Des nylons morts vivants

 

Film

Le décès récent de George A. Romero m’amène bien évidemment à m’intéresser à son film le plus fameux La Nuit des Morts-Vivants. Quand je dis m’intéresser le terme est faible, car je le connais presque par coeur, un de mes films préférés. Classé parmi les films d’épouvante, il marque un renouveau du genre. Ce n’est pas tellement par les scènes macabres qu’il se distingue, il y a en fin de compte assez peu de sang visible ou de scènes cruelles, mais bien par son atmosphère tendue qui ne se relâche pratiquement pas tout au long du film.

La mythologie des zombies a déjà été souvent exploitée quand le film sort en 1968, mais Romero l’aborde d’une manière plus décalée. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un zombie, c’est un mort vivant, c’est à dire un mort qui est revenu à la vie. On peut se douter qu’un mort de fraîche date qui revit a un aspect relativement présentable, du moins son corps est encore plus ou moins intact. Mais quand il s’agit d’un mort plus « ancien », il a pour le moins un look bien plus délabré. Romero exploite cela dans son film, assez modérément d’ailleurs, mais contrairement aux autres films où le zombie est unique ou peu nombreux, ici ils sont des centaines errant dans un coin de campagne américaine.

Le film débute dans un cimetière où un frère et une soeur viennent sur la tombe de leur mère. Le frère est plutôt excédé par sa soeur qui lui a fait faire un très long voyage pour venir là. Il se moque d’elle et lui fait quelques plaisanteries macabres sur les morts qui vont venir l’emporter. Justement, il y a un homme qui s’approche du couple et le frère nargue sa soeur dans le genre « en voilà un qui vient te chercher ». Manque de pot c’est un zombie, le premier du film, qui tue son frère et lui trace après. Elle se réfugie dans une maison isolée dans laquelle elle est rejointe par un Noir, qui a remarqué qu’il se passait quelque chose d’anormal et qui fuit également les zombies de plus en plus nombreux dans les environs.

Le film est lancé, la maison sera transformée en une véritable forteresse pour résister à ces zombies dotés d’une force peu commune qui veulent à tout prix attaquer ces vivants et leur fraîche, doable c’est l’heure de dîner. Ils auront aussi à lutter avec d’autres occupants qui révéleront leur présence plus tard, car pour l’instant cachés dans la cave. L’enjeu sera un conflit d’intérêt sur la manière d’organiser la défense.

Les occupants pourront tout au long du siège se faire une opinion du désastre grâce à une télévision qui se trouve dans la maison et qui diffuse en direct un reportage sur les derniers développements des ravages de ces morts revenus à la vie par une force mystérieuse. Que le meilleur gagne!

L’histoire de ce film est assez étonnante, car pas du tout destinée à devenir ce qu’il est, un film culte parmi les films cultes. Tourné avec un très petit budget, il fait la place belle aux acteurs amateurs dont certains ne tourneront jamais dans un autre film, mais qui sont adulés rien que pour avoir tenu un rôle dans celui là et qui servent encore aujourd’hui de guides sur les lieux de tournage du film lors des conventions qui attirent des fans du monde entier. C’est un des films qui a rapporté le plus d’argent : investissement de départ – argent récolté, de l’histoire du cinéma indépendant.

Parmi  ces acteurs certains sont déjà décédés ou très âgés, mais voyons les principaux par le détail.

Duane Jones ( 1937- 1988) – Le rôle principal masculin, Ben, le noir. Il tournera dans quelques autres films mais deviendra surtout un acteur de théâtre. C’est certainement l’acteur le plus doué du film.

Judith O’Dea (1945 – ) – Le rôle principal féminin, Judith. Elle tournera dans d’autres films du même genre, se retirera pour élever sa famille, mais reviendra pour jouer quelques autres rôles.

Karl Hardman (1927 – 2007) – Acteur et surtout producteur du film, Harry Cooper dans le film. Il joue de rôle du teigneux qui a tout faux dans le film.

Marilyn Eastman  (1933 – ) joue la femme de Hardmann, ils formeront par la suite un couple en affaires. et en sentiments. Très active sur les radios, le théâtre et les affaires. S’occupa aussi des effets de maquillage dans le film.

Keith Wayne (1945 – 1995) – Son seul rôle au cinéma, Tom.

Judith Ridley (1946 – ) Judy, c’est un peu la pin up du film. Se maria avec Russel Streiner et tourna dans quelques films. 

Kyra Schon (1957 – ) – C’est la fille de Hardman dans le film et dans la vie. A un peu tourné ailleurs.

Russell Streiner (1940 ) Le frère de Judith, ici Johnny, également producteur du film. A surtout officié comme producteur par la suite.

Bill (William) Hinzman ( 1936 – 2012) – Le premier zombie dans le cimetière. Fut aussi réalisateurs de films et gagna même un oscar dans cette spécialité.

George Kosana (1935 – 2016) – Le sheriff du coin, a tourné dans quelques autres films de zombies. 

L’équipe et acteurs du film avec Romero assis derrière la caméra.

Autour du film

Si ce film est devenu culte, il y a quelques bonnes raisons. Pour des questions de budget il fut tourné en noir et blanc, mais il gagna en qualité. L’esthétique du film frise la perfection. Il lança postérieurement toute une série de remakes, certains par Romero lui-même, qui font référence à celui-ci. Le réalisateur donna le rôle principal à un Noir, chose encore assez peu courante à l’époque du tournage, mais son choix est en accord total avec les qualités de l’acteur. De plus, c’est en quelque sorte un choix politique. Il se moque par ailleurs en toile de fond de l’Amérique profonde. A la suite d’une gaffe mémorable, le film est tombé rapidement dans le domaine public aux USA. De ce fait, il existe des dizaines de contrefaçons légales de qualité souvent discutable. Certains des acteurs principaux seront aussi un des Zombies dans une scène ou l’autre.

Le génial mais angoissant thème musical du film

Pour m’amuser, j’ai essayé de composer un thème tout aussi angoissant

La partie culte est savamment entretenue par des milliers du fans. Il y a régulièrement des conventions autour du film avec la présence des survivants. Le film ayant été tourné en décors naturels, les lieux du tournage sont encore visibles et même n’ont que peu changé. Des visites guidées sont organisées, et l’ont vient parfois de loin, pour cette sorte de pèlerinage. Il existe même un musée.

Quelques documents en relation avec le film. Il est assez étonnant de retrouver les acteurs dans divers endroits tous remplis d’une joyeuse humeur. Aussi macabre puisse être le film, je crois que le tournage fut une joyeuse partie de rigolade. Il est même quasiment impossible de trouver une photo de Romero sans qu’il aborde un large sourire.

Evans City, lieu du tournage est devenu la ville des morts vivants.

Une de ces fameuses visites guidées par Judith O’Dea et Russel Streiner en 2013 dans le cimetière

Marilyn Eastman & Karl Hardman lors d’une interviewwww.youtube.com/watch?v=VNttqN1wUMY

Un amusement de remake pour le 30ème anniversaire du film en 1998.

A part quelques films historiques, tout ce qui touche au macabre ou l’épouvante a souvent manqué de références visibles, certaines frisant parfois le ridicule, avec cette pièce nul doute que cette spécialité a gagné une pièce maîtresse.

Bill Hinzman en costume

RIP Mr Romero  

Je suis comme mes zombies, je ne vais pas rester mort!

 

5 réflexions sur “Des nylons morts vivants

    • Merci Cooldan,

      En effet c’est malheureusement une technique que je n’ai jamais pu expérimenter, car soit elles refusaient d’aller voir ce genre de film ou alors elles adoraient. Bah, je me suis rattrapé autrement!

  1. Bonjour ,

    En effet, c’est une technique de « séduction » qui peut avoir son effet. A condition que ce ne soit pas l’inverse qui se produise. Rires.
    Le grand Mickaël s’est certainement inspiré de ce film pour peaufiner son incontournable clip « Thriller ». Je dis çà, je dis rien…
    En tout cas la Miss de la 5è. photo me plait bien , Ca rappelle la chanson de Dalida intitutulée  » Petit Bikini… ». Merci.
    Peter Pan

    • Merci Peter Pan,

      Oui c’est possible que le MIckael a certainement puisé quelque chose chez Romero. Dans le showbiz, a moins d’être le tout premier, c’est difficile de ne pas être inspiré par un prédécesseur. Il n’y a aucun mal à cela, c’est une règle que l’on retrouve à un tas de places.

  2. Bonjour Mr Boss,

    Très juste. C’est valable pur les versions d’un même sujet au cinéma.
    Tenez : pour moi, le « King-Kong » de 1933 est le premier mais je le met à part. Et pour les versions suivantes, je préfère parmi toutes la version de 1976 de Guillermin (avec Jessica Lange) à mi-chemin entre l’Homme et l’Animal. Leçon d’humilité par rapport aux excès du profit qui balaye tout. Hélas ! Au final, la Bête est vaincue par la Belle.

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