Bas nylon et un bagne bien poivré

Un bagne qui ne manque pas de poivre 

Le présent article n’a pas le but de vous parler du bagne du Cayenne sous tous ses aspects, mais d’en présenter un résumé en guise d’introduction à une affaire criminelle qui remua et passionna la France à la fin des années 20.

Dans l’imagerie populaire, Cayenne c’est le bagne. La réalité est un peu différente, car on désigne sous le nom de Cayenne un ensemble de lieux qui avaient bien la même vocation, punir, mais qui se situent dans la réalité à des endroits différents, parfois distants de dizaines de kilomètres.

La Guyane est une des nombreuses colonies que possédait la France en des temps reculés, mais qui reste encore aujourd’hui un département français. Cayenne était le nom le plus couramment usité pour le désigner dans son ensemble, en entendant ce mot tout le monde l’imaginait à peu près géographiquement sur la carte. Dans la réalité, la guyane se situe en dessus de la pointe nord du Brésil, avec à sa gauche, le Suriname, ancienne Guyane Hollandaise. Elle est baignée à l’est par l’océan Atlantique. Sa position est juste un peu en dessus de l’équateur.

La première implantation française remonte au début de XVI siècle sous Louis XII. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard que Cayenne est fondée. Elle ne prendra vraiment vocation de bagne qu’après la révolution, pour les prisonniers politiques, et sera vraiment officialisé par Napoléon III après 1850. A partir de là, ce sera le bagne tel que nous le connaissons. Il sera progressivement fermé et abandonné entre 1938 et 1952.

Avec des fortunes diverses, les colonisateurs s’accaparèrent de territoires qui devenaient selon la chance paradis ou enfer. Pour la France, ce fut plutôt l’enfer, d’une part pour ceux qui y séjournèrent en tant que bagnards et de l’autre par le peu de facilité pour en faire un endroit habitable. Les temps modernes ont passablement changé la donne, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Sous ces latitudes la nature règne en maîtresse, tout est luxuriant mais rempli de pièges comme les animaux, insectes, passablement dangereux pour l’homme. Les maladies du type fièvres y sont courantes, la lèpre y est présente. C’est juste si quand on construit une route dans la forêt vierge, les arbres ne repoussent pas immédiatement derrière. Ceux qui ont lu le livre de Raymond Maufrais, disparu pendant une exploration dans la forêt du Guyane, ainsi que celui de Paul Thomas qui se lança sur ses traces savent à quoi s’en tenir. C’est un paradis déguisé en enfer.

Devant ces difficultés, les candidats à l’émigration n’étaient pas tellement nombreux, et une des idées en y installant une bagne fut de le peupler, en forçant les détenus condamnés à la double peine d’y séjourner définitivement. La double peine s’appliquait à ceux qui avaient fini leur peine et devaient rester sur place en temps égal à celui de leur condamnation. Ceux condamnés à 8 ans ou plus étaient définitivement bannis de la métropole, sans espoir de retour. On prévoyait certes de leur fournir des lopins de terre pour y installer des cultures diverses, de se marier, de faire venir sa famille, mais cela ne fonctionna jamais réellement. Environ 2000 femmes furent condamnées au bagne, elles étaient bien sûr dans un camp séparé. Rester au bagne, c’était y crever plus ou moins rapidement.

Même avec l’arrivée des bagnards, des centaines par année, la population locale a de la peine à croître, tant le taux de mortalité y est effrayant. Il faut bien penser que l’administration pénitentiaire n’a pas pour but de faire de la philosophie, un mort là-bas c’est juste une ligne dans un registre, on ne recherche pas la cause. Ainsi il s’établira une loi en dehors de celle du bagne,  qui profitera à certains au détriment des autres. Le fait d’avoir de l’argent permettra aux plus combinards d’avoir des postes peinards ou de profiter de nombreux avantages que la bagne n’offre en principe pas.

Les différentes prisons du bagne, aussi dit la guillotine sèche, se trouvaient principalement en trois lieux, auxquels étaient subordonnés de nombreux petits camps aux missions différentes :

Cayenne proprement dit se situe vers le milieu de la côte atlantique.

Saint-Laurent-du-Maroni, est beaucoup plus au nord, c’est là que débarquaient les bagnards partis de l’île de Ré.

Les îles du Salut, Royale, Diable, Saint-Josepf, à une dizaine de kilomètres de la côte au nord-est de Kourou.

Les îles du Salut. C’est plutôt des îlots. De gauche à droite Royale, Saint-Josepf, Diable.

Aller au Bagne

Pour finir au bagne, il fallait ne pas être condamné à mort. Il suffisait d’une condamnation pour meurtre, vol à main armée, et autres délits de droit commun. Ces prisonniers étaient soumis à la peine du doublage.

Les récidivistes condamnés à des peines plus légères pouvaient aussi y être envoyés. Selon les époques, il suffisait de quatre sentences à trois mois de prison ou plus pour devenir ce qui s’appelait un relégué, c’était l’exil à vie. C’est cette catégorie qui fit le plus militer pour l’abolition du bagne.

On pouvait aussi y aller pour des raisons politiques, complot, trahison, espionnage, Le plus célèbre fut le capitaine Dreyfus.

Arriver et vivre au bagne

L’arrivée à Saint-Laurent-du-Maroni, après trois à quatre semaines de navigation, était une étape transitoire. C’est le tri pour l’acheminement vers d’autres lieux. Seuls quelque chanceux pouvaient espérer y rester, le plus souvent pour des travaux administratifs, en général des hommes considérés comme peu dangereux et ne cherchant pas à s’évader. Ils avaient une certaine liberté de mouvement. C’était les plus chanceux.

Ceux dont on soupçonnait qu’ils tenteraient de s’évader, les récidivistes en la matière, étaient envoyés aux îles du Salut. Les îles étaient protégées naturellement par un courant très violant qui empêchait toute tentative de nager et de plus les requins n’y étaient pas rares.

Quand aux autres, ils étaient acheminés dans les divers camps, mais sont soumis au travail obligatoire, ce qui est souvent synonyme de mort lente selon les endroits où ils atterrissent.

Quelques vestiges du bagne

Cette photo est probablement une mise en scène pour touristes en mal de frissons. Les exécutions avaient lieu devant les détenus rassemblés afin d’impressionner.

Le bagne comme tout endroit qui vit avec un regard posé sur lui, a ses célébrités. On se rappelle de Papillon, Seznec, Dreyfus. Ces personnages écrivirent une page de son histoire, Papillon et son très controversé livre, Seznez qui n’aurait jamais dû y aller, Dreyfus qui fut broyé par la machine militaire. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, le bagne ne fut pas réservé aux seuls personnages de modeste extraction avec un passé plus ou moins reluisant. A travers un cas un peu moins célèbre que les autres, nous allons voir que les bons bourgeois firent parfois le même voyage, Charles Barataud fut l’un d’entre eux. L’affaire Dreyfus divisa la France en deux, les pour et les contre, on peut aussi y lire, les pro et antisémites. Celle de Barataud mobilisa les petites gens contre les bourgeois, à la limite du clash social.

La ville de Limoges est pour toujours associée à la fabrication de la porcelaine. C’est justement dans une famille de la bourgeoisie locale qui fait des affaires dans cette industrie que naît le protagoniste des faits, Charles Barataud. Il naît en 1895 et l’on peut dire que les fées se sont bien penchées sur son berceau. Sa voie est toute tracée, il finira dans la gestion de l’entreprise familiale, tout en ayant fait les études recommandées aux fils de bonne famille. Il est officier de réserve et fréquente bien évidemment la haute société locale. Cette vie en apparence facile a aussi ses revers, la recherche de plaisirs nouveaux, sans trop d’interdits, l’amène a avoir une personnalité ambiguë.

Il consomme de la cocaïne, de l’héroïne, il est adapte du sexe libre, c’est un partouzard comme on dirait aujourd’hui. Il est aussi homosexuel, du moins il est bisexuel. Entre gens du même milieu on aurait tendance à croire que tout est permis, quelques billets de banques suffisent à faire taire le service des réclamations.

En 1927, le destin le rattrape, il est soupçonné du meurtre d’un chauffeur de taxi, affaire qui ne sera jamais complètement éclaircie. La justice désirant l’entendre sur ces faits, il avoue immédiatement. Il demande une seule faveur, celle de voir une dernière fois son père avant de se soumettre aux formalités. On ne saurait refuser cela à un haut personnage local, et on l’emmène au domicile familial. On lui accorde quelques minutes et la police sous la forme de deux inspecteurs, attend sagement dans le hall d’entrée, lorsqu’un coup de feu retentit. On se précipite et on découvre que Barataud vient de tuer son amant, Bertrand Peynet. « Nous avions décidé de mourir ensemble, je l’ai tué, je devais me suicider, mais je n’en ai pas eu le temps, ni le courage », déclare Barataud.

Par la suite, il niera toute implication dans la mort du chauffeur, sans être tout à fait convaincant. Pour la justice, pas trop besoin de chercher trop loin, le meurtre de son amant est suffisant pour l’amener en cour d’assises.

Le procès qui débute à fin mai 1929, se pose vite en lutte des classes. On peut soupçonner la justice de faire preuve de tact lors de son déroulement, plus que si l’accusé avait été le dernier des derniers. Et puis la famille est, comme on dit, honorablement connue et tout ce beau monde, famille, juge, avocats, se connait bien. Pas question de faire d’esclandre, mais on ne peut quand même pas passer l’éponge. A travers son procès, c’est celui de la bourgeoisie toute entière, décadente et meurtrière, qui se fait et l’acte d’accusation est chargé. La fureur populaire faillit prendre d’assaut la prison de Limoges.

Dans le Petit Journal on parle du début de son procès. Il décrit assez bien ce que le personnage est devenu, un personnage qui est loin de sa superbe passée.

Dans l’Humanité, le ton est complètement différent, la principale accusée est la bourgeoisie.

Le procès n’éclaira pas grand chose, certains pensèrent que le meurtre de Peynet servit à cacher des choses beaucoup plus inavouables. Certains penseront que l’on ne chercha absolument pas d’approfondir le cas, qui sait même si parmi l’accusation, certains avaient un intérêt plus que certain à en rester là. On réussit quand même à lui trouver des circonstances atténuantes, on peut se demander lesquelles, probablement une pirouette pour ne pas les condamner à mort. Il n’échappa pas pour autant au bagne, auquel il fut envoyé à perpétuité.

Ce qu’il advint de lui, on le sait assez bien. Il atterrit à l’île Royale, celle où les détenus à surveiller de près sont incarcérés. Son instruction lui permet d’être commis aux écritures chez le commandant-adjoint. Il suscite bien évidemment le curiosité, on le sollicite, on sait qu’il a de l’argent ou on le suppose, mais il est aussi la cible de ceux qui ont des comptes à régler avec une certaine bourgeoisie. Il n’est pas vraiment préparé à subir ce genre de sort, mais il n’a pas d’autres moyens de l’éviter. Assez bizarrement, gracié en 1948, il préféra rester à Cayenne, mais il a ses raisons. Cela lui permet d’assouvir plus tranquillement son homosexualité, là-bas on est moins regardant et puis sa famille l’a bien sûr renié. Il mourut en 1961 sans avoir révélé d’autres secrets.

Avec le recul, il faut bien constater que le bagne n’est pas la page la plus glorieuse de l’histoire de France. Ceux qui finirent au bagne sont le plus souvent les victimes de pas de chance. Je ne suis pas un partisan du tout est excusable, mais il y certainement des déportés qui firent ce grand voyage sans autre raison que celle d’une justice implacable pour les plus démunis. Le journaliste Albert Londres, qui fut un pionnier de la suppression du bagne, mit en lumière que c’était bien pire que ce qu’imaginait le simple citoyen honnête.

Source Gallica, BNF, DP

Vendredi en nylon (16)

Chansons et pochettes que je regarde depuis au moins 45 ans

Les Monkees étaient un pur produit du showbiz, mais certains de leur titres sont irrésistibles et gardent une certaine saveur, bien des années après.

Après « My Friend Jack » les Smoke ont continué d’enregistrer, pour moi le meilleur de cette période fut celui-ci.

Ce fut un beau cadeau d’adieu de la part de Jim Morrison

Honnêtement qui s’intéressait aux Scorpions en 1972 à part quelques-uns ?

Beau mélange pop et classique, increvable!

Un de ces petites perles un peu oubliées trouvée en 1972 dans un bac d’occasions.

Elle restera ma préférée de Joe Cocker, une très belle reprise

Les plus anciens se rappelleront d’Arthur Brown et son célèbre hit « Fire » en 1968. Sur l’album sorti à l’époque, il y avait quelques titres intéressants et tout aussi fous. Ma foi, c’est un album que je ressors souvent.

Des reprises du fameux « Boom Boom » de John Lee Hooker, il y en a des trains entiers, mais la plus originale c’est bien celle-ci

Allez les rappeurs ne vous excitez pas trop derrières vos machines, les vrais musiciens c’est ça et rien d’autre!

Quel bonheur à l’époque de mettre la main sur une copie de l’album de Duffy Power.

Chansons que j’écoute de-ci de -là (4)

Ca c’est du rock and roll!

Un guitariste qui n’a plus rien à prouver

Bien joué Mr Don Cherry

Toujours cette passion de la chose instrumentale. En 1962, les Tornados étaient assurément le groupe qui explorait de nouvelles sonorités, une sorte de disco spatial avant l’heure, Celle-ci est ma plus fidèle écoute de leur répertoire. Le titre est composé par George Bellamy qui n’est autre que le père de Matthew, le chanteur et guitariste de Muse.

Scott Walker, c’est en quelque sorte mon crooner. C’est un « moderne » rien à voir avec Franck Sinatra ou Andy Williams. Ses chansons sont souvent cafardeuses, ambiance glauque garantie. Son premier essai en solo, alors qu’il faisait encore partie des Walker Brothers, une certaine Madame Murphy sur un accompagnement instrumental qui vous suggère de choses lointaines.

Il fut aussi un très intéressant interprète de Jacques Brel.

Un groupe majeur dont j’aime pas mal de choses, spécialement ce titre-ci, j’adore les changement s d’ambiance dans le titre.

Un de mes groupes favoris dans les années 80. Discographie assez mince, mais que du bon.

Un chanteur que j’avais découvert dans les années 80, un répertoire souvent inspiré par les choses bizarres. De jolies mélodies, musique soft, une sorte de romantisme à sa manière.

Il y a certaines reprises qui ont leur petit grain de génie, celle-là de Jacques Brel, l’a assurément.

Marie Laforêt est une des chanteuses pour lesquelles j’ai artistiquement un immense respect, sans doute une des rares dont la carrière des années 60 n’est pas musicalement entaché de ridicule. Elle a souvent chanté en espagnol en y mettant cette petite touche sensuelle propre à cette musique. C’est une sorte de Joan Baez française.

On peut faire une comparaison, même style et une voix à faire frissonner.

 

Bas nylon et Noël en catastrophe

Nous avons vu dans un précédent post la catastrophe ferroviaire de la vallée de la Mauricienne qui est à ce jour la plus meurtrière du chemin de fer en France. Il y a en une autre qui fit un nombre considérable de victimes 16 ans plus tard. Pour cause de secret militaire, la première fut plus ou moins passée sous silence. Par contre le seconde fut amplement documentée, car il s’agissait d’un accident civil. Mais comme nous le verrons, on ne peut pas affirmer avec certitude que la première servit à éviter la seconde, au moins au niveau du matériel encore trop vétuste. Elle frappa d’autant plus les esprits qu’elle se produisit deux jours avant Noël.

C’est bien connu la période de Noël est l’occasion pour les familles de se retrouver pour fêter ensemble. Il suffit d’imaginer dans une ville comme Paris qui si un habitant sur dix décide de partir en banlieue dans sa famille, ou inversement un habitant reçoit sa famille à Paris, cela fait pas mal de monde en déplacement. En 1933, chaque famille est encore loin de posséder sa propre voiture, de plus si on possède une voiture, les routes en décembre sont plutôt glissantes par suite d’enneigement et les moyens à disposition pour le déblaiement sans doute assez archaïques par rapport à aujourd’hui.

Le train constitue alors le moyen de déplacement idéal et presque incontournable. Pas trop difficile d’imaginer que dans les gares c’est un peu la pagaille, les trains sont pris d’assaut et on a atteint la limite de saturation du circuit du fait de nombreux trains supplémentaires prévus.

La compagnie concernée est ici la Compagnie des chemins de fer de l’est, ce n’est pas encore la SNCF qui sera mise en forme à partir de 1938. Sa gare de trafic est bien entendu la gare de l’Est. Ce 23 décembre le temps est exécrable, il gèle et il y a du brouillard. La logistique chargée de préparer les rames pour les amener à quai à l’air insuffisante et débordée. il y a des retards jusqu’à deux heures.

A 19 h 22, l’express no 55 Paris-Nancy au départ initialement prévu à 17 h 49 quitte la gare. Il est suivi neuf minutes plus tard par le rapide 25bis Paris-Strasbourg. Les deux trains empruntent le même parcours. Pour l’instant, c’est un tronçon à 4 voies avec signalisation lumineuse automatique qui prend fin à après la gare de Vaires à l’est de Paris.

C’est justement cette signalisation qui semble avoir posé problème. Alors il n’est pas inutile de rappeler quelques principes du fonctionnement de cette signalisation et ce qu’elle était à l’époque. Aujourd’hui dans la plupart des pays, la signalisation est automatique et lumineuse et de manière générale on retrouve les mêmes schémas. Les exemples ci-après correspondent en gros à la situation qui prévalait au moment de l’accident. Depuis la situation a passablement évolué, on rencontre par exemple des feux qui clignotent, des feux en étoile qui sont valables pour certains types de trains et pas d’autres. Aux couleurs de base s’ajoutent le blanc et le violet.

Résumé de prescriptions en 1933.

Rouge c’est un arrêt obligatoire.

Jaune, veut dire attention, indique principalement que le signal suivant est rouge, donc il faut commencer à ralentir. Combiné avec d’autres feux ou doublé, il peut dire qu’il faut adopter une certaine vitesse prescrite pour prendre un embranchement par exemple. En dehors des gares, un signal qui doit agir comme signal d’arrêt absolu est toujours précédé d’un signal avancé, entre 1000 et 1300 mètres qui lui indique l’état du signal suivant, la mécanicien doit pouvoir freiner à temps le cas échéant.

Vert, la voie est libre, sauf bien sûr les éventuelles restrictions ou limitations de vitesse.

Chaque voie est divisée symboliquement en cantons ou blocks dont un signal à sa fin est la frontière à franchir, feu vert ou orange, ou à ne pas franchir, feu rouge. Selon les voies et l’importance du trafic ce canton est plus ou moins long, mais la distance est calculée afin que chaque convoi qui doit s’arrêter dans le canton suivant puisse le faire aisément. Avec la signalisation automatique, il est théoriquement impossible d’accéder au canton suivant si le signal avancé de ce canton est jaune, et le suivant rouge. En cas de surcharge ou d’imprévu, l’impossibilité de circuler peut remonter jusqu’à la gare précédente, dans ce cas le train ne quittera pas cette gare. Sur une ligne peu fréquentée avec de grandes distances entre les gares, les cantons peuvent se mesurer en dizaines de kilomètres. Il n’y pas de raison de ne pas faire partir un train si le train précédent est déjà arrivé à la gare suivante ou si le canton est libre sur une ligne où il y a un train toutes les heures ou plus.  Ce n’est pas trop le cas en France et en Europe, le circulation est dense et les gares assez rapprochées. Dans les cas de voie unique, ce sont en général les gares qui servent de fin ou limite de canton. Voyons un cas avec une gare A et B et un train Y et Z et W

Si le  train Y n’a pas atteint la gare B suivante :

Le signal de la gare A reste rouge pour le train Z, si le train Y n’a pas franchi le signal d’entrée de la gare B.

Le feu de la gare A sera vert, si le train Y a franchi le signal d’entrée de la gare B ou est dans la gare B, le signal d’entrée de la gare B sera rouge, le signal avancé de la gare B sera jaune.

Si le train est parti de la gare B, tous les feux peuvent être mis au vert pour le train Z, sauf celui de sortie de la gare B si le train Y n’est pas encore dans la gare C ou franchi son signal d’entrée.

N’oublions pas que si un train W arrivant en sens inverse, de la gare B vers la gare A, le feu sera rouge pour le train Z, tant que le train W ne se sera pas arrêté ou franchi la gare A.

Sémaphores allemands, la forme est un peu différente mais la fonction la même. Ici le signal est ouvert pour la voie du milieu et fermé pour la voie de droite. De manière générale, le signal est posé coté extérieur de la voie, à droite s’il y a plusieurs voies qui sont parallèles. Toutefois chaque compagnie peut avoir des règlements qui lui sont propres. De manière simplifiée le mécanicien doit pouvoir identifier du premier coup d’oeil quel signal le concerne.

Types de sémaphores anciens des chemins de fer français

Nous avons vu plus haut qu’à partir de la gare Vaires, les signaux automatiques lumineux étaient remplacés par les fameux sémaphores à palette. Ce système de signalisation archaïque était en phase d’être remplacé, mais ce n’était pas encore le cas partout. En gros, la palette levée signifiait vert et la palette baissée rouge, parfois avec une double palette, l’une levée et l’autre baissée était l’équivalent d’un avertissement. Il y avait bien un système de couleurs, mais éclairé par une lampe à huile avec un code couleur différent et surtout peu visible la nuit. Ces signaux étaient annoncés au mécanicien par un panneau en tôle en dehors des gares. En pratique, il y avait aussi sous les locomotives des patins, dits crocodiles, qui devaient transmettre au mécanicien, par le courant électrique actionnant un sirène, qu’un signal était rouge. On employait aussi des pétards pour ce genre d’informations qui devaient éclater sous la locomotive lors de son passage. Comme on peut le comprendre et par rapport à la technologie moderne, tous ces systèmes étaient rudimentaires, mais cela pouvait passer comme moderne en des temps plus reculés. Malgré toute la modernité des systèmes de sécurité d’aujourd’hui, les accidents de train n’ont pas complètement disparus. Le système des sémaphores n’est pas encore abandonné partout, certains lignes en sont encore équipées. Combinés à une signalisation lumineuse performante le jour, ils offrent l’avantage à un mécanicien de voir de loin l’information du signal si la voie n’est pas exactement alignée avec le signal. 

Pas mal de trains à cette époque étaient encore tirés par des locomotives à vapeur. Ces dernières étaient conduites par deux personnes, un chauffeur et un mécanicien. Le chauffeur était surtout occupé à remplir la chaudière, tandis que le mécanicien s’occupait de la conduite et c’est lui qui mettait le nez à la fenêtre et observait ce qui se passait devant la locomotive et en bord de voie. Vous pouvez imaginer la difficulté de conduire une locomotive, pas seulement au niveau technique mais pratique. A l’intérieur il fait plutôt une chaleur à crever et au dehors la température est en dessous de zéro comme ce fut le cas ce jour-là. Mettez votre tête par la fenêtre de votre voiture quand vous roulez à 100 par ce genre de froid et, c’est le cas de la dire, vous en prendrez plein la gueule ! Lui est obligé, il doit observer la signalisation tout en surveillant sa machine, température de la chaudière, pression d’eau etc…

Donc il fait nuit, il y a du brouillard et le train file, nous sommes après la gare de Vaires. Un omnibus est en train de se manoeuvrer dans l’évitement de Pomponne sur une voie secondaire, trois kilomètres avant la gare de Lagny. Le signal du canton est fermé et le train no 55 arrêté. Jusque-là tout va bien. La voie est libérée et le 55 se remet en marche. Arrive le train no 25, celui parti un peu plus tard de Paris. Lui est en plaine vitesse, entre 90 et 110 km/h, il n’a pas vu vu les signaux ou ceux-ci n’étaient pas fermés. Il percute le train en mouvement d’accélération et c’est le drame.

Le choc est terrible. La locomotive du 25 pulvérise le fourgon de queue et les quatre voitures qui le précèdent, et est soulevée par la ferraille qui constitue l’armature de ces wagons avec des cages en bois. Les occupants sont écrasés parmi les débris. Dans une catastrophe il arrive quelquefois un coup du destin qui permet de ne pas aggraver le malheur. Un incident technique mais opportun, suite au choc, ferma involontairement le signal à un train qui arrivait en sens inverse.  Il réussit à s’arrêter juste avant le lieu de choc.

Les secours arrivèrent dans un laps de temps que l’on peut considérer comme correct pour les premiers arrivés sur place, l’accident fit un tel fracas qu’il s’entendit loin à la ronde. La plus gros problème fut que l’endroit était plongé dans la nuit noire, il fallut d’abord pourvoir à un éclairage de secours et de fortune. Dans l’immédiat, on alluma des feux avec les débris de bois qui jonchaient le sol. Si on ne pouvait plus rien faire pour les personnes écrasées dans la queue du train, il y avait de nombreux blessés, certains très gravement, dans le reste des convois. Un tel choc n’est pas subi de manière innocente par les passagers. Certains sont projetés dans tous les sens et se heurtent aux parois, au sièges des wagons, ou projetés à terre. Des objets, des valises, sont autant de projectiles qui peuvent blesser de manière sérieuse.

Un témoin raconte : « de la queue du train montaient des hurlements comme je ne pensais pas qu’il put en sortir de gosiers humains ».

On s’organise tant bien que mal dans le froid, la températures est -5 degrés. L’état de choc additionné de froid glacial fait aussi des victimes ou aggrave l’état des blessés. Des secouristes, certains improvisés, font ce qu’ils peuvent. On mobilise toutes les ambulances possibles, des trains ramènent des blessés sur Paris dont certains meurent pendant le voyage. La salle des bagages de la gare de l’Est sert d’entrepôt aux cercueils. L’endroit devint un point de ralliement pour les curieux, mais surtout pour les familles qui pouvaient penser qu’un des leurs figurait parmi les victimes. Un important service d’ordre faisait le tri aux entrées.

Au petit jour, on put se faire une idée plus précise de l’immense étendue des dégâts. On estima tout d’abord le nombre de morts à un centaine faute de renseignements plus précis. Mais au fil des heures, le bilan s’alourdit pour s’arrêter au chiffre officiel de 214 morts et plus de 300 blessés.

Dès le lendemain la presse se fit l’écho du drame, d’abord de manière succincte, puis de manière plus précise et on en vint ensuite à rechercher les causes du drame, d’autant plus que des politiciens connus étaient parmi les victimes ou les blessés. Cela peut aider à y voir plus clair et plus rapidement.

Dans le Figaro du 24 décembre, on mentionne l’accident de manière résumée, on ne connait que les gros détails. Selon les journaux, on annone tel ou tel nombre de victimes. Mais tous s’accordent à admettre qu’il y a au moins une centaine de morts.

Le lendemain, jour de Noêl, le Figaro fait un récit plus détaillé du drame sur plusieurs pages. On commence à se poser quelques questions sur les causes. Même un an après, lors du procès, on avait toujours des doutes. J’ai choisi les plus significatifs.

 

 

 

Dans L’Humanité le ton est bien évidemment différent. On met le doigt là ou ça fait mal, il n’est pas inutile de se poser les questions autrement. Que tout aie bien fonctionné ou pas, il y a un une certitude, il y a plus de 200 morts. Une partie des articles porte la plume de Louis Aragon, qui ne fut pas qu’écrivain ou poète, mais aussi journaliste.

Il apparut très vite que la signalisation était la clé de l’accident, avait-elle ou n’avait-elle pas fonctionné correctement, toute la question était résumé dans ces quelques mots. Les conditions atmosphériques, mauvaises mais pas extrêmes, furent longtemps discutées. Il fallut quant même envisager que la commande de fermeture mécanique des signaux avait pu être bloquée par le gel. De même, les crocodiles recouverts d’au moins 3 centimètres de glace avait pu empêcher le courant déclenchant l’avertissement de ne pas passer correctement ou pas du tout. Un fait certain qui met la compagnie ferroviaire en cause est que la technique dite du « pétrolage » qui évitait la formation de glace sur le crocodile avait été abandonnée à titre d’essai.

Une année plus tard, lors du procès, la compagnie essaya de se blanchir en affirmant que tout était en ordre et avait fonctionné correctement, que le mécanicien de la locomotive du 25, toujours vivant, était le seul responsable. De nombreux témoins à décharge affirmèrent au contraire que la probabilité d’un mauvais fonctionnement était envisageable. Un ingénieur de la compagnie dut reconnaître que ce jour-là les crocodiles éraient recouverts de glace, ce qui empêchait le passage du courant. De plus, la boîte témoin de l’envoi du signal d’avertissement n’avait rien enregistré.

Le procureur fut assez impartial dans son réquisitoire, il fit part de sa conviction intime que les signaux étaient fermés, il proposa une condamnation avec les plus larges circonstance atténuantes tout en affirmant que s’il y avait un doute, si minime soit-il pour les jurés, celui-ci devait profiter à l’accusé.  Le jugement alla dans le sens du procureur, admettant qu’il y avait effectivement un doute sur le fonctionnement de la signalisation. Le mécanicien fut acquitté. Personne ne fut réellement mis en cause du côté de la compagnie, du mois de manière officielle.

Comme toujours, on fit des belles promesses sur la sécurité et on promit de l’améliorer. Cependant ce n’est que trente ans plus tard, que les fameux wagons en bois si fragiles en cas de choc, furent enfin définitivement mis à la casse.

Souces Gallica, BNF, DP

Vendredi en nylon (15)

Disques que j’écoute et pochettes que je regarde depuis au moins 45 ans

La fameux « Tobacco Road » est un titre qui fut créé  par le conuntry singer John D Loudermilk et mis en lumière par les Nashville Teens en 1964. Une des plus fameuses version est celle d’un groupe américain peu connu, Jamul. Sous une photo de pochette qui fait un peu penser aux méchants dans un western spaghetti, le contenu est succulent, surtout cette reprise du titre de Loudermilk bien appuyée. Je me dis parfois que j’avais à l’époque un disquaire qui savait trouver des sacrés trucs!

Voilà un de ces trucs comme je les adore. Vocal à l’arraché, guitares baveuses. Ce titre avait été créé par Them cinq ans plus tôt, c’est mon préféré du groupe. Mais cette version est splendide, c’est du lourd!!!

Les Moody Blues, encore et je dirais toujours. Encore un de ces groupes dont j’écoute plutôt les albums avec de petites préférences pour certains titres. Un que je connais quasiment par coeur…

Un peu dans le même trip, un truc bien torché

En 1968, deux ex-membres de groupe allemand no 1 les Rattles, Achim Reichel et Frank Dostal , fondent un groupe baptisé Wonderland avec aux claviers un prometteur Les Humphries qui cassera la baraque dans les années 70 avec son groupe Les Humphries Singers Singers. Publié en 68, un plaisant premier single auquel je suis resté fidèle « Moscow ».

Les Byrds que je n’ai jamais abandonnés, je les suis encore en 1970 et je suis ravi par ceci…

Un petit Jefferson Airplane, ça j’écoute encore pas mal, un de ces groupes qui peut prétendre à une certaine éternité.

La grosse artillerie avec un certain Lemmy Kilmister au chant et à la basse. on appelait ça du space rock.

En 1972 l’album Cosmic Century des Allemands Wallenstein fut presque un truc que j’aurais pu élire disque de l’année. Mélange de pop, de classique, et de musique planante. Je ne me suis jamais lassé de ce truc.

Le groupe Pacific Sound vient de Suisse et enregistra un album « Forget Your Dream » pour un label local en 1972, Splendid. Edité en petite quantité, l’album est rarissime et recherché par pas mal de collectionneurs du monde entier. Il est monté jusqu’à 1200 euros sur Ebay. Personnellement j’aime bien cet album sans toutefois le mettre au pinacle. Je préfère nettement un titre qui ne figure pas sur l’album « Ballad To Jimi » et sorti en 45 tours dans plusieurs pays. Le voici…

Chansons que j’écoute de-ci de-là (3)

Le but de cette rubrique est de vous faire découvrir des choses plaisantes dans n’importe quel style ou époque ou vous rappeler quelques souvenirs que vous avez peut être oubliés. A vous de trier!

Classé en 3 étoiles

*** – Chanson qui a eu un retentissement certain dans un style ou un autre ou très représentative de ce style et ayant bénéficié de nombreuses reprises sur le plan mondial. Peut de mettre pour un artiste remarquable sans être une très grosse vedette.

** – Chanson typique d’un style ayant eu quelque impact, quelquefois appréciée internationalement et qui perdure dans le temps. Quelquefois, mais pas toujours, encore diffusée dans les radios ou écoutée dans les circuits nostalgiques

* – Chansons n’ayant qu’une importance secondaire, dans l’impact quelles on eues, sans préjuger de la qualité de l’artiste,  Plutôt local ou branché Souvent ne figure plus que dans les souvenirs d’un public ciblé, fidèle, plus ou moins nombreux. Très peu de chances de l’entendre encore sur une grande radio ou chaîne de télévision.

*** – Avec les Doors, on tient quand même l’un des plus grands groupes de l’histoire de la musique. C’est d’autant plus intéressant que l’on peut y trouver quelque chose pour chaque goût personnel ou presque. A côté des grands tubes, on trouve des choses plus intimistes, comme ce « Spanish Caravan » inspiré par la musique d’Albéniz.

** – Dans les groupes à tendance psychédéliques américains, l’Orchestre de la Montre en Chocolat est à considérer comme un groupe de premier plan parmi ceux de second plan. Il n’eurent aucun hit mais ont enregistré des trucs assez classe pour être redécouverts par le suite en gagnant une aura qui ne s’est pas démentie. Suffisant pour ressortir de temps en temps l’un ou l’autre de leurs petits trésors.

** – Mon album préféré des Prunes Electriques, c’est le deuxième intitulé « Underground », remplis de trucs intéressants avec ces sons qui nous paraissaient encore bien étranges en 1967.

** – Avec les Yardbirds, John Mayall fut le bonhomme qui m’attira vers le blues. Il m’était difficile de ne pas aller plus loin dans la découverte et de ne pas m’intéresser à Otis Rush, créateur de ce blues.

*** – Aller à la découverte d’une musique comme le blues, c’est un peu comme visiter Paris pour la première fois.  Avant d’aller passer une soirée à la recherche de Bruant ou aller manger à la Closerie des Lilas, on visite d’abord la Tour Eiffel ou le Louvre. Pour le blues il y a aussi des monuments que l’on visite d’abord, alors en voici un…

*** – Même s’il n’a pas apporté une très grande contribution en classiques du rock and roll, par contre ses interprétations sont souvent devenues des références et il est un grand showman. Son album live au Star-Club de Hambourg est sûrement l’un des plus grands albums de rock and roll en public. Le seul regret que l’on peut avoir c’est que cela n’a pas été filmé. Ca chauffe!!!

* – Ohio Express explosa en 1968 avec un sympathique hit  « yummy Yummy Yummy », il s’en suivit un album avec des titres qui n’ont pas grand chose à voir avec la commercialité de leur hit Musique, plus expérimentale, mais d’un abord facile.  Un petit régal pour les gastronomes des belles trouvailles musicales. A écouter avec un casque pour jouir pleinement des effets de la stéréo.

* – Mr Billy Bridge, un temps roi du madison s’est métamorphosé en un cygne noir en 1971. Cela est resté dans mes bons souvenirs et vaut bien une écoute de temps en temps.

*- Quand j’ai commencé à m’intéresser au folk celtique, tendance Bretagne, il y avait deux groupes qui étaient relativement connus à part Alan Stivell, Tri Yann et An Triskell. A travers cette musique, j’ai surtout découvert une chose, l’extraordinaire sonorité de la harpe celtique, un instrument qui a dû tomber du paradis par un soir d’orage (c’est beau comme citation non ?). Enfin bref, un de mes titres de référence quand je veux entendre de la harpe celtique, c’est celui-ci…

The blacksmith (le forgeron) est une chanson traditionnelle de folk anglais que nombre d’artistes ont enregistrée notamment Steeleye Span. Pourtant le plus belle version que je connaisse de ce truc a été enregistrée par un groupe brésilien nommé Lunan, dont il n’existe apparemment aucune trace discographie, juste un clip. Je me suis contenté de cela, ce qui ne m’empêche pas de l’écouter quand j’ai envie. Le chanteuse a une voix très belle, très pure, son interprétation très expressive. Et ma foi elle est plutôt du genre à ne pas vous faire appeler la police si elle vous drague.

** – Encore aujourd’hui je considère les Searchers comme un des grands groupes issus de Liverpool dans les années 60. Un de leurs derniers grands succès en 1965 fut ce slow intemporel. Une ligne mélodique assez compliquée et un arrangement instrumental parfait. De la belle ouvrage comme disent les anciens.

* – J’ai toujours eu une certaine admiration pour le chant grégorien, musique très profonde et puis j’aime bien l’acoustique des églises. En 1974, j’ai complètement flashé sur un album enregistré par un groupe argentin Gorrion qui reprend la liturgie catholique en mélangeant la musique pop, le folk de là-bas et la messe traditionnelle. Encore un de ces ces mélanges personnels où je peux adorer des musiques complètement différentes.