Vendredi en nylon et petites satires

Le Journal Amusant ou le Petit Journal Amusant, fut une publication satirique et légèrement coquine qui parut pendants plus de 80 ans et s’arrêta en 1933. Plutôt q’un journal qui brocarde la politique, il se fait un observateur des faits de société tels qu’ils pouvaient paraître au moment de leur publication avec une pointe de dérision. Les relations du couple y sont souvent caricaturés avec leurs petits travers. Les illustrations sous forme de dessins ne manquent pas d’un certain piquant, surtout à partir des années 20, sans aller plus loin que ce que permettait la censure et les moeurs de temps moins permissifs qu’aujourd’hui.

Il n’en reste pas moins que c’est une revue assez plaisante avec son ton souvent impertinent. Voici quelques sélections datant de 1926.

Gall au-delà de l’enFrance

 

Parmi le pléthore des chanteuses yéyés qui ont traversé les années 60, France Gall est une des rares que j’ai gardée dans mes écoutes. Je ne saurais pas en dire vraiment la raison, sans doute parce que ça me plait est une raison suffisante.

J’aime surtout la première période, celle des sixties, celle des auteurs-compositeurs attitrés, celle d’un certain Gainsbourg. J’ai bien essayé de crocher avec l’ère Berger, mais cela n’a été beaucoup plis loin que le premier album. Je reproche la même chose que je le fais à Véronique Samson, c’est assez répétitif comme style. Par contre dans les années 60, elle saute d’un style à l’autre avec une certaine aisance, c’est toujours de la variété même si elle est parfois somptueusement idiote, mais de bonne cuvée et surtout ce sont des titres originaux qui sonnent comme des reprises de succès anglophones. Sa voix aux multiples possibilités est plus mise en valeur dans ses premiers disques que par la suite. Comparer Michel Berger à Serge Gainsbourg en tant que compositeur, c’est comparer la classe au génie.

Quoiqu’il en soit, j’en ai quelques-unes collées à la peau, dans un coin de mers souvenirs, un coin de ciel bleu dans la lumière de l’été qui chasse la grisaille de mon humeur, un petit rien qui fait que plus que rien c’est déjà beaucoup. Merci Madame, vous êtes une amie dans mes musiques écarlates.

Peut-être deux de ses chefs-d’oeuvre, mais peu connus.

Ca c’était original plutôt original et jazzy

1’35 de bonheur !

Cuvée Gainsbourg

 

Bas nylon et une presque Sainte Cécile

 

A la Belle Epoque être une star était certainement quelque chose d’assez différent d’aujourd’hui. Le cinéma est encore quelque chose de balbutiant, le phonographe existe, mais c’est encore un privilège d’en posséder un et puis les enregistrements à disposition sont encore assez limités. La radio, la TSF comme on disait, ne commencera des émissions régulières qu’après la première guerre mondiale. Le théâtre et l’opéra, quoique qu’assez différents dans le public qu’ils drainent, sont des moyens disponibles pour conquérir les foules. Ils se devisent aussi entre le populaire, surtout le théâtre, accessible à presque tous et celui réservé à une élite qui peut payer l’entrée sans regarder à la dépense. Sans préjuger de la qualité de leurs acteurs, ceux qui ont acquis le rang de célébrités, ne se produisent que dans les grands théâtres et obtiennent des cachets en rapport. A la grande différence du cinéma, le théâtre reste local, on ne peut pas doubler un acteur qui interprète une pièce française en direct. Au pire, on peut adapter une pièce à succès dans une autre langue, ou le représenter à l’étranger pour un public local qui peut le comprendre.

La presse reste le moyen le plus sûr pour faire ou défaire une vedette, la promotion d’un spectacle passe presque obligatoirement par elle, du moins pour atteindre le plus grand nombre. On ne devient pas une star et à plus forte raison on le reste, sans alimenter d’une manière ou d’une autre le petit plus qui fait que l’on parle de vous. Il faut se montrer et être vu, ce qui ne peut être atteint que par la fréquentation de célébrités dont le rayonnement peut rejaillir sur d’autres ou alors y aller de quelques extravagances, parfois quelques scandales, qui alimenteront les conversations. L’une de ces stars qui officia presque exclusivement dans le monde du théâtre, mais qui fut une icône pendant des dizaines d’années, fut Cécile Sorel.

Elle est née Céline Emilie Seurre en 1873 à Paris.  Plutôt jolie, elle est attirée par le théâtre et suit des cours de comédie. Ses premières années furent celles d’une comédienne de boulevard et joua aux côtés de célébrités déjà confirmées comme Eve Lavallière. En 1899, elle entre au célèbre Odéon, et en 1901 à la Comédie-Française. Elle réussit à gagner ses galons de vedette. Au niveau de la popularité, elle prend en quelque sorte la succession de Sarah Bernhardt, alors vieillissante et de santé précaire.

On ne s’attardera pas sur sa carrière théâtrale, mais  sur le côté extravagant de la personne. Elle sut mener une vie mondaine de première classe et faire parler d’elle pour entretenir son image auprès du public de manière forte, ne reculant devant aucun caprice et artifice pour y parvenir.

 

Dans les grandes années de sa gloire, elle entretient avec le fortuné Whitney Warren, c’était sa spécialité, un rôle d’éternelle fiancée qui ne se conclura jamais par un mariage. En dehors des personnages importants un peu oubliés aujourd’hui, mais qui furent nécessaires au rayonnement de sa carrière, il y a toujours des personnages en vue dans son entourage, Maurice Barres, Felix Faure, Georges Clémenceau. Ce dernier qui avait le sens de la formule et pas toujours très aimable, fit d’elle la description suivante :  « Une sorte de travesti empanaché. À travers les plumes, j’ai fini par reconnaître l’autruche. Elle s’était surpassée, ce qui me paraissait impossible. Une robe pour le Carnaval de Rio ou le couronnement du roi Pausole. », et qui sut un jour la remercier d’un envoi de… chrysanthèmes par ces mots : « Merci de vos admirables fleurs, par lesquelles il vous a plu d’humilier ma vieillesse. »

Elle ne rata jamais une bonne occasion de se montrer, apparaissant dans des toilettes somptueuses et parfois très excentriques, se permettant tous les caprices d’une star, elle ne se fit pas que des amis. Elle fut bien entendu un peu malmenée par les satiristes et caricaturistes comme en témoigne cette histoire au sujet d’une caricature…

Elle finit par se marier, mais assez tardivement en 1926, à 53 ans. Elle choisit, histoire d’ajouter à sa célébrité un titre de noblesse, un descendant de Madame de Ségur, la fameuse comtesse des romans, et devient ainsi comtesse de Ségur, titre qu’elle conservera jusqu’à sa mort. Le mari n’était pas ce que l’on peut appeler nommément un gigolo, mais il accuse quand même une quinzaine d’années de moins qu’elle, ce qui n’alla pas sans quelques railleries comme « la faux-cils et le marteau » , allusion aux origines russes de son mari, ou « la belle et le bête ». Ce dernier était aussi un acteur occasionnel, mais travaillait au Ministère des Affaires étrangères et fut baptise « le con d’Orsay ».

Malgré les années qui passent, elle reste encore très populaire, mais cantonnée à des rôles de dame mûre. Elle a malgré tout comme on pourrait dire, de beaux restes et une vitalité extraordinaire Elle se retire de la Comédie Française afin de pouvoir se produire plus librement et  passe au Casino de Paris où elle interprète un de ses plus fameux anciens rôles, Célimène. A cette occasion, elle aura l’occasion de prononcer sa plus célèbre phrase devenue culte : « l’ai-je bien descendu? ». En effet, la célèbre Mistinguett revendiquait le rôle et estimait que Sorel ne pouvait descendre l’escalier de la scène sans avoir toute la grâce requise. Lors de la représentation, la Miss se tenait devant la scène à guetter le moindre accroc, qui ne se produisit d’ailleurs pas. C’est pourquoi Cécile Sorel lui adressa personnellement cette réplique.

Elle fit un peu de cinéma dans des rôle secondaires notamment dans Les Perles de la couronne en 1937 de Sacha Guitry. Mais il est un peu tard pour commencer une véritable carrière dans ce style. 

L’occupation arrive et elle continue de se produire, et surtout s’affiche avec les Allemands ce qui lui sera rappelé plus tard. Elle eut encore une belle phrase à ce propos : « Les Allemands n’auraient jamais mis les pieds chez moi si vous ne les aviez pas laissés entrer ! ». On lui reprocha notamment d’être apparue souvent dans le journal Le Matin, résolument collaborationniste et qui fut interdit à la libération. Son apparition en première page en train de fleurir la tombe de Marie-Antoinette, ne passera pas inaperçue. Mais elle s’en tire sans trop de mal, d’autres célébrités et non des moindres, ne sont pas exemptes des mêmes reproches.

En 1945, son mari meurt et sa carrière marque vraiment le pas. En 1950, elle est prise d’une crise de mysticisme, entre dans les ordres, et prend le nom de sœur sainte Cécile de l’Enfant-Jésus. Elle fera encore une ou deux apparitions de pur témoignage sur sa carrière, on échappe pas toujours à son passé de star. Elle meurt en 1966, âgée de 92 ans.

Elle fut une immense vedette, l’une des plus resplendissantes de son époque. Aujourd’hui, elle ne ferait certainement plus la même carrière. Son style, notamment sa diction, fait parie de ces choses un peu datés, un exotisme d’une époque révolue qui a toutefois encore certains admirateurs.

Sources Gallica, BNP, DP

Bas nylon et une petite semaine en 1911

Feuilleter des vieux magazines est un plaisir auquel je ne saurais renoncer.

Il y a bien sûr le côté histoire qui me passionne toujours, mais aussi se plonger dans d’autres époques et ce qu’elles ont de charmant, de bizarre, ou carrément d’horrible. D’une manière générale, on remarque quand même que si le monde a évolué avec la technique, le citoyen de base n’est pas différent de celui d’aujourd’hui. Il y a ceux qui s’en sortent avec les honneurs et d’autres qui ont la poisse qui leur colle aux talons. L’argent, le besoin d’en avoir par tous les moyens même ceux qui sont peu recommandables, ont toujours été la préoccupation principale de l’être humain. La seule chose qui a changé, c’est le chemin pour y arriver. Aujourd’hui on peut devenir un délinquant en étant derrière un écran, tandis qu’autrefois il fallait imaginer d’autres scénarios, même si certains sont encore en vigueur maintenant. Juste après l’argent, les peines de coeur sont aussi une cause importante de préoccupation qui attise les idées de vengeance chez certains. Parfois les deux vont de paire, l’honnête citoyen qui devient malfrat pour entretenir une belle aux désirs inassouvissables. Le film de Renoir au début des années 30 « La Chienne » en est une parfaite illustration. Le progrès a aussi amené ses problèmes, on peut devenir justiciable en l’utilisant. Au temps de Louis XIV on avait peu de chances d’être écrasé par une voiture, et pas du tout celle de griller un feu rouge et de ramasser un prune, ou de subir les foudres de la loi en volant la recette d’un grand magasin.

A travers « La Semaine Illustré » dans des extraits datant de 1911, regardons de quoi parlait cet hebdomadaire qui se voulait à la fois distrayant, mais surtout une bonne source d’information pour les commérages des concierges qui sévissaient déjà quand la radio n’était pas encore dans tous les foyers.  

Commençons par un personnage qui deviendra très célèbre par la suite, Me Moro-Giafferi, qui fut notamment l’avocat de Landu, de Seznec. Vous allez voir comment il apparaît dans cette histoire.

Même à cette époque, la justice ne fait pas l’unanimité

Le journal adore les faits divers et les illustre

Il y a justiciable et justiciable

Un histoire à dormir couché

Le film n’était pas  en couleur, l’image oui..

En 1911, on inaugure les Archives de la parole, dont le but est de conserver sur support les documents sonores ayant trait aux discours et aux voix de célébrités comme des documents historiques. L’idée est une petite révolution que permet la technique d’alors et qui est la règle maintenant. Que seraient Fernandel, Sacha Guitry, Louis Jouvet, s’ils n’étaient accompagnée de leurs voix, à plus forte raison que l’on peut à la limite se passer de leur visage comme à l’écoute de Fernandel dans les Lettres de mon moulin où il récite les textes de Daudet. Imaginons la voix de Victor Hugo, de Napoléon, et pourquoi pas celle de Louis XIV, dont on ignore absolument tout de leur manière de parler et du son qu’elle produisait.

Voici un extrait du discours d’inauguration par Ferdinand Brunot, un célèbre linguiste. Remarquons la diction « Belle Epoque » et l’art de faire des belles phrases, même si elles ne sont que du vent, n’en sont pas moins très élégantes à l’oreille. Nous avons la chance de posséder une si belle langue…

Source Gallica, BNF, DP

Bas nylon et un roc sur un rocher

 

Un roc sur le rocher

Parmi les gens de noble ascendance et régnant sur un territoire, on trouve assez souvent des hommes d’affaires, des militaires, des politiciens, rarement des esprits éclairés. Il y a cependant quelques notables exceptions. Même en allant un peu plus loin, on peut affirmer que certains considèrent régner comme une véritable corvée. Ce fut assurément le cas d’Albert 1er, dit le Prince savant, prince de Monaco de 1889 à 1922.

Ce rocher qui baigne dans une mer aux reflets d’argent, un des beaux double-sens sur Monaco

Monaco au 18ème siècle

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, la principauté prit un essor considérable. A comparer à ce qu’elle est aujourd’hui, elle faisait vraiment figure misérable par rapport à d’autres territoires gouvernés par un souverain. L’année 1848 amena un bouleversement qui remania passablement la carte de l’Europe. Peu de gens le savent maintenant, mais le territoire de Monaco s’étendait alors jusqu’à Menton. Suite à l’imposition d’une taxe par Florestan 1er, sur les agrumes, citrons et oliviers, les producteurs déclarèrent la sécession avec Monaco et se mirent sous la protection du royaume de Sardaigne. La principauté perdit ainsi sa principale source de revenu et 90% de son territoire.

En 1856, Charles III devient le souverain et recherche les moyens de relancer l’économie de Monaco.

Ce n’est pas facile, l’endroit est complètement isolé, pratiquement désert, et entouré de territoires qui lui sont en principe hostiles. Heureusement, sa mère Caroline devient à partir de ce moment-là plutôt une bonne visionnaire. Ce sera même la naissance d’une complicité qui ne prendra fin qu’à sa mort en 1879. L’idée principale est d’ouvrir un casino et des maisons de jeu. L’idée est bonne, car en France et en Italie les casinos sont interdits. Le premier est ouvert en 1857, mais ferme aussitôt par manque de clients. Le principal problème sont les voies d’accès. Il n’existe que des sentiers pour y accéder, on tente de créer un service de bateaux, mais c’est insuffisant.

En 1860, les territoires perdus, Roquebrune, Menton, votent leur rattachement à La France. D’une certaine manière, ils peuvent encore moralement appartenir à Monaco, mais les choses s’arrangent après quelques prises de becs. Un traité franco-monégasque accorde la souveraineté à Monaco sous la forme de son territoire actuel et quelques millions de francs de dotation. On en profite également pour demander que la principauté soit reliée par chemin de fer au reste du monde, ce qui sera fait.

En 1863, Charles III fait rouvrir le casino et crée la Société des bains de mer, qui existe encore aujourd’hui, et la confie à François Blanc, redoutable homme d’affaires et spécialiste des jeux.

Monaco vers 1900

Le succès est presque immédiat, on aménage le territoire avec le but d’attirer une clientèle fortunée, hôtels luxueux, concerts, spectacles, plages, ports, et aussi pour profiter du climat assez exceptionnel de l’endroit, l’un de ses meilleurs atouts. En 1866, en hommage au souverain, on nomme le quartier du casino du nom de Monte Carlo, nom qui deviendra une sorte d’indicatif de Monaco. On accourt de tous les coins de l’Europe, c’est l’endroit qu’il faut voir pour être vu, chose qui ne s’est pas encore démentie aujourd’hui.

Monaco, le casino et le port à la Belle Epoque

Si les affaires de Monaco reprennent, elles suscitent certainement quelques jalousies. Les mauvaises langues voient volontiers l’endroit comme un lieu de débauche et de perdition. Un peu dans le style des bulletins météo, on compte les suicides et les revers de fortune qui s’étalent dans la presse, surtout celle qui est publiée très loin de la principauté. Soyons justes, personne n’est amené dans les salles de jeux sous la menace d’un revolver, on s’y précipite même et ceux qui perdent des millions en une soirée, ne le font pas sur un emprunt à la banque. Le jeu a toujours existé, très souvent clandestinement, et là on peut se consoler en le perdant sans enfreindre aucune loi. Parler de morale quand on incite à perdre de l’argent qui n’est pas toujours gagné avec le vertu reste une situation assez cocasse.

Lors de son décès en 1889, les journaux étant emplis de faux-culs, on fait l’éloge de ce prince. Il n’est plus question de roulette et et de suicides. Il fut comme tous les autres, un homme remarquable.

 

Et Albert 1er dans tout cela?

Eh bien il est né en 1848, il est le fils de Charles III. Comme tous les fils de bonne famille, il fait de solides études. Selon la tradition d’alors qui veut que les fils de noble famille passent dans les rangs de l’armée, il effectue son service militaire dans l’armée espagnole, puis dans la marine de guerre française pendant la guerre de 1870.

A vrai dire, il est peu conscient de son rang de probable futur prince. Sa passion est ailleurs, il a un esprit scientifique, curieux de tout et avide de savoir. Même s’il se marie une première fois avec Mary Victoria Hamilton, une cousine de Napoleon III, dont il a un fils Louis (le père de Rainier III), il ne s’intéresse pas vraiment à la vie de famille et même semble oublier qu’il est père de famille. Il divorcera en 1880, mais se remariera avec Alice Heine, parente du poète allemand. Pas plus que lors de son premier mariage, il ne sera très complice avec son épouse.

Comme dit précédemment, sa véritable passion est la recherche scientifique. A partir de 1870, il se passionne pour l’océanographie, la paléontologie, la géographie et devient un véritable marin et un explorateur. Comme il n’est pas dans le besoin, il finance diverses expéditions entouré de scientifiques avisés, sur des navires spécialement dédiés qu’il fait construire. Il fera 28 campagnes.

Lors d’une expédition

Durant ses explorations, il découvre de nouvelles espèces de poissons, fait un inventaire de la flore de la méditerranée et établit une cartographie du Svalbard, un archipel norvégien situé dans l’océan Arctique, qui font encore référence aujourd’hui. Il soupçonna l’existence de créatures abyssales inconnues, en examinant les contenus des estomacs des créatures  pêchées Un des membres de son équipe, Charles Richet, est aussi à l’origine de la découverte de l’anaphylaxie, un aspect de l’immunité du corps humain face à certaines maladies de type allergique. Cette découverte lui valut le prix Nobel de la médecine en 1913.

Même s’il ne fut pas un scientifique a qui l’on peut attribuer une découverte comme la pénicilline, il joua sa meilleure carte, celle d’en assurer la pérennité pour les générations futures.

 

En 1889, année de son accession au pouvoir, il fonde l’institut océanographique de Monaco et à sa suite le musée du même nom qui existe toujours à Monaco et qui sera ouvert en 1910. Lors du discours d’inauguration il prononça sa belle phrase : « Ici, messieurs, vous le voyez, la terre monégasque a fait surgir un temple fier et inviolable dédié à la divinité nouvelle qui règne sur les intelligences. »

En 1906, il crée la fondation Albert 1er afin que sa  tâche se perpétue.

Il fonde aussi à Paris en 1910, en lien avec une seconde fondation Albert 1er et découlant de son intérêt pour la paléontologie, l’institut de paléontologie humaine.

Il fut aussi membre de diverses sociétés à but scientifique.

Dans un tout autre domaine, il crée en 1911, le Rallye de Monte-Carlo et fut un grand collectionneur de timbres. Sa collection et celle de son fils permirent plus tard la création du Musée des Timbres et des Monnaies de Monaco.

Rallye de Monte-Carlo en 1912 et Grand Prix en 1932

Politiquement son rôle dans la principauté est moins connu à l’extérieur. Il eut aussi à faire face à une fronde qui aboutit en 1911 à une refonte politique qui dota le pays d’une constitution qui est encore en vigueur aujourd’hui après quelques remaniements.

Le phénomène est bien connu. L’afflux d’argent dans la principauté fut la cause d’une inflation galopante. Même si les citoyens monégasques ne paient plus d’impôts depuis 1869, ils ne sont en réalité qu’un douzième de la population résidente et ne profitent guère de l’argent qui roule dans les casinos, ni des emplois qu’ils peuvent procurer.  La Société des bains de mer notamment, a recours à du personnel extérieur. L’anisette se paye au prix fort dans les bistrots et de plus, ils ont en principe l’interdiction absolue d’aller jouer au casino, règlement encore en vigueur.  Albert 1er, même s’il est un prince plutôt débonnaire, n’a pas toujours une vision très réelle de la situation et place des gouverneurs chargés de la gestion courante, qui ne font de loin pas l’unanimité et qui prennent parfois les citoyens de haut. Il semble ignorer ou fait semblant, que le principauté fait l’objet d’attaques constantes de pratiquement l’Europe entière, qui la considère comme un endroit de perdition. Il y a sans doute une part de jalousie dans la réussite de ce petit état. Et ce n’est pas les têtes couronnées et les riches voyageurs qui affluent pour y séjourner, qui militeront pour un changement. Charbonnier est maître chez soi.

En 1910, lors d’une exposition sur les bateaux

Suite à des mouvements d’humeur de plus en plus virulents, la principauté qui est alors une des deux seules monarchies absolues de l’Europe, l’autre étant la Russie, décrète une constitution en 1911, qui donne plus de privilèges aux véritables citoyens de Monaco. C’est encore la cas maintenant avec quelques changements au cours des ans.

Sur un plan plus international, il fut un ardent défenseur du pacifisme et créa un institut pour la défense de la paix en 1903, au rayonnement assez limité. Il tenta sans résultat de convaincre Guillaume II de ne pas déclencher la première guerre mondiale. A son éclatement, il déclara la principauté neutre, sauf pour une aide aux malades et aux blessés.

Il meurt en 1923, à l’age de 73 ans, succédé par sons fils Louis II. En hommage, les îles Kerguelen sont rebaptisées les îles du Prince de Monaco. Son arrière-petit-fils Albert II, actuel souverain de Monaco, est celui qui semble le plus attaché à perpétuer l’oeuvre de son ancêtre, en y ajoutant un côté glamour. 

Il reste un ces étranges personnages qui traversent parfois l’histoire, animé par une passion pour laquelle sa venue au monde ne le prédestinait pas, il en décida autrement. Dans l’interminable suite des souverains qui présidèrent à la destinée de ce petit pays, il occupe une place à part et pour le moins attachante.

 Sources : Galica, BNF, DP

Ca s’an l’an neuf !!!

!!!BONNE ANNEE!!!

Quand la pendule a pointé de son aiguille précise mais pratiquement inerte, la cinquante-neuvième minute de la vingt-troisième heure du trente-et-un décembre, vous avez pensé qu’il ne restait à l’année qu’une pauvre et ultime minute à vivre, condamnée par la guillotine du temps à être exécutée sur l’autel du temps qui passe. Mais un esprit fort et érudit remarqua qu’il y a juste une heure, elle a déjà subi cet atroce supplice dans le fuseau horaire précédent et qu’elle s’apprêtait à mourir une nouvelle fois. Donc, ne nous méprenons pas, le temps et toute année bien constituée ne sauraient mourir, ils ne font que passer sous votre nez, et même si vous l’avez fort développé, vous ne sentirez rien.  Le temps, pas plus que l’argent n’a d’odeur, c’est un fait qui éclaire d’un jour nouveau qui ne figure pas sur le calendrier des indications de bon aloi, nul ne peut sentir venir la fortune, pas plus qu’un nez ne peut respirer l’air du temps. Les fonds de la pensée philosophique qui abreuve ses racines dans l’océan de la connaissance superficielle, ont remarqué que l’on peut gagner du temps mais pas le dépenser, tandis que l’on peut perdre du temps sans jamais le retrouver.   
L’an passe, l’an trépasse, l’an repasse comme dirait une blanchisseuse dont la conscience professionnelle ne fait pas un pli, qui veut des vœux doit attendre qu’il soit minuit au cadran qui donne l’heure exacte.
D’ailleurs, vous avez des pouvoirs dont vous ne soupçonnez pas l’existence, celui de faire avancer le temps à votre gré. Prenez une simple montre qui indique vingt-trois-heures-cinquante-minutes. Concentrez-vous bien, jetez votre fluide sur la montre. Pensez que vous voulez absolument qu’il soit minuit. Je vous garantis que dans un laps de temps qui vous prendra dix minutes dans le pire des cas, il sera minuit. Etonnant n’est-ce pas ?

 

Le fait de consacrer le début de l’année est une histoire vieille comme la mesure du temps et pas toujours très exacte, car la mécanique céleste ne donne pas de chiffres absolument ronds. Il s’agit pour le calcul d’établir la corrélation entre le parcours de la Terre autour du Soleil en un peu plus de 366 jours et sa rotation sur elle-même, étant donné que cette rotation ne se fait pas exactement en 24 heures, mais 23 heures, 56 minutes et 4 secondes. Le but des calendriers fut de faire jouer les chiffres dictés par la mécanique céleste en une représentation arbitraire accessible à tous et servant de référence. Il a bien fallu un peu « tricher » avec la réalité.

Imaginons ce qui serait si on avait respecté les lois de la nature, que serait le rythme de notre quotidien?

En nos temps modernes, où une montre fait deux fois le tour du cadran en une journée et qui nous donne exactement une journée de 24 heures, ce qui n’est pas la réalité, eh bien il aurait fallu une montre avec un cadran plutôt bizarre qui compte les heures à 59 minutes et 50 secondes environ. Même ce chiffre est incorrect, car compté sur 23 heures et 56 minutes, il manque encore 4 secondes pour un compte rond. Pas facile hein?

Dans la réalité, l’homme fut-il préhistorique, avait remarqué le phénomène des saisons, que le Soleil se levait sur différents points de l’horizon selon les jours, que cette durée n’était pas égale, mais qu’il finissait par revenir à son point de départ. Les plus érudits remarquèrent que cela se reproduisait environ tous les 366 levers de soleil, faute de calculs plus précis et en sachant calculer.

Différentes civilisations constatèrent le fait, mais ce furent les Egyptiens qui les premiers établirent un calendrier d’après ce cycle. Ils remarquèrent que le crues du Nil, alors un élément essentiel à l’irrigation des plaines fertiles, se produisait peu de temps après l’apparition de Sirius dans le ciel égyptien. L’idée du calendrier était lancée.

Les Romains perfectionnèrent le calendrier et à cette époque on vit l’apparition des saisons sous forme de noms. Pour les Romains, selon une certaine logique, l’année commence au printemps, c’est en effet un sorte de renaissance. Ils établirent l’idée de l’année divisée en mois comportant entre 28 et 31 jours, mais répartis différemment, il y avait plusieurs mois à 29 jours. On parle de calendrier julien.

Le calendrier subit une réforme, qui le fit s’approcher avec une plus grande rigueur vers l’exactitude de la durée d’une année solaire, et qui s’approche plus exactement de notre calendrier actuel. Il fut en vigueur depuis 46 avant J.-C.

Il est sûr que les gens de l’époque attachaient peu d’importance à la durée de l’année, sauf bien évidemment quelques notables ou érudits qui s’en servaient comme point de repère pour un écrit, un événement exceptionnel,  ou la date butoir de l’entrée en force d’une loi.

 Ailleurs que chez les Romains, chacun y va de son idée, le calendrier est parfois basé sur les phases de la Lune, de faits religieux ou culturels. Il fallut des siècles pour que la mesure actuelle du temps prenne une forme définitive et universelle, comme celle que nous connaissons aujourd’hui après une réforme qui eut lieu en octobre 1582.

Le mois de janvier fut baptisé du nom de Janus, dieu romain à deux têtes, l’une regardant devant et l’autre derrière, symbole de l’année passée et de celle qui vient  

C’est l’introduction de calendrier grégorien, du nom du pape Grégoire XIII qui l’instaura. En gros on rattrapa le décalage dû au calendrier julien et de fait on passa du 4 octobre 1582 au 15 octobre 1582, date d’entrée en fonction du calendrier grégorien. A partir de là, le début de l’année fut le 1er janvier à l’exclusion de toute autre date, mais certaines cultures ont encore aujourd’hui un début d’année différent, comme les Chinois par exemple. L’affinement de ce calendrier découle de l’observation plus précise de la place du soleil dans le ciel, en dehors de toutes considérations astronomiques qui sont la règle maintenant. N’oublions pas que la Terre est encore supposée être le centre de l’univers, à ce moment-là Galilée est âgé de 18 ans et n’a pas encore remis la Terre à sa juste place.

Le principal problème fut de résoudre la durée exacte d’une révolution autour du Soleil. On le savait à peu près au moment de l’établissement du calendrier grégorien, et de manière très précise aujourd’hui, une année dure en réalité 365,3422 jours ce qui est loin d’être un chiffre facilement manipulable quand on veut le faire coïncider avec des levers et des couches de soleil. C’est ce qui nous a valu l’introduction  des années bissextiles, celles qui comptent le mois de février à 29 jours tous les quatre ans, les années en 00, 04, 08, 12, 16. Cerise sur le gâteau, en adoptant ce système, on aurait une légère tendance à prendre de l’avance. Alors pour contrebalancer cet effet, les années qui marquent un nouveau siècle comme 2000 ne sont bissextiles que tous les 400 ans. Donc 2100, 2200, 2300, seront des années à 365 jours et 2400 sera à 366 jours, ainsi que 2800, 3200, 3600, 4000. 

Mais d’ici là, nous serons tous des robots programmés et on fêtera l’an neuf quand on voudra bien qu’on le fasse. La course de notre bonne vieille planète autour de sa source de vie pourra s’accélérer ou ralentir selon le bon vouloir d’éléments perturbateurs qui se cachent éventuellement à nos yeux, à notre savoir, dans un coin quelconque de l’univers.

De toutes les certitudes de l’homme, l’illusion est la plus courante.