Mes ancêtres ne portent pas de collants

C’était un dimanche, ça je m’en souviens bien, remarquez que tout autre jour de la semaine aurait pu faire l’affaire. J’étais en train d’essayer d’établir pour un monsieur qui s’intéressait à la généalogie, une liste de mes ancêtres. Par un pur hasard, il se trouvait que sans le connaître, nos familles respectives devaient avoir une ascendance commune. Très bien renseigné le bonhomme, il m’a appris que ma grand-mère paternelle qui portait le même patronyme que le sien était une famille dont les origines remontaient à 2000 ans dans ce qui est l’Iran actuelle. Soit dit en passant, la théorie de la pureté de la race me fait doucement rigoler. Je devais pour cela aller dans plusieurs cimetières rechercher les dates fatidiques de quelques personnes qui de loin ou de près ont fait partie de ma famille. Muni de quelques renseignements sur la date des décès, j’ai parcouru trois endroits différents et j’ai pu obtenir ce que je cherchais. Heureusement , c’était pas trop loin. Sur le chemin du retour, moi et ma belle petite voiture, nous regagnions d’une humeur joyeuse le home sweet home. En passant dans un village, je vois une jeune femme qui faisait de l’auto-stop. J’en ai tellement fait dans ma jeunesse, que je ne peux pas décemment les laisser au bord de la route, juste retour des choses. De plus, cette personne était plutôt jolie, en jupe, et visiblement ses jambes n’étaient pas nues. Là, vous imaginez tout de suite le fond de ma pensée, je continue tout droit bien sûr. Mais non, mais non, je m’arrête et j’accepte de la déposer une quinzaine de kilomètres plus loin. Dès qu’elle fut à l’intérieur, quelque chose me frappa. Plutôt ce fut mes narines qui m’avertirent. Comme je l’appris par la suite, c’était une étrangère, une Allemande, qui venait apprendre notre belle langue. Pour cela, elle avait choisi de séjourner dans une ferme, en aidant le paysan aux travaux. J’imagine que vous savez faire la différence olfactive entre une employée agricole et celle qui travaille au rayon parfumerie des Galeries Lafayette. Donc une odeur d’écurie commence à se répandre, je ne dirais pas joyeusement, dans ma bagnole. Pour couronner le tout, je pense que le dimanche à la ferme, après la sortie de l’église, on avait l’habitude d’écluser quelques verres de gnôle pour fêter ça. Et visiblement, pendant ces libations, le propriétaire n’avait pas demandé à la miss d’aller amener Pâquerette au taureau. Elle en était assez imbibée et l’odeur de ces fruits du verger distillés est plutôt tenace. Alors me voilà embarqué avec une passagère qui sent bon le terroir tous azimuts. J’en prenais plus avec le nez qu’avec un aspirateur. Heureusement que je ne suis pas tombé dans un contrôle de police, car pour sûr, il me faisaient souffler dans le ballon. Restait quand même un petit espoir, et les jambes de la demoiselle? Je dus déchanter bien vite, car le jupe qui était remontée assez haut, ne laissait pas de doute sur la présence de collants. Connaissant son pédigree, je ne l’imaginais pas trop aller traire Pâquerette en porte-jarretelles. De toute façon, les vaches et même le taureau s’en foutent.

Le problème avec cette histoire, c’est qu’il est difficile de mettre une illustration en rapport avec un texte qui ne parle pas de bas. Alors pour contourner l’obstacle, je vais l’illustrer avec ma pensée juste au moment ou j’aperçois la fille au bord de la route.On peut rêver!

Bas nylon et un peu de Paris

Nous avons vu récemment l’histoire de cet avion perdu dans les Andes où les survivants durent manger de la chair humaine pour survivre.

N’allez surtout pas croire que c’est une première, manger son prochain est aussi vieux que l’existence de l’homme sur notre très bizarre planète. Chez les Cannibales, c’était une pratique relativement courante. L’existence de cette vilaine habitude fut rapportée par Christophe Colomb lors de son séjour à Saint Domingue. Il s’agissait surtout d’une coutume guerrière qui consistait à manger les vaincus, principalement pour assumer définitivement sa suprématie.

Sous nos latitudes, il va sans dire que cette pratique n’existe pas, en théorie du moins. Il ne faut pourtant pas grand doute qu’ici et là, on a mis cela en pratique.

Plusieurs assassins en série pratiquèrent le cannibalisme de façon plus ou moins avouée. Dans ces cas, en humour noir on peut dire que c’était pour leur consommation personnelle. Mais il existe aussi  un moyen encore pire, c’est de faire manger de la chair humaine à l’insu du consommateur. 

A moins d’être un consommateur averti, bien peu de gens sont capables de différencier un morceau de viande et son animal d’origine. L’exercice est déjà difficile quand la viande est entière, mais quand elle est hachée cela relève presque de la haute voltige. La preuve évidente, ce sont les scandales qui ont éclaté ces dernières années, avec des plats étant à base de ceci alors qu’ils étaient à base de cela. L’industrie alimentaire, à part nous infliger de mauvaises habitudes, nous fait avaler n’importe. 

Dans cette bonne ville de Paris, il y a une histoire qui a longtemps circulé et qui circule encore. Elle est ancienne, et on ne sait plus très bien quand elle s’est déroulée, mais on en trouve de nombreuses mentions à travers divers ouvrages. Voici le résumé de cette histoire dans un ouvrage datant du 19ème siècle.

La rue de Marmousets existe encore, c’est aujourd’hui une très courte artère, jadis plus longue, de quelques mètres dans le 13e. Autrefois, il y avait dans Paris des noms de rues qui étaient plutôt gratinés. Mais pour bien comprendre, il faut se rappeler un peu d’histoire. 

Ce bon Louis IX, dit Saint Louis, a une aversion pour la prostitution. Il en interdit la pratique dans ce qui était alors Paris intra-muros. Ces braves dames et leur suite durent alors s’exiler au delà des fortifications, en gros le quartier du Sentier actuel vers le Boulevard Sébastopol et la rue Saint-Denis. Bien sûr, par la suite Paris s’étendit et avala toutes ces rues pour en faire la ville actuelle. Mais le quartier resta dédié au commerce du sexe, la rue Siant-Denis est encore une rue où l’on fait le commerce du sexe, mais ce n’est plus une rue entièrement dédiée à cela. Jusqu’au 19ème siècle perdurèrent des noms de rues dont le nom de baptême fut choisi au coin du bons sens par rapport au activités qui faisaient la réputation les lieux. On y trouvait notamment:

La rue Gratte-Cul, devenue Dussoubs

La rue du Tire-Boudin, devenue Mary Stuart

La rue du Poil au Cul devenue Pélican

La rue Pute-y-Muse devenue Petit-Musc

La rue des Vertus, nom d’origine donné par ironie… n’a pas changé de nom!

Comme la plupart des villes qui ont des siècles d’existence, on peut remarquer qu’elles savent s’entourer d’un certain folklore local. Paris ne fait pas exception à la règle, c’est même très prononcé, alliant l’esprit latin à une certaine envie de fronde toujours très présent dans la mentalité du représentant local. Fait plutôt rarissime, la ville possède un parler très structuré et vaste, l’argot. Pour une partie, on y trouve des mots typiques, mais dans l’autre c’est un détournement avéré des mots courants. De quoi rendre fou, le touriste qui carbure au français académique. Imaginez ce que peut donner dans l’esprit d’un touriste qui entend l’expression « elle est allé aux asperges », il va très certainement penser qu’une personne va acheter des asperges ou va faire son marché s’il a un peu d’imagination. Dans la réalité, l’expression veut dire que la personne va se prostituer. Il faut admettre que l’expression argotique est nettement plus rigolote. Ne parle pas l’argot qui veut, mais sans le savoir nous connaissons quand même un certain nombre de ces mots pour les avoir entendus dans un film ou dans une chanson. Bon nombre de mots ont passé dans le langage courant et même franchi les frontières des pays francophones alentours. Avec un peu d’imagination et de volonté, on peut deviner la signification quand ils se glissent dans une conversation. Par exemple, dans l’expression « carmer l’apéro », carmer veut bien sous-entendre payer l’apéro.

L’argot n’est pas né par hasard. A l’origine c’était un parlé employé à bon escient par les malfaiteurs, le milieu, pour n’être compris que par les gens du même bord. Il connut un regain d’utilité pendant l’occupation allemande, employé par les résistants et autres personnes en mal avec les Allemands pour pouvoir converser sans trop de risques, car les oreilles ennemies pouvaient traîner dans le coin. Il peut y avoir aussi un argot propre à une profession, un groupe social, qui ne sera pas forcément clairement compris par ceux d’un autre groupe. Parler et comprendre parfaitement l’argot est comme posséder une autre langue, bien qu’elle ne soit pas reconnue officiellement, c’est sans doute son charme le plus cocasse.

Prenons quelques exemples, mots propres et expressions figurées, avec un endroit que l’on connaît bien : le bistrot.

Bistrot : le café, le restaurant. Sans doute un des mots d’argot les plus connus dans le monde entier.

Loufiat : le serveur typiquement parisien

Chômeur : un verre d’eau car les sans emploi n’ont en principe pas les moyens de se payer du vrai.

Rhabiller la fillette : remplir un verre vide.

Pompette : ivre.

Avoir les lunettes en peau de saucisson : ne plus y voir très clair en étant ivre.

Dégobiller : par extension à dégoupiller, vomir en ayant trop bu.

Consolante : quand le patron d’un bistrot encaisse les consommations. 

Coup de l’étrier : boire un dernier dernier verre avant de partir.

Jaja : vin mais plutôt de basse qualité.

Boire en Suisse : boire tout seul.

Paris ne serait rien sans quelques photos. Il n’y a qu’à piocher dans la vaste collection des photos anciennes, bien plus intéressantes que celles d’aujourd’hui. Non seulement elles donnent une idée de hier, mais aussi de la manière de vivre d’alors. C’est parfois assez marrant.

Le genre de prise de vue presque impensable aujourd’hui. Vous remarquerez au dessus de l’enseigne de la pharmacie, une publicité vantant l’allégresse du vin. On est dans les années 50.

Un bout de rue où les piétons traversent ces fameux passages cloutés. Il est indiqué qu’elle a été prise dans les années 50 sans plus de précisions. Mais l’histoire est un vaste domaine où chacun peut selon ses connaissances préciser certains détails et apporter quelques lumières C’est justement mon cas pour cette photo. 

Sur l’espèce de cabane qui est derrière le monsieur, nous trouvons une publicité qui concerne la chanteuse Brenda Lee et la mention « Dynamite ». Connaissant mes classiques du rock and roll par coeur, je peux avancer que ce disque dont il s’agit probablement d’une pub pour la publication française, date de 1958. On peut donc avancer que cette photo date de 1958 – 59, mais pas avant. On peut aussi supposer que cette édifice qui a l’air de faire partie d’un chantier n’est pas resté des années à cet endroit, donc la date donnée est assez précise.

Même remarque pour cette image. Sur le kiosque on voit mentionnée le nom de Dalida sur une affiche. En sachant qu’elle est surtout connue depuis 1957…

Des bagnoles qui feraient la joie des collectionneurs et pourtant banales à l’époque

Paris est assurément la ville qui a enfanté le plus de chansons. Citez-moi des chansons qui contiennent des noms de villes. Vous en trouverez certainement, Londres, Rome, New York, San Francisco, cela existe. Un des critères de jugement pour la popularité est certainement celles qui sont créés par des artistes étrangers. Il est plus facile pour un Italien d’écrire une chanson sur Rome ou Venise, ou un Américain d’en faire une sur New York. Mais qu’un étranger fasse une chanson sur Paris et qu’en plus elle devienne un standard, c’est un hommage rendu à la ville. Remarquez qu’un chanson peut rendre hommage à Paris sans forcément avoir son nom sans le titre. Les célèbres chansons « Pigalle » ou « Ménilmontand » ne peuvent être dissociées de Paris. Mais avant tout, s’il y a un instrument qui symbolise Paris, c’est bien le piano à bretelles. Un des plus célèbres airs de musette, enregistré pendant l’occupation par Tony Murena

Dans le style des reprises voici la superbe version, un peu jazzy, du « Sous Le Ciel De Paris » par Andy Williams

Pour les création originales, la superbe chanson toute romantique de Paul Anka « Les Filles De Paris »

Une des plus célèbres chansons anglophones sur Paris fut composée par Cole Porter dans les années 20. Il en existe des centaines de versions. Voici celle d’un des plus grands crooners de tous les temps, Bing Crosby.

Sources Gallica, BNF, DP

Du nylon quand le jour se lève

 

Je n’ai jamais caché ma préférence pour le cinéma français des années 30. Ce n’est pas la seule période intéressante, mais celle-là aligne les grands films plus que tout autre. Entre Marcel Carné, Jean Renoir, Julien Duvivier et quelques autres, il y a de quoi se scotcher à l’écran. Depuis que le cinéma parle, vers la fin des années 20, il a conservé cette aspect un peu théâtral de l’acteur, une grande partie vient de là, en y ajoutant une voix qui est son autre carte de visite. La trilogie de Pagnol est presque plus gravée dans les mémoires par les voix que par les interprétations.
Avec « Le Jour Se Lève » Marcel Carné explore le monde ouvrier de l’immédiat après Front populaire. Ce qui attire en premier lieu l’oeil du spectateur, c’est sans doute le décor.  Des banlieues enfumées par les usines, le matin gris qui se lève alors que le monde se rend  à son travail. C’est la place rêvée pour qu’un drame se déroule, il va d’ailleurs se construire sous les yeux du spectateur. L’histoire de déroule à l’envers, on assiste par de nombreux retours en arrière aux faits qui vont y conduire, des flashbacks, une technique peu expérimentée à l’époque.
François (Jean Gabin) est un ouvrier pas trop mécontent de son sort. Il fait un travail pénible de sableur dans une usine avec son collègue Gaston (Bernard Blier). Il tombe amoureux de Françoise (Jacqueline Laurent), une jeune fleuriste qui ne répond pas de manière empressée à ses avances. Un autre homme Valentin, un baratineur  dresseur de chiens (Jules Berry), a également des vues sur elle. Il n’hésite pas à la faire passer pour sa fille afin de décourager François, tout en lui proférant des menaces. La maîtresse de Valentin, Clara (Arletty), tente de le consoler à sa manière et de le mettre en garde, elle qui le connaît bien. Ainsi, le drame peut se nouer qui ira jusqu’à l’assassinat de Valentin par François.
L’interprétation est majestueuse, Gabin tient là un de ses grand rôles. La scène finale est un moment d’anthologie. Jules Berry dans son rôle de cynique est toujours parfait. On aime le détester. Comme dans beaucoup de ses apparitions, on voit  l’homme du théâtre, parfois jouant comme il le sent et non comme on veut qu’il joue. Arletty est dans son premier rôle dramatique, elle ne démérite pas, égale à sa légende.
Carné qui a déjà entamé une collaboration avec Jacques Prévert poursuit avec lui. Il signe les dialogues parfois savoureux du film. Il aura encore l’occasion de rencontrer sur sa route quelques grandes réussites du cinéma de cette époque, qui deviendront mythiques aussi grâce à lui.
Tant par son ambiance, par ses scènes remarquables, ses dialogues, ce film restera à jamais un moment inoubliable. Il passe d’autant mieux à la postérité qu’il semble toujours trouver un public pour l’aduler. Il peut aussi se regarder comme un documentaire hors du temps, la vie dans les années 30, ses joies, mais plus encore, ses drames.

Autour du film

Le film fut à sa sortie assez fraîchement accueilli par le public qui ne comprenait pas trop la narration du film en flashback. Par la suite, une introduction expliquait le déroulement du film.

La censure fit supprimer une scène du film où Arletty était nue.

Tourné dans un contexte difficile, la guerre approchait, il fut au début de l’occupation, pour finalement ressortir en 1942. Il connut alors un succès plus conséquent.

La maison où habite Gabin est construite spécialement pour le film. Il n’y a pas de mur à l’arrière, ce qui permettra à la caméra de faire des plans en sautant allègrement les étages. Il y a aussi de nombreux décors érigés spécialement pour le film.

Jacqueline Laurent a été imposé à Carné par Prévert dont il était l’amant à l’époque.

En hommage un film, une rue à Boulogne-Billancourt porte le nom du film.

Avec : Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Arthur Devère (M. Gerbois), René Bergeron (Le patron du café), Bernard Blier (Gaston), Marcel Pérès. 1h33.

Des bas nylons et des journaux

 

Vous croyez tout ce que l’on raconte dans les journaux?

Si c’est le cas, vous faites sans doute partie de ceux à qui l’on va vendre, ou risquer de vendre des action dans une mine d’or en Alaska. Pour être honnête, si je trouve une combine pour me faire de l’argent facile, tout en restant d’une parfaite honnêteté, vous pensez bien que je vais la garder pour moi. La concurrence dans ce domaine n’est jamais bonne. Il se peut quand même que l’on aie besoin de mon argent pour en faire quelque chose, quelqu’un peut avoir une idée géniale et pas le premier sou pour la mettre en valeur. Chaque cas est à examiner à la loupe et l’on doit décider de l’opportunité de faire confiance ou non à la personne qui vous tape.

Quand j’étudiais, j’ai appris une chose dont je me doutais déjà, que la presse écrite est un moyen d’éduquer les masses, entendez par-là qu’elle sert à forger son opinion dans un sens ou dans un autre. Libre à vous de choisir cette source. Avec la Toile, c’est un peu la même chose, mais en pire. Cela va très vite, d’autant plus que le danger réside dans le fait que chacun peut lancer un fake, comme on dit maintenant. Un politicien connu échappé d’un bocal de cornichons pilote son navire en lançant des tweets, la guerre des tweets a commencé pauvre de nous…

Dans nos pays occidentaux, la presse est quelque chose de relativement libre, on y tient beaucoup. Il n’y a qu’à voir comme le fameux Canard Enchaîné a changé le paysage politique français suite à une certaine affaire. L’accusé a maintes fois pointé un doigt vengeur vers lui, mais on attend toujours les résultats. La presse est d’autant plus libre qu’elle est indépendante financièrement, voir le film d’Orson Welles « Citizen Kane » en passant, et dans ce genre le Canard est un exemple unique. Qu’il le reste, quoiqu’en pensent les pisse froid.

Nous allons voir à travers des exemples comment la presse peut être mal informée et publier des informations plus ou moins fantaisistes. Pour cela j’ai choisi un fait divers célèbre, absolument pas politique, donc en principe nullement soumis à des pressions quelconques et sa relation à travers des journaux locaux. Je vous fais un résumé succinct.

Le 13 octobre 1972, un avion Fairchild loué par une équipe de rugby uruguayenne avec quelques supporteurs doit se rendre au Chili. A la suite d’une erreur de pilotage, l’avion s’écrase dans la redoutable cordillère des Andes à 3600 mètres d’altitude. Lors du choc, l’avion s’est brisé en plusieurs parties, il perd ses ailes, sa queue et une partie de la carlingue. En guise de logis, ils n’auront qu’une partie de cette dernière pour abri. Il y avait 45 personnes à bord, 12 meurent dans le crash, les autres survivent, mais certains sont très grièvement blessés et mourront les jours suivants. 

Evidemment des recherches sont entreprises, mais la carlingue comme l’avion est de couleur blanche et comme elle est posée sur la neige, elle est peu visible et ne sera d’ailleurs pas aperçue, bien qu’un avion aie survolé la zone du crash et a été vu par les rescapés. Au bout de quelques jours les recherches s’arrêtent, on est sans espoir de retrouver des vivants. On a la certitude que l’avion s’est écrasé à haute altitude, très probablement dans un endroit inaccessible où il est impossible de survivre longtemps.

Et pourtant, quand les recherchent s’arrêtent, il y a toujours des survivants. De 33 au départ, il ne seront plus que 16 à être encore en vie au moment du sauvetage, 70 jours après l’accident. Les autres mourront au fil du temps des suites de leurs blessures, de faiblesse, dont 8 lors d’une avalanche qui le 29 octobre, ensevelit l’avion sous des mètres de neige. 

Les conditions de survie s’avèrent immédiatement très difficiles. La nuit, il fait une température glaciale, vers – 30 degrés.  Ils ont peu ou pas d’habits chauds, c’est le printemps dans l’hémisphère sud, et le voyage n’est pas prévu pour faire de la haute montagne. Le pire, c’est la nourriture, il n’y a pratiquement rien à manger, seulement quelques maigres provisions emportées par l’un ou l’autre des passagers. 

Bien vite, il leur vient à l’esprit que la seule nourriture disponible se trouve être les corps de leurs amis décédés, heureusement avec le froid ambiant ils sont bien conservés, congelés est le mot qui convient. De plus, quand ils apprennent que les recherches ont cessé, ils ont un transistor en état de marche, ils sont persuadés que la seule solution, c’est d’envoyer une équipe donner l’alerte. Pour cela, il faut des forces tant pour ceux qui feront l’expédition que ceux qui resteront sur place. Malgré la répulsion, on commence à couper des bouts de viande sur les cadavres. Tous n’y arriveront pas, mais ceux qui sont retenus pour l’expédition doivent s’y résoudre.

Faire une expédition c’est une chose, mais ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils se trouvent. Faut-il aller vers l’ouest ou l’est ? La vallée où ils se trouvent est entourée de montagnes qui semblent infranchissables. Ils n’ont aucun équipement adéquat pour faire de l’alpinisme, même pas des habits corrects.

Après bien des hésitations et des explorations aux alentours, dont l’une où ils retrouvent la queue de l’appareil, trois des survivants décident de partir en direction de l’ouest, c’est à dire vers le Chili, malgré la présence d’une montagne abrupte qu’ils décident d’escalader. Ce sont Fernando Parrado, Roberto Canessa, Antonio Vizintin, nous sommes le 12 décembre 1972. Le troisième jour, ayant estimé la quantité de « vivres » à disposition et ayant une idée plus précise de la difficulté de l’expédition, il est décidé que Vizintin retournera à l’avion, ils continueront à deux.  

Après un voyage aux innombrables difficultés en suivant une vallée qui s’étale au pied de la montagne qu’ils ont franchie, ils sont au bord de l’épuisement. Mais ils constatent que la neige se fait plus rare, et même ils trouvent un premier signe encourageant, une boîte de conserve vide signe que quelqu’un est passé par là. Nous sommes le 19 décembre. Le jour suivant, ils aperçoivent un cavalier qui se trouve sur l’autre rive du torrent qu’ils sont en train de suivre… ils sont sauvés!

Venons-en maintenant à ce qui est dit dans les journaux à propos de cette tragédie.

Au moment de l’accident et les jours suivants… rien!

On peut trouver une explication à cela. L’accident a eu lieu un vendredi, donc c’est un peu juste pour sa relation dans un journal du lendemain, au pire c’est pour lundi ou mardi. Ailleurs et à propos d’avion, il s’est passé quelque chose de bien pire à peu près en même temps. Un avion russe Iliouchine s’est écrasé près de Moscou faisant 176 morts d’après les chiffres communiqués, c’est l’accident d’avion le plus mortel enregistré jusque là. Et à cette époque c’est toujours la guerre froide, on aime bien compter les coups chez ces cons de communistes, c’est forcément l’incompétence du gouvernement qui est la cause indirecte de l’accident, y sont pas foutus d’entretenir un avion correctement. Et puis il y a toujours cette manière qu’ils ont de noyer le poisson. Ce commentaire est imaginaire, mais bien dans l’air de l’époque. L’accident du Fairchild est plus un fait d’actualité locale et on ne sait encore rien, sauf qu’un avion a disparu.

Mais les choses vont changer quand on saura qu’il y a des survivants, plus de 2 mois plus tard.

Officiellement, le 21 décembre est le jour où on sait de manière sûre qu’il y a des survivants.

Le 23, le journal publie une première information.

On voit ici que l’information est assez décalée par rapport à la vérité. Les rescapés  ne doivent rien au pilote. Il a probablement commis une erreur de pilotage. Mais il n’a en aucun cas limité les dégâts, ni évité la montagne. Il n’a pas dirigé son avion vers un endroit précis, une plateforme neigeuse comme dit dans l’article, c’est le pur hasard qui a fait que. La question de la nourriture est fausse, il n’y avait presque rien à manger, juste quelques bricoles totalement insuffisantes pour la trentaine de personnes encore en vie juste après l’accident. La question de l’avalanche est également inexacte. Personne ne s’était écarté de l’avion, elle se produisit pendant la nuit alors que tout le monde était à l’intérieur de la carlingue. Les seize personnes ne sont en réalité que 8, mortes par étouffement. On est là dans le vague typique journalistique, il semble que, on suppose que, on croit savoir que.  

Le journal ne paraissant pas le 24 (dimanche), le 25 (Noël), on retrouve la suite le 26 décembre, cette fois-ci en première page et dernière page.

L’article colle un peu plus à la vérité, une personne n’ayant lu que le premier article et racontant l’histoire d’après celui-ci émettra des propos assez fantaisistes. Même ici le résumé est encore assez imprécis. Ils n’ont jamais réparé la radio de l’avion dont les batteries se trouvaient dans la queue et la radio dans le poste de pilotage. Ils firent bien une tentative sans résultat, en amenant la radio dans la queue après sa découverte (le 17 novembre) lors d’une expédition dans les alentours des lieux de l’accident. Par contre, ils avaient bien un transistor avec eux. La question de la nourriture reste toujours clairement inexpliquée. A croire ce qui est inscrit, il se nourrirent de champignons trouvés sous la neige, des champignons à 3600 mètres d’altitude c’est à voir, et surtout de soupes avec des lichens. Il y a bien eu un essai dans ce sens avec quelques rares plantes trouvées dans les alentours. La question de l’eau ne se posant pas trop avec la neige, c’est vers le dixième jour qu’ils commencèrent à manger de la chair humaine. Ils le feront pendant deux mois. 

Le 28 décembre…

Cette fois le journal rapporte l’histoire du cannibalisme. Quant à dire qu’il y a eu des manifestations de colère, certes certains purent être choqués, mais les rues du Chili ne se transformèrent pas en défilés de protestataires. Les rescapés passèrent assez rapidement au rang de héros. Il y a certes eu quelques réticences de la part de certains parents dont leur enfant était mort et probablement mangé par les survivants, bien qu’ils restèrent toujours assez vagues sur qui avait mangé qui. D’autres furent plus prosaïques, à quelque part heureux du dénouement alors qu’on les croyait tous morts, même si le prix qu’ils durent payer était considérable. Et surtout on savait maintenant ce qu’il s’était passé et cela peut parfois soulager plus que tout autre chose. Un philosophe à sa manière souligna que s’il y avait eu ni morts, ni blessés, au moment du crash, ils seraient probablement tous morts. Quant aux autres, ceux qui n’y étaient pas et qui ne sont en aucun cas concernés directement par cette aventure, je crois qu’ils peuvent choisir entre deux possibilités, celle d’admirer le courage et les souffrances des rescapés, le dire, ou sinon… fermer leur gueule. 

Mais encore…

Pour une fois l’église s’est comporté de manière intelligente en soutenant les faits et les rescapés. L’Argentine est un pays profondément catholique, du moins à l’époque du drame, nul doute que la décision de Rome fut aussi un moyen d’apaiser la polémique, surtout que le suicide est selon elle un péché mortel. Ne pas s’alimenter, même avec de la chair humaine, aurait pu s’apparenter à un suicide vu sous un certain angle. Ce aspect ne fut jamais envisagé par les rescapés quand ils décidèrent de passer à l’acte. La seule volonté qui les anima fut celle de survivre.

Cette histoire m’a toujours fascinée, c’est une aventure très moderne, comme il pourra s’en vivre de plus en plus rarement, on peut penser heureusement à juste titre. Mais elle reste un beau témoignage de ce que l’homme est capable de faire dans certaines circonstances tragiques. Il est plus que probable que si cela se produisait maintenant avec les progrès de la technique, l’avion serait repéré assez rapidement.

Mais nous aurons quand même vu au travers cet article, une chose pas complètement inutile, qu’il ne faut pas prendre les journaux au mot et à la lettre. 

Enquêtes et bas nylons

Il y a quelques journaux qui ont la vie dure, là je ne parle pas des quotidiens, mais des journaux périodiques, hebdomadaires, mensuels. parmi eux, il y a Détective que vous connaissez sans doute puisqu’il existe encore aujourd’hui sous le nom de Nouveau Détective. Certes, il a bien changé au fil du temps passant en quelque sorte d’un journal d’information à celui d’un journal de boulevard tendance voyeur. Le contenu, lui, a évolué à sa manière, mais il traite toujours d’affaires criminelles. La différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’à l’époque de sa fondation, il n’y avait pas grand chose de semblable vu sous l’angle de l’information judiciaire. Les grandes affaires faisaient bien sûr la une des journaux, mais les plus petites, les fait divers, étaient transmise au lecteur de manière plus sporadique.

Au départ à sa fondation en 1928, c’est un journal qui se veut sérieux, il est fondé par les éditions Gallimard avec le complicité d’un écrivain fort célèbre, Joseph Kessel pour la partie rédactionnelle, ainsi que son frère Georges comme comme directeur. Quelques plumes célèbres y contribuèrent, Carco, Mac Orlan, Simenon, Cocteau, Achard. Bien vite il est détracté, l’accusant des privilégier le sensationnel avec des titres aguicheurs, d’étaler le crime à la portée de tous. Kessel s’en défend de manière simple : puisque le crime existe pourquoi le cacher, l’information n’est-elle pas mieux que le silence ? Il a aussi ses défenseurs, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir reconnaissent le lire fidèlement. Il sera souvent attaqué en justice, indécence, atteinte aux bonnes moeurs, sans jamais être vraiment, sinon rarement condamné. Dans les années 70, il sera interdit à la vente aux mineurs, ainsi qu’au droit de faire faire de la publicité pour lui-même. Certains, à juste titre, y verront une censure détournée.

La présentation est aussi innovante, on fait la part belle à la photographie. On peut voir la binette de tous ces affreux personnages, de même que celles des victimes. C’est un vieux truc, mais mettre un visage sur un nom vaut son pesant de cacahuètes. Les juges, les avocats ne sont pas oubliés, ils ont leur portrait en regard du compte rendu des audiences. Certains durent en être flattés. La publication se fera sous la forme sépia pendant les premières années.

Il est indéniable que le journal a joué un rôle social dans les années 30. Il s’intéresse de près aux faits divers, mais ne se contente pas de relayer l’information, il mène souvent sa propre enquête, débordant le cadre de la police. On peut soupçonner que certains cas qui trouvèrent une épilogue devant la justice furent traités de manière plus impartiale par cette dernière. On est plus tout à fait devant le cas du fort contre le faible, du riche contre le pauvre. Le relais par cette presse de ces cas précis a sans doute influencé le verdict final. On ne peut plus condamner un voleur de pain au bagne, ni exempter de toute peine une personne en vue qui serait le dernier des gredins en dépit de sa position sociale. Il y a aussi des cause que le journal défendra, celle contre la peine de mort et la fermeture du bagne de Cayenne. Il relaie les combats d’Albert Londres, qui fut un pionnier du journalisme d’investigation, en portant à la connaissance des lecteurs la réalité du bagne, dont on sait qu’il existe mais sans plus. Il fut aussi un des premiers à mettre en exergue la tricherie dans les milieux sportifs, on ne parle pas encore de dopage, mais tout n’était aussi limpide que l’on voulait bien nous le faire croire. Sous une forme que l’on pourrait dire plus récréative, de nombreuses enquêtes amènent le lecteur à découvrir la vie secrète des endroits pas toujours recommandables.

Il est vrai qu’on peut se poser la question, à savoir quel passant le lit et dans quel esprit il est lu. A mon avis, il y a une frange de la population, pas forcément la plus cultivée, qui le lit avec un certain plaisir. Un fait que l’on peut aisément observer, c’est la pléthore de petites annonces pour la voyance, le talismans porte-bonheur et autres, que l’on peut y lire. S’il n’y avait pas une certaine clientèle pour ce genre de trucs, il n’y aurait pas autant d’annonces dans ce genre de presse. Le lien reste à établir avec la personne qui aime les faits criminels et celle qui est superstitieuse ou qui réfère à un horoscope. Enfin c’est chacun son choix, ce n’est pas une critique, juste une constatation.

Dans le premiers numéros, une belle part était consacrée aux comptes rendus des séances de tribunaux et aux petites histoires pas trop banales. Je trouve que c’est une part intéressante, sans doute plus que le reste, car on tombe dans les histoires du tous les jours. Certaines nous font même rire, n’est pas truand célèbre qui veut. Elles méritent pour certaines plus l’asile que le bagne, tellement les protagonistes sont de parfaits idiots.

Voici quelques unes de ces histoires ou de ce tribunal pour rire.

Des bas nylons dans un cercle rouge

Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melleville, 1970

C’est un de mes films coup de coeur, ceux que je peux regarder avec plaisir de temps en temps. Une histoire bien ficelée, mais quand même d’un calme relatif sans toutefois oublier quelques scènes plus remuantes. C’est une belle étude de moeurs, qui montre que tout n’est pas vraiment tout noir ou tout blanc. La canaille peut se révéler plus sincère dans une amitié que sa contre partie dans un monde plus dans la norme bien pensante.
Une des puissances du film est aussi de montrer les acteurs dans des rôles de contre emploi. Bourvil excelle dans un rôle de flic qui n’est pas celui d’amuser la galerie. On l’oublie un peu souvent, il n’a pas joué que les idiots de service, il savait tirer son épingle du jeu dans des rôles de méchants avec plus ou moins avec des circonstance atténuantes. On peut se rappeler de lui dans « Les Misérables » où il est sans doute l’un des Ténardier les plus abjects de ce personnage porté à l’écran. D’autres se rappelleront aussi du « Miroir A Deux Faces » où il devient un assassin par dépit. Alain Delon, plus habitué aux rôles de beau gosse plus rarement à celui de petit truand s’en tire aussi à merveille. Dans ce film où il n’embrasse aucune femme, il est crédible d’un bout à l’autre. Je pense que c’est un des mérites de Delon, il a incarné bien des personnages différents dans sa carrière, sans jamais paraître une caricature de lui-même. Yves Montant en alcoolique victime de délirium se métamorphose en gentleman de la bonne société et en mari généreux. Il est le seul dans le film dont le personnage change totalement de registre. Gian Maria Volontè est évidemment à classer dans les grands acteurs. Bien qu’il fut révélé par le western spaghetti, il n’enchaîna pas moins une belle carrière dont sa présence dans ce film n’entache pas la maestria. François Périer est égal à son habitude, celle d’apporter sa petite touche de bon comédien, sa longueur étant proportionnelle à la durée de sa présence à l’écran.

Il ne faut pas oublier les seconds rôles dont le principal est Paul Crauchet, dont on ne retient pas forcément le nom mais que l’on retrouve ici et là dans 60 ans de cinéma. Et ce bon vieux Pierre Collet, le flic du couloir des « Cinq Dernières Minutes » qui salue Bourrel quand il rentre dans son bureau. Et puis j’aime bien retrouver dans les films ce que l’on pourrait appeler les vieux de la vieille, ici Paul Amiot en chef de la police, un de ces acteurs qui était déjà présent quand le cinéma balbutiait ses premiers mètres de pellicule et qui a plus de 80 ans tourne encore. Sûr que sa présence dans ce film lui assure un petit relent d’éternité.

Le Film

Corey (Alain Delon) a fini de purger une peine de prison à Marseille. Un des gardiens de la prison l’a branché sur un coup qui pourrait devenir le casse du siècle, le cambriolage d’une bijouterie prestigieuse de la place Vendôme à Paris. Corey ne promet rien de précis, sauf qu’il va étudier la chose. Il se rend chez un ancien comparse, Rico (André Ekyan), qui ne s’est pas beaucoup occupé de lui quand il purgeait sa peine. Non seulement il constate que son ancienne petite amie est devenu la sienne, mais que l’argent auquel il estimait avoir droit pour le prix de son silence n’allait pas lui être donné facilement. De rage, Corey se sert généreusement et se tire. Aussitôt Rico envoie deux de ses lieutenants à ses trousses, mais Corey se débarrasse d’eux dans une salle de billard. Il devient alors un assassin en fuite, quelques heures après sa sortie de taule. Il s’achète une voiture et file en direction de Paris.

Parallèlement, le commissaire Matteï (André Bourvil) est chargé de convoyer un malfrat du nom de Vogel (Gian Maria Volontè)  par train de nuit. Au petit matin, ce dernier parvient à prendre la fuite et essaye de disparaître dans une forêt. Aussitôt une vaste chasse à l’homme est entreprise, mais il parvient à se cacher dans le coffre d’une voiture arrêtée sur une aire de repos avec restaurant. Cette voiture c’est justement celle de Corey, qui a vu l’homme se cacher mais qui fait semblant de rien. Il redémarre avec sa bagnole et s’arrête dans un coin désert en signalant au passager clandestin qu’il peut sortir sans crainte. Après quelques explications, les deux hommes s’estiment et Corey accepte de prendre le risque de sortir Vogel de la zone dangereuse. C’est un double risque, car il imagine bien que son double meurtre ne va pas tarder à mettre éventuellement la police sur sa piste.

Ce qu’il reste de l’endroit des scènes du relais routier en Côte d’Or

Malgré quelques péripéties, ils arrivent sans encombre à Paris. Toutefois rien n’est gagné d’avance, Matteï recherche activement Vogel. Corey, si la police ne l’a pas peut être pas encore fiché comme suspect pour le meurtre, la Bande à Rico veut sa peau. Et par dessus tout, il faut préparer le casse, car c’est décidé il aura lieu…

Le film montre la vie telle qu’elle est. D’un côté nous avons les bandits, de l’autre les gendarmes. Que l’on soit d’un côté ou d’un autre, on peut regretter d’avoir fait un choix quel qu’il soit. On s’aperçoit assez vite que Matteï n’est pas mieux logé que le criminel qu’il poursuit. Si le truand cherche la liberté et la trouve pour une durée indéterminée, le commissaire ne l’a pas. Il doit fournir des résultats et s’il ne fait rien, il sera écrasé par le rouleau compresseur de sa hiérarchie qui veut des résultats et qui voit en chaque homme un personnage douteux, même s’il représente là loi. Tous les moyens sont bons pour la faire régner, seuls les résultats comptent.

A plus d’un titre ce film est exceptionnel, c’est la rencontre de quelques géants de l’écran qui se donnent les moyens de faire vivre le film. L’histoire est au fond assez banale, c’est presque un fait divers filmé, comme la police poursuit tous les jours des personnes en mal de loi. Des braquages, des vols, il y en a tous les jours sans que cela nous étonne. Le scénario se déroule comme une rivière qui coule paisiblement. La caméra s’attarde plutôt sur les reflets des personnages qui apparaissent à sa surface. De temps un temps, une chute ou une pente en accélère l’écoulement. Le film sort un peu de sa réserve lors du casse de la bijouterie, la nuit quand l’endroit est vide, un endroit très inaccessible autrement que par la porte. A l’écran, il dure 25 minutes sans dialogues. On les suit dans les maisons voisines, sorte de labyrinthe qui mène au trésor, on descend un mur ici, on passa passe par une lucarne ailleurs. Finalement, on entre dans cette forteresse dont le moindre centimètre carré est sous l’oeil des caméras avec un gardien qui chapeaute la surveillance. Même là, il n’y a pas de tempo rapide, tout se déroule dans un calme parfait, presque sans en bruit, on s’échange juste des signes. La scène est pourtant pleine de suspens,  on retient son souffle.

Autour du fil

C’est le seul film de Bourvil, son avant dernier, où il est crédité de son prénom, André.

La bande sonore, assez jazzy, est composée par Eric Demarsan, un habitué de ce genre d’exercice. 

Le titre du film reprend une citation attribuée à Bouddah : « Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. « 

Crime et bas nylon

Du nylon souriant
Histoires pas drôles

Henri Pranzini est un de ces aventuriers du 19ème siècle qui n’aurait sans doute pas écouté sa mère si d’aventure elle lui avait dit qu’il finirait un jour sur l’échafaud. Pour celui qui cherche l’aventure, la seconde moitié de ce fameux siècle est propice à pas mal de choses. On se déplace avec une certaine aisance, les moyens de transports tels que le train, ont lentement tissé une toile à travers la planète. Pour aller d’un continent à l’autre, les bateaux offrent un tas de possibilités, il existe déjà des lignes régulières pour se déplacer d’une ville à l’autre à travers les mers.

Né en Egypte de parents italiens en 1857, ce n’est pas tout à fait un enfant issu d’une famille de basse condition. Son père a une bonne situation et le fils a fait des études solides, de plus il parle huit langues. On le retrouve dans divers endroits, exerçant le métier d’interprète sur les bateaux, employé aux postes égyptiennes. C’est justement à cette place qu’il est accusé de vol et mis à la porte. Il se transforme alors en aventurier, combattant en Afghanistan et offrant un temps ses services à l’armée russe.

Mais le personnage a d’autres faiblesses, il est joueur, aime les femmes et les fréquente assidûment. En résumé il a souvent besoin d’argent et doit forcer un peu la main du destin pour s’en procurer. En 1886, il arrive à Paris et trouve divers petits travaux, notamment comme traducteur, il a de quoi faire avec son bagage. On lui prête même quelques activités de souteneur et de gigolo de service.

En mars 1887, un triple meurtre est découvert dans ce qui était alors la rue Montaigne. Trois femmes, dont une courtisane vivant plutôt bien de ses charmes, ont été décapitées. Les soupçons se portent sur un suspect, un certain Gessler dont on a un signalement assez vague, mais dont on a retrouvé un mot signé de lui et des objets personnels sur les lieux du crime. Les indices lancent la police sur une piste. Le vol semble être le mobile du meurtre, on acquiert la conviction que notamment des bijoux ont été emportés. La piste que suit la police s’avérera fausse. Par contre, dans une des maisons closes de l’époque à Marseille, un client paye ses passes avec des bijoux. La taulière méfiante avertit la police qui arrête le payeur, il s’agit d’un certain Henri Pranzini.

La police scientifique de l’époque est encore très balbutiante, mais pas complètement idiote pour autant. On se fait envoyer de Paris une liste des bijoux volés et cela semble correspondre. De plus, le témoignage d’un cocher qui a vu Pranzini entrer dans un parc de la ville avec un paquet à la main, permet à la police de retrouver une partie des bijoux volés dans un lieu d’aisance du coin. Bien que le portrait du suspect ne corresponde en rien à celui de l’homme recherché, le filet se resserre autour de Pranzini. De plus, la police parvient à établir quelques faits concordants sur sa possible et probable culpabilité. Tout cela est très ténu, mais le fait le plus probant concerne les indices retrouvés sur la scène du crime. Pranzini a travaillé dans un hôtel de Naples sous les ordres d’un certain Gessler, nom qui correspond à celui du premier suspect recherché. Suite à un vol d’argent, il est renvoyé par son chef, mais lui vole les objets retrouvés plus tard chez les victimes. De là à penser que c’est un montage destiné à accuser faussement Gessler est un pas que la police franchit avec une certaine aisance. Il restera malgré tout quelques zones d’ombres dans cette histoire. Mais en 1887 on ne s’embarrassait pas trop de question d’étique judiciaire, d’autant plus que l’opinion publique avait pris fait et cause contre lui.

Le procès fit couler pas mal d’encre dans les journaux pendant plusieurs semaines. Finalement, malgré ses protestations, Pranzini fut condamné à mort et à être guillotiné, au mieux c’était le bagne à perpétuité.  Elle eut lieu le 31 août 1887. Cette exécution, comme la plupart, était publique. Il est assez rare de trouver dans les journaux, le narration presque minute par minute de ce genre d’événement, dont il faut le souligner que le peuple était avide. C’était en quelque sorte la relation des faits pour ceux qui n’avaient pu y assister. A noter qu’il est fait mention de Deibler dans l’article, ce sinistre personnage était une sorte de célébrité puisque qu’il assumait la tâche de bourreau. Il coupa 300 têtes, ou plutôt actionnait le couperet de la guillotine. On peut se demander quelle dose de sadisme pouvait se cacher à l’intérieur de ce peu ragoûtant personnage. Car je crois, qu’il faut un peu aimer ça pour le faire. Surtout à répétition…

Source Galliva, BNF, DP