dans un journal qui à l’époque pouvait avoir l’air triomphant. Il s’agit bien sûr de L’Humanité, journal fondé en 1904 par Jean Jaurès, qui s’orienta par la suite vers le communisme et devint le journal officiel de ce parti. Il ne fit pas la grande erreur d’être un journal exclusivement politique, mais un journal qui se lit comme un autre avec ses petits faits divers, la publicité et les pages culturelles, même très culturelles. Evidemment tout ce qui peut avoir trait de près ou de loin à la politique est très ancré à gauche. Parfois excessif dans ses propos, il reste néanmoins un journal qui met en exergue les malheurs que la condition ouvrière peut parfois subir. Il est bien le seul à s’y intéresser inlassablement, en proposant des remèdes qui peuvent parfois être pire que le mal. Mais on peut aussi le considérer comme un « mal » nécessaire dans toute démocratie, ne serait-ce que pour rappeler que ce nom n’est pas seulement l’apanage de ceux qui l’emploient à mauvais escient.

Voyons ce qu’il dit en présentant ces fameux congés.

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Alors Le Boss, un homme de gauche? Ben j’ai une définition toute faite, je ne suis pas de gauche et encore moins de droite. En politique, comme en religion je suis un libre penseur, prêt à applaudir toute initiative favorable aux plus humbles que cela vienne de gauche ou de droite. Je crois que le terme qui me convient le mieux est libertaire. Quand je vois le ballet de clowns qui s’agite en vue des prochaines élections présidentielles, j’ai envie d’employer un terme phonétiquement semblable à ballet… balai!

Source des articles: Gallica, BNF, DP

4 réflexions sur “Eclats de nylon et vieux papiers (27)

    • Bienvenue,

      Il est parfois bon de se perdre là où ne pensait pas venir. Et qui sait ce que l’on peut y trouver…

      Merci pour votre appréciation et que le charme demeure…

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