Bas nylons sur la comète

Quelques mots sur les comètes avant de parler de la star.

L’observation d’une comète dans le ciel reste un des spectacles aléatoires les plus intéressants, tant pour les astronomes que le simple spectateur. Tous le monde connaît ce mot, mais sans toutefois en connaître le mécanisme.

Il n’y a aucun mystère de ce côté là, ce sont des corps composés principalement de roche et de glace, de forme très souvent irrégulière qui peuvent avoir des dimensions de plusieurs kilomètres. Leur particularité est de tourner sur une orbite souvent très elliptique, contrairement à la plupart des autres corps célestes qui le font sur un parcours plus ou moins circulaire autour d’une masse dont ils sont les satellites, comme nous sommes un satellite du Soleil et la Lune un satellite de la Terre. Pour la comète cela implique qu’elle vient du fond du système solaire ou d’endroits plus proches comme les environs de Jupiter, tourne très près du Soleil et repart d’où elle est venue, dans le nuage d’Oort pour celles qui viennent de très loin, un endroit situé à une distance d’environ 100.000 fois la distance Terre-Soleil.

Sans que nous le voyions, il y a quasiment en permanence des comètes dans le ciel mais elles sont d’un éclat trop faible pour que nous puissions les voir. La luminosité d’une comète est proportionnelle à son approche du soleil, la glace qu’elle contient entre en fusion et laisse un nuage de vapeur derrière elle, ce que l’on appelle la queue et qui peut mesurer des millions de kilomètres, éclairée par la lumière du Soleil. Un caillou glacé de quelques dizaines de mètres et un autre de quelques kilomètres n’a évidemment pas le même impact sur la grosseur et la visibilité de la queue. La preuve qu’il y a pratiquement toujours des comètes, visibles ou pas pour l’oeil humain, est révélé par le fait qu’il existe des comètes dites périodiques qui reviennent régulièrement, à dates fixes, faire leur petit voyage autour du Soleil. On en connaît plusieurs dizaines dont la plus rapide revient tous les trois ans environ. Les comètes non périodiques sont toutes les autres, celles qui viennent et repartent sans que l’on puisse leur attribuer un cycle précis. On peut imaginer que certaines ne reviendront jamais ou on ne sait quand, car certaines n’ont jamais été répertoriées. Remarquez que parmi les comètes périodiques, on a déterminé pour l’une d’entre elles un cycle de 40000 ans, c’est dire que nous avons peu de chances de la voir de notre vivant. Chaque comète est aussi par définition condamnée à disparaître. La matière qui la constitue s’épuise à chaque passage près du Soleil.

En matière de photographie de comètes, en voici une qui est bien réelle. C’est la sonde Rosetta qui l’a capturée récemment. Il s’agit de la comète Tchouri, une comète périodique connue depuis le 19 ème siècle, qui a un cycle d’environ 6 ans 1/2. Elle mesure à peu près 4 km dans sa plus grande longueur. Comme vous le voyez, l’objet est plutôt difforme. Le plus extraordinaire c’est que l’on voit le début de la queue, toutefois peu brillant, la comète n’étant pas de celles qui illuminent tout le ciel. 

Une autre particularité des comètes est ce que l’on appelle l’inclinaison sur l’écliptique. Pour bien comprendre ce que c’est il faut un mot d’explication.

La première chose à se mettre absolument à l’esprit, c’est que dans l’univers la notion de haut de bas n’existe pas, c’est par rapport à un point donné sur lequel il se trouve, que l’observateur déduira une idée de haut et de bas, sinon les Australiens marcheraient au plafond !

A supposer que vous regardiez le système solaire depuis une planète qui se situerait en dehors de lui et à la même hauteur, vous constateriez plusieurs choses :

Vous verriez pratiquement la plupart des planètes tourner autour du Soleil sur une ligne imaginaire qui semble être le prolongement de l’équateur réel du Soleil. Toutefois en regardant bien, l’alignement n’est pas parfait, les planètes ont de orbites plus ou moins inclinés par rapport à cette ligne. On peut se représenter cela par un carrousel de fête foraine comme le Ski Lift. Au départ quand vous tournez, vous êtes sur une ligne parallèle au sol. Quand l’axe s’incline, les données changent, vous êtes à un moment proche du sol et un demi-tour plus tard le plus éloigné du sol. La couse des planètes autour du soleil est semblable, pas tout à fait sur le même plan. De toutes les planètes, Pluton est la plus inclinée mais aussi celle qui est la plus excentrique, son orbite est la plus éloignée du cercle parfait. Vous penseriez alors les planètes, en gros, tournent sur une ligne qui se trouve à gauche et à droite du Soleil à la hauteur de son équateur. C’est exact, mais il faut imaginer que le système solaire se trouve dans une sorte de cube dont il est le centre et que son influence s’exerce aussi bien à sa gauche ou a sa droite, mais aussi en dessus et en bas de lui. Et justement, dans le cas de certaines comètes, vous pourriez les voir arriver d’en haut ou d’en bas de ce cube imaginaire, tout aussi bien de la gauche que de la droite. Elles sont assez fantaisistes dans le parcours qu’elles se choisissent à l’intérieur de ce cube. En résumé les comètes, surtout les non périodiques, peuvent venir de n’importe quel coin du système solaire.

Après cette petite dissertation sur les comètes, il y en a une en particulier qui est la star des comètes, celle de Halley, plutôt du genre très brillant. Elle est connue depuis longtemps, a été aperçue plusieurs fois sans que l’on sache exactement que c’était la même qui revenait tous les 76 ans. Il fallut que l’astronome anglais Edmond Halley s’y intéresse, en détermine la spécificité et arrive à en calculer la périodicité. En hommage, elle reçut son nom qui inspira bien plus tard le rocker Bill Haley pour nommer son groupe les Comets.  Elle est d’assez grande dimension 15 X 8 km dans plus grande longueur et largeur.

 Pendant très longtemps avec une certaine superstition, on a considéré l’apparition d’une comète dans le ciel comme un présage, bon ou mauvais. En 1910, c’est justement son retour dans le ciel. D’après les premières observations, elle s’annonce très brillante, ce qui ne fut pas le cas lors de son passage en 1986. Des savants plus ou moins avisés annoncent même que la Terre devrait passer dans la queue de la comète aux environs du 20 mai. La presse s’empare de l’événement et bientôt on ne parle plus que de cela, certains y voient même la fin du monde. Les plus optimistes attendent le spectacle avec impatience, les plus pessimistes comptent les heures qu’il leur reste à vivre. 

Voici dans la presse de l’époque, les développements de cette actualité tragi-comique en mettant l’accent sur les articles les plus significatifs.

Comme il est assez difficile de copier les articles de manière régulière, il faut les lire de gauche en droite et de haut en bas par date. On peut les agrandir en cliquant dessus.

 


Une parole biblique, nul ne sait ni le jour, ni l’heure… le reste c’est de la science!

Source Gallica, BNF, DP

Des nylons morts vivants

 

Film

Le décès récent de George A. Romero m’amène bien évidemment à m’intéresser à son film le plus fameux La Nuit des Morts-Vivants. Quand je dis m’intéresser le terme est faible, car je le connais presque par coeur, un de mes films préférés. Classé parmi les films d’épouvante, il marque un renouveau du genre. Ce n’est pas tellement par les scènes macabres qu’il se distingue, il y a en fin de compte assez peu de sang visible ou de scènes cruelles, mais bien par son atmosphère tendue qui ne se relâche pratiquement pas tout au long du film.

La mythologie des zombies a déjà été souvent exploitée quand le film sort en 1968, mais Romero l’aborde d’une manière plus décalée. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un zombie, c’est un mort vivant, c’est à dire un mort qui est revenu à la vie. On peut se douter qu’un mort de fraîche date qui revit a un aspect relativement présentable, du moins son corps est encore plus ou moins intact. Mais quand il s’agit d’un mort plus « ancien », il a pour le moins un look bien plus délabré. Romero exploite cela dans son film, assez modérément d’ailleurs, mais contrairement aux autres films où le zombie est unique ou peu nombreux, ici ils sont des centaines errant dans un coin de campagne américaine.

Le film débute dans un cimetière où un frère et une soeur viennent sur la tombe de leur mère. Le frère est plutôt excédé par sa soeur qui lui a fait faire un très long voyage pour venir là. Il se moque d’elle et lui fait quelques plaisanteries macabres sur les morts qui vont venir l’emporter. Justement, il y a un homme qui s’approche du couple et le frère nargue sa soeur dans le genre « en voilà un qui vient te chercher ». Manque de pot c’est un zombie, le premier du film, qui tue son frère et lui trace après. Elle se réfugie dans une maison isolée dans laquelle elle est rejointe par un Noir, qui a remarqué qu’il se passait quelque chose d’anormal et qui fuit également les zombies de plus en plus nombreux dans les environs.

Le film est lancé, la maison sera transformée en une véritable forteresse pour résister à ces zombies dotés d’une force peu commune qui veulent à tout prix attaquer ces vivants et leur fraîche, doable c’est l’heure de dîner. Ils auront aussi à lutter avec d’autres occupants qui révéleront leur présence plus tard, car pour l’instant cachés dans la cave. L’enjeu sera un conflit d’intérêt sur la manière d’organiser la défense.

Les occupants pourront tout au long du siège se faire une opinion du désastre grâce à une télévision qui se trouve dans la maison et qui diffuse en direct un reportage sur les derniers développements des ravages de ces morts revenus à la vie par une force mystérieuse. Que le meilleur gagne!

L’histoire de ce film est assez étonnante, car pas du tout destinée à devenir ce qu’il est, un film culte parmi les films cultes. Tourné avec un très petit budget, il fait la place belle aux acteurs amateurs dont certains ne tourneront jamais dans un autre film, mais qui sont adulés rien que pour avoir tenu un rôle dans celui là et qui servent encore aujourd’hui de guides sur les lieux de tournage du film lors des conventions qui attirent des fans du monde entier. C’est un des films qui a rapporté le plus d’argent : investissement de départ – argent récolté, de l’histoire du cinéma indépendant.

Parmi  ces acteurs certains sont déjà décédés ou très âgés, mais voyons les principaux par le détail.

Duane Jones ( 1937- 1988) – Le rôle principal masculin, Ben, le noir. Il tournera dans quelques autres films mais deviendra surtout un acteur de théâtre. C’est certainement l’acteur le plus doué du film.

Judith O’Dea (1945 – ) – Le rôle principal féminin, Judith. Elle tournera dans d’autres films du même genre, se retirera pour élever sa famille, mais reviendra pour jouer quelques autres rôles.

Karl Hardman (1927 – 2007) – Acteur et surtout producteur du film, Harry Cooper dans le film. Il joue de rôle du teigneux qui a tout faux dans le film.

Marilyn Eastman  (1933 – ) joue la femme de Hardmann, ils formeront par la suite un couple en affaires. et en sentiments. Très active sur les radios, le théâtre et les affaires. S’occupa aussi des effets de maquillage dans le film.

Keith Wayne (1945 – 1995) – Son seul rôle au cinéma, Tom.

Judith Ridley (1946 – ) Judy, c’est un peu la pin up du film. Se maria avec Russel Streiner et tourna dans quelques films. 

Kyra Schon (1957 – ) – C’est la fille de Hardman dans le film et dans la vie. A un peu tourné ailleurs.

Russell Streiner (1940 ) Le frère de Judith, ici Johnny, également producteur du film. A surtout officié comme producteur par la suite.

Bill (William) Hinzman ( 1936 – 2012) – Le premier zombie dans le cimetière. Fut aussi réalisateurs de films et gagna même un oscar dans cette spécialité.

George Kosana (1935 – 2016) – Le sheriff du coin, a tourné dans quelques autres films de zombies. 

L’équipe et acteurs du film avec Romero assis derrière la caméra.

Autour du film

Si ce film est devenu culte, il y a quelques bonnes raisons. Pour des questions de budget il fut tourné en noir et blanc, mais il gagna en qualité. L’esthétique du film frise la perfection. Il lança postérieurement toute une série de remakes, certains par Romero lui-même, qui font référence à celui-ci. Le réalisateur donna le rôle principal à un Noir, chose encore assez peu courante à l’époque du tournage, mais son choix est en accord total avec les qualités de l’acteur. De plus, c’est en quelque sorte un choix politique. Il se moque par ailleurs en toile de fond de l’Amérique profonde. A la suite d’une gaffe mémorable, le film est tombé rapidement dans le domaine public aux USA. De ce fait, il existe des dizaines de contrefaçons légales de qualité souvent discutable. Certains des acteurs principaux seront aussi un des Zombies dans une scène ou l’autre.

Le génial mais angoissant thème musical du film

Pour m’amuser, j’ai essayé de composer un thème tout aussi angoissant

La partie culte est savamment entretenue par des milliers du fans. Il y a régulièrement des conventions autour du film avec la présence des survivants. Le film ayant été tourné en décors naturels, les lieux du tournage sont encore visibles et même n’ont que peu changé. Des visites guidées sont organisées, et l’ont vient parfois de loin, pour cette sorte de pèlerinage. Il existe même un musée.

Quelques documents en relation avec le film. Il est assez étonnant de retrouver les acteurs dans divers endroits tous remplis d’une joyeuse humeur. Aussi macabre puisse être le film, je crois que le tournage fut une joyeuse partie de rigolade. Il est même quasiment impossible de trouver une photo de Romero sans qu’il aborde un large sourire.

Evans City, lieu du tournage est devenu la ville des morts vivants.

Une de ces fameuses visites guidées par Judith O’Dea et Russel Streiner en 2013 dans le cimetière

Marilyn Eastman & Karl Hardman lors d’une interviewwww.youtube.com/watch?v=VNttqN1wUMY

Un amusement de remake pour le 30ème anniversaire du film en 1998.

A part quelques films historiques, tout ce qui touche au macabre ou l’épouvante a souvent manqué de références visibles, certaines frisant parfois le ridicule, avec cette pièce nul doute que cette spécialité a gagné une pièce maîtresse.

Bill Hinzman en costume

RIP Mr Romero  

Je suis comme mes zombies, je ne vais pas rester mort!

 

Vacances en nylon

Eh bien nous voici dans la période des vacances. Comme les autres années, je vais mettre des articles de manière irrégulière et selon humeur, mais il n’y aura pas de vacances au niveau du blog.

Passez de bonnes vacances si vous en prenez et venez dire bonjour de temps en temps. je sais par expérience, qu’il y a autant de visiteurs pendant cette période que dans les autres. 

Citation de l’été

Au bal des cons, l’entrée est libre !

– Je ne savais pas que les racines des dents allaient aussi bas…  

– Tant qu’elle ne s’est pas baignée nous n’avons pas à intervenir!

Voila ce que c’est de marier une institutrice

 – Venez chez moi si votre couverture chauffante fait encore sauter les plombs!

MUSIQUE NOSTALGIE

Cover française de « Heart Full Of Soul » des Yardbirds par Theierry Vincent ex chanteur des Pingouins.

Du même compositeur via les Hollies « Bus Stop » version française par Pussy Cat.

Pas besoin de beaucoup d’instruments pour faire une grande chanson… la preuve…

Ou je me trompe ou c’est une grande chanson, tout y est !

Bas nylons, détectives, bobards

En mai 1940 le journal Détective continue de paraître. Bien que les Allemands se fassent de plus en plus pressants, ils n’ont pas encore vraiment envahi la France. La Belgique et la Hollande ont succombé à la fameuse technique de la « blitzkrieg », ce sont des pays occupés. 

La France attend le pire, n’ont-ils  pas déclaré la guerre à l’Allemagne quelques mois plus tôt ? Il est peu probable que l’armée allemande vienne visiter Paris en réservant des places dans le train. Dans l’incertitude, la vie continue et les journaux paraissent.

Dans le numéro de Détective daté de 30 mai, on continue de parler de crimes, de justice, mais sur quelques pages on fait allusion à la guerre, mais plutôt de manière humoristique.

Il y a toujours du comique et des comiques dans les résumés d’histoires de tribunaux.

Dans un climat incertain, comme ici où l’on redoute une invasion, chacun y va de son petit commentaire. Pas besoin d’être soldat pour défendre la patrie, un peu de sens d’observation, un air de soupçon et surtout se fier à ce que l’on raconte. L’ennemi est sans doute très malin et possède une bonne dose de culot, des armes secrètes, et des moyens que seuls des citoyens avisés sont capables de démasquer. Voici quelques uns de ces bobards qui donnent un sens particulier à la « drôle de guerre ».

 

Toutefois dans cette dernière histoire, il y a un petit accent de vérité, un rien anticipé. Il a bien été fabriqué durant la seconde guerre mondiale, un moto destinée a être parachutée. Sous le nom de Welbike, elle pouvait parcourir une distance de 140 avec son réservoir de 3,6 litres à la vitesse maxi de 50 km heure et était pliable. Elle fut construite à quelques milliers d’exemplaires à partir de 1942. Mais son parachutage s’effectuait à l’aide de containers spécifiques, le pilote n’était pas parachuté assis dessus comme les bobards de 1940 le laissent supposer ou le dessin ci-dessus.

Pendant ce temps la vie continue presque normalement en Algérie en cette date du 30 juin, alors colonie française pour ceux qui ignorent tout de l’histoire. La menace est moins directe, l’Allemagne c’est loin. Ils ne semblent pas soupçonner que trois semaines plus tard quand l’armistice sera signée le 22 juin, le territoire sera inclus dans les clauses de l’armistice mais dans ce qui sera considéré comme le zone libre, donc sous le contrôle de Vichy. Elle verra s’établir un gouvernement collaborationniste, atténué par une population civile plutôt de l’autre bord. La déportation des Juifs sera contrecarrée par des citoyens peu enclins à collaborer sur ce plan là, faisant passer souvent les Juifs pour des Musulmans qui n’étaient pas concernés par les lois de Vichy. La situation d’occupation sera plus courte, car des 1943 Alger deviendra la capitale de la France libre, suite au débarquement des Alliés en novembre 1942.

Parcourons quelques infos de ce 30 mai 1940 parues dans L’Echo d’Alger.

Quelques nouvelles optimistes à prendre avec précaution quand on connaît la suite

Un personnage alors très controversé, Léopold III roi de Belgique. Après la guerre, abandonnant tout rôle politique, il créa un fond pour la protection de la nature  qui existe encore aujourd’hui.

Les cinémas offrent leurs attractions. A noter la projection de l’excellent La Belle Equipe de Duvivier et on peut aussi remarquer qu’il y a une première partie, toujours les actualités et souvent un documentaire.

C’est pas encore la semaine de 35 heures… 

C’était le bon temps!

Mesdames à vos fourneaux!

Les bobards seront tôt ou tard piliers de  bars !

Mon apéritif préféré, eh oui…

Source Gallica. BNP, DP

 

Bas nylons et coup de foudre

Une chose qui a toujours attiré ma curiosité, ce sont les phénomènes naturels. J’imagine que pour moi habiter un pays où le ciel serait toujours bleu serait vite lassant. Au contraire, j’aime voir les nuages se balader dans le ciel, le ciel tourmenté, le ciel d’orage, rechercher les formes qui se cachent dans le glissement tranquille des nuages blancs…

Avec un peu de patience on peut voir de subtiles déclinaisons dans le mélange hasardeux des formes et des courants qui parcourent le ciel. Comme cette fois où j’avais en dessus de ma tête un gigantesque et massif nuage dont un côté était tel un mur qui se dressait dans le ciel pile à la verticale de mon regard. J’avais l’impression d’être au pied d’un mur qui mesurait des kilomètres de haut. J’envie les oiseaux qui peuvent aller voir cela de plus près.

Le phénomène par excellence et courant que l’on peut voir dans nos régions, c’est l’orage. Quel magnifique spectacle! Comme je n’en ai pas toujours à disposition, j’ai pris l’habitude d’aller les regarder via les nombreuses webcams qui sont une sorte de seconde vue. Je me connecte sur un site météo pour regarder où ils sont et s’il y en a, en avant le musique.

Allons un peu nous promener à travers ces moyens mis à notre disposition.

Tout d’abord, je voulais savoir la réalité entre un site météo qui indique un impact de foudre en direct et celle du terrain. Pour cela je me suis branché sur un site adéquat et une webcam en comparant l’un et l’autre et j’ai enregistré le tout. Vous verrez parfois la réaction quasiment en direct, d’autres fois il y a un décalage, mais on peut dire qu’en général la carte des impact réagit correctement. Il me fallait un orage pas trop remuant avec des éclairs espacés. Je me suis branché sur une webcam à Rome avec un orage dans le lointain, en direction de la mer. Quelquefois, sur la webcam la lueur de l’éclair est à peine perceptible, mais elle apparaît en tant qu’impact. A noter que les impacts nouveaux apparaissent en jaune vif et tournent vers l’orange et le rouge au fur et à mesure que le temps s’écoule. Il est aussi apparent qu’un éclair n’a pas toujours un seul arc, en général on le voit en exemplaire unique celui qui fait la liaison entre le sol et le nuage. Mais dans le nuage même, il a souvent plusieurs ramifications qui se rejoignent pour former un éclair unique, parfois oui, parfois non. C’est très visible sur la carte de impacts, il y a plusieurs impacts jaunes simultanés. A noter que vous pouvez agrandir les clips pour une vision plus détaillée.

 

Un orage assez tranquille sur le lac d’Iséo près de Bergame en Italie. Deux ou trois beaux impacts.

Un orage beaucoup plus violent, sur le lac de Côme. On ne voit pas le sillage des éclairs, mais ils sont continuels et la visibilité est réduite. 

Pour terminer, j’ai monté dans un court clip, deux éclairs spectaculaires en deux endroits différents situés dans les Dolomites. La première séquence montre un impact de foudre très proche, l’arc est brièvement visible sur la droite en haut de l’image, très proche de la caméra. Il cause toutefois des dégâts car il coupe net le fonctionnement de la webcam. Dans la deuxième partie, la caméra est celle d’un station de sports d’hiver en altitude. Un joli impact que nous analyserons en détail après la vision du clip, c’est assez instructif. 

D’après ce que l’on sait sur l’éclair, ce dernier ne descend pas du nuage, mais monte du sol vers le nuage. Eh bien décomposons le second éclair dans ses phases successives en quelques photos…

Sur la première, on voit le départ de l’éclair. Comme nous sommes sur une montagne, le tout premier balbutiement de l’éclair se trouve derrière l’horizon (zone entourée en rouge), on voit très bien qu’il part au fond de la vallée, que la lumière vient d’en bas. Gardez en mémoire que la succession d’images suivantes se déroule sur une fraction de seconde. 

Sur la deuxième, juste après, on aperçoit dans le nuage, une sorte de balai de ramifications de petits éclairs qui semblent fouiller le ciel à la recherche d’un voie de sortie.

La phase suivante, le big bang du nuage, l’explosion, le flash du photographe céleste. Cela ne dure qu’une fraction de seconde, mais imaginez que vous deviez supporter cette lueur longtemps, ce serait comme regarder le soleil directement sans protection. 

Voici l’éclair qui va faire descendre la tension, c’est en quelque sorte l’écoulement de la charge électrique, le ciel redevient sombre. Remarquez le renflement le long de l’éclair. En observant un orage, on arrive à remarquer que l’éclair dans le nuage peut traverser des dizaines de kilomètres avant d’établir le contact avec le sol. Mais tout cela va si vite qu’en fait on n’a qu’un aperçu de ce qui se passe.

Voici l’éclair à la fin. C’est général cette image là que l’on enregistre. Mais déjà la nuit regagne sa quiétude. Au suivant!

Dimanche 9 juillet sur cette carte de l’Europe, il y a plus de 72 000 impacts d’éclairs enregistrés en 120 minutes, soit 10 éclairs à la seconde. C’est le record absolu que j’ai observé depuis que je fréquente ce titre. 

Pour terminer, un petit jeu. Je vous disais en introduction que dans la forme des nuages on remarquait des représentations de choses connues, des moutons, des chiens. Eh bien dans les montagnes, c’est un peu la même chose, notamment des visages. Avec un peu d’imagination, essayez de les trouver dans les images suivantes.

Bas nylon et anglaises

A l’époque de sa sortie en 1976, il existait très peu de films consacrés à la jeunesse des années 50 vue sous l’angle français. Pour bien illustrer le sujet, « A Nous Les Petites Anglaises » a même dû les emmener en Angletterre, un pays plus rock and roll du point de vue musical.  Il est certain que les jeunes français passionnés de rock n’avaient pas grand chose à se mettre sous la dent, quelques disques publiés localement dont pratiquement aucun artiste national, il faudra attendre le début des années 60 pour que cela change. Ceux qui ont vu le film à sa sortie, nés vers 1940 ont sans doute bien aimé le film car ils pouvaient se remémorer grâce à la bande sonore d’autres souvenirs comme l’ont fait les Américains avec « American Graffiti » un peu plus tôt.

L’histoire est quelque peu inspirée des souvenirs personnels du réalisateur, Michel Lang. Une bande de jeunes Français qui ne se connaissaient pas, se retrouvent en Angleterre sur décision des parents soucieux d’améliorer leur pratique de la langue de Shakespeare. Mais bien vite la langue parlée passe au second plan, la langue fourrée devenant l’objet de leur principale préoccupation. Pour un adolescent des années 50, le sexe est encore une chose assez mystérieuse. Même si l’on a quelques connaissances sur le sujet, c’est plutôt en théorie qu’en pratique. Avant la guerre, il était relativement courant, bien qu’il faille employer le mot courant avec toutes les précautions, qu’on amène un jeune au bordel pour le déniaiser. Ils sont bien obligés de se débrouiller depuis la fermeture des maisons accueillantes.

Bien que les Anglaises aient alors la réputation d’être accueillantes, du moins c’est ce que les garçons de l’histoire affirment, c’est quand même bien entre compatriotes que l’on suivra quelques uns de ces adolescents à la recherche de leurs premières expériences amoureuses. Le film est plaisant, surtout pas trop sérieux, les Français en quelque sorte envahissent l’Angleterre à coup de gags et d’un comportement déluré propres aux Latins, on va leur montrer à ces bouffeurs de pudding!

Les acteurs sont presque tous des débutants et cela apporte sans doute de la fraîcheur au film. Certains feront un carrière plus ou moins grande, plus ou moins longue. Remi Laurent, l’un des acteurs principaux, est décédé du sida en 1989.

La musique a une part très importante dans le film, c’est Mort Shuman, l’un des compositeurs les plus titrés du siècle passé qui s’y colle. Une des chansons extraites de la bande sonore « Sorrow » sera un grand tube encore dans toutes les mémoires. Ce que l’on peut regretter c’est le côté un peu trop moderne du son, la technique ayant évidemment fait des progrès. On y retrouve assez peu de titres datant vraiment de l’époque du film sinon « Lollipop » (Chordettes), « Twilight Time » (Platters) et l’on peut entendre dans le film « Only You » de ces mêmes Platters, ainsi qu’un pompage de « Bye Bye Love » des Everly Brothers devenu « Bye Bye Cry Baby ». Il n’y a pas de chansons en versions originales d’époque, mais l’ambiance est résolument et musicalement rétro fifties.

C’est un film sans trop de prétentions, dans lequel il ne faut pas chercher le chef d’oeuvre d’un cinéaste, on peut le classer comme récréatif si l’on a pas vécu cet époque et nostalgique dans le cas contraire. Le cinéma est aussi une distraction et celle-ci est plutôt plaisante.

Dans les films qui reconstituent une certaine époque, je m’amuse toujours à chercher les anachronismes, encore plus si j’ai vécu cette époque. Il y en a un dans le film, bien visible.

Un des acteurs arbore un t shirt avec cette illustration. C’est un extrait du livre « Rock Dreams » de Guy Peellaert, célèbre dessinateur belge, paru en 1974. Elle n’existait donc pas à l’époque où se déroule le film. Je le sais d’autant mieux que j’avais le même, acheté à Londres en 1976.

Acteurs

Rémi Laurent Alain
Stéphane Hillel Jean-Pierre
Véronique Delbourg Claudie
Sophie Barjac Veronique
Julie Neubert Carol
Rynagh O’Grady Doreen
Aïna Walle Britt
Brigitte Bellac Mireille
Michel Melki Pierrot
Béatrice Saint-Marc  
Marc Chouppart  
Pierre Pradinas  
Frédéric Pieretti  
Eric Deacon Mike
David Morris Dave

La France est bien connue pour posséder un nombre incalculable de revues, journaux, qui paraissent de manière officielle et plus ou moins confidentiels à des dates plus ou moins régulières. C’est un signe de santé pour un état démocratique, la diversité de la presse montre la diversité des opinions. A côté d’une presse dite d’opinion qui concerne de manière large les faits politiques ou de société, il en existe une faite de bric et de broc et qui s’adresse à un clientèle ciblée. Vous avez sans doute tous vu ou entendu parler d’un bulletin paroissial, d’une revue qui parle de la préservation d’un patrimoine ou en souvenir d’un personnage célèbre ou encore une presse professionnelle. Il en existe une, par exemple, réservée aux membres du  club qui préserve la mémoire de San-Antonio. Alors on ne s’étonnera pas trop d’en trouver une qui concerne la justice, indépendante des avis officiels.

On peut imaginer quelque chose de très sérieux, de quelque chose « raide comme la justice ». Et pourtant il existe dans chaque domaine, aussi sérieux soit-il, une place pour l’humour. Cela dépend bien entendu de la répartie que peut posséder tel ou tel personnage. Il suffit parfois d’un mot bien placé pour entrer dans l’histoire, ce n’est pas le général Cambronne qui me contredira.

Dans un numéro de la revue La France judiciaire datant de 1931, on y trouve un article qui prouve bien que les gens de loi ne sont pas dépourvus d’humour.

Source Gallica, BNF, DP

Des bas nylons, une histoire piquante et des foules en délire

Les histoires de gendarmes et voleurs ont toujours fait partie du folklore de la société. La police court après les voleurs, c’est bien connu, et parfois les voleurs courent plus vite que la police. Après 1832, la police se trouva fort dépourvue, on ne marquait plus au fer rouge ceux qui avaient passé entre ses mains et condamnés à des peines lourdes, mais il fallait parfois peu de choses pour être condamné à la dite peine.

Pendant longtemps, ce fut un vide assez conséquent, mais peu à peu la police fit appel à la science pour tenter d’élucider les énigmes de tout poil. Un certain Monsieur Bertillon mit au point vers 1882, le signalement anthropométrique, je pense que vous savez ce que c’est.  Petit à petit, on inclut d’autres méthodes pour traquer le criminel. Avec l’apparition des brigades de police mobile dites Brigades du Tigre en 1907, on essaya avec un certain succès de faire jeu égal avec celui des bandits en mettant à disposition des policiers les derniers cris de la technique notamment des véhicules à moteur pour se déplacer.

Les moyens matériels étant une chose, on considéra également que la psychologie n’était pas inutile. Précéder le criminel en devinant ses intentions permettait de lutter encore plus efficacement contre le crime, Sherlock Holmes n’avait qu’à bien se tenir.

Parfois, les meilleurs spécialistes de la psychologie policière ont bien du fil à retordre, car toute un série de faits qui peuvent sembler sortir tout droit de l’imagination d’un maniaque répose uniquement sur le « on dit » et peuvent s’étendre à des foules entières, provoquant une hystérie collective et des paniques redoutables.

Voici un cas très intéressant rapporté par un médecin appartenant à la police et publié dans un rapport sur la police scientifique, rapport destiné à faire avancer la recherche en la matière et datant de 1921. On voit très bien qu’elle ne s’intéresse pas seulement à de banales histoires de voleurs et malfrats, on étudie aussi le comportement des foules.

C’est à lire et très instructif. Cette histoire s’est déroulée à Lorient en 1918 et elle s’intitule Le Piqueur Lorientais.

Comme vous le voyez, il ne s’est absolument rien passé de concret, le piqueur n’a existé dans l’imagination des gens, mais on s’était persuadé du contraire. On peut aussi se rapporter à la fameuse émission radiophonique d’Orson Welles en 1938 où il créa une panique en rendant très réaliste une adaptation de « La Guerre Des Mondes », de Wells, oui cette fameuse histoire où notre planète est envahie pas des extraterrestres.

Le Figaro, 1 novembre 1938

Un extrait de la fameuse émission

On peut encore se poser la question sur la fameuse « grippe espagnole » de 1918 qui fit des millions de morts. Sa mortalité fut tellement mise en évidence que l’on peut imaginer que certains malades atteints d’une grippe plus que banale passèrent à de vie à trépas, certains qu’ils avaient attrapé cette terrible maladie. L’autosuggestion est une chose encore bien mystérieuse, l’esprit une sorte de machine dont chacun ne connaît pas forcément le monde d’emploi.

Il n’y a qu’à se référer aux fameuses peurs comme celle du vide, de la foule ou des orages. Dans l’immense majorité des cas, ce sont des dangers complètement imaginaires. Mais notre corps est ainsi fait!

Souce Gallica, BNF, DP