Bas nylon et un petit caporal

Un certain petit caporal

Pour les férus d’histoire, la montée du nazisme est un sujet d’étude passionnant et de plus très bien documenté, car les médias étaient déjà très présents, notamment les journaux. On peut voir à travers cette source d’information, les avis de chacun, les manipulations de l’opinion publique, les fourberies des politiciens et l’éternelle promesse du monde meilleur dont on a si souvent parlé, mais qu’on n’a jamais vu venir.

Si j’avais une quelconque envie de devenir un dictateur et que je sois à un poste qui me le permette, je relirais l’histoire de l’Allemagne et me baserais sur celle de la montée du nazisme en changeant bien entendu quelques données car le contexte n’est plus tout à fait le même. Mais bon, je n’ai aucune envie de devenir un dictateur, j’aime trop une certaine tranquillité et je n’ai aucune envie de dominer le monde.

Depuis que les rois ou les empereurs ne décident plus de tout ou de rien, il y a ce que l’on appelle la démocratie. Si elle n’existe pas ou plus dans certains pays du monde, c’est encore une chose qui prédomine ailleurs. Dans la démocratie basique, on fait appel à l’avis de gens en organisant des votations pour élire un président, un député, un maire et autres représentants. Plus le panel de gens qui se présentent est vaste, plus il est permis d’affirmer que le pays est démocratique. Vous imaginez que dans certains pays où un seul candidat se présente, on ne peut pas vraiment parler de démocratie. Certains pays vont plus loin, certains souvent, d’autres très occasionnellement, en instaurant un droit d’initiative, de référendum, ou en faisant appel à l’avis des gens pour d’autres raisons que celles de voter pour une personne.

L’ascension du nazisme a dû tenir compte de ce paramètre, et un certain Adolf Hitler a vu qu’il ne suffisait pas de faire un putsch après des discussions de brasserie pour conquérir le pouvoir, il a bien fallu qu’il parcoure le chemin traditionnel pour y arriver. Il l’a fait à sa manière, tout en employant des moyens détournés et des talents d’orateur hors pair. Mais en un petite dizaine d’années, il est arrivé au sommet. Parodions une célèbre phrase qui dit : « au début il n’y avait rien »!

Nous allons voir dans les très grandes lignes ce qu’il s’est passé pendant ces dix années, tout en gardant à l’esprit que ce qui s’est déroulé il y a 90 ans n’est peut être pas si éloigné de ce qui se passe maintenant ou de ce qui pourrait se passer selon les circonstances. Changez juste quelques paramètres, Pierre peut devenir Paul, l’ami peut devenir l’ennemi, l’ennemi peut vous faire détester votre ami en l’accusant d’avoir fait ce que l’ennemi a fait dans son dos. C’est simple et compliqué, mais gardez toujours à l’esprit qu’un bord politique ou de l’autre, rien n’est jamais tout à fait blanc ou tout à fait noir.

La défaite allemande et la disparition de la monarchie a laissé quelques empreintes indélébiles dans le sang de certains. Hitler en est un, mais pas le seul. On pourrait juste le caser parmi les plus affectés. Il faut se rappeler qu’il n’est pas un Allemand, mais un Autrichien et un engagé volontaire. L’Autriche fait alors partie de l’Empire austro-hongrois avant son éclatement après la première guerre mondiale. Ce remaniement voulu par les vainqueurs dessine encore aujourd’hui la carte de l’Europe. Depuis son arrivée en Allemagne avant la guerre, il est plus fasciné par elle que par sa patrie d’origine. S’il s’est engagé volontaire dans l’Armée allemande en 1914, c’est qu’il est plus ou moins considéré comme déserteur en Autriche, mais on peut aussi admettre que c’est par conviction. S’il faut se battre, autant pour quelque chose qui correspond plus à son idéal.

Hitler dans la foule lors de la déclaration de guerre le 2 août 1914

La suite de l’histoire on la connaît assez bien, il finit la guerre comme caporal et fut décoré de la croix de fer. Il est même blessé et gazé pendant les combats. Revenu partiellement à la vie civile, après être resté quelques temps comme gardien dans l’armée, il a plutôt la digestion difficile concernant la défaite.

Après l’armistice en novembre 1918, la situation en Allemagne est assez chaotique, bien des choses sont à refaire, c’est un peu à celui qui parlera le plus fort, se fera le plus persuasif, ou trouvera les mots qui conviennent. Les communistes font leur apparition sur l’échiquier politique, il faudra compter avec eux pendant plusieurs années, et sans le savoir à ce moment précis, ils seront un des principaux leviers de la montée du nazisme, la cible idéale. Hitler s’inscrit dans un tout autre parti, le DAP (Parti ouvrier allemand), dirigé par Anton Drexler, qui deviendra NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) sous la férule d’Hitler, nous sommes à la première mouture du parti nazi. C’est un parti ultra-nationaliste, qui considère comme une trahison la défaite allemande. Le principal lieu de réunion est une brasserie, eh oui sans doute le seul parti qui dominera une partie du monde a être né dans une brasserie.

Hitler au début des années 20

Entré comme simple adhérant, en fait il est un peu chargé d’espionner ce parti pour le compte de l’armée, on découvre ses dons d’orateur, lui le premier. Il ne tarde pas à évincer Drexler, et prend la tête en 1921. Elle lui servira comme rampe de lancement pour son ascension.

Voilà le décor est planté. A ce moment là, Hitler a déjà ses convictions, il voit dans le judaïsme la principale cause de tous les malheurs de l’Allemagne et le communisme un menace en devenir. Psychologiquement, il serait plus juste de dire qu’il déteste à peu près tout le monde, sauf quelques exceptions qui lui serviront pour accéder au pouvoir, du moins pour un temps et c’est ce nous allons voir.

Il réorganise profondément le parti, annonce un programme, adopte la croix gammée comme emblème et surtout dote la parti d’une milice agressive les fameux SA (sections d’assaut) ou chemises brunes, qui sera spécialisée dans le « coup de main », à vrai dire qui tapera au propre comme au figuré sur tout ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Un journal le Völkischer Beobacter (l’observateur populaire) sera l’organe presse du parti. Il deviendra un quotidien à partir de 1923. Il sera dirigé depuis 1923 par Alfred Rosenberg, l’un des grands théoriciens du parti, qui sera pendu à Nuremberg en 1946, en raison des services rendus. En lisant le programme du parti, un socialiste bien à gauche ne désapprouverait pas une bonne partie de son contenu, mais encore une fois, les promesses n’engagent à rien.

Un des rouages essentiels de l’avènement du nazisme et de sa montée en puissance est un certain Ernst Röhm, qui rencontre Hitler en 1920. C’est un militaire dans toute l’acceptation du terme, il ne voit que la foule sous la forme d’une armée qui marche au pas. Il a terminé la guerre comme capitaine et a été blessé au visage, ce qui lui laissera des cicatrices. C’est un homme de terrain, pas un bureaucrate. Contrairement à Hitler qui n’a pas un rond, il jouit d’une situation assez aisée. Séduit par le discours d’Hitler, Röhm est ouvertement homosexuel, mais ce n’est par pour cela qu’il est fasciné, il alimentera le parti en le dotant de moyens financiers. Il devient en quelque sorte ministre des finances, mais surtout le bras armé du parti. S’il est familier avec Hitler, c’est un des rares cas de tutoiement connus dans son entourage, cela lui vaudra aussi des ennemis. Son aide à la montée du nazisme lui fera s’attribuer tout naturellement son mot à dire sur la marche des affaires.

Röhm après la guerre, on remarque son visage reconstitué après ses blessures 

Avoir un homme fort d’appui dans un parti est une bonne chose, mais cela n’est pas suffisant. Un des fer de lance dans la politique d’Hitler fut le fameux traité de Versailles. A travers lui, l’Allemagne est condamnée comme responsable de la première guerre mondiale, à payer des indemnités de guerre aux alliés. Elle perd aussi des territoires suite au découpage de la nouvelle carte de l’Europe. La France récupère les territoires perdus lors de la guerre de 1870, c’est à dire l’Alsace et la Lorraine. De plus la région de la Sarre demeure pendant 15 sous contrôle allié. Des restrictions surtout militaires, économiques, financières, seront imposées. Autant dire que l’économie allemande n’est pas au beau fixe, face à toutes les obligations imposées par les vainqueurs. Ce sera un terreau fertile pour Hitler, qui au fil du temps essayera et réussira à les rendre caduques pour la plupart, très souvent à coups de bluff. Les gens de la rue seront d’autant plus réceptifs que le chômage est énorme et l’argent n’a que peu de valeur. L’excuse les plus souvent mise en avant pour suivre Hitler sera qu’il donnait du travail, même si c’est une économie surtout axée sur la préparation de la future guerre.

Une des premières opportunités qui s’offrit à Hitler fut l’occupation de la Ruhr par la France et la Belgique en 1923. En novembre, c’est la fameuse tentative de putsch le 9 novembre 1923, qui vise à renverser le gouvernement de la Bavière, c’est une tentative à l’échelon local à laquelle participe Röhm et ses SA. On sait que ce fut un échec, Hitler arrêté, ainsi que Röhm. Hitler est condamné à cinq ans de forteresse, dont il ne fera que neuf mois. La médiatisation de son procès lui offre une tribune dont il n’osait espérer la venue. Ses idéés commencent gentiment à faire des adeptes.

Article dans Le Petit Parisien au lendemain du putsch manqué.

Dans le même journal quelques mois plus, compte rendu du procès, on est pas franchement admirateur d’Hitler en France, mais ça changera…

A suivre dans le prochain post…

Source Gallica, BNF, DP

Une réflexion sur “Bas nylon et un petit caporal

  1. Bonjour Mr Boss,

    Les faits et gestes du petit « caporal de Bohème » (cf. : « le jour le plus long ») ont fait coulé beaucoup d’encre depuis près d’un siècle. En comparaison, la politique de son alter ego transalpin est une promenade de santé, si je puis dire.
    Le vieux discours propagandiste fait toujours son œuvre. En apparté, un de ses « courtisans » lui demandait la recette de son succès auprès des Allemands. IL lui aurait répondu, parait-il : « Si le peuple a faim, trouvez-lui un bouc émissaire et il oubliera sa faim !  » Comme quoi, la force de la parole, juste ou mensongère,fait bouger les foules.
    L’écrasement financier des réparations a alimenté en sous-main la sourde hostilité de l’Allemagne vis-à-vis de ses voisins.
    D’où la volonté de Roosevelt puis de Truman d’aider dès 1945 au relèvement économique de l’Allemagne (fédérale dès 1949) pour éviter à celle-ci de retomber dans le piège de l’Entre-Deux guerre.
    Un simple coup de pistolet a changé le monde définitivement.. Et le jeu des alliances militaires ont fait le reste…Pour le plus grand malheur de tous.
    Peter Pan.

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