Crime et bas nylon

Du nylon souriant
Histoires pas drôles

Henri Pranzini est un de ces aventuriers du 19ème siècle qui n’aurait sans doute pas écouté sa mère si d’aventure elle lui avait dit qu’il finirait un jour sur l’échafaud. Pour celui qui cherche l’aventure, la seconde moitié de ce fameux siècle est propice à pas mal de choses. On se déplace avec une certaine aisance, les moyens de transports tels que le train, ont lentement tissé une toile à travers la planète. Pour aller d’un continent à l’autre, les bateaux offrent un tas de possibilités, il existe déjà des lignes régulières pour se déplacer d’une ville à l’autre à travers les mers.

Né en Egypte de parents italiens en 1857, ce n’est pas tout à fait un enfant issu d’une famille de basse condition. Son père a une bonne situation et le fils a fait des études solides, de plus il parle huit langues. On le retrouve dans divers endroits, exerçant le métier d’interprète sur les bateaux, employé aux postes égyptiennes. C’est justement à cette place qu’il est accusé de vol et mis à la porte. Il se transforme alors en aventurier, combattant en Afghanistan et offrant un temps ses services à l’armée russe.

Mais le personnage a d’autres faiblesses, il est joueur, aime les femmes et les fréquente assidûment. En résumé il a souvent besoin d’argent et doit forcer un peu la main du destin pour s’en procurer. En 1886, il arrive à Paris et trouve divers petits travaux, notamment comme traducteur, il a de quoi faire avec son bagage. On lui prête même quelques activités de souteneur et de gigolo de service.

En mars 1887, un triple meurtre est découvert dans ce qui était alors la rue Montaigne. Trois femmes, dont une courtisane vivant plutôt bien de ses charmes, ont été décapitées. Les soupçons se portent sur un suspect, un certain Gessler dont on a un signalement assez vague, mais dont on a retrouvé un mot signé de lui et des objets personnels sur les lieux du crime. Les indices lancent la police sur une piste. Le vol semble être le mobile du meurtre, on acquiert la conviction que notamment des bijoux ont été emportés. La piste que suit la police s’avérera fausse. Par contre, dans une des maisons closes de l’époque à Marseille, un client paye ses passes avec des bijoux. La taulière méfiante avertit la police qui arrête le payeur, il s’agit d’un certain Henri Pranzini.

La police scientifique de l’époque est encore très balbutiante, mais pas complètement idiote pour autant. On se fait envoyer de Paris une liste des bijoux volés et cela semble correspondre. De plus, le témoignage d’un cocher qui a vu Pranzini entrer dans un parc de la ville avec un paquet à la main, permet à la police de retrouver une partie des bijoux volés dans un lieu d’aisance du coin. Bien que le portrait du suspect ne corresponde en rien à celui de l’homme recherché, le filet se resserre autour de Pranzini. De plus, la police parvient à établir quelques faits concordants sur sa possible et probable culpabilité. Tout cela est très ténu, mais le fait le plus probant concerne les indices retrouvés sur la scène du crime. Pranzini a travaillé dans un hôtel de Naples sous les ordres d’un certain Gessler, nom qui correspond à celui du premier suspect recherché. Suite à un vol d’argent, il est renvoyé par son chef, mais lui vole les objets retrouvés plus tard chez les victimes. De là à penser que c’est un montage destiné à accuser faussement Gessler est un pas que la police franchit avec une certaine aisance. Il restera malgré tout quelques zones d’ombres dans cette histoire. Mais en 1887 on ne s’embarrassait pas trop de question d’étique judiciaire, d’autant plus que l’opinion publique avait pris fait et cause contre lui.

Le procès fit couler pas mal d’encre dans les journaux pendant plusieurs semaines. Finalement, malgré ses protestations, Pranzini fut condamné à mort et à être guillotiné, au mieux c’était le bagne à perpétuité.  Elle eut lieu le 31 août 1887. Cette exécution, comme la plupart, était publique. Il est assez rare de trouver dans les journaux, le narration presque minute par minute de ce genre d’événement, dont il faut le souligner que le peuple était avide. C’était en quelque sorte la relation des faits pour ceux qui n’avaient pu y assister. A noter qu’il est fait mention de Deibler dans l’article, ce sinistre personnage était une sorte de célébrité puisque qu’il assumait la tâche de bourreau. Il coupa 300 têtes, ou plutôt actionnait le couperet de la guillotine. On peut se demander quelle dose de sadisme pouvait se cacher à l’intérieur de ce peu ragoûtant personnage. Car je crois, qu’il faut un peu aimer ça pour le faire. Surtout à répétition…

Source Galliva, BNF, DP

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