Bas nylon vampires qui mènent le bal

 

Cinéma

De manière générale, les films d’épouvante se veulent « sérieux » même si le sujet ne l’est pas trop. On aime bien faire peur avec les recettes classiques, monstres, vampires, pouvoirs surnaturels. L’introduction de la notion comique n’a été abordé qu’à travers quelques séries télévisées comme Les Monstres ou La famille Adams, vers le milieu des années 60. Néanmoins, on peut trouver quelques scènes comiques dans des films qui n’ont pas la prétention de l’être. Roman Polanski a sans doute imaginé que d’aborder le genre dans un long métrage serait une bonne idée. Il n’est pas encore le cinéaste de renom qu’il est aujourd’hui, mais il commence à marquer quelques points dans une carrière qui devient internationale. C’est son quatrième long métrage, sorti en 1967.

Des divers genres qu’il pouvait retenir, c’est celui du vampire qui est adopté. Il se colle assez fidèlement aux autres films du genre, notamment ceux de la Hammer, la plus célèbre faiseuse d’histoires inspirés des classiques de l’épouvante, notamment les fameux Dracula et Frankenstein, genre populaire 30 ans plus tôt. Par se coller, il faut entendre qu’il envoie ses héros en Transylvanie, dans les Carpates, lieu ou Bram Stocker situe dans Dracula le berceau des vampires, s’inspirant d’un personnage réel Vlad Tepes, réputé cruel et sanguinaire. Il respecte aussi les canons du genre à savoir que les vampires ont peur de l’ail, ils ne se reflètent pas dans un miroir, ne vivent que la nuit, ne supportent pas la lumière du jour, celui qui est mordu par un vampire en devient un à son tour. Tout les reste c’est du Polanski.

Le plot.

Le professeur Abronsius (Jack MacGowran) est un savant un peu fou persuadé de l’existence des vampires. En compagnie de son assistant Alfred (Roman Polanski), craintif et timoré, il se rend en plein hiver dans les Carpates pour tenter de trouver des traces de l’existence des vampires. Un soir, après une longue route et complètement gelés, ils arrivent à une auberge perdue dans un coin de montagne. Anbronsius remarque qu’il y a de l’ail partout dans l’auberge et il pense être arrivé au bout de ses peines. A toutes ses questions, on détourne aimablement la conversation ce qui le conforte dans ses idées, il est au bon endroit. Son assistant est plus intéressé par « l’architecture », il s’éprend de la jolie Sarah (Sharon Tate) la fille de l’aubergiste (Alfie Bass). Cette dernière est enlevée et la piste que les deux compères suivent  les amène tout droit au château de comte Von Krolock (Ferdy Mayne qui s’inspire passablement de Christopher Lee), en pleine effervescence, car aura lieu le bal annuel des vampires.

Pour incarner le savant un peu fou, il fallait à Polanski un acteur capable d’en faire un peu trop, Il l’a trouvé en la personne de Jack MacGowran, un extraordinaire professeur Abronsius qui est en beaucoup plus cinglé une sorte de professeur Tournesol passionné par sa science.  Acteur peu connu jusque là, il y gagne une célébrité mondiale qui sera hélas sans vrai lendemain, mais qui lui valut quand même de figurer dans l’Exorciste, sa dernière apparition, car il mourut peu après le tournage âgé de seulement 54 ans. Soulignons aussi qu’avez son visage normal, il est presque méconnaissable. Polanski incarne plutôt bien son assistant, il est dévoué mais sans enthousiasme, il suit le mouvement. La belle Sharon Tate, en jeune fille légère qui adore prendre des bains, n’était initialement pas le choix de Polanski, mais sur l’insistance, c’est elle qui obtint le rôle. Ce fut hélas pour son plus grand malheur quand on connaît la suite. Bref rappel pour les jeunes et ceux qui ne connaissent pas l’histoire. Une liaison commença pendant le tournage du film entre elle et le réalisateur, qui aboutit à un mariage en 1968. Le couple s’installe à Los Angeles dans une maison ayant appartenu à Michèle Morgan. Le 9 août 1969, enceinte de huit mois, elle est assassinée ainsi que plusieurs personnes présentes par le tristement célèbre Charles Manson et sa bande. Un article de presse d’époque.

 

 

La film de Polanski est remarquable par l’image, très coloré, on repense ici aux films de la Hammer qui avaient cette saveur, d’ailleurs Polanski n’a jamais prétendu ne pas s’en être inspiré. Les paysages hivernaux sont magnifiques, l’auberge représente bien l’ambiance d’une auberge dans un coin perdu, lieu de rencontre pour les gens alentours, avec ses personnages typiques, représentatifs d’une caste sociale plutôt défavorisée. 

Une notion introduite par le cinéaste plutôt inhabituelle, ils sont plus humanisés, aimant s’amuser puisque qu’un bal à lieu dans le château. Ils sentent un peu moins le tombeau et ont emporté avec eux les défauts des simples mortels, comme le fils du baron qui est homosexuel et qui courtise Alfred ou le râleur qui cherche l’endroit le plus confortable pour poser son cercueil.

Et surtout on rit, c’est super drôle, les situations sont cocasses, tout est tourné en bourrique, on aimerait presque aller danser au bal pour voir si par hasard notre reflet apparaît toujours dans le miroir du grand salon. Si ce n’est pas le cas, eh bien tant pis, on s’amuse bien chez les vampires… et c’est éternel!

Une version théâtrale de son film a été mise en scène en 2014 à Paris par le réalisateur lui-même.

Distribution

  • Jack MacGowran (VF : Roger Carel) : le professeur Abronsius
  • Roman Polanski (VF : lui-même) : Alfred, l’assistant du professeur
  • Alfie Bass (VF : Jacques Marin) : Yoine Shagal, l’aubergiste
  • Jessie Robins (VF : Hélène Tossy) : Rebecca Shagal, la femme de l’aubergiste
  • Sharon Tate (VF : Paule Emmanuelle) : Sarah Shagal, la fille des aubergistes
  • Ferdy Mayne (VF : Paul-Émile Deiber) : le comte Von Krolock
  • Iain Quarrier (VF : Hubert Noël) : Herbert von Krolock, le fils du comte
  • Terry Downes : Koukol, le domestique bossu du comte
  • Fiona Lewis : Magda, l’employée de l’auberge
  • Ronald Lacey : l’idiot du village
  • Sydney Bromley (VF : Lucien Raimbourg) : le conducteur de traîneau
  • Andreas Malandrinos : un bûcheron
  • Otto Diamant : un bûcheron M. Peres
  • Matthew Walters : un bûcheron

Autour du film

Les scènes extérieures du film ont été tournées en Italie à Val Gardena. Ce sont dont les paysages des Dolomites que vous apercevez à l’écran. Initialement Polanski avait prévu de tourner le film dans un château suisse, mais le projet n’a pu aboutir.

Pour obtenir l’effet de la scène du bal lorsque le vampires s’aperçoivent que les intrus se reflètent dans le miroir de la salle de bal, la salle a été copiée derrière un faux miroir avec des silhouettes humaines devant (on ne voit pas les visages).

Roman Polanski ne se nomme pas dans le générique du début, seulement dans les crédits finaux.

Sur les lieux de tournage du film, il a été commandé un grand nombre d’imitations de cercueils pour les besoins du film. Certains touristes crurent qu’il y avait une épidémie de peste.

Dans la version française, Polanski se double lui-même, il s’agit donc de sa vraie voix.

La MGM publia d’abord aux USA, une version dans laquelle le film fut quelque peu mutilé avec un dessin animé et une explication sur les vampires. Devant le bide rencontré elle revint au film initial. Ce n’est qu’à partir de cette version que le film connut le succès. 

Vendredi en nylon (14)

 

Disques que j’écoute et pochettes que je regarde depuis au moins 35 ans

Les spécialistes savent bien que le fameux hit des Them « Gloria » était une face B. La chanson a eu un succès à peu près partout sauf en Angleterre. Aux USA c’est la version des Shadows Of Knight qui a eu les faveurs, quand même moins intéressante que l’original. En 1967, les Blues Magoos reprennent le titre pour une version assez endiablée et décadente.

Un de mes hymnes de la musique planante, il est pas facile de trouver un truc qui plane plus que ça. Je crois qu’ils ne fumaient pas que des gitanes.

Le pauvre Chuck Berry a du bouffer sa guitare!

J’avais été assez surpris par cette reprise du Spencer Davis Group, mais j’avais adoré et trouvé la suite intéressante.

Un de ces trucs bien fumant, le genre de petit délire que l’on se permettait dans les studios vers la fin des années 60. C’est toujours aussi succulent!

Dans ce que je considère comme musique commerciale, il y a quand même un ou deux trucs où je cède à la tentation de les écouter de temps en temps. Shocking Blue et « Vénus » est une de ces exceptions. J’avais acheté les albums à l’époque et très honnêtement c’est assez bien torché. Et puis quelle chanteuse!!!

Il faut que je fasse un flashback avec Shocking Blue et un truc que je peux pas passer sous silence car je l’ai écouté des milliers de fois. Le guitariste du groupe et compositeur de la fameuse chanson n’était pas tout à fait un inconnu pour moi puisqu’il a fait partie du groupe (au premier plan sur la pochette) que je vous présente ici, il a également écrit le titre. Ce fut un de mes tout premiers 45 tours que j’écoute encore avec un plaisir non dissimulé. Le beat sauce hollandaise sans les asperges!

Au début des années 70, Alan Stivell m’a ouvert un boulevard sur la musique celtique et par contre-pied je suis devenu un véritable amateur de folk francophone et celtique, une passion que je cultive toujours.

J’aimais assez bien Slade avant que cela baisse de qualité à mes yeux. Il y a deux ou trois titres des premiers albums auxquels je suis resté fidèle, dont celui-ci. J’ai bien l’ambiance du morceau.

Un collector admirable

Un groupe que j’avais découvert en 1971 en trouvant le disque chez mon disquaire d’alors. Une production de Shel Talmy (Kinks) que je n’ai cessé d’écouter depuis. Rarissime et unique album du groupe sorti illégalement et seulement en Allemagne sur le label Bellaphon. C’est un mélange assez subtil de pop de jazz-rock et de musique médiévale. Parfois cela rappelle Jethro Tull. Tous les titres sont de compositions originales. Dans son édition de 1971, cet album est considéré comme l’un des plus rares du label Bellaphon. Il a été réédité en 1975 sur le même label avec un no de catalogue différent. Il est vrai qu’on ne le voit jamais dans les foires aux disques de collection. Aux enchères sur Ebay, il atteint régulièrement 400 – 500 euros et une centaine d’euros pour l’édition 1975. 

chansons que j’écoute de-ci de-là (2)

Le but de cette rubrique est de vous faire découvrir des choses plaisantes dans n’importe quel style ou époque ou vous rappeler quelques souvenirs que vous avez peut être oubliés. A vous de trier!

Classé en 3 étoiles

*** – Chanson qui a eu un retentissement certain dans un style ou un autre ou très représentative de ce style et ayant bénéficié de nombreuses reprises sur le plan mondial. Peut de mettre pour un artiste remarquable sans être une très grosse vedette.

** – Chanson typique d’un style ayant eu quelque impact, quelquefois appréciée internationalement et qui perdure dans le temps. Quelquefois, mais pas toujours, encore diffusée dans les radios ou écoutée dans les circuits nostalgiques

* – Chansons n’ayant qu’une importance secondaire, dans l’impact quelles on eues, sans préjuger de la qualité de l’artiste,  Plutôt local ou branché Souvent ne figure plus que dans les souvenirs d’un public ciblé, fidèle, plus ou moins nombreux. Très peu de chances de l’entendre encore sur une grande radio ou chaîne de télévision.

* –  Un de ces petites chansons pop qui fait toujours merveille. Peu connu, mais délectable.

** – Très bon et grand groupe venu d’Australie. Quelques albums bien ficelés et ce rapide et concentre « Buried And Dead ».

* – Dans les quelques disques que j’adore du fameux label allemand Star-Club, j’en écoute encore quelques-uns régulièrement dont celui-ci. Sans me douter que bien des années plus tard, j’allais passer une soirée avec le batteur de ce groupe, ainsi qu’un ancien membre et clavier des Rattles.

*- En liaison avec le commentaire précédent, puisque les mentionnés lui servaient d’accompagnateurs, en ajoutant le guitariste de James Last, voici Mr Lee Curtis. C’est une des rares fois de ma vie où un chanteur m’a invité personnellement à un de ses concerts. Un mec super qui m’a accueilli très chaleureusement. Je me souviens très bien ce qu’il ma dit : « quand je viens en Allemagne, il est Anglais, on ne m’a jamais fait payer un verre. Puisque tu es mon invité, il en sera de même pour toi ». De 7 heures du soir à 5 h du matin, j’ai bu gratos 3 litres de bière (10 x 3 dl), je les ai comptés. Le titre que je vous propose, dans lequel il a une voix très proche de celle de Presley et copie carbone dans certains autres titres, est une trépidante reprise de « Boppin The Blues » de Carl Perkins. Il m’a affirmé que l’album dont est extrait le titre a été enregistré dans une halle de gymnastique. En rigolant, il a dit qu’il aurait payé pour ça, mais c’est le contraire qui s’est passé. Il a très bien connu les Beatles à Hambourg et a rencontré une nombre impressionnant de stars et m’a cité un tas d’anecdotes. C’est une des mémoires encore vivantes du Star-Club de Hambourg, puisque d’après ses comptes, il est produit plus de 7000 fois sur la scène en tant qu’animateur et chanteur.  Je dois avouer que pour moi c’est une soirée que je ne suis pas près d’oublier.

* – Le suivant est aussi lié au Star-Club. J’aime bien écouter cette chanson qui est à la base une célèbre chanson de jazz que les amateurs doivent connaître. Mais ici point de jazz, mais une rythmique très beat. Savoureux!

** – Love Sculpture est un groupe apparu vers la fin des années 60 avec le célèbre et très bon guitariste Dave Edmunds. Ils se sont amusés parfois à reprendre en pop de la musique classique. Leur version de la « Danse Du Sabre » connut quelques succès. Mais bien meilleur et plus démonstratif du talent de Dave Edmunds fut cet arrangement sur la « Farandole » de « L’Arlésienne » de Bizet. 

*** – S’il fallait élire la plus grande chanteuse du 20 ème siècle, il n’y aurait pas tellement de prétendantes pour le titre, une vingtaine peut-être. Ce qui est sûr, c’est que Janis Joplin figurerait dans le tas. 

** – Les Pink Fairies furent au tournant des années 70, l’un de ces groupes anglais qui produisait une musique que n’était pas trop destinée à s’attirer la sympathie des fans de Mireille Mathieu. Pas mal des artistes aimaient bien remanier un classique du rock à leur sauce maison. Ici les Pink Fairies s’attaquent au célèbre instrumental de Johnny Smith via la version célèbre des Ventures « Walk Don’t Run ». Première originalité ils ajoutent une partie vocale  et après se lancent dans la partie instrumentale dans une manière à laquelle les Ventures n’avaient sans doute jamais pensé ou osé penser. Cela n’en reste pas moins délicieux et une belle démonstration de la manière dont s’amusait avec un certain bonheur dans les studios anglais.

** – Les Pretty Things que j’ai déjà mentionné maintes fois dans mes articles ont suivi un peu la même démarche que les Moody Blues. Très R’N’B au départ, ils se sont assez vite tournés vers des musiques plus fouillées. A partir de 1968, il commencent d’enregistrer des trucs qui confinent parfois au génial. Même si moins appréciée, leur démarche est dans la même veine que celle des premiers Pink Floyd. En voici un exemple qui fait sans doute allusion au zeppelin allemand qui brûla en atterrissant à New York en 1937. Une belle pièce.

*** –  De ma part, le jazz a nécessité une longue approche. Pour une bonne partie c’est une musique que j’ai surtout découverte quand je me suis un peu lassé des autres. J’ai bien évidemment commencé par des trucs d’approche facile. Un bel exemple que même ceux qui détestent le jazz peuvent aimer reste le « Take Five » de Dave Brubeck. Et puis j’aime le côté cool de ce titre, c’est tout en nuances.

*** – En musique je n’ai jamais été sectaire, je me suis toujours efforcé d’aller vers d’autres horizons pour tenter de les explorer. En 1966, il était difficile d’échapper à Sergio Mendes et à son « Mas Que Nada » qui inondait toutes les radios. Ce titre m’a servi pour une grande part d’introduction à la musique brésilienne et que je connais assez bien maintenant. Je considère plus cette chanson comme une musique de pure distraction qui vous met de bonne humeur.

*** – La chanson de folk qui m’a fait découvrir le folk américain. Si je n’aime pas trop « l’american way of life » je dois reconnaître que leur folklore est d’une richesse exceptionnelle, mélange de musiques venues de divers horizons. Je connais cette chanson depuis l’âge de 7 ou 8 ans, c’est parfait vocalement et très reposant, une chanson écolo avant l’heure.

** – Parmi les nombreuses chansons de ses débuts, Joan Baez a beaucoup puisé dans les traditionnels américains et elle les interprète de la même manière. Avec une voix comme la sienne, même la guitare semble de trop. Une très grande dame dans le folk US et aussi ailleurs, quasiment sans rivale excepté peut être Judy Collins.

 

Bas nylon et insolite

Quand l’insolite rôde autour de nous

Sans que nous nous en rendions toujours compte notre vie frôle parfois l’insolite, pas seulement la nôtre mais aussi celle des autres. Quand vous avancez en âge vous avez en principe de plus en plus de souvenirs, c’est normal. Les personnes qui ont une bonne mémoire peuvent acquérir une bagage culturel assez considérable, pour autant qu’elles veuillent bien s’intéresser à autre chose que la banalité de la vie quotidienne.  Au fil du temps qui passe, les souvenirs s’accumulent, rangés dans un coin de notre cerveau. Ils sont là, certains n’en ressortiront pourtant jamais à moins que…

Vous avez peut être fait ce rêve une fois dans votre vie.

Vous rêvez d’une personne que vous n’avez pas vue depuis une éternité. Même pendant des dizaines d’années, vous n’avez jamais une seule fois pensé à elle. Vous l’aviez oubliée et pourtant elle revient dans votre esprit tout d’un coup, dans un rêve en plus. Pourquoi ?

Sans être une expérience transcendantale, c’est quand même un peu bizarre. Après tant d’années, on ne sait pas pourquoi, votre cerveau vous a choisi cette personne précisément. Il serait intéressant d’avoir une réponse sur ce qui mène à pareil cheminement dans les recoins de notre mémoire.

Avant de décéder une quinzaine de jours après, mon père a été victime d’une attaque cérébrale. Le jour suivant, je suis rentré à la maison après un voyage. Je ne me doutais de rien, ceci d’autant plus que je avais eu mon père au téléphone deux jours avant, je m’attendais à retrouver tranquillement mes parents tranquillement à la maison. L’appartement était désert. Bizarrement, sans que rien ne le laisse supposer, j’ai immédiatement ressenti que quelque chose s’était passé, une sorte de malaise m’a saisi, c’était même assez violent. Vu qu’un chien est capable de retrouver la piste d’une personne bien des heures après, il faut bien croire que nous « semons » des particules de quelque chose quand on passe à quelque part. Mais sommes-nous aussi capables de laisser d’autres choses qui imprègnent l’ambiance d’un lieu et qu’un familier est capable de ressentir. Il semblerait que oui par rapport à ce que j’ai ressenti.

Le truc le plus bizarre qui m’est arrivé s’est passé à Bruxelles au Falstaff, un bistrot célèbre là-bas. J’étais de sortie avec une copine et nous avons décidé de manger quelque chose dans ce magnifique endroit très décoration ancienne. Il y a une salle centrale et autour des sortes de petites niches plus ou moins discrètes. Nous étions dans l’une d’entre elles et nous avons commandé à manger. Comme j’aime bien observer, j’ai scruté les gens autour de moi. A ma droite, il y avait trois jeunes habillés en rockers style années 50, deux garçons et une fille. En face de moi, un peu sur la gauche, un monsieur âgé lisait un journal qui me paraissait ancien puisqu’il parlait de la guerre d’Algérie dans ses titres. J’ai pensé à un amateur de vieux journaux. A part nous, personne ne parlait, même pas la serveuse habillée d’un longue robe noire, je ne me souviens pas qu’elle aie prononcé un seul mot. Il me semblait aussi que les rumeurs du bistrot n’arrivaient pas jusqu`à nous. A vrai dire je ressentais une impression étrange, mais bon j’étais sincèrement plus intéressé par ma copine, alors je n’ai pas fait trop attention. En sortant, je lui ai quand même posé la question à savoir si elle n’avait pas éprouvé la même sensation. A sa réponse négative, je n’ai pas cherché plus loin.

Une bonne vingtaine d’années plus tard, sur la Toile, je suis tombé sur un site qui s’occupait de choses un peu insolites. Je crois qu’il n’existe plus, du moins je ne le retrouve pas. En gros ce site affirmait que certains endroits particuliers seraient un passage vers « ailleurs », on peut comprendre une autre dimension. Et justement, le Falstaff était mentionné comme étant un de ces endroits possibles, avec un indice de probabilité assez fort. Alors vous pensez que je me suis souvenu de mon histoire et si vous vous rapportez à ma description ci-dessus, on avait un peu l’impression d’être dans les années 50. Truc aussi un peu bizarre mentionné. il fallait une présence féminine pour que le « charme » opère.

Alors aurais-je voyagé dans le temps ? Je n’en sais foutre rien, mais…

Il ne faut pas croire que nous ne sommes pas liés par des cordons invisibles qui peuvent influencer notre vie. Il vous est sans doute arrivé de parler avec une personne que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam et en discutant un peu avec elle, vous découvrez que vous avez une connaissance commune.

Le plus parfait inconnu pour vous peut avoir la possibilité d’influencer votre vie de manière significative, même si vous ne savez pas dans quelle direction chercher et quoi lui demander. C’est un peu ce que l’on classe par coup de chance ou de poisse. C’est le truc banal au moment où vous arrivez à un carrefour et que vous vous posez la question, je tourne à gauche ou a droite ? Sans entrer dans les détails, je puis vous affirmer que ma vie à complètement changé, je dirais de manière très positive, à cause d’un papier jeté à la poubelle et qu’une personne a ramassé dans cette poubelle.

Le liens que nous unissent existent bien sans que l’on s’en aperçoive. Nous allons prendre un exemple concret grâce à une étude menée par un de ces curieux de l’insolite.

Stanley Milgram est un de ces personnages. Il s’est aussi intéressé au réseau social qui lient les gens à leur insu. Pour cela, il mit au point une expérience. Il voulait qu’une personne cible reçoive une lettre qui lui était destinée.C’est facile, vous direz, il vous suffit de la mettre à la poste. Mais lui a fait bien autrement. Disons que cette personne s’appelle John Smith et exerce la profession de courtier en bourse à Boston. Il a envoyé 198 lettres à des personnes choisies au hasard dans l’état du Nebraska. La lettre disait que si vous ne connaissez pas la personne en question, vous envoyez cette lettre à une personne de votre choix. Eh bien la lettre a fini par arriver à son destinataire selon la manière demandée. Combien de fois pensez-vous qu’il lui a fallu être renvoyée pour arriver à la bonne place dans un pays qui compte des dizaines de millions de personnes ?

Eh bien seulement six, c’est très peu et cela veut dire que nous ne sommes pas tout à fait complètement étrangers. On pourrait extrapoler et dire que si un meurtre est commis par un inconnu, parmi les connaissances de 200 personnes prises au hasard, il y a une piste qui doit conduire à l’assassin.

La même expérience fut faite en Angleterre dans les années 2000. Cette fois-ci elle fut limitée à 100 personnes, le pays comptant moins d’habitants. Ce fut au bout de 4 fois que le destinataire fut atteint. Cela peut s’expliquer en pensant qu’Internet et les réseaux sociaux ont à quelque part rapproché les gens, le monde a rétréci.

Je peux prendre mon blog comme autre exemple, j’approche de 2 millions de visiteurs. Evidemment il y a ceux qui viennent et reviennent, j’en profite pour les remercier. Mais je suppose que si j’arrêtais les personnes dans la rue, j’aurais assez vite fait d’en trouver une qui est déjà venue, qui me connaît sans me connaitre. De plus dans mes abonnés, il y a quelqu’un, qui par un mail assez parlant, j’arrive à situer comme habitant le village à côté du mien. Un personnage assez connu par ailleurs, d’une profession libérale. Il ne se doute pas que le blog est alimenté par un bonhomme du village voisin et que nous devons avoir pas mal de connaissances communes. Bon, il est amateur de bas nylons et de musique, ceci ne constitue pas un fait bizarre, mais bien une preuve de bon goût.

La première fois que je suis allé à Paris, j’étais avec un copain qui s’appelait François. J’y suis retourné des tas de fois, mais par hasard, lors d’un de ces voyages, qui était sur le quai de gare prenant le train pour Paris ? Mon copain François qui allait avec une autre personne à la même place pour une semaine. Durant cette semaine, sans nous concerter, nous nous sommes croisés quatre fois par hasard dans des lieux qui en principe n’étaient pas des endroits touristiques. Par hasard ? Admettons.

Toujours à Paris, c’était en 1989. centenaire de la Tour Eiffel. Par curiosité, un dimanche matin, je suis allé voir ce qu’ils avaient fait pour cet événement. Au pied de la tour, là où les escaliers ramènent au sol ceux qui n’on pas pris l’ascenseur, qui je vois ? Les pompiers de mon bled qui étaient allés visiter le SAMU le samedi et qui flânaient le dimanche en visitant l’endroit. Encore un hasard sans doute.

Dans un de ces nombreux magasins parisiens spécialisés en disques, je flânais dans les rayons à la recherche de compilations garage punk que je n’avais pas. Un bonhomme semblait aussi s’intéresser à la même musique que moi et nous n’avons engagé la conversation. Eh bien il s’est avéré qu’il était chargé de la mise en page des articles dans un journal auquel je collaborais, donc il me connaissait sans me connaître. Toujours un hasard.

Comme vous le voyez le monde est vaste, mais pas tant que cela. Alors quand vous traitez votre voisin de parfait imbécile, regardez si par hasard il n’est pas juste derrière.

Vendredi en nylon (13)

Disques que j’écoute et pochettes que je regarde depuis au moins 35 ans

Dans mes découvertes à la fin des années 60, il y a deux groupes qui ont gagné une entrée permanente dans mes écoutes. Si les groupes pop de cette époque faisaient surtout de la pop, deux on apporté quelque chose de nouveau, ils annoncent déjà le mouvement punk. Et ils sont les deux de Détroit. Et puis c’est le genre de bruit que j’aime bien écouter…

Assez peu de groupes sont apparus et devenus des icônes sur le marché en proposant un album en live. C’est le cas de MC 5 avec un truc très chaud. Groupe extrêmement politisé et censuré, de gauche bien entendu, ce qui en Amérique correspond à être qualifié de toutes sortes de noms que je ne reproduirai pas ici. Musicalement c’est très inattendu et pourtant leur musique deviendra une référence. De ce délectable album, un des titres les plus remuants dans une autre version live.

Le suivant suit un peu la même démarche, mais en à peine moins soft, du moins sur disque car sur la scène le chanteur emblématique Iggy Pop n’a pas la réputation de s’endormir. C’est bien sûr des Stooges dont je parle. Comme pour MC 5 cette musique ne m’a jamais lassée en bientôt 50 ans. Je n’écoute pas que cela, mais j’écoute souvent.

The Frost en relativement bien connu en France grâce à « Rock And Roll Music » qui n’a rien à voir avec le titre de Chuck Berry / Beatles. Sur le troisième album figure un titre que j’adore juste parce que je trouve que l’intro à la guitare est la plus belle que je connaisse, 2 minutes de félicité joué par un garnd guitariste Dick Wagner.

L’Allemagne jusque là pas mal en retrait sur la scène internationale commença à produire des groupes très intéressants à la fin des années 60 et lui conférer un statut particulier. Un exemple auquel je suis resté très fidèle Amon Düül II. Musique bizarre qui fait voyager l’esprit, chose qui manque énormément dans la musique actuelle hélas!

Il fallait bien que j’aille faire un tour vers cette musique orientale qui devenait à la mode. Comme toute musique ayant une base religieuse, c’est plutôt paisible et planant. Sans être un adepte des vaches sacrées, je trouve que de temps en temps et encore maintenant, ça repose l’esprit.

Je n’ai jamais été un inconditionnel du groupe, mais j’aime bien l’album avec la banane. Chanson sexuelle et fétichiste avec des relents de musique celtique, j’imagine que cette Vénus en fourrure a régalé plus d’un adepte de SM. C’était quand même assez carabiné pour l’époque.

Aussi un truc pas piqué des hannetons, un orgasme progressif chaud devant et joli fond musical , ce groupe a par ailleurs fait de très belles choses par la suite !!!

La première fois que j’ai entendu ça, j’ai cru que c’était les Yardbirds dans une de leurs explorations musicales, la voix du chanteur est presque la même. Mais non c’était bien Godz un très intéressant groupe expérimental qui va au mental.

Une de mes éternelles rengaines popisées

Je suis amoureux depuis longtemps de cette Caroline là, pas celle de Monaco!

L’un des plus succulents pot plus que pourris que je connaisse, absolument délicieux !

 

Chansons que j’écoute de-ci ou de-là

En alternance avec mon garage est punk, quelques trucs qu’il m’arrive d’écouter de temps en temps, assez souvent ou très rarement.

Le but de cette rubrique est de vous faire découvrir des choses plaisantes dans n’importe quel style ou époque ou vous rappeler quelques souvenirs que vous avez peut être oubliés. A vous de trier!

Classé en 3 étoiles

*** – Chanson qui a eu un retentissement certain dans un style ou un autre ou très représentative de ce style et ayant bénéficié de nombreuses reprises sur le plan mondial. Peut de mettre pour un artiste remarquable sans être une très grosse vedette.

** – Chanson typique d’un style ayant eu quelque impact, quelquefois appréciée internationalement et qui perdure dans le temps. Quelquefois, mais pas toujours, encore diffusée dans les radios ou écoutée dans les circuits nostalgiques

* – Chansons n’ayant qu’une importance secondaire, dans l’impact quelles on eues, sans préjuger de la qualité de l’artiste,  Plutôt local ou branché Souvent ne figure plus que dans les souvenirs d’un public ciblé, fidèle, plus ou moins nombreux. Très peu de chances de l’entendre encore sur une grande radio ou chaîne de télévision.

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*** – Y’a pas à dire, elle restera.

** – J’aime assez bien l’ambiance de ce titre. Son seul et unique tube, il chante encore aujourd’hui sous le nom de Jim Nairn.

**- Quelques bons souvenirs sur ce truc écrit par un William Sheller pas encore très connu.

*** – Ca c’est toujours génial!

** – J’ai toujours eu un faible pour cette chanson, alors je la sors de temps en temps de sa cachette.

*** – Un de ces trucs qui me fait toujours frissonner quand j’écoute.

*** – C’est le type même de la chanson qui n’a eu aucun succès dans le hit parade au moment de sa sortie, mais qui a fait dix fois le tour du monde par l’intérêt qu’elle a suscité. Un de mes classiques.

*** – Un très grand technicien de la guitare dont j’écoute plutôt les albums qu’un titre particulier, mais j’adore celui-ci !

** – Funk, soul, un agréable mélange.

* – Un très grand monsieur de la chanson, pas celle commerciale, mais plus branchée. Un peu anar, un peu poète, voilà l’homme dans une chanson qui n’a pas vieilli.

** – Le genre de  musique qui vous donne envie d’aller aux Antilles. C’est bien balancé avec un délicieux goût d’exotisme moderne.

*- La chanson française surréaliste, un des nombreux trésors du fameux label Saravah, l’un des meilleurs ayant existé en France. Musique succulente et paroles à découvrir soi-même et avec en prime… Brigitte Fontaine!

Bas nylon et train fou

Ce train qui gronde 

La plus grande catastrophe ferroviaire française, qui fit au moins 400 morts le 12 décembre 1917, est presque passée inaperçue pour cause de censure militaire. Elle survint en Savoie dans la vallée de la Maurienne. Si elle fait partie du secret militaire, à fin 1917 rien n’est encore vraiment joué, c’est qu’elle transporte des soldats qui reviennent du front italien, pays qui fait alors partie des alliés, envoyés pour renforcer l’armée italienne après la défaite de Caporetto en octobre 1917. La situation s’étant stabilisée, on a estimé que l’on pouvait renvoyer au pays des troupes françaises. Le général chef de l’armée française en Italie, décide de leur accorder une permission au pays pour les fêtes de Noël. Plusieurs trains par vagues de 600 hommes sont organisés à partir de la fin novembre. C’est l’un d’entre eux, celui qui partit le 21 décembre, qui causa l’accident.

Le rares articles faisant référence à l’accident en 1917

Le tunnel du Mont Cenis côté Modane lors de son cinquantenaire

En 1917, le réseau ferroviaire est déjà pas mal développé. Comme dans pas mal de pays la traversée des Alpes a été un point sensible pour le passage des lignes. Chacun l’a résolu à sa manière, mais le principe commun a été de d’amener les voies à un endroit où la montagne était la moins longue à percer, ce qui impliquait souvent de faire monter les trains par des rampes d’accès à des altitudes sensibles. C’est le cas notamment pour le Gotthard et le Lötschberg en Suisse, du Simplon côté Italie, et plus tard pour la ligne du Somport qui franchit les Pyrénées en longeant la vallée d’Aspe et qui rejoint l’Espagne. Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est le percement du tunnel de Fréjus ou Mont-Cenis entre l’Italie et la France qui sera indirectement la cause du drame. Son percement a été décidé dans les années 1850 pour offrir une liaison avec l’Italie et Turin (alors royaume de Sardaigne à cet endroit) sans descendre et passer par le rivage méditerranéen. Evidemment on a cherché le point le plus idéal pour son percement, mais il a quand même fallu percer 13688 mètres de roche, entre 1857 et 1871, et monter à plus de 1000 mètres d’altitude. Et avec les moyens de l’époque encore rudimentaires, la dynamite n’existe pas encore lors du début des travaux.

La vallée de la Maurienne avec Saint-Michel au fond

Le décor est planté. Donc, ce fameux jour un train de 17 wagons plus de 530 tonnes et 1200 soldats est acheminé vers la gare de Bardonnèche. A partir de là, pour faciliter l’ascension de la rampe, le train est scindé en deux jusqu’à Modane. Dans cette gare, il sera reformé en un seul train. A quelque part le train c’est comme le vélo, assez pénible dans les montées beaucoup plus facile à la descente. C’est une des raisons de la réunion en un seul convoi, il va redescendre côté français.

Il faut parler un peu de ce train et de sa configuration, car c’est cela qui va conduire au drame. Les wagons qui transportent les soldats sont en bois et appartiennent au Ferrovie Stato, c’est à dire les trains italiens. Ce sont des wagons voyageurs de divers types et classes, il y en a dix-sept et deux fourgons, le train fait environ 350 mètres de long. Toutes les voitures sont équipées de freins automatiques, mais ils sont en service seulement sur les quatre premières voitures, cinq serre-freins sont répartis sur le reste du convoi, ce qui fait un bonhomme tous les trois wagons. L’emploi de serre-freins était chose encore courante à l’époque, car tous les voitures n’étaient pas pourvues de freins automatiques. Ces voitures étaient reconnaissables à ces petites guérites dans lesquelles prenaient place un employé chargé d’actionner manuellement le frein à la demande du mécanicien de la locomotive par actionnement du sifflet de cette dernière et selon un code défini. Dans le cas présent, les voitures avaient la possibilité d’un freinage manuel qui se trouvait d’un côté ou de l’autre vers la plateforme où se trouvent les attelages, pas de petite guérite. Bien que beaucoup plus discret aujourd’hui, la possibilité d’un freinage manuel existe toujours, en général caché derrière un panneau.

Il est 21h30 à Modane. En attente de la formation de leur trains, les soldats s’égaient dans la localité en faisant ce que pas mal de soldats font en permission, aller boire un coup. Vers 23 heures tous les hommes en état plus ou moins lucide, sont pratiquement rassemblés dans le train prêt à partir. Quelques retardataires, une dizaine, s’égareront dans la ville, il ne savent pas encore ce à quoi ils échappent.

Vers la locomotive ça discute sec. Le mécanicien, l’adjudant Girard, qui connaît la ligne refuse de partir si une seconde locomotive n’est pas attelée au train. Il se méfie des wagons italiens dont il assure que les freins sont « bricolés ». Arrive un de ces galonnés avec sa casquette qui doit l’empêcher de s’oxygéner le cerveau, le capitaine Fayolle commandant du trafic. Il intime à Girard l’ordre de partir sous peine de passer en conseil de guerre. Girard, un soldat malgré tout, obéit et met sa machine en marche. Il est 23h15, le train va s’ébranler.

Le descente après Modane affiche parfois de pentes de 30% sur plus de 17 kilomètres, ce qui est assez considérable quand vous avez plus de 500 tonnes qu’il faut retenir dans la descente. Au début tout se passe bien. Dans le train c’est la fête, il y a sûrementencore quelques bouteilles qui circulent, la fumée des pipes et celles des cigarettes font concurrence au panache de la locomotive, bien sûr tout cela est peu visible de l’extérieur car il fait nuit. Malgré tout, on remarque que le train file à belle allure, les plus optimistes ou les plus ivres pensent que l’on sera d’autant plus vite à la maison. Au bout d’un moment, les passagers se rendent comptent que le train va quand même un peu trop vite, même de plus en plus vite, petit à petit les rires font place à l’inquiétude.

Dans la locomotive, le mécanicien est un des seuls à apprécier la situation à sa juste valeur. Malgré les freins de la locomotives serrés et les appels répétés aux serre-freins de faire leur travail, le train ne ralentit pas, au contraire il va de plus en plus vite. On estime que le train a atteint la vitesse de 130 km/h alors que la vitesse est limité à 40 km/h sur certains tronçons.

La suite on ne la connaît que par les témoignages de quelques survivants.

Il semble que dans un premier temps des wagons sont sortis des rails mais continuent leur voyage entraînés pas le reste du train et rebondissant sur le ballast. A ce stade, il y a déjà des victimes, certains sautent dans le vide. C’est vers le pont dit de la Saussaz qui traverse la rivière l’Arc, un peu avant Saint-Michel-de-Maurienne que le train déraille complètement. Tel un gigantesque accordéon qui se referme sous les mains d’un musicien diabolique, le sort va frapper. Les wagons s’encastrent les uns dans les autres en un indescriptible chaos qui obstrue la brèche rocheuse dans laquelle passent les rails, fermant le piège. Un incendie s’allume dans la nuit, tandis que des sabots de freins chauffés au rouge luisent comme pour prouver qu’ils avaient fait l’impossible.

On voit sur cette image l’endroit de l’accident marqué par des croix. L’usine en bas est une fabrique de pâtes alimentaires qui servit d’infirmerie

Vue depuis l’autre côté. C’est dans la gorge au premier plan après le pont pédestre que les wagons s’encastrèrent les uns dans les autres

Décrire ce qui s’est passé ensuite relève du voyeurisme macabre. Il y a des morts, des agonisants, des blessés plus ou moins grave, plutôt plus, des cris, des lamentations. Il fait froid, il gèle, des êtres hagards, des zombies, cherchent le fin du cauchemar à la lueur des flammes qui éclairent la tragédie. Suis-je encore en vie ou suis-je mort ?

Il y a des explosions, des grenades emmenées en douce dans les bagages, éclatent en ajoutant quelques malheurs de plus.  C’est étrange comme les engins de mort peuvent parfois fasciner.

L’incendie gagne du terrain, certains s’amputent d’un membre coincé dans les débris pour échapper aux flammes. D’autres ne peuvent rien faire, ils sont coincés, pour eux les flammes de l’enfer c’est pour bientôt ou maintenant. Une odeur de chair brûlée pénètre dans les narines des survivants, mais qui peut vraiment la reconnaître parmi ces esprits que la folie guette ?

Des secours arrivent, quelques personnes des environs, quelques pompiers, mais que peuvent-t-ils faire pour soulager les victimes, ils n’ont pas vraiment de moyens, de matériel, et qui peut organiser un semblant d’ordre pour éviter de faire n’importe quoi ?

Au petit jour, on commence de se rendre compte de l’ampleur de la catastrophe. Il y a des morts partout, c’est un charnier. En un instant il y a eu plus de cadavres que dans n’importe quelle autre bataille de cette foutue guerre.

Les photos qui existent encore sont rares et assez répétitives, mais elle montrent mieux que les mots la violence du choc

Dans l’immédiat on comptabilisa au moins 400 morts, puis dans les jours suivants décédèrent au moins 300 autres personnes des suites de leurs graves blessures ou n’ayant pas pu être soignées rapidement. On avance de manière assez sûre plus de 700 morts, mais du fait de la censure on ne connaît pas le nombre exact et surtout on ne chercha pas trop à savoir et ceci pendant très longtemps.

Il faut toujours tirer un bilan quand il se produit quelque chose de monstrueux. Celui de l’accident est plutôt teinté de silence. Le principal responsable, celui qui avait donné l’ordre au train de partir, ne semble jamais avoir été inquiété. Des cheminots passèrent, discrètement, en conseil de guerre dont le conducteur rescapé, on les acquitta tous. C’est bien le moins que l’on pouvait faire. L’armée n’avait pas du tout avantage à une trop grande publicité autour de cette tragédie et pour une grande part elle est noyée dans les faits de guerre.

Un monument fut quand même érigé au cimetière local en 1923 par le ministre Maginot, oui celui qui pensait sauver la France en faisant construire la ligne qui porte son nom. On mentionna le nombre de 425 morts, le nombre qui semble correspondre à ceux décédés immédiatement lors de l’accident. La monument mentionne « morts ensemble pour la patrie », pour la connerie serait un terme plus juste. La guerre est assurément faite de morts inutiles, mais il en est certaines qui sont plus inutiles que d’autres. 

Source Gallica, BNF, DP