Des bas années 60

Un avis mortuaire dans un journal, ça n’a rien à voir avec une paire de bas, et pourtant en le lisant l’autre matin, je suis remonté un sacré bout de temps en arrière, au temps de ma jeunesse. C’est toujours un peu triste d’apprendre que quelqu’un que l’on a connu et avec qui on a partagé des années d’école a soudain cessé d’exister. Cette personne ne pourrait être qu’un simple souvenir, mais elle fut un peu plus que cela, ce fut une des filles dont j’admirais discrètement les jambes d’un œil déjà connaisseur.

Elle s’appelait Sylvia et nous avions le même âge. Dans la petite école d’un village perdu et perché sur les flancs d’une vallée verdoyante, nous faisions partie de ces élèves qui n’ont pas trop de problèmes avec le pion chargé de nous inculquer l’équation à un tas d’inconnues et l’art de conjuguer le verbe, acheter un presse-purée, à tous les temps. Les années soixante s’écoulaient paisiblement au rythme des airs à la mode où la grande crise existentielle se résumait au bonheur de posséder un marteau, d’entendre siffler le train ou d’écouter les angoisses d’une idole des jeunes. Pour les filles, le nec le plus ultra consistait souvent à ajouter des années jusqu’à un certain âge, à charge d’en enlever plus tard pour un juste équilibre mathématique. Je n’ai jamais bien su ce que les filles se racontaient entre-elles pour se faire mousser, mais il est certain que l’apparition d’un peu de poitrine chez une suffisait à rendre les autres vertes de rage, surtout celles qui guettaient ce signe annonciateur du bonheur de voir sa poupée pisser pour de vrai dans un futur pas si lointain. Certainement plus facile, les premiers bas étaient un artifice qui laissait supposer que les chaussettes c’était désormais pour les gamines. Le collant n’était pas de mise, s’il existait c’était juste pour les danseuses qui pataugeaient dans  le Lac des Cygnes. Non, c’était le bas tel que nous le rêvons, celui que maman portait déjà depuis fort longtemps.


Un beau jour, elle apparût avec ce petit quelque chose en plus, une banale paire de bas, un pour chaque jambe. Je pense que toutes les filles de la classe remarquèrent cette nouveauté. En tant que garçon je fus, je pense, un des rares à noter le fait. Il est vrai que mes copains de classe en étaient encore à comparer les mérites du 22 long rifle en plastique véritable, plus léger, avec celui métallique de la décennie précédente, plus solide. Un statut de fils unique m’avait permis avec une certaine liberté, de m’intéresser au monde qui m’entoure d’une manière approfondie, par un tas de lectures, de films, qui n’étaient pas forcément destinées à la jeunesse, mais accessible sans problème. Il y avait Sherlock Holmes, le commissaire Maigret, et un film tv adapté d’un récit surréaliste peu connu de Charles Dickens, « The Mugby Junction », qui m’a ouvert le chemin vers la littérature fantastique. Dans ce monde alentour, la domaine de la réalité fantastique s’arrêtait souvent à un coup d’œil sous la jupe d’une fille, au porte-jarretelles qui séchait au vent de l’été sur un fil derrière la maison où j’habitais. L’apparition de cette copine, nouvelle tendance vestimentaire, mit un accélérateur à ma libido. Elle était assise devant moi en classe et je pouvais, l’air de rien, admirer à longueur de classe, le galbe de ses jambes. Très honnêtement, elle était rarement en pantalon et sauf pendant la saison chaude, elle portait toujours ses fameux bas. Elle mettait parfois même des bas à coutures, un air de dire à l’entourage, qu’elle avait de l’argent de poche. Car, là je vais peut-être apprendre quelque chose aux jeunes, les bas à coutures se payait sensiblement plus cher que le bas standard avec talons renforcés. Je me souviens même qu’elle a dû donner des explications à une copine qui n’avait jamais vu de tels bas et qui croyait sans doute à un défaut de fabrication. Il est vrai que la fille en question venait d’un coin très reculé de la campagne.

Si jupe il y avait, elle était toujours d’une sagesse remarquable, à hauteur de genou et presque exclusivement plissée. Vous imaginez bien qu’il était pratiquement impossible d’apercevoir une bosse de jarretelle ou la marque d’un élastique en relief. Le plus que l’on pouvait espérer pour en savoir plus, c’était de mettre derrière elle quand elle montait un escalier ou de guetter un coup de vent intempestif qui aurait mis un peu de désordre dans l’ordonnancement de ses vêtements. Point de cyclone aux prévisions de la météo et jamais le bon angle en montant les escaliers. Pourtant, sans en faire une fixation, c’était devenu pour moi un défi d’en savoir un peu plus. Patience, patience mon ami, ton tour viendra. En effet, mon tour est venu, grâce à un vélo. Un jour, alors que nous sortions de classe, elle a enfourché l’un des rares cycles en possession d’un enfant du village, un modèle féminin quand même. Elle prit un malin plaisir à pédaler dans les environs. Oui, elle était en jupe, oui elle portait des bas, non je n’ai pas regardé ailleurs. Evidemment selon la position de ses jambes sur le pédalier, surtout une jambe tout en haut et l’autre tout en bas, il y avait de quoi se rincer l’œil. Je n’étais pas toujours dans le meilleur angle de vue, mais j’ai quand même aperçu quelques fois, le haut de ses bas et un bout de jarretelle, indubitablement de couleur blanche. Je soupçonne encore aujourd’hui que son jeu n’était pas tout à fait innocent, mais à cette époque il n’y avait pas autour de ces accessoires, tout ce côté un peu sulfureux qui l’entoure maintenant. Si certaines femmes maintenant se font prier pour mettre des bas, jadis, il aurait presque fallu les prier pour qu’elles les enlèvent. L’anecdote suivante en est la parfaite illustration. Elle met d’ailleurs en scène la même personne. C’était un matin pendant les grandes vacances. L’idée d’un pique-nique fut lancée, destination la forêt environnante. Qui avec ses saucisses, qui avec ses côtelettes, il y aura des grillades à midi. Bien sûr, j’en étais et Sylvia aussi. Malgré un soleil resplendissant et une chaleur des plus respectable, la demoiselle avait quand même mis des bas. Au fur et à mesure que le temps passait, ce sacré thermomètre faisait du sport à sa manière. Ce jour là, il avait décidé de s’initier à l’escalade. La viande cuisait et Sylvia aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Finalement, elle décida qu’il lui fallait absolument enlever ses bas. Mais voilà, pas la moindre cabine à l’horizon. Avec la complicité d’une copine, qui tenait une couverture tendue devant elle un peu plus loin, elle procéda à un strip-tease. Malheureusement invisible pour nous, mais dont nous devinions quand même un peu le déroulement. J’eus quand même ma petite récompense quand elle revint vers nous, avec une paire de bas à la main et une petite gaine blanche, bien sage. Si cela arriverait maintenant j’espérerais quand même un porte-jarretelles un peu coquin. Je dois bien avouer cela m’était indifférent au moment où j’ai vécu cette scène. J’avais percé un peu des secrets de cette fille et depuis, chaque fois que je l’ai vue, j’avais quand même une idée plus précise de ce que sa jupe pouvait cacher. J’ai volontairement choisi de parler d’elle plutôt que d’une autre, elle n’était pas la seule à porter des bas, j’ai vu d’autres scènes sans doute plus aguichantes, mais c’est une sorte d’hommage que je lui rend. L’hommage d’un adolescent silencieux, qui l’admirait pour ses jambes plutôt bien foutues, ses bas toujours attirants pour mon regard, sa petite jupe plissée qui cachait ce que j’aurais bien voulu voir. La vie ne nous a pas séparés, elle nous a éloignés. On s’apercevait de temps en temps, juste de quoi se dire un bref salut. Je sais que sa vie ne fut pas toujours un rêve, sans qu’elle se transforme en cauchemar. Quand je repense aux bancs de l’école, j’étais bien loin de m’imaginer qu’un jour je lirais son nom sur un avis mortuaire. Salut Sylvia, j’espère que tu ne m’en voudras pas de te raconter à ma manière, mais là-haut, je crois que ça n’a pas d’importance. Et peut-être que les anges portent des bas…

5 réflexions sur “Des bas années 60

  1. comme vous le dite ci bien en ce temps la les bas était plus cour que maintenant les voiture ouvrait dans le bon sence pour nous les petit voyeurs a les belle vision que j ai pus faire dans ses belle année née en 1946 j ai vécu le bon temps des bas nylon et porte jarretelle ej me rappel toute ma jeunesse a qu cella était beau dommage de la naissance de ce foutu collant .bien a vous chris

  2. Bonjour à vous tous…

    Voilà un Post qui ferait le bonheur de Isabelle183 , qui est toujours soucieuse d’ « élégance à l’ancienne » et experte dans l’art du tailleur, panoplie de la « secrétaire de rêve ». Rires.
    La secrétaire reste le fantasme numéro Un chez la gent masculine presque à ex-aequo avec ses « anges de guérison », que sont les infirmières.
    Dont une tradition, vérifiée ou non, voudrait qu’elles portent d’affriolants dessous sous leurs blouses immaculées pour le plus grand bien-être de ses patients… Que ne feraient-elles pas pour accélérer la guérison !
    Et si l’érotisme glamour était recommandé dans le traitement ?
    Bon week-end. Peter Pan.

    • La secrétaire et l’infirmière. La présence de la seconde est moins enviée du fait du métier qu’elle exerce. Mais enfin si c’est pour une bagatelle et pour la bagatelle, alors ça va!

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