Bas nylons, détectives, bobards

En mai 1940 le journal Détective continue de paraître. Bien que les Allemands se fassent de plus en plus pressants, ils n’ont pas encore vraiment envahi la France. La Belgique et la Hollande ont succombé à la fameuse technique de la « blitzkrieg », ce sont des pays occupés. 

La France attend le pire, n’ont-ils  pas déclaré la guerre à l’Allemagne quelques mois plus tôt ? Il est peu probable que l’armée allemande vienne visiter Paris en réservant des places dans le train. Dans l’incertitude, la vie continue et les journaux paraissent.

Dans le numéro de Détective daté de 30 mai, on continue de parler de crimes, de justice, mais sur quelques pages on fait allusion à la guerre, mais plutôt de manière humoristique.

Il y a toujours du comique et des comiques dans les résumés d’histoires de tribunaux.

Dans un climat incertain, comme ici où l’on redoute une invasion, chacun y va de son petit commentaire. Pas besoin d’être soldat pour défendre la patrie, un peu de sens d’observation, un air de soupçon et surtout se fier à ce que l’on raconte. L’ennemi est sans doute très malin et possède une bonne dose de culot, des armes secrètes, et des moyens que seuls des citoyens avisés sont capables de démasquer. Voici quelques uns de ces bobards qui donnent un sens particulier à la « drôle de guerre ».

 

Toutefois dans cette dernière histoire, il y a un petit accent de vérité, un rien anticipé. Il a bien été fabriqué durant la seconde guerre mondiale, un moto destinée a être parachutée. Sous le nom de Welbike, elle pouvait parcourir une distance de 140 avec son réservoir de 3,6 litres à la vitesse maxi de 50 km heure et était pliable. Elle fut construite à quelques milliers d’exemplaires à partir de 1942. Mais son parachutage s’effectuait à l’aide de containers spécifiques, le pilote n’était pas parachuté assis dessus comme les bobards de 1940 le laissent supposer ou le dessin ci-dessus.

Pendant ce temps la vie continue presque normalement en Algérie en cette date du 30 juin, alors colonie française pour ceux qui ignorent tout de l’histoire. La menace est moins directe, l’Allemagne c’est loin. Ils ne semblent pas soupçonner que trois semaines plus tard quand l’armistice sera signée le 22 juin, le territoire sera inclus dans les clauses de l’armistice mais dans ce qui sera considéré comme le zone libre, donc sous le contrôle de Vichy. Elle verra s’établir un gouvernement collaborationniste, atténué par une population civile plutôt de l’autre bord. La déportation des Juifs sera contrecarrée par des citoyens peu enclins à collaborer sur ce plan là, faisant passer souvent les Juifs pour des Musulmans qui n’étaient pas concernés par les lois de Vichy. La situation d’occupation sera plus courte, car des 1943 Alger deviendra la capitale de la France libre, suite au débarquement des Alliés en novembre 1942.

Parcourons quelques infos de ce 30 mai 1940 parues dans L’Echo d’Alger.

Quelques nouvelles optimistes à prendre avec précaution quand on connaît la suite

Un personnage alors très controversé, Léopold III roi de Belgique. Après la guerre, abandonnant tout rôle politique, il créa un fond pour la protection de la nature  qui existe encore aujourd’hui.

Les cinémas offrent leurs attractions. A noter la projection de l’excellent La Belle Equipe de Duvivier et on peut aussi remarquer qu’il y a une première partie, toujours les actualités et souvent un documentaire.

C’est pas encore la semaine de 35 heures… 

C’était le bon temps!

Mesdames à vos fourneaux!

Les bobards seront tôt ou tard piliers de  bars !

Mon apéritif préféré, eh oui…

Source Gallica. BNP, DP

 

Bas nylons et coup de foudre

Une chose qui a toujours attiré ma curiosité, ce sont les phénomènes naturels. J’imagine que pour moi habiter un pays où le ciel serait toujours bleu serait vite lassant. Au contraire, j’aime voir les nuages se balader dans le ciel, le ciel tourmenté, le ciel d’orage, rechercher les formes qui se cachent dans le glissement tranquille des nuages blancs…

Avec un peu de patience on peut voir de subtiles déclinaisons dans le mélange hasardeux des formes et des courants qui parcourent le ciel. Comme cette fois où j’avais en dessus de ma tête un gigantesque et massif nuage dont un côté était tel un mur qui se dressait dans le ciel pile à la verticale de mon regard. J’avais l’impression d’être au pied d’un mur qui mesurait des kilomètres de haut. J’envie les oiseaux qui peuvent aller voir cela de plus près.

Le phénomène par excellence et courant que l’on peut voir dans nos régions, c’est l’orage. Quel magnifique spectacle! Comme je n’en ai pas toujours à disposition, j’ai pris l’habitude d’aller les regarder via les nombreuses webcams qui sont une sorte de seconde vue. Je me connecte sur un site météo pour regarder où ils sont et s’il y en a, en avant le musique.

Allons un peu nous promener à travers ces moyens mis à notre disposition.

Tout d’abord, je voulais savoir la réalité entre un site météo qui indique un impact de foudre en direct et celle du terrain. Pour cela je me suis branché sur un site adéquat et une webcam en comparant l’un et l’autre et j’ai enregistré le tout. Vous verrez parfois la réaction quasiment en direct, d’autres fois il y a un décalage, mais on peut dire qu’en général la carte des impact réagit correctement. Il me fallait un orage pas trop remuant avec des éclairs espacés. Je me suis branché sur une webcam à Rome avec un orage dans le lointain, en direction de la mer. Quelquefois, sur la webcam la lueur de l’éclair est à peine perceptible, mais elle apparaît en tant qu’impact. A noter que les impacts nouveaux apparaissent en jaune vif et tournent vers l’orange et le rouge au fur et à mesure que le temps s’écoule. Il est aussi apparent qu’un éclair n’a pas toujours un seul arc, en général on le voit en exemplaire unique celui qui fait la liaison entre le sol et le nuage. Mais dans le nuage même, il a souvent plusieurs ramifications qui se rejoignent pour former un éclair unique, parfois oui, parfois non. C’est très visible sur la carte de impacts, il y a plusieurs impacts jaunes simultanés. A noter que vous pouvez agrandir les clips pour une vision plus détaillée.

 

Un orage assez tranquille sur le lac d’Iséo près de Bergame en Italie. Deux ou trois beaux impacts.

Un orage beaucoup plus violent, sur le lac de Côme. On ne voit pas le sillage des éclairs, mais ils sont continuels et la visibilité est réduite. 

Pour terminer, j’ai monté dans un court clip, deux éclairs spectaculaires en deux endroits différents situés dans les Dolomites. La première séquence montre un impact de foudre très proche, l’arc est brièvement visible sur la droite en haut de l’image, très proche de la caméra. Il cause toutefois des dégâts car il coupe net le fonctionnement de la webcam. Dans la deuxième partie, la caméra est celle d’un station de sports d’hiver en altitude. Un joli impact que nous analyserons en détail après la vision du clip, c’est assez instructif. 

D’après ce que l’on sait sur l’éclair, ce dernier ne descend pas du nuage, mais monte du sol vers le nuage. Eh bien décomposons le second éclair dans ses phases successives en quelques photos…

Sur la première, on voit le départ de l’éclair. Comme nous sommes sur une montagne, le tout premier balbutiement de l’éclair se trouve derrière l’horizon (zone entourée en rouge), on voit très bien qu’il part au fond de la vallée, que la lumière vient d’en bas. Gardez en mémoire que la succession d’images suivantes se déroule sur une fraction de seconde. 

Sur la deuxième, juste après, on aperçoit dans le nuage, une sorte de balai de ramifications de petits éclairs qui semblent fouiller le ciel à la recherche d’un voie de sortie.

La phase suivante, le big bang du nuage, l’explosion, le flash du photographe céleste. Cela ne dure qu’une fraction de seconde, mais imaginez que vous deviez supporter cette lueur longtemps, ce serait comme regarder le soleil directement sans protection. 

Voici l’éclair qui va faire descendre la tension, c’est en quelque sorte l’écoulement de la charge électrique, le ciel redevient sombre. Remarquez le renflement le long de l’éclair. En observant un orage, on arrive à remarquer que l’éclair dans le nuage peut traverser des dizaines de kilomètres avant d’établir le contact avec le sol. Mais tout cela va si vite qu’en fait on n’a qu’un aperçu de ce qui se passe.

Voici l’éclair à la fin. C’est général cette image là que l’on enregistre. Mais déjà la nuit regagne sa quiétude. Au suivant!

Dimanche 9 juillet sur cette carte de l’Europe, il y a plus de 72 000 impacts d’éclairs enregistrés en 120 minutes, soit 10 éclairs à la seconde. C’est le record absolu que j’ai observé depuis que je fréquente ce titre. 

Pour terminer, un petit jeu. Je vous disais en introduction que dans la forme des nuages on remarquait des représentations de choses connues, des moutons, des chiens. Eh bien dans les montagnes, c’est un peu la même chose, notamment des visages. Avec un peu d’imagination, essayez de les trouver dans les images suivantes.

Bas nylon et anglaises

A l’époque de sa sortie en 1976, il existait très peu de films consacrés à la jeunesse des années 50 vue sous l’angle français. Pour bien illustrer le sujet, « A Nous Les Petites Anglaises » a même dû les emmener en Angletterre, un pays plus rock and roll du point de vue musical.  Il est certain que les jeunes français passionnés de rock n’avaient pas grand chose à se mettre sous la dent, quelques disques publiés localement dont pratiquement aucun artiste national, il faudra attendre le début des années 60 pour que cela change. Ceux qui ont vu le film à sa sortie, nés vers 1940 ont sans doute bien aimé le film car ils pouvaient se remémorer grâce à la bande sonore d’autres souvenirs comme l’ont fait les Américains avec « American Graffiti » un peu plus tôt.

L’histoire est quelque peu inspirée des souvenirs personnels du réalisateur, Michel Lang. Une bande de jeunes Français qui ne se connaissaient pas, se retrouvent en Angleterre sur décision des parents soucieux d’améliorer leur pratique de la langue de Shakespeare. Mais bien vite la langue parlée passe au second plan, la langue fourrée devenant l’objet de leur principale préoccupation. Pour un adolescent des années 50, le sexe est encore une chose assez mystérieuse. Même si l’on a quelques connaissances sur le sujet, c’est plutôt en théorie qu’en pratique. Avant la guerre, il était relativement courant, bien qu’il faille employer le mot courant avec toutes les précautions, qu’on amène un jeune au bordel pour le déniaiser. Ils sont bien obligés de se débrouiller depuis la fermeture des maisons accueillantes.

Bien que les Anglaises aient alors la réputation d’être accueillantes, du moins c’est ce que les garçons de l’histoire affirment, c’est quand même bien entre compatriotes que l’on suivra quelques uns de ces adolescents à la recherche de leurs premières expériences amoureuses. Le film est plaisant, surtout pas trop sérieux, les Français en quelque sorte envahissent l’Angleterre à coup de gags et d’un comportement déluré propres aux Latins, on va leur montrer à ces bouffeurs de pudding!

Les acteurs sont presque tous des débutants et cela apporte sans doute de la fraîcheur au film. Certains feront un carrière plus ou moins grande, plus ou moins longue. Remi Laurent, l’un des acteurs principaux, est décédé du sida en 1989.

La musique a une part très importante dans le film, c’est Mort Shuman, l’un des compositeurs les plus titrés du siècle passé qui s’y colle. Une des chansons extraites de la bande sonore « Sorrow » sera un grand tube encore dans toutes les mémoires. Ce que l’on peut regretter c’est le côté un peu trop moderne du son, la technique ayant évidemment fait des progrès. On y retrouve assez peu de titres datant vraiment de l’époque du film sinon « Lollipop » (Chordettes), « Twilight Time » (Platters) et l’on peut entendre dans le film « Only You » de ces mêmes Platters, ainsi qu’un pompage de « Bye Bye Love » des Everly Brothers devenu « Bye Bye Cry Baby ». Il n’y a pas de chansons en versions originales d’époque, mais l’ambiance est résolument et musicalement rétro fifties.

C’est un film sans trop de prétentions, dans lequel il ne faut pas chercher le chef d’oeuvre d’un cinéaste, on peut le classer comme récréatif si l’on a pas vécu cet époque et nostalgique dans le cas contraire. Le cinéma est aussi une distraction et celle-ci est plutôt plaisante.

Dans les films qui reconstituent une certaine époque, je m’amuse toujours à chercher les anachronismes, encore plus si j’ai vécu cette époque. Il y en a un dans le film, bien visible.

Un des acteurs arbore un t shirt avec cette illustration. C’est un extrait du livre « Rock Dreams » de Guy Peellaert, célèbre dessinateur belge, paru en 1974. Elle n’existait donc pas à l’époque où se déroule le film. Je le sais d’autant mieux que j’avais le même, acheté à Londres en 1976.

Acteurs

Rémi Laurent Alain
Stéphane Hillel Jean-Pierre
Véronique Delbourg Claudie
Sophie Barjac Veronique
Julie Neubert Carol
Rynagh O’Grady Doreen
Aïna Walle Britt
Brigitte Bellac Mireille
Michel Melki Pierrot
Béatrice Saint-Marc  
Marc Chouppart  
Pierre Pradinas  
Frédéric Pieretti  
Eric Deacon Mike
David Morris Dave

La France est bien connue pour posséder un nombre incalculable de revues, journaux, qui paraissent de manière officielle et plus ou moins confidentiels à des dates plus ou moins régulières. C’est un signe de santé pour un état démocratique, la diversité de la presse montre la diversité des opinions. A côté d’une presse dite d’opinion qui concerne de manière large les faits politiques ou de société, il en existe une faite de bric et de broc et qui s’adresse à un clientèle ciblée. Vous avez sans doute tous vu ou entendu parler d’un bulletin paroissial, d’une revue qui parle de la préservation d’un patrimoine ou en souvenir d’un personnage célèbre ou encore une presse professionnelle. Il en existe une, par exemple, réservée aux membres du  club qui préserve la mémoire de San-Antonio. Alors on ne s’étonnera pas trop d’en trouver une qui concerne la justice, indépendante des avis officiels.

On peut imaginer quelque chose de très sérieux, de quelque chose « raide comme la justice ». Et pourtant il existe dans chaque domaine, aussi sérieux soit-il, une place pour l’humour. Cela dépend bien entendu de la répartie que peut posséder tel ou tel personnage. Il suffit parfois d’un mot bien placé pour entrer dans l’histoire, ce n’est pas le général Cambronne qui me contredira.

Dans un numéro de la revue La France judiciaire datant de 1931, on y trouve un article qui prouve bien que les gens de loi ne sont pas dépourvus d’humour.

Source Gallica, BNF, DP