Bas nylon et un une arrestation

Le 12 avril 1919 était un jour comme les autres. On se remettait petit à petit des suites de la guerre terminée depuis 5 mois. On y discute de la réparation, que l’Allemagne considérée comme responsable du conflit, devra payer. Cette dette sera en partie responsable de l’embrasement de l’Europe, une vingtaine d’années plus tard. On est en train de juger l’affaire Humbert, une histoire de conflits d’intérêts sur fond de journalisme, qui fait la une des journaux. Plus tôt dans la matinée sur le coup de 6 heures, on frappe à une porte au 76, rue de Rochechouart. Un homme vient ouvrir la porte, pour lui c’est un jour particulier, il fête ses 50 ans. Mais ce n’est pas pour lui souhaiter un bon anniversaire et lui donner des cadeaux que l’on vient de frapper à la porte : c’est pour l’arrêter.

Cet homme, peu de gens le connaissent à ce moment là, mais il va devenir célèbre, immensément célèbre, il s’appelle Henri Désiré Landru.

76, rue de Rochechouart hier et aujourd’hui

On a tous une fois ou l’autre entendu parler de lui, lu un livre, vu un film, il a toujours intéressé le passant. Même près de 100 ans après il continue de fasciner. Il a tout pour cela, il échappe complètement à l’image que l’on peut se faire d’un tueur en série. En psychiatrie, je ne suis pas docteur dans cette science, mais j’imagine que c’est le cas rêvé pour une étude. On retiendra de lui que c’est un personnage courtois, du moins dans la vie de tous les jours, méticuleux, calme, sans doute indifférent, et aussi que c’est le seul inculpé accusé de crimes multiples qui réussit à s’endormir pendant un interrogatoire. Même s’il n’est pas spécialement un prix de beauté, il parait, et les témoignages sont nombreux qui viennent des personnes directement concernées et encore vivantes, que c’est une sacré affaire au plumard.

Rappelons brièvement l’histoire…

Il est né en 1869 dans le quartier de Belleville. Il se mariera en 1892 et aura quatre enfants. C’est pendant la première guerre mondiale qu’il commence sa vraie vie de criminel. Il se fait passer pour un homme esseulé, disposant d’une certaine aisance, à la recherche d’une femme en vue du mariage. Les prétendantes ne manquent pas, la guerre fait des veuves à tour de bras, d’une certaine manière on peut dire que la France manque d’hommes disponibles, s’ils ne sont pas morts, il sont au front. Ce n’est pas un dragueur au sens admis du terme, il recrute principalement  ses victimes en mettant des petites annonces dans la presse, mais il peut aussi saisir les occasions qui se présentent autrement. Les réponses sont nombreuses, on prétend de source assez sure qu’il aurait contacté ou rencontré environ 280 femmes. Mais il est calculateur, il écarte d’emblée celles qui avouent n’avoir qu’un beau sourire à lui offrir, les préfère plutôt seules sans famille proche qui tourne autour. Il s’intéresse plus spécialement à celles qui affirment avoir quelques biens, sans pour autant placer la barre très haut. Feront l’affaire quelques meubles, quelques bibelots, les objets négociables pour des sommes le plus souvent négligeables, quelques petites économies.

Quelques unes des petites annonces publiées à la demande de Landru

La tactique est toujours la même : il les rencontre sous diverses identités, les séduit, et pour cela il est très très fort, leur fait miroiter mille merveilles. Il promet le mariage à ses victimes en leur signifiant toutefois que sa commune de résidence est dans la zone des conflits et que cela demandera quelques délais pour obtenir les papiers nécessaires. Mais en attendant on peut toujours aller séjourner dans une des maisons qu’il prétend posséder, mais qu’il loue, la plus célèbre se trouvant à Gambais. Fin baratineur, une fois les victimes sous son charme, il leur fait signer toutes sortes de procurations pour leurs comptes bancaires, si d’aventure elles en possèdent un.

Départ pour le séjour à la campagne. Là, il se débarrasse de ses victimes, et comme un corps c’est encombrant, il les découpe et les brûle dans sa fameuse cuisinière qui sera une pièce à conviction au procès, les enterre dans les bois voisins, les jette dans un étang. Tout cela on le suppose avec plus ou moins de certitude, mais dans une affaire criminelle de cette importance, on a rarement manqué autant de preuves irréfutables et surtout d’aveux. Jamais il ne fera de confidences, ni d’aveux.

La maison de Gambais

Son sens du méticuleux sera une des principales sources d’accusation lors de son procès et surtout sa perte. Il a un carnet où il note tout, le moindre centime dépensé pour un bonbon où le plus insignifiant ticket de métro acheté. Quand il part avec une de ses conquêtes, il achète un aller-retour et un aller simple, cela est inscrit dans le fameux carnet.  Il ne donnera une raison valable à cela.

Son manège s’étale quand même sur quelques années, cela peut paraître assez étonnant, mais c’est assez facilement explicable. Pour qu’un meurtre soit pris en considération, il faut un cadavre. Or dans le cas de Landru, il n’y en a pas puisqu’il les a fait disparaître. Certaines de ses victimes ont bien fait l’objet d’un signalement de disparition à la police. Mais des personnes qui disparaissent il y en a tous les jours, de plus ce sont des personnes majeures, libres d’aller où elles veulent sans donner d’explications. Ah si on avait retrouvé leurs cadavres, mais non.

Il faudra un concours de circonstances et un hasard, la voisine d’une des ses anciennes victimes chez qui la police a enquêté, qui le croise et le reconnaisse par hasard à la sortie d’un magasin. La suite est historique…

Lors de son procès, ce regard !

Plutôt que de refaire le procès de Landru, je m’en suis tenu pour les articles de presse aux débuts de l’affaire quand les journaux ont commencé d’en parler à travers le Petit Parisien. C’est trois jours après son arrestation que Landru commence sa carrière de vedette dans la presse. Il déchaînera les passions surtout pendant son procès, qui attira plus d’une star d’alors dans la salle, notamment Colette. Pour l’instant il n’est qu’un criminel comme tant d’autres, on est encore loin de lui coller 11 meurtres sur le dos, chiffre officiel.

Fernande Segret fut en quelque sorte la dernière compagne de Landru. Sans doute sauvée par le gong, c’est quand il était avec elle qu’il fut arrêté. Elle se suicida en 1968, le jour de l’anniversaire de la demande en mariage de Landru.

Ce phénomène de Landru qui reçut 800 demandes en mariage avant de passer sur la bascule à charlot. Ajhl’amour!!!

Source Galica, BNP, DP

 

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