Bas nylon et ciné 45 (2)

Nous avons vu et feuilleté dans un précédent post la revue Ciné-Miroir dans sa version almanach de 1945. Continuons dans cette deuxième partie de nous y intéresser en la parcourant à nouveau.

Les premières pages étaient plutôt axées sur le cinéma français, c’était aussi l’occasion de faire le point sur les acteurs qui pouvaient envisager les temps de paix comme un début ou une suite de leur carrière, n’ayant pas de comptes à rendre aux comités d’épuration à la libération.

En 1945, on fête aussi le cinquantenaire du cinéma, la revue s’y attarde un peu en consacrant quelques pages à son évolution depuis les débuts. On y évoque surtout le cinéma américain qui a vite pris le dessus, malgré quelques films français qui méritent le détour comme le Napoléon d’Abel Gance ou les premiers et historiques films de Georges Méliès. Durant toute cette période quelques films qui n’ont rien d’américain parviendront à se glisser en belle place dans l’histoire du cinéma. Dans ce genre les Allemands font très fort avec l’expressionnisme, en qualité et en exercice de style ils n’ont rien à envier aux Américains. Lang, Pabst, Murnau, sont des références absolues. Pour la Russie Eisenstein et pour la Suède Sjöströem ne sont pas à négliger. On ne peut passer sous silence la France et celui qui fut sans doute le premier réalisateur à devenir connu internationalement, Max Linder. Avec ses films humoristiques qui en inspirèrent certainement d’autres un peu plus tard, Chaplin lui doit bien un peu de sa magie, il fut assez vite victime de son succès avec une vie personnelle désordonnée.  Durant la période du muet quelques réalisateurs firent leur premières armes pour devenir plus tard des noms de premier plan, Jean Renoir, René Clair, Jacques Feyder, Marcel L’Herbier. 

L’Amérique a surtout le charme de ses films comiques pour le spectateur d’un autre pays, il n’a pas besoin de se casser la tête, les gags sont bien visibles et drôles. Keaton, Lloyd, sans oublier le génie de Chaplin qui s’affirmera encore plus avec le parlant, sont des stars. Le cinéma américains a tout de suite pris une dimension à la hauteur de ses ambitions. Il offre des films à grand spectacle, même s’il est encore muet. Il peut aussi se développer en toute liberté, la première guerre mondiale marqua un temps d’arrêt pour la production européenne, chose qui ne toucha que très peu, sinon les USA, du moins le territoire américain. Il fut aussi le premier à produire des icônes qui suscitèrent un engouement capable de porter les foules à l’émeute, certaines d’entre elles ne dépassant pas l’âge d’or du muet comme Pearl White ou Mary Pickford.  On peut se souvenir de la mort de Rudolf Valentino et de l’immense retentissement de son décès qui rendra folles de désespoir les dames de la belle société et aussi celles de plus humble extraction. Assez significatif pour un acteur dont on a jamais entendu la voix à l’écran, puisqu’il ne tourna que des films muets. L’époque parvint à imposer malgré tout des acteurs beaucoup plus durables qui traversèrent facilement la frontière du parlant, pour des carrières de plus ou moins grande envergure, Joan Crawford, Greta Garbo, Gloria Swanson, Louise Brooks, Pola Negri, Lilian Gish et chez les hommes John et Lionel Barrymore, Wallace Beery, Ramon Novarro, John Gilbert, Stan Laurel et Oliver Hardy. 

Voici les images sélectionnées par la revue pour ce résumé succinct de 50 ans de cinéma.

Pearl White et Ramon Novarro, Albert Dieudonné dans le film Napoléon d’Abel Gance, Chaplin et Tom Murray dans La Ruée vers L’Or.

Greta Garbo, Rudolf Valentino, Fernand Ledoux et Marie Déa, Walt Disney, Clarl Gable et Vivian Leigh dans leurs succès respectifs.

Pendant l’occupation un blackout quasi total régna sur les productions du cinéma américain, on imagine l’effet qu’aurait produit la projection du Dictateur de Chaplin. Alors la revue se devait de condenser cinq ans de silence, faire le point sur les nouveaux ou ceux que l’on connaissait déjà.

Devenu une star américaine par la force des choses puisqu’il tourna dans le premier Hitchcock de sa période US, Rebecca.

Retour sur un film dont on a beaucoup parlé en France mais que peu ont vu puisque qu’en 1945 il n’a pas encore été projeté dans les salles françaises Autant En Emporte Le Vent. C’est un succès colossal à sa sortie, qui offrira à ses acteurs une autoroute vers la gloire, ce n’est pas Clark Gable qui dira le contraire. C’est le type même de film qui emballe le spectateur, en quelque sorte un succès de la critique populaire.

Maureen O’Hara tirera aussi tous le jus nécessaire à sa carrière en apparaissant dans le fameux Quelle Etait Verte Ma Vallée de John Ford, un très beau film sur la condition ouvrière, ici les mineurs. Le jeune Roddy McDowall dans le rôle de l’enfant en récoltera aussi pas mal de bénéfices pour la suite de sa carrière.

Shirlew Temple fut aussi une des enfants stars du cinéma. Elle cessera d’elle-même sa carrière d’actrice en devenant adulte à la fin des années 40 et se tourna vers la politique.

Gary Cooper a de belles années devant lui. Joan Leslie fut aussi une actrice en vue pendant 20 ans. Femme sans doute très honorable, elle abandonna plus ou moins sa carrière pour élever ses enfants et fut une de celles qui ne divorça jamais de son seul et unique mari. Elle servit aussi toute sa vie comme bénévole dans une maternité.

Clark Gable avec le sourire

Chaplin savait bien compris qu’il fallait mettre les rieurs de son côté. Il savait aussi qu’il était préférable de faire des millions de morts de rire que de morts tout court.  Avec Le Dictateur il parodie qui vous savez de manière féroce. C’est un exemple je crois unique dans l’histoire du cinéma qu’un réalisateur se gausse pareillement d’un homme politique en exercice au moment de son tournage. Je ne sais pas si l’intéressé l’a vu, mais on a dû lui raconter. Il doit en avoir bouffé sa croix gammée! Au point de vue inventif le film est bourré de grandes scènes, celle du discours est un moment d’anthologie. Non seulement le film raconte une histoire mais il dévie de sa ligne pour y glisser des moments qui caricaturent le personnage central ou ceux qui sont à sa botte. On avait bien conseillé à Chaplin de ne pas le tourner, il passa outre et le réalisa avec ses propres deniers pour mettre tout le monde d’accord. C’est un de mes films préférés, je l’ai vu je ne sais pas combien de fois et je ne m’en lasse pas. 

Deux actrices ayant tourné avec Hitchcock qui s’affirme de plus en plus comme le maître du suspense. Teresa Wright qui figure dans L’Ombre D’un Doute et Joan Fontaine dans Rebecca. 

Il y a aussi des disparus chez les Américains. La pulpeuse Carole Lombard tuée dans un accident d’avion. Tom Mix le cowboy aux 300 apparitions à l’écran principalement au temps du muet, tué dans un accident d’automobile. Conrad Veidt, l’une des légendes du cinéma allemand des années 20, assez pour qu’Hollywood le remarque. Il aura ensuite une carrière plus internationale, tournant aussi en France et retournant en Allemagne. Ayant épousé une Juive il fuit définitivement ce pays. Il ne fut pas toujours employé à sa juste valeur. Signe des temps l’excellent groupe français de new vawe Marquis de Sade lui rendra hommage dans une chanson qui porte son nom.

Quelques réalisateurs et acteurs français s’expatrièrent et eurent des aventures et fortunes diverses sous d’autres cieux. La revue mentionne quelques noms. Tout d’abord Gabin à Hollywood où il tournera deux films en manquant une belle occasion de tourner avec Fritz Lang. Pour le film Moontide (La Péniche De L’Amour), il est sous la direction d’Archie Mayo, mais initialement c’est justement Fritz Lang qui tourna les premières séquences. Il ne perd pas tout dans l’aventure puisque la vedette féminine est Ida Lupino, une pulpeuse actrice qui se tournera après la guerre vers la réalisation avec une certain bonheur et fut la première femme à diriger un film noir. Pour le second, Gabin retrouve Julien Duvivier dans L’imposteur. De sa brève carrière américaine, on retient surtout sa liaison avec Marlène Dietrich et la revue annonce même leur mariage prochain, toutefois quand Dietrich sera divorcée, car elle est mariée depuis plus de 20 ans et à une fille Maria qui est toujours vivante. On connaît la suite Dietrich ne divorcera jamais et Gabin orientera sa vie sentimentale vers d’autres conquêtes. Sa carrière aura un temps mort pendant quelques années, il est trop âgé pour jouer les jeunes premiers et trop jeune pour jouer les vieux bougons, rôles lui seyant à merveille.

Michèle Morgan aura aussi une courte carrière américaine plutôt décevante. Il est assez difficile pour les Français d’obtenir de vrais rôles du fait qu’il ne parlent pas l’anglais couramment. Elle eut surtout l’occasion de se marier avec avec l’acteur William Marshall et donne le jour à un fils Mike Marshall, que l’on verra plus tard dans La Grande Vadrouille. A son retour en France elle n’eut aucun mal à redémarrer une carrière prometteuse. 

Marcel Dalio se débrouilla plutôt bien à Hollywood. Quittant la France car il est juif, sa photographie servit même à la propagande de Vichy comme portrait type de Juif, il tourne des petits rôles dans de bons films, une vingtaine dont le célèbre Casablanca avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Ayant appris et parlant couramment l’anglais avec un accent typique, il sera rappelé à Hollywood très souvent après la guerre pour y tenir des rôles de Français, tout en faisant de nombreuse apparitions sur les écrans français.

A cette époque, il y a un acteur français qui est déjà célèbre à Hollywood, Charles Boyer. Avec Louis Jourdan un peu plus tard, ils seront vraiment de grosse vedettes en Amérique avec une filmographie essentiellement américaine. 

La revue propose aussi la possibilité d’acheter par correspondance des photos de vedettes. Cela nous permet de faire le point sur ceux qui étaient considérées comme un produit censé intéresser les fans. Cela vous permettra aussi de faire le point sur vos connaissances en cinéma d’avant guerre. Lisez les noms et vous verrez bien ceux qui vous disent quelque chose. A l’évidence il manque quelques noms déjà célèbres ou en vue, mais on peut penser qu’ils ne figurent pas dans les ventes pour des raisons de droit. 

Toute revue qui se respecte doit avoir ses publicités pour faire marcher l’affaire. Même en 1945 où c’est encore une période de disette, la publicité se pose pour attirer le client. Il est sans doute plus facile de se procurer une litre de gnôle qu’une livre d’épinards. Ce sont surtout les villes qui subissent la pénurie, dans les campagnes on se débrouille plus facilement. On peut discrètement aller braconner ou attraper du poisson au filet. Dans toutes les époques de l’histoire, quoi qu’il arrive, il y aura toujours des gens qui ne connaissent pas de pénurie matérielle ou d’argent. Alors, il ne faut pas s’étonner si certaines de ces publicités s’adressent plutôt à ceux qui peuvent voir venir.

Des parfums et un métier disparu, le remaillage de bas. 

Ces fameux métiers appris par correspondance, bien évidemment payants. On mise sur l’électricité, il est vrai quelque chose qui avait des perspectives d’avenir en 1945. 

Une pub bien présentée et avec un certain humour en employant un vocabulaire désuet. Remarquez que cette très réputée marque existe toujours. On fabrique même des coquilles pour iPhone et autres.avec le nom de la marque. Comme disait mon père, le vrai Coganc il vient de Cognac!

Une pub à prendre avec prudence, même s’il s’agit d’un produit « miracle ». Ah Mesdames, si vous avez la poitrine qui ne correspond pas à celles de vos rêves, voilà de quoi remédier à cet embarras. Cette Mme Duroy a déjà mis quelques annonces avant la guerre avec des méthodes similaires mais pas exactement les mêmes. En 1945 les dames qui avaient lla poitrine opulente devaient sans doute avoir traversé la guerre en mangeant autre chose que des rutabagas…

Souce Gallica, BNF, DP