Enquêtes et bas nylons

Il y a quelques journaux qui ont la vie dure, là je ne parle pas des quotidiens, mais des journaux périodiques, hebdomadaires, mensuels. parmi eux, il y a Détective que vous connaissez sans doute puisqu’il existe encore aujourd’hui sous le nom de Nouveau Détective. Certes, il a bien changé au fil du temps passant en quelque sorte d’un journal d’information à celui d’un journal de boulevard tendance voyeur. Le contenu, lui, a évolué à sa manière, mais il traite toujours d’affaires criminelles. La différence entre hier et aujourd’hui, c’est qu’à l’époque de sa fondation, il n’y avait pas grand chose de semblable vu sous l’angle de l’information judiciaire. Les grandes affaires faisaient bien sûr la une des journaux, mais les plus petites, les fait divers, étaient transmise au lecteur de manière plus sporadique.

Au départ à sa fondation en 1928, c’est un journal qui se veut sérieux, il est fondé par les éditions Gallimard avec le complicité d’un écrivain fort célèbre, Joseph Kessel pour la partie rédactionnelle, ainsi que son frère Georges comme comme directeur. Quelques plumes célèbres y contribuèrent, Carco, Mac Orlan, Simenon, Cocteau, Achard. Bien vite il est détracté, l’accusant des privilégier le sensationnel avec des titres aguicheurs, d’étaler le crime à la portée de tous. Kessel s’en défend de manière simple : puisque le crime existe pourquoi le cacher, l’information n’est-elle pas mieux que le silence ? Il a aussi ses défenseurs, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir reconnaissent le lire fidèlement. Il sera souvent attaqué en justice, indécence, atteinte aux bonnes moeurs, sans jamais être vraiment, sinon rarement condamné. Dans les années 70, il sera interdit à la vente aux mineurs, ainsi qu’au droit de faire faire de la publicité pour lui-même. Certains, à juste titre, y verront une censure détournée.

La présentation est aussi innovante, on fait la part belle à la photographie. On peut voir la binette de tous ces affreux personnages, de même que celles des victimes. C’est un vieux truc, mais mettre un visage sur un nom vaut son pesant de cacahuètes. Les juges, les avocats ne sont pas oubliés, ils ont leur portrait en regard du compte rendu des audiences. Certains durent en être flattés. La publication se fera sous la forme sépia pendant les premières années.

Il est indéniable que le journal a joué un rôle social dans les années 30. Il s’intéresse de près aux faits divers, mais ne se contente pas de relayer l’information, il mène souvent sa propre enquête, débordant le cadre de la police. On peut soupçonner que certains cas qui trouvèrent une épilogue devant la justice furent traités de manière plus impartiale par cette dernière. On est plus tout à fait devant le cas du fort contre le faible, du riche contre le pauvre. Le relais par cette presse de ces cas précis a sans doute influencé le verdict final. On ne peut plus condamner un voleur de pain au bagne, ni exempter de toute peine une personne en vue qui serait le dernier des gredins en dépit de sa position sociale. Il y a aussi des cause que le journal défendra, celle contre la peine de mort et la fermeture du bagne de Cayenne. Il relaie les combats d’Albert Londres, qui fut un pionnier du journalisme d’investigation, en portant à la connaissance des lecteurs la réalité du bagne, dont on sait qu’il existe mais sans plus. Il fut aussi un des premiers à mettre en exergue la tricherie dans les milieux sportifs, on ne parle pas encore de dopage, mais tout n’était aussi limpide que l’on voulait bien nous le faire croire. Sous une forme que l’on pourrait dire plus récréative, de nombreuses enquêtes amènent le lecteur à découvrir la vie secrète des endroits pas toujours recommandables.

Il est vrai qu’on peut se poser la question, à savoir quel passant le lit et dans quel esprit il est lu. A mon avis, il y a une frange de la population, pas forcément la plus cultivée, qui le lit avec un certain plaisir. Un fait que l’on peut aisément observer, c’est la pléthore de petites annonces pour la voyance, le talismans porte-bonheur et autres, que l’on peut y lire. S’il n’y avait pas une certaine clientèle pour ce genre de trucs, il n’y aurait pas autant d’annonces dans ce genre de presse. Le lien reste à établir avec la personne qui aime les faits criminels et celle qui est superstitieuse ou qui réfère à un horoscope. Enfin c’est chacun son choix, ce n’est pas une critique, juste une constatation.

Dans le premiers numéros, une belle part était consacrée aux comptes rendus des séances de tribunaux et aux petites histoires pas trop banales. Je trouve que c’est une part intéressante, sans doute plus que le reste, car on tombe dans les histoires du tous les jours. Certaines nous font même rire, n’est pas truand célèbre qui veut. Elles méritent pour certaines plus l’asile que le bagne, tellement les protagonistes sont de parfaits idiots.

Voici quelques unes de ces histoires ou de ce tribunal pour rire.