Des bas nylons en faits divers

Plus qu’un grand procès où l’on peut savoir tout sur le comportement d’une personne, les faits divers offrent un éventail de la société plus bref sur la personne, mais très étendu sur la sociologie en général. Le constatation principale reste que ce genre de littérature s’adresse plutôt au voyeur, car le voyeur n’est pas seulement celui qui cherche un spectacle visuel plus ou moins aguichant, mais aussi celui qui va le transférer mentalement pour en faire un spectacle qu’il va diriger selon son gré avec les informations qu’il pourra recueillir dans l’article. Je me souviens d’avoir lu en Italie un journal de faits divers plus ou moins criminels qui relatait un viol. Dans l’article, on parlait explicitement d’une culotte que le violeur aurait enlevé à la victime et qui était de couleur noire. La description de la couleur de la culotte est à l’évidence un ajout destiné à faire mousser le lecteur. Il n’est nul besoin de mentionner la couleur et même qu’elle soit enlevée par le violeur. On peut imaginer que le rédacteur de l’article connaissait ses lecteurs ou soupçonnait leur envie d’avoir ce genre de détail. Il est même très rare que dans un rapport de police destiné au public on s’attarde sur pareil détail. 

Il y a bien évidemment une presse spécialisée destinée à ce genre de clientèle. Le phénomène s’accélère même avec la presse gratuite où il n’est pas rare que l’on parle de détails croustillants sur les relations entre couples célèbres ou de petites aventures qui peuvent arriver à quelques unes de ces vedettes. Je suis bien évidemment pour la liberté de la presse, mais j’estime qu’elle doit être compartimentée et s’adresser à un public ciblé qui doit dépenser une somme, même modeste, pour la lire. Avec la presse gratuite, on mélange tout et le fond de l’information est très souvent superficiel pour les choses plus sérieuses. Politique et voyeurisme ne vont pas de paire. Si la première va certainement influencer ma vie de manière directe, je peux très me passer des dernières jurons d’une star qui a glissé sur une peau de banane en sortant d’une disco et qui veut porter plainte contre la maire de la ville. Bah du moment que c’est gratuit… 

La presse de faits divers existe, elle existe même depuis longtemps, c’est presque aussi vieux que la popularisation des journaux. Dans les quotidiens on retrouve fréquemment leur mention. La différence notable, c’est la hiérarchisation de leur impact sur les foules. Un quotidien national va plutôt considérer un crime qui aurait lieu en Auvergne comme un simple fait divers, tandis qu’il fera plus certainement la une d’un quotidien local auvergnat. Pour ce dernier, un accident de voiture d’une certaine importance ou une histoire de vol sera considéré comme un fait divers méritant sa mention dans les pages du journal, mais sera complètement ignoré ailleurs. A part ces deux tendances, il y en a une troisième, le journal qui ne s’intéresse qu’au fait divers, mais qui va relayer des informations tous azimuts, même des histoires survenues à l’étranger quand la matière « locale » est insuffisante. 

Le fameux Détective est considéré comme l’un des pionniers du fait divers, mais il cible plutôt les affaires criminelles. Consacré dans les années 30, il n’est pourtant pas le premier du genre. A la fin du 19ème siècle, il en existait déjà d’autres d’une longévité plus ou moins grande. La cadence était la parution hebdomadaire et la présentation plus ou moins soignée. Certains traitaient du fait divers en général sans s’arrêter particulièrement sur des faits criminels bien que l’on puisse considérer qu’ils sont majoritaires.

Pour illustrer ces propos, je me suis arrêté sur une publication du genre Les faits Divers Illustrés, un numéro datant d’avril 1907. La présentation est assez plaisante avec certaines pages en couleurs et des illustrations sous formes de dessins. Il ratisse assez large car on peut y trouver mention d’histoires qui viennent des quatre coins du monde. Souvent la description des faits est assez concise n’entrant pas trop dans les détails et pouvant laisser quelque peu le lecteur sur sa faim. mais c’est peut être voulu ainsi par manque d’informations précises, n’oublions pas que les communications sont encore un peu balbutiantes par manque de moyens techniques développés et pas accessibles à toutes les bourses.  Par contre, la véracité de ces histoires est difficilement vérifiable ne relatant pas de faits célèbres et restent dans un contexte très local.

En voici quelques extraits…

Comme vous le voyez, la couverture est aguicheuse et va droit au but, les rues sont des coupe-gorges. L’idée de répandre la peur est un moyen qui a toujours existé pour renforcer la sévérité des lois, du moins depuis que les médias existent. Nous savons très bien que la peine de mort n’a jamais diminué la criminalité. Depuis qu’elle a été supprimé dans nombre de pays, il n’y a pas plus de criminels qu’auparavant ou du moins il n’y a pas de changement significatif. Que l’on soit pour ou contre la peine de mort est une chose, mais penser qu’elle va diminuer la criminalité est une erreur. Et puis, les pour doivent prendre en considération qu’elle ne peut être appliquée que dans des cas sordides. La peine de mort sans effusion de sang pour un « crime » politique est une abomination. C’est hélas encore le cas dans de nombreux pays.

Une statistique existe qui se base sur les agressions dans le métro à Paris intra-muros. On entend par agression, lorsqu’il y a contact physique, autrement dit se faire casser la gueule ou malmener physiquement pour se faire voler son portable par exemple. En se basant sur le nombre de personnes qui empruntent le métro, il y a une personne sur environ 571 000 (moyenne des agressions par jour sur une année divisé par nombre de voyageurs) qui se fait agresser. Cela ce sont les chiffres officiels, il arrive lors de programmes télévisés que l’on gonfle ces chiffres, afin de produire un effet plus fort sur le spectateur, ce n’est pas toujours très honnête. Si vous avez été agressé, c’est que vous n’avez vraiment pas de chance. Personnellement je ne suis pas un Parisien, mais j’ai bien emprunté le métro des centaines de fois sans rien remarquer d’autre que des incivilités. Je devrais sans doute jouer à la roulette, je suis peut être chanceux. Les agressions auraient même tendance à diminuer, car maintenant la quasi totalité du réseau est sous surveillance caméra et parmi les passagers de nombreux policiers en civil patrouillent comme simples quidams qui n’ont l’air de rien et ils sont plutôt du genre expérimenté pour voir venir. Les caméras si elles ne sont pas toujours utiles pour prévenir rendent bien des services pour la suite et l’identification. Les spécialistes et bandes organisées n’en restent pas à un coup d’essai. Toutefois la violence des agressions semble plutôt augmenter.

Faits divers tristes ou drôle illustrés

Un journal sans pub n’est pas un journal, en voici à prendre avec des pincettes

Source Gallica, BNF, PD

Vacances en nylon (4)

Citation de l’été

La connerie c’est comme le vent, on ne le voit pas mais on en subit les effets.

Chansons que j’écoute depuis 50 ans

Les Yardbirds furent et sont encore mon groupe préféré et en plus j’ai une longue amitié avec deux des membres. Dans mon cercueil le moment venu, je veux qu’on m’enterre avec une intégrale des Yardbirds, si si j’insiste. On sait jamais des fois qu’on s’emm… la-dessous! Voici ce qui fut mon premier disque d’eux…

Les Yardbirds furent pour moi un excellent détonateur pour aller en exploration dans la musique, chose que je n’ai jamais arrêté de faire depuis. Comme j’avais lu à quelque part qu’un certain Eric Clapton avait fait partie du groupe, j’ai bien retenu son nom. En 1966, j’ai mis la main sur un album de complication « What’s Shakin » sur lequel figurait son nom. Cet album fut pour moi une révélation, car il explorait de nouvelles tendances musicales, en gros ce qui allait devenir la musique pop issue du blues. A part les Lovin’ Spoonful qui étaient très populaires avec leur hit « Daydream », on y découvrait Paul Butterfield Blues Band, Al Kooper, Tom Rush, des noms encore assez obscurs en France à l’époque de sa sortie. Je peux dire ironiquement que j’ai commencé à aimer cette musique avec un groupe qui n’existait pas, celui où jouait Eric Clapton, nommé Eric Clapton & The Powerhouse et le titre que je préférais sur l’album « I Want To Know ». En effet ce groupe n’a jamais existé car c’est une réunion impromptue en 1965 de quelques musiciens mystérieux. On sait maintenant de qui il s’agit et ce n’est pas n’importe qui. On y retrouve Paul Jones ici à l’harmonica, le chanteur de Manfred Mann ; Stevie Winwood ici au chant, guitariste et chanteur du Spencer Davis Group ; Jack Bruce, bassiste à ce moment là de Manfred Mann ; Pete York, batteur du Spencer Davis Group. Pour des raisons contractuelles seul le nom de Clapton apparaît car il n’est pas lié avec un autre contrat ou un autre groupe comme les autres musiciens. On retiendra pour la suite que Clapton et Bruce formeront un des premiers power group des années 60, Cream. Voici cette petite merveille, reprise un peu plus tard par Ten Years After sur leur premier album, ainsi qu’un autre titre figurant aussi sur cet album mythique,  celle de Al Kooper « I Can’t Keep From Crying Sometimes ». On pourrait presque dire que moi et Alvin Lee on écoutait les mêmes trucs. 

Les Moody Blues première époque, toujours dans mes écoutes. En 1964, ils avaient pondu un gros truc « Go Now », que je considère toujours comme un tout grand disque, une écoute presque inlassable.

Les Hollies était un des quelques rares groupes qui pouvaient faire la pige aux Beatles du point de vue succès, ils le firent avec une certaine classe, si bien qu’ils existent encore aujourd’hui avec deux membres originaux et ils sont toujours capables de remplir des grandes salles dans le monde entier. Comme c’est le cas pour beaucoup de groupes qui ont une discographie pléthorique, certains de leurs titres sont noyés dans la masse. En 1965, leur label Parlophone, le même que les Beatles, publie un 4 titres qui propose leur grand hit du moment « I’m Alive » un no 1 en Angleterre. Sur la face B figure une titre nommé « Honey And Wine » qui deviendra assez vite un titre adoré par les fans, encensé par la critique et très certainement joué dans les concerts. Evidemment, les amateurs cherchent à l’acheter. Pour le faire, un seul moyen se procurer ce 45 tours, car pendant presque 15 ans, il ne sera pas disponible autrement. J’ai eu plus de chance, car il figure depuis 1966 dans ma collection et est devenu un des titres des Hollies que j’ai le plus écoutés. C’est encore un de ces trucs qui figure dans mon hit parade de toujours. Si je pense écouter un truc des Hollies, je commence toujours par lui. Pas de panique le voici…

Celui-là je crois que c’est le record que j’ai payé pour une disque dans un magasin. Pas dans le sens cher, mais bon marché. Dans une liquidation de grand magasin, je l’avais payé 20 centimes, non pas 1 franc, pas 50 centimes, mais 20 centimes. Depuis 50 ans, il passe régulièrement sur ma platine. Il faut que je vous avoue un truc, en principe les pressages originaux qui ont une certaine valeur, je ne les écoute pas, mais je les enregistre ou écoute des rééditions. C’est l’idéal pour leur conserver une certaine valeur. Les disques qui grattent ou en mauvais état sont invendables chez les collectionneurs. Alors si un jour… A part cela c’est une excellent titre, une reprise de Mr Bobby Bland à laquelle ils ont insufflé un bon petit coup de punch. Un bel exemple de musique beat comme on aimait bien en écouter il y a 50 ans et même encore maintenant…

Le monument à la génération des années 60, c’est ma génération et celle des Who. Cette musique un peu folle est très représentative de l’esprit qui nous animait. Avec un des plus grands batteurs de cette époque, voire d’autres aussi, et sûrement aussi un des plus fous. J’aimerais bien savoir durant quel cauchemar Pete Townsend, le compositeur, a eu l’idée de cette musique. C’est le type même d’une recherche sur des territoires pas encore très explorés. Superbe monument!

Peu de chanteuses dans les années 60 purent se targuer de chanter des succès qu’elles avaient elles-mêmes composés.  En voici un très bel exemple et une chanson qui a fait le tour du monde et que tout le monde connait. La belle Jackie de Shannon, qui fut un temps la petite amie de Jimmy Page, on le comprend!

Voici d’ailleurs un enfant qui naquit de cette rencontre, oh c’est juste une chanson co-écrite De Shannon – Page et qui fut un succès pour Marianne Faitfull.

Bas nylon et un député pas comme les autres

Un député pas comme les autres

L’Islam est un sujet d’actualité que revient souvent dans les discussions. Mais saviez-vous que le premier député de religion musulmane franchit les portes du Parlement il y a 130 ans?

Cet homme s’appelait Philippe Grenier (1865-1944)  et il est né à Pontarlier. Il devint médecin de formation. En 1890, il va voir son frère qui se trouve en Algérie, alors colonie française. Intéressé par la culture musulmane, il se convertit à l’Islam lors d’un second voyage en 1894. Il est d’abord conseiller municipal de sa ville, il se rend aux séances vêtu à la manières des Bédouins. Politiquement il est très à gauche, mais son statut le fait s’intéresser de près aux question médicales et à la condition ouvrière. Au décès du député représentant le Doubs il décide de se présenter à l’élection. Contre toute attente et malgré ses exubérances vestimentaires, il est élu. Il faut préciser que son programme est socialement très en avance pour l’époque. Mais il se retournera pour une partie contre lui surtout dans ses prises de positions face à l’alcoolisme dans sa proposition  de loi sur la limitation des débits de boisson et la taxation des liqueurs. N’oublions pas que Pontarlier est à cette époque une Mecque, mais celle de la fabrication de l’absinthe qui occupe des milliers de personnes. Principalement à cause de cela, il ne sera pas réélu et quittera finalement la politique.Il ne siégera donc que de 1896 à 1898.

On peut imaginer tous les remous que cette élection provoqua dans la presse de l’époque. On en profita pour railler sa personne à travers ses opinions religieuses, mais plus que cela c’est sa position de gauchiste qui dérange, chose qui passait assez difficilement dans la bourgeoisie. Il fut quand même un ami de Jaurès et un personnage pittoresque dans un monde politique qui l’est beaucoup moins, même à la fin d’un siècle déjà lointain.

On peut analyser les ironies de l’histoire, car une dizaine d’années plus tard, un projet de loi identique à ses vues fut mis en route, prônant notamment la limitation des débits de boissons et aboutira à l’interdiction de l’absinthe en 1915, interdiction qui mena finalement à la création du fameux Pernod. Un autre point tout aussi ironique fut son combat pour faire reconnaître aux citoyens des pays coloniaux le droit à la citoyenneté française. Il avait déduit que face à l’Allemagne ou à la Russie, l’armée française n’avait pas une armée qui pouvait mobiliser un nombre égal ou supérieur de soldats. Le potentiel en hommes des pays colonisés offrait une énorme réservoir de chair à canon. Non pas qu’il prônait la guerre, mais dans un pure mesure d’intimidation. Il est clair que se battre à un contre cinq ou dix donnerait à réfléchir, surtout à l’état major prussien. Pour cela estimait-il, il faut leur donner des droits, il n’en avaient pratiquement aucun, et la nationalité française afin qu’ils aient une bonne raison de se battre et aussi l’obligation, car le conscription rendait le service militaire obligatoire. L’attribution de la nationalité permettait aussi la création d’un état civil afin de savoir qui est qui et où. Jusque là, il n’y avait pratiquement aucun recensement sérieux de population. Le contingent dit des tirailleurs sénégalais ou algériens existaient déjà, mais cela restait assez marginal. Le soldats de ces armées avaient droit tout au plus à un salaire ou une prime et les remerciement de la France. Ils rendront néanmoins quelques bons services lors des deux guerres, 

Une des chansons satiriques dont il fut le sujet…

Une opinion plus contrastée

L’opinion d’un éditorialiste parue dans un journal d’époque Le Temps.

Bien que gardant entre moi et toute forme de religion une distance plus que respectable, je suis assez respectueux des croyances d’autrui, mais cela ne m’empêche pas de les étudier à fond et d’en tirer mes conclusions personnelles. Je crois que le personnage que je vous ai présenté ici est un cas typique qui montre qu’il ne faut pas juger une personne par son appartenance religieuse, il y a des cons partout, mais bien par ce qu’elle fait pour rendre le monde un peu meilleur. Animé par une conviction religieuse dans laquelle il ne manquait pas de critiquer certains de ses aspects, il mena une vie humble et désintéressée de tout ce que le monde peut offrir comme miroir aux alouettes. Après son passage dans la politique, il continua le même parcours. Il n’eut jamais de harem, il épousa simplement sa bonne et mourut en 1944 à l’âge de 78 ans. Il n’est pas tout à fait oublié à Pontarlier, un collège et une mosquée portent son nom.

L’histoire du poulet musulman

Lors d’un voyage au Maroc, j’avais rencontré Rachid. En mangeant en sa compagnie, j’avais dégusté un poulet, du moins une partie, et je l’avais trouvé délicieux. Il venait de la ferme d’un de ses oncles pauvre paysan dans un petit bled du Maroc. Il n’y a pas de secret, ses poulets sont élevés selon les vieilles traditions, ce n’est pas du poulet industriel. Pas plus tard que l’autre jour, on sonne à ma porte et je vais répondre. Quelqu’un qui revenait du Maroc avait un petit cadeau pour moi. C’était Rachid qui me faisait parvenir un poulet, tué la veille et préparé selon les habitudes du coin par sa femme, c’est à dire farci de toutes les épices qu’ils emploient pour ce genre de préparation. Comble de bonheur,  il y avait les abats à l’intérieur, le cou et le foie. Rachid est un Musulman mais nous n’avons jamais parlé d’Islam, ce qui ne nous as pas empêché de lier une belle amitié avant de nous séparer pour ne peut être jamais nous revoir. Comme il savait que la personne qui lui a rendu visite me connaissait, il s’est rappelé que j’aimais le poulet et lui a donné mission de me remettre ce fameux poulet que j’ai bien entendu mangé. 

Merci Rachid, par ce geste tu t’es souvenu que j’existais après tout ce temps. Comme tu le sais si bien, je ne t’ai pas jugé sur tes croyances, ni toi sur les miennes. Nous sommes juste deux personnes qui ont décidé que l’amitié n’a pas de barrières. Et qui sait peut être nous mangerons le prochain poulet ensemble…

Source Gallica, BNF, DP