Bas nylons et boutons

 

Les films qui ont des enfants pour héros forment une classe à part dans l’histoire du cinéma. Les enfants sont les aventuriers auxquels les autres enfants veulent s’identifier dans l’idéal. Plutôt rares sont les films où ils sont presque un mauvais exemple. La Guerre des Boutons en est une belle illustration, bien que prenant racine dans ce qu’il existait assez couramment dans nos belles campagnes de la fin des années 50. Imaginez un monde où il n’y a pas de télévision, d’ordinateurs, de téléphones connectés. Encore plus à l’époque où l’histoire est née de la plume de Louis Pergaud, le poète et écrivain franc-comtois, mort comme soldat en 1915.

Au début des années 60, Yves Robert pour les besoins de son film, la transpose dans une époque plus contemporaine à son film, bien que cela ne se remarque que par quelques détails, l’éclairage public est électrique, des habits « modernes », des allusions faciles à dater dans le temps. Mais cela ne change rien à la destinée du film, les jeux, pas interdits, mais non plus très recommandables des enfants n’ont pas foncièrement changés en 60 ans.

Il y a aussi l’idée assez forte alors, d’appartenir à une communauté centrée autour d’un village, les habitants du village voisin sont presque des étrangers, des ennemis. Sans doute les plus âgés d’entre vous qui ont grandi ailleurs qu’en ville, ont éprouvé ce genre de sentiment. De là à déclarer une guerre symbolique avec quelques gentils fait d’armes, détruire la cabane des « ennemis », ou crever quelques pneus de bicyclette, font partie de ce folklore construit de toutes pièces.

Le roman de Pergaud n’échappe pas à cette ambiance, bien que librement inspiré le film en restitue l’essentiel, le combat entre ceux de Longeverne contre ceux de Velrans. Les prises de guerre sont de véritables trophées, les boutons de culotte ou les bretelles de l’ennemi qui l’obligeront à se balader en tenant leur culottes et fuyant pour ne pas dévoiler leur intimité, comble de la honte. Les expéditions commando pour aller écrire sur les murs du village voisin qu’ils sont des peigne-culs. La quête prudente de la bande qualifiée de couilles molles par l’adversaire pour en savoir la signification.

A côté de vedettes confirmées, Jean Richard, Jacquea Dufilho, Michel Galabru, on notera l’extraordinaire performance de Martin Lartigue dans le rôle du Petit Gibus, le petit de la bande qui veut imiter les plus grands et qui assène au tout au long du film et de ses déboires la phrase culte : si j’avais su j’serais pas v’nu ! Les interprétations des enfants sont d’ailleurs bien moins stéréotypées que celles des adultes, ils sont naturels. Entre un Jean Richard qui vaut ce qu’il vaut en agriculteur et un Jacques Dufilho qui est certainement meilleur ailleurs, le choix est vite fait, on préfère la jeunesse. Les adultes ne sont en quelque sorte que les figurants des enfants, qui n’ont rien à perdre, rien à prouver.

On suit ce petite monde avec fidélité et amusement. Il nous entraîne à sa suite dans un tourbillon de bons mots et de situations cocasses. La guerre locale finit même par s’étendre au monde des adultes, sans doute jaloux de ne pas pouvoir s’amuser avec l’innocence de l’enfance à ces jeux qu’eux mêmes inspirent. C’est à ce moment là qu’ils s’aperçoivent que l’enfance les a quittés pour toujours et que l’été et l’automne de la vie se confondent avec le temps des regrets. Le film se termine sur une phrase qui résume toute la saveur du film : dire que quand on sera grands on sera aussi cons qu’eux !

Le film eut quelques difficultés à voir la nuit des salles, car il ne trouva aucun distributeur en France. Ici on peut encore souligner que le cocorico national salua bien évidemment la réussite du film qui fut un véritable succès en salles, mais que c’est grâce à Warner, boîte américaine par excellence, que le film parvint dans les salles du monde entier. La production elle-même ne doit rien à personne, c’est Yves Robert et sa célèbre compagne, Danièle Delorme, qui l’assument pour le compte d’une maison de production dont ils sont les fondateurs.

Pour ma part, c’est le film que j’ai raté au moment de sa sortie. Je ne l’ai découvert que plus tard avec mes yeux d’adulte. C’est peut être le genre de film qu’il faut justement visionner avec ce regard, ne pas le voir durant l’enfance et le ranger dans les souvenirs qui vont avec, qui s’effacent pour faire place à d’autres guerres. C’est sans doute pour cela qu’il m’a marqué et qu’il est entré par la grande parmi mes classiques de l’écran, avec ceux qui me font toujours rire, même si je sais d’avance à quel moment je vais rire.

Distribution

Les enfants

  • André Treton : Lebrac, le chef des « Longevernes »
  • Michel Isella : L’Aztec des Gués, le chef des « Velrans »
  • Martin Lartigue : Petit Gibus, un gamin de Longeverne
  • François Lartigue : Grand Gibus, un gamin de Longeverne et grand frère de Petit Gibus
  • Marie-Catherine Michonska-Faburel : Marie Tintin, la protégée de Lebrac
  • Jean-Paul Maîtrot (alias Jean-Paul Queret) : Bacaillé, le traître de la bande à Lebrac
  • Daniel Janneau : La Crique, l’intellectuel de la bande à Lebrac
  • Patrick Loiselet : Le gamin de Longeverne qui prononce la réplique culte : « Tu fais honte aux pauvres, Lebrac. C’est pas républicain, ça. »
  • Daniel Tuffier : Le gamin de Longeverne qui cherche ses lunettes lors de la première bagarre avec les « Velrans »
  • Christophe Bourseiller : Gaston, l’enfant qui teste l’insulte « Couilles molles » sur son père
  • Jean-Denis Robert : Le gamin de Longeverne qui transporte La Crique en vélo
  • François Bazinsky : Un gamin de Longeverne
  • Gérard Aubry : Un gamin de Longeverne
  • Claude Bourseiller
  • Jacky Delory
Les adultes
  • Jacques Dufilho : Le père de l’Aztec des Gués
  • Yvette Etievant : La mère de Lebrac
  • Michel Galabru : Le père de Bacaillé
  • Michèle Méritz : La mère de l’Aztec des Gués
  • Jean Richard : Le père de Lebrac
  • Pierre Tchernia : Bédouin, le garde-champêtre
  • Pierre Trabaud : L’instituteur de Longeverne
  • Claude Confortès : Nestor, le facteur
  • Paul Crauchet : Le père Touegueule
  • Henri Labussière : Le paysan sur son tracteur
  • Yves Péneau : Le surveillant général
  • Robert Rollis : Le père de « Migue la Lune »
  • Louisette Rousseau : La mère de Bacaillé
  • François Boyer : Le curé à vélo
  • Bernard Lambert : Le bûcheron

La plupart des enfants acteurs ne firent qu’un bref passage dans le cinéma. Le plus endurant fut le Petit Gibus qui tourna un autre film avec Yves Robert Bébert et l’Omnibus (1963), où il tient un rôle de petite peste  paumé dans le train. par son grand frère, (un tout jeune Jacques Higelin). Martin Lartigue est aujourd’hui retiré dans le Sud et établi comme peintre. 

Autour du film

Le film figure dans la douzaine de films ayant eu le plus d’entrées en salles.

Le film engendra aussi une célèbre chanson « Y’a mon pantalon et qui s’est décousu », un rien grivoise.

Il fut presque censuré aux USA, à cause des très pudiques scènes du nus qui figurent dans certaines scènes.

Le film est connu au japon tant et si bien quûne marque de sous-vêtements et de chocolats portent le nom de Petit Gibus.

La film a reçu le prix Jean Vigo, un pris qui récompense les films à l’esprit indépendant.

Le roman de Pergaud a été adapté plusieurs fois à l’écran, mais la version d’Yves Robert reste sans hésitation celle de référence.

Le Petit Gibus avant et maintenant

12 réflexions sur “Bas nylons et boutons

  1. Bonjour,
    C’est vrai, même si les adaptations plus récentes ont été remises au gout du jour, celle d’Yves Robert est incomparable à mes yeux.
    Bonne journée

  2. a le bon temps du bas nylon et porte jarretelle que cela était beau que j aime les femmes qui reste féminine .quand aux film j ai connu cela aussi dans mon quartier a liège notre guerre entre le quartier st léonard et le tiers a liege ce la était il y a 60 ans bien a vous chris

  3. Bonjour à vous,

    Dans le film « Bébert et l’Omnibus », il y a, me emble t-il, une scène dans laquelle « p’tit Gibus » qui est assis sur un manège recouvert d’une bâche exige que son père (Jean Richard , je crois ) et Michel Serrault (l’inspecteur des Chemins de Fer) le fassent tourner pendant quelques tours, en pleine soirée sur la grand’ place sous les yeux des gens du voisinage qui les prennent pour des… illuminés ! Les pauvres ! Excellent.
    Bonne journée. Peter Pan.

    • Merci Peter Pan,

      C’est un film que je n’ai plus revu depuis au mons 30 ans, mais il me semble qu’il y a une scène semblable. Je me souviens que Bébert voulait toujours « des feux de bengale ».

      Bonne soirée

      • Bonsoir Mr Boss,

        Tu as tout à fait raison. J’ai vu ce film entre 1980 et 1986 avant mon changement de région.
        Je crois même qu’à un moment donné du film, Serrault se retrouve ligoté au diner chez Richard et se voit obligé de manger une espèce de bouillie répugnante avec ces mots : « Qui c’est qui va manger sa bonne purée ? C’est monsieur l’!inspecteur des Chemins de Fer ! « …. Quelle rigolade !
        Du Robert Dhéry bis… Excellent. Merci de nous rappeler ces bons moments.
        Bonne soirée. Peter Pan.

  4. Bonjour à vous…

    Les films avec des enfants pour principaux personnages ne sont pas nombreux.
    Je citerais « Les disparus de St-Agil » mais ce sont des ados dans un pensionnat des années 1930-1950.
    Plus tard les Anglo-Saxons ont lancé dans les années 1970 la « mode » des séries avec des clans de jeunes gens comme « l’Autobus à Impériale » (Glouton, Belle, Prof, Youpla, Tigrette et alt) en RFA, le feuilleton « Krempoli », « la Pierre Blanche » où les jeunes se lançaient des défis…
    J’étais gamin à l’époque. Bons souvenirs.
    Peter Pan.

    • Les Disparus de St-Agil, voilà un très bon film, il fait partie de mes classiques. Et puis il y a aussi une belle distribution.

      C’est vrai que les films avec les enfants en héros sont assez rares. Il y a un film un peu oublié, « Capitaines Courageux » avec Spencer Tracy et Freddie Bartholomev. Ce dernier jour le rôle d’un enfant de riche et très gâté. Par accident, il tombe à la mer depuis un paquebot et il est recueilli par un bateau de pêcheurs qui n’a pas de radio ni l’intention d’arrêter la pêche pour le ramener à terre, Au début il exige un tas de choses et fait des caprice. Peu à peu, il d’apprivoise et apprends la vraie vie. C’est à mon avis l’un des beaux rôles de Tracy.

      Bonne soirée

  5. Bonsoir Mr Boss,

    Le film « les Disparus de St-Agil  » est passé sur la TNT vers fin 2016 ou début 2017.
    En revanche,  » Capitaine Courageux » , je ne le connais pas et n’ai pas le souvenir que la TV l’ait projeté.
    Mon papa me parlait souvent de Spencer Tracy dans le rôle du Docteur Jekyll et son double négatif, l’affreux Mister Hyde , film qu’il avait vu après guerre.
    Des grands classiques… Age d’Or révolu… Dommage.
    Bonne soirée. Peter Pan.

    • Merci Peter,
      La première fois que j’ai vu les « disparus » c’était dans une rétrospective des films français des années 30, j’y ai découvert aussi « La Chienne » de Renoir. Il y a quelques années je l’ai obtenu en DVD dans une offre couplée avec « Goupi Mains Rouges » autre excellent film. Une partie de mes DVD est d’ailleurs consacrée aux vieux films quand je peux mettre la main dessus.

      Excellent weekend

  6. Bonsoir Mr Boss,

    Pour dégoter des DVD de qualité du cinéma français et étranger, je vais sur le site intitulé : http://www.mariannemelodie.fr.
    Ils sont classés par genre et depuis les années 1940 jusqu’à aujourd’hui. C’est sur ce site que je commandais les DVD western , polars et péplums que j’avais offert à mon papa.
    Le film « Goupi Mains-Rouges » (avec Goupi-l’Empereur et Goupi-Tonkin les aïeux dans le film) , je l’ai vu au début des années 1980 à la TV et mon père l’avait vu puisque réalisé autour des années 1940. L’acteur qui joue le père Goupi est-ce l’acteur Noël-Noël ( cf : Les Vieux de la Vieille) ?
    Le ciné-club du Dimanche soir sur FR3 propose des cycles de films français ou européens ou bien américains. Dommage qu’ils soient sous-titrés pour la plupart d’entre eux: ça gâche le plaisir de suivre le film en voulant comprendre les dialogues.
    Par exemple, le film  » Le Cauchemar de Dracula  » avec le « grand « Christopher (au sens propre et figuré ! ) existe à la FNAC seulement dans sa version sous-titrée en français ! Aberrant !!
    Alors que ce chef-d’oeuvre de la Hammer dans sa VF existe puisqu’elle est passée à la TV à l’hiver 1975. Je ne suis pas très doué en langues vivantes. Dommage.
    Merci pour toutes ces filles en déshabillé ! Rires.
    Bon WE à vous . Peter Pan.

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