Bas nylons et fins becs

 

Il y a une chose à laquelle nul n’échappe, c’est la nourriture. Nécessaire à la survie, elle peut prendre des aspects bien différents d’une culture à l’autre. La majorité des gens qui ont accès à une belle variété d’aliments mélangent volontiers le plaisir au fait de se nourrir. Dans les pays d’expression latine, on trouve une cuisine aux innombrables recettes dont certaines confinent à un certain raffinement, pour ne pas dire snobisme. Pour autant ils ne sont pas les seuls, les Arabes ou les Chinois ont aussi leur gastronomie, certes avec des produits ou des manières de faire assez différentes des nôtres, mais qui n’en sont pas moins délicieuses, si on veut prendre la peine de les découvrir. Les échanges commerciaux ont amplifié la connaissance des autres cuisines, il n’est pas rare de trouver à Paris des restaurants où l’on peut faire le tour du monde en 80 plats. Le revers, c’est que l’on mange des choses qui ne sont pas exemptes de traficotages exercés par l’industrie alimentaire. Laissons de côté cette malbouffe, tenons-nous en à une nourriture du terroir qui existe heureusement encore, ce n’est d’ailleurs qu’un des aspects de cet article.

 

Si la nourriture est différente, les manières de manger sont aussi propres à certaines cultures. Vous connaissez tous notre manière de manger traditionnelle, la table, les couverts, on s’assied sur des chaises et l’on déguste. Dans d’autres civilisations, les tables peuvent être très basses, on s’assied alors sur des poufs ou carrément à même le sol. Vous connaissez tous les baguettes propres aux Chinois, et sans doute avez-vous une fois regardé les Arabes à table, se servant toujours de la même main et raclant le plat avec un bout de pain pour l’enfourner dans la bouche. Ce sont là des habitudes qui dérivent de celles des nomades, diable on campait ici ou là et pas question de trimbaler tout un attirail de cuisine.

Il m’est arrivée une petite aventure comique au Maroc, un des pays qui possède un bel art culinaire. J’étais seul à table et voilà deux gamins de 4 ou 5 ans qui viennent se planter devant et qui ne me quittent pas des yeux. J’ai d’abord pensé qu’ils avaient faim, mais je me doutais bien qu’il s’agissait d’autre chose. Voilà la patronne des lieux qui s’amène pour voir si tout allait bien, et chasse les gamins. La bouffe était de première, aucune raison de me plaindre, mais j’ai fait la remarque au sujet des gamins, les siens par ailleurs, plus intrigué que mal à l’aise. J’ai eu la réponse plus tard, c’est tout simplement parce que je mangeais avec un couteau et une fourchette. Alors si une fois vous allez au Maroc…

Représentation d’un festin sous Louis XIII avec ses chevaliers en 1633

Au 19ème siècle les livres consacrés à la cuisine sont très nombreux. A l’évidence c’est un sujet que l’on connaît bien. Dans cette partie passons en revue quelques publication.

Commençons notre voyage par un bref extrait d’un livre publié pour la première fois en 1803 dont l’auteur est un certain Grimod de La Reynière, Alexandre-Balthazar-Laurent, ayant pour titre L’Almanach Des Gourmands, une vaste revue de tous les plaisirs de la table. IL s’attache à énumérer à peu près tout ce qui est comestible en ces temps reculés et surtout en les attelant à des plaisirs liés aux saisons, une évidence d’alors car il était peu probable, toutefois pas impossible, de manger des ananas frais le jour de Noël. Sans donner de recettes, mais plutôt certains principes à respecter lors de la préparation et la consommation des divers mets, il aborde bien des aspects de l’art de se nourrir avec élégance. J’ai choisi un extrait comique d’une histoire arrivée à un curé, assez amateur des bienfaits que le Seigneur nous accorde à nous simples mortels, mais aussi les devoirs qui en découlent.

Vous connaissez tous Alexandre Dumas, ce que vous ignorez certainement c’est qu’il a écrit et publia en 1882, un livre sur la cuisine sous forme de dictionnaire et de manière de préparer la boustifaille. Il mentionne l’auteur précédent comme source de savoir. Voici des extraits de ce livre, Le petit Dictionnaire De La Cuisine qui fait quand même plus de 800 pages.

Deux recettes sur les aubergines.

Une recette que j’ai eu le plaisir de manger, c’est délicieux !

Un menu proposé dans le livre.

L’un des plus célèbres auteurs de gastronomie fut Jean Anthelme Brillat-Savarin  (1755-1826). Homme politique d’abord, accessoirement auteur érotique, il est surtout connu pour son livre Physiologie du goût (1826) qui fut ce que l’on peut considérer comme un best seller à l’époque. Dans ce livre il analyse tout ce qui peut conduire au plaisir de la table. C’est un mélange entre philosophie culinaire, considérations sur l’art d’y parvenir, il affirme que seule une personne intelligente peut accéder à cet art. C’est en quelque sorte un code de la route du bon bouffeur. Par ailleurs, un fromage porte son nom, que je considère comme un des sommets dans cet art, je m’en ferais péter la panse !

 

Dans l’introduction de son ouvrage, il énonce 20 aphorismes qui mettent le lecteur dans l’ambiance de ce qui l’attend dans le livre.

I. L’Univers n’est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit.

II. Les animaux se repaissent ; l’homme mange ; l’homme d’esprit seul sait manger.

III. La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent.

IV. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.

V. Le Créateur, en obligeant l’homme à manger pour vivre, l’y invite par l’appétit, et l’en récompense par le plaisir.

VI. La gourmandise est un acte de notre jugement, par lequel nous accordons la préférence aux choses qui sont agréables au goût sur celles qui n’ont pas cette qualité.

VII. Le plaisir de la table est de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les pays et de tous les jours ; il peut s’associer à d’autres plaisirs, et reste le dernier pour nous consoler de leur perte.

VIII. La table est le seul endroit où l’on ne s’ennuie jamais pendant la première heure.

IX. La découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile.

X. Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger.

XI. L’ordre des comestibles est des plus substantiels aux plus légers.

XII. L’ordre des boissons est des plus tempérées aux plus fumeuses et aux plus parfumées.

XIII. Prétendre qu’il ne faut pas changer de vins est une hérésie ; la langue se sature ; et, après le troisième verre, le meilleur vin n’éveille plus qu’une sensation obtuse.

XIV. Un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil.

XV. On devient cuisinier, mais on naît rôtisseur.

XVI. La qualité la plus indispensable du cuisinier est l’exactitude : elle doit être aussi celle du convié.

XVII. Attendre trop longtemps un convive retardataire est un manque d’égards pour tous ceux qui sont présents.

XVIII. Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est préparé, n’est pas digne d’avoir des amis.

XIX. La maîtresse de la maison doit toujours s’assurer que le café est excellent ; et le maître, que les liqueurs sont de premier choix.

XX. Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.

Nous poursuivrons dans un autre épisode, la suite de ces pages. Il y aura à boire et à manger.

Bas nylons sur Paris

Il est toujours très difficile de s’imaginer le vieux Paris quand on s’y promène aujourd’hui. Le coeur de Paris est ce qui se situe au bord de la Seine à la hauteur du 1er arrondissement actuel. L’idée d’arrondissements fut créée après la Revolution, limité en 12 arrondissements sur son étendue d’alors, auxquels s’ajoutèrent les 8 autres en 1859 pour former le Paris actuel. Bien évidemment la nomenclature des rues a suivi l’évolution, certains noms disparurent au fil des ans, pour être remplacés par d’autres souvent pour des raisons historiques. Il était bien entendu impossible de deviner le nom des personnages qui feront l’actualité de la France ou de Paris.

Avant l’avènement de la photographie, les seules représentations qui sont arrivées jusqu’à nous sont pour la plupart des dessins qui arrivent à nous donner une idée de ce vieux Paris et qui permettent de reconstituer son évolution. En voici une petit florilège axé sur le 8ème arrondissement actuel.

Difficile d’imaginer que ce sont les Champs Elysées qui ont recouvert ce paysage tranquille, alors appelé Allée des Veuves. Le nom de champs était alors assez juste, car il s’agissait effectivement d’en endroit recouvert de verdure. Le dessin date du 18ème siècle, probablement avant la Révolution.

Publiée en 1791, l’image représente les Tuileries, alors terrasse devenu jardin. Elle donne une idée de la Seine et le trafic de bateaux, déjà passablement encombré.

La place de la Concorde (place Louis XV), avec la Statue de la Liberté, un peu après la Révolution. C’était alors une des limites ouest de Paris. C’est sur cette place baptisée place de la Révolution qu’eurent lieu des exécutions. C’est aussi là qu’aurait été prononcée la fameuse phrase « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ». prononcée par Manon Roland une révolutionnaire condamnée à mort.

Vue du même endroit, mais depuis l’autre rive sur le quai d’Orsay. Dessin datant probablement d’avant la Révolution puisque la statue figurant sur l’image précédente n’y figure pas.

En 1850, on se fait une meilleure idée de ce qu’elle est aujourd’hui.

Le pont du Carrousel au 19ème siècle, situé en amont du Louvre.

Les environs des Champs Elysées aux début du 19ème siècle, c’est encore assez campagnard.

La rue Royale avec la Concorde au fond

En fouillant dans le passé, on retrouve la trace de choses qui n’existent plus. L’hôtel particulier Brunoy était situé entre la rue du Faubourg Saint Honoré et l’avenue Gabriel, parallèle aux Champs-Elysées en remontant depuis la Concorde sur la droite.  Construit pour la marquise de même nom, il était situé dans un îlot de verdure qui n’a pas complètement disparu aujourd’hui.  Achevé en 1779, il ne profita que dix ans à la marquise qui émigra à la Révolution. Confisqué comme bien national, il changea plusieurs fois de mains et fut finalement détruit en 1930.


Parfois c’est le contraire qui se passe, le vieilles gravures nous prouvent qu’un endroit ne change presque pas en plus de 200 ans. La place Beauvau, cela doit vous dire quelque chose, c’est une manière de désigner le ministère de l’intérieur dont l’entrée se trouve sur cette place. Les bâtiments où il est installé depuis 1861 sont encore facilement reconnaissables aujourd’hui.

La danse est un art qui a pratiquement toujours existé. Dans les pays d’expression latine, surtout la France et l’Italie, elle a toujours rimé avec un sens de l’élégance. Vous avez tous vus une fois ou l’autre un film historique dans lequel les nobles font un tas de révérences et de gestes mesurés tout en dansant. La chose était surtout réservée à la noblesse et on rivalisait pour savoir qui danserait le mieux. Louis XIV, par exemple, jouait de la guitare et avait la réputation d’un fin danseur. Evidemment tout le monde n’avait pas accès à la cour pour rivaliser d’élégance entre danseurs. Il était par contre assez fréquent que les bourgeois se retrouvent en d’autres endroits pour s’amuser un peu et se montrer. C’est ainsi que l’on trouvait à certains endroits un kiosque à musique pour permettre aux mélomanes d’entendre de la musique et aussi de pratiquer la danse. Ces kiosques se trouvent encore dans certaines villes, un peu par goût d’un certain exotisme ancien, mais aussi comme lieux de concerts pour les fanfares municipales et les éventuelles manifestations musicales en plein air. Voici une illustration représentant un bal au 19èmes siècle dans les anvirons des Champs Elysées.

Même si vous n’êtes allés qu’une fois à Paris, vous avez certainement mis les pieds à cet endroit-là, la Place de L’Etoile, aujourd’hui Charles de Gaulle / Etoile. C’est un des plus beaux spectacle  de perspective sur Paris. A voir le dessin qui date du 19ème siècle, bien qu’ encore peu bâtie sur son pourtour, l’idée d’espace est déjà présente.

Bas nylons et des hommes

Le controversé Jean Chiappe fut un préfet de police de Paris et un homme politique. Fervent anti-communiste, il balance dans ses idées politiques entre les deux côtés de la droite. Il fut aussi un des initiateurs de l’interdiction du film de Bunuel « L’Age d’Or ». Il meurt en 1940 dans un accident d’avion alors que Pétain, qu’il soutient, est au pouvoir. Tous les lieux portant son nom furent débaptisés à la libération.

Pourtant, par certains côtés, cette homme pouvait être un humaniste à sa manière. En 1928, il ordonna l’ouverture de tous les postes de police lors de la nuit de Noël aux vagabonds et aux sans toits. Les gendarmes parcoururent les rues pour les invites « à la fête ». Au moins ils seront au chaud et pourront faire une petite fête avec ceux qui d’habitude sont moins  cordiaux avec eux. Un journaliste de Détective eut la bonne idée d’aller observer ce qui se passait dans un commissariat lors de cette fameuse nuit. Voici son récit…

Souvent redoutés par les biens pensants, les anarchistes ont souvent alimenté les faits divers et les mouvements politiques dès la seconde moitié du 19ème siècle. Gens de sac et de corde pour certains, ils n’en ont pas moins suscité une admiration et un soutien de la part d’une minorité. On ne naît pas anarchiste on le devient, je crois que cette pensée résume assez bien les bases de l’anarchisme. A part quelques usurpateurs, comme on en trouve dans chaque mouvement politique, les ouvriers et leur condition furent bien la nourriture principale de l’anarchie. Ouvrier de basse extraction ne veut pas forcément dire personne de peu de culture politique. Certains devinrent même de redoutables politiciens emmenant avec eux des masses de partisans assez conséquentes. Avec le recul, il faut bien constater qu’aucun de ces mouvements anarchistes isolés changèrent la face du monde, même si certains d’entre eux firent pas mal de bruit, comme la bande à Bonnot. Pas mal de ces mouvements partirent de l’Italie, alors un pays moins armé démocratiquement que la France. Quand la situation devenait trop chaude pour eux, ils venaient souvent se réfugier en France ou en Suisse, souvent accueillis par les mouvements communistes à partir d’une certaine époque. Ce fut le cas pour Sante Pollastri qui arriva à Paris en 1925 et qui fut finalement arrêté notamment pour avoir attaqué des bijouteries. En Italie, il laissa une ardoise beaucoup plus conséquente et tuant plusieurs carabiniers, toujours au nom de l’anarchie, J’ai retrouvé dans les archives de Détective un compte rendu de son procès qui éclaire le personnage, orthographié Pollastro dans l’article, sans doute parce qu’il était seul, ceux par connaissent l’italien comprendront…

 

 

La suite de l’histoire est sensiblement différente par rapport à la conclusion de l’article. Il ne partit pour Cayenne, mais fut extradé en Italie où il purgea 32 ans de prison et fut gracié en 1959. Il finit sa vie comme marchand d’étoffes ambulant et mourut en 1979 âgé de 80 ans. Encore aujourd’hui, il est considéré comme une figure majeure de l’anarchisme.

Sources Bilipo, DP

Bas nylons et des femmes avec des fusils

Nous allons parler dans le post de deux femmes qui devinrent célèbres à l’époque de la Conquête de l’Ouest. L’une est plus célèbre que l’autre, mais l’autre a certainement une légende qui est plus proche de la réalité. Commençons par la plus célèbre, Calamity Jane…

La personne a réellement existé, mais entre légendes et vérités, le chemin est parfois difficile à parcourir sans tomber dans les pièges du sensationnel. Ce qui est sûr c’est qu’elle est née Martha Jane Canary, en 1850, 1852 ou 1856 dans le Missouri, vous voyez ça commence bien. Elle semble être l’ainée d’une famille qui comptait probablement six enfants. L’intention du père de famille était de relier Salt Lake City, la ville des mormons, étant lui-même un adapte de cette religion ou joueur et ivrogne invétéré, fuyant les dettes selon certaines sources. Il semble avoir disparu vers 1867 et la mère serait morte pendant le voyage en 1866.  A partir de là, la légende semble commencer…

De cette légende on peut sans trop se tromper tirer quelques certitudes. La première, c’est qu’elle sera célèbre de son vivant, du moins dans ce qui représente les états centraux américains, notamment le Dakota du Sud. Elle aime bien s’habiller en homme, chose qui n’est pas tout à fait en odeur de sainteté au Far-West. Mais sur les nombreuses photos qui existent d’elle, on peut la voir aussi habillée en femme, et ma foi dans ses jeunes années elle n’est pas si mal foutue que cela. Il paraît qu’elle avait des jambes sublimes. Ce qui est certain aussi, c’est qu’elle monte à cheval à la perfection et sait parfaitement manier les armes à feu. Elle manie tout aussi bien la bouteille et devient ce que l’on peut appeler une alcoolique, elle abrégera sa vie en partie à cause de cela. Elle exercera plusieurs métiers, enfin disons qu’elle aura des occupations plutôt masculines, cherchera même à se faire enrôler dans l’armée. Elle y réussit mais pas comme soldat, plutôt dans des missions d’éclaireur ou de courrier. C’est sûr, elle n’a pas froid aux yeux, et les missions périlleuses ne lui font pas peur. Elle semble aussi avoir les Indiens en horreur, mais dans le contexte de l’époque ces derniers sont surtout  de farouches guerriers qui défendent leur terres. L’origine de son surnom est plus tendancieux, il lui aurait été donné en plaisantant par une capitaine de l’armée à qui elle aurait sauvé la vie, ou alors par son penchant à faire les choses de travers plus spécialement quand elle avait un verre de trop. Quoi qu’il en soit, ce surnom l’accompagnera jusqu’à la fin de ses jours. Par contre, il semblerait qu’elle ne se soit jamais servi de son arme autrement que pour se défendre, notamment au cours de ses missions dans lesquelles tout le monde n’avait pas envie de lui donner des bouquets de fleurs.  Elle doit une partie de sa gloire pour avoir fréquenté des célébrités de l’époque comme le général Custer, Buffalo Bill, le fameux Wild Bill Hickok, dont il n’est pas impossible qu’elle en fut éperdument amoureuse. Par la suite, elle s’attribuera la naissance d’une fille qu’elle aurait eue avec lui, mais il est plus probable que ce soit un officier de l’armée qui en soit le père. Car sentimentalement elle n’est pas de marbre, de nombreuses liaisons ponctuent sa vie, et on lui connait au moins deux maris. Avec le premier elle aura un fils mort très jeune et une fille avec le second. Parfois son parcours semble se calmer pour un temps, on la retrouve comme cuisinière, accessoirement elle soigne des malades pendant les épidémies et semble s’être particulièrement dévouée dans ce domaine. Elle fut même bistrotière avec un de ses maris. Même si elle s’habillait parfois en homme, elle ne refusait pas de paraître avec des atours plus féminins et semblait tenir à une certaine coquetterie.

Une autre partie de sa célébrité, qui contribuera plutôt à faire tomber la vérité historique dans un pot de goudron fut l’apparition d’écrits qu’on lui attribua, ses mémoires, une brochure remplie d’imprécisions et de faits imaginaires parue en 1896,  et surtout ses « Lettres à ma fille » qui semblent être des faux, car il est quasi certain qu’elle était illettrée. Elles contribuèrent surtout à faire grandir une légende enveloppée dans du papier de soie. En 1941, une dame se faisant passer pour la fille qu’elle aurait eue avec Hickok, lit ces lettres dans une émission radiophonique. Calamity Jane aurait confiée cette fille à un riche anglais. Pour d’aucuns, ces lettre sont très  douteuses. et plus personne aujourd’hui ne leur prête foi. Malheureusement, elles contribuèrent à faire de la vie de Calamity Jane un roman dont on ne sait plus très bien où est la vérité.

Ce qui reste comme certitudes tient surtout au fait qu’elle a connu une vie à nul autre pareille et qu’elle fut sans doute une des premières femmes libérées des temps modernes. Comment l’imaginer en prostituée occasionnelle dans certains endroits dédiés, tout le contraire de la femme qui ne veut qu’une liberté librement choisie, comme elle choisira aussi ses amants selon son bon plaisir et sans contraintes. Je crois qu’il faut chercher de ce côté là, imaginer le chemin que l’on aurait choisi avec un idéal de liberté, un révolver à la ceinture, une carabine au bras, et une bouteille de whisky qui nous attend au saloon du coin, mélangé avec ce que l’on a de bon et de mauvais en soi.

La date de sa mort est connue, le 1er août 1903, âgée entre 47 et 51 ans. Quelques journaux locaux relatent son décès. Elle choisit de se faire enterrer à Deadwood, Dakota du Sud, là ou fut tué ce qui pourrait être son amour de toujours, Wild Bill Hickok. Elle repose à 3 mètres de lui dans le cimetière du Mount Moriah.

Une autre héroïne

La seconde femme qui va nous occuper dans la suite de notre narration est sans doute moins connue en Europe, mais en Amérique elle est au moins égale, sinon plus, en popularité. Sa personnalité est tout autre, elle fut plutôt une humble personne, vécut une grande histoire d’amour, la seule chose qu’elle pourrait avoir en commun avec Calamity Jane, elle se sont d’ailleurs rencontrées, c’est qu’elle savait encore mieux manier les armes à feu. Calamity Jane a fréquenté quelques célébrités, mais celle dont nous allons parler en a fréquenté bien plus et pas des moindres, des rois et des reines. Histoire qui commence par une retour sur l’Exposition universelle de Paris en 1887.

Une des attractions de l’Exposition fut la venue de William Frederick Cody, plus connu sous le nom de Buffalo Bill. En effet, il est à la tête d’un troupe ambulante gigantesque qui tente de reproduire avec force attractions, ce que fut la conquête de l’ouest américain. Il n’est pas étranger aux rêves que pourront susciter les histoires de cowboys et l’avènement du film western, pas plus qu’il ne l’est pour avoir forgé lui-même sa légende. Bref, le cinéma n’existe pas encore et l’on ignore ce qu’est réellement la vie en Amérique, on est prêt à tout avaler.

Voici une affiche d’époque qui étale en superlatifs tout ce que le show promet. Pour les plus humbles, le prix d’entrée est de 1 franc. En comparaison le prix d’un journal est de 20 centimes.

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Dans cette troupe, il y a une authentique légende, une femme du nom d’Annie Oakley, un petit bout de femme d’un peu plus de 1,50m, née en 1860 dans l’Ohio. Elle a une maestria absolument époustouflante au tir au fusil. Elle forgea son art dès l’âge de 9 ans pour nourrir sa famille, ils sont 8 et la mère est veuve. A cette époque, la chasse est pratiquement libre en Amérique, c’est dire qu’elle peut ferrailler à sa guise. A 16 ans, elle défie et bat un autre tireur d’élite, Frank Butler, qui a l’habitude de se produire dans les foires et défier les spectateurs. Beau perdant, il la drague et finit par l’épouser, elle n’a alors que 16 ans. Il s’effacera, deviendra son assistant et une sorte de manager tout au long de leur vie. C’est aussi une belle histoire d’amour, car son mari mourut de chagrin quelques jours après sa mort en 1926. Eh oui, les belles histoires d’amour existent aussi sous le ciel américain.

Avec un fusil elle est capable à 28 mètres de couper une carte en deux, dans le sens de l’épaisseur bien sûr. Elle toucha 4772 boules sur 5000 mille envoyées en l’air, ceci en neuf heures de temps, ce qui donne un tir toutes les 6 à 7 secondes. Elle est aussi capable d’enlever la cendre d’une cigarette que son mari tient à la bouche. Elle fit la même chose avec l’empereur d’Allemagne Guillaume II sur sa demande, elle le pria toutefois de tenir sa cigarette à la main. Elle pouvait aussi faire rebondir une carte à jouer lancée en l’air et lui faire cinq ou six trous avant qu’elle ne touche le sol. Elle est aussi capable de tirer de dos en regardant dans un miroir. Elle se produisit devant la reine Victoria.

Assez bizarrement, le Figaro ne s’attarde pas trop sur son cas, il mentionne juste son nom dans un article.

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Plus tard un autre journal de montre plus élogieux.

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Et encore un autre

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Cette photo fut probablement prise à Paris en 1889. Elle avait une tente sous laquelle elle signait volontiers des autographes et des dédicaces.

J’ai fait d’autres recherches pour essayer d’en savoir plus sur la dame. J’ai trouvé pas mal d’infos dont je vous en soumets quelques unes.

Elle a bien sûr été se balader sur la Tour Eiffel. Elle a pris l’ascenseur jusqu’au sommet. Elle y a acheté des souvenirs pour ses connaissances restées en Amérique. Elle a expédié une carte postale depuis là en date du 16 août (le show se produisait durant toute la durée de l’Exposition de début mai à fin octobre 1889).

Un fait intéressant qu’elle raconte dans ses mémoires, elle semble avoir tenu un journal, fut l’accueil du peuple parisien vis à vis du spectacle. Au début, il semblerait que cela fut plutôt froid. Les Parisiens n’avaient aucune idée de la vie américaine, s’imaginant sans doute à tort que la conquête de l’ouest s’est faite dans les salons. Quand elle arrivait sur scène, ils s’attendaient presque à trouver une dame en tenue de soirée avec une voilette et un fusil. Or ce n’était pas le cas, elle se produisait avec des costumes de scène qu’elle concevait elle-même, simples et sans aucune fioriture.  Mais laissons-là parler:

– Quand j’arrivais sur scène, l’accueil n’étais pas amical, ils étaient comme des icebergs. Ils pensaient on va voir ce que tu sais faire. Au fur et à mesure que je faisais mon show, l’ambiance se détendait, ils crient ah! bravo! (en français dans les texte), à la fin les dames jetaient les mouchoirs et les ombrelles sur la scène.

Les observateurs admettent que le spectacle de Buffalo Bill, à l’accueil assez mitigé et ne satisfaisant qu’à moitié les spectateurs parisiens, fut sauvé par la prestation de la tireuse.

La troupe parcourut ensuite l’Europe pendant trois ans, c’est ainsi que le couple séjourna comme touristes à Venise, à Rome, à Naples, en Allemagne, en Espagne.

Par la suite dans son pays elle devint une icône, la plus populaire du genre. Ses tenues vestimentaires étaient reprises par les demoiselles, elle se mit à écrire des pensées qui font encore référence aujourd’hui. Victime d’un accident de chemin de fer en 1901, elle subit 5 opérations, mais recouvra entièrement son habilité au tir. Elle quitta le show, mais continua de se produire à titre personnel, et ce pratiquement jusqu’à sa mort à 66 ans, sans pour autant trembler des mains et rater sa cible.

Quelques faits sur sa vie et illustrations.

Lors de son séjour à Paris, la poudre étant monopole d’état et ne satisfaisant pas à ses besoins, elle fabriqua elle-même de la poudre que l’on pourrait qualifier de contrebande.

Au sommet de sa gloire, elle gagnait 150$ par semaine, alors qu’un ouvrier n’en gagnait pas 500 par an.

Elle collectionnait les autographes, elle en a récolté de fameux.

Aujourd’hui, son autographe certifié authentique, peut valoir plusieurs milliers de dollars.

Elle s’occupa financièrement d’élever 18 orphelins.

Les 200 premiers dollars qu’elle gagna, elle les donna à sa mère pour finir de payer sa ferme.

Le fameux compositeur Irving Berlin composa un show pour Broadway, « Annie Get Your Gun ».

Elle fut adoptée symboliquement par le chef sioux Sitting Bull, celui qui battit les troupes américaines à la bataille de Little Big Horn. Il la surnomma Little Sure Shot (petit coup sûr).

Un article de presse mal renseigné la déclara morte, alors qu’elle était en tournée en Europe. Par la suite, très soucieuse de son image de marque, par ailleurs très droite et vertueuse, elle n’hésitait pas à attaquer en justice toute fausse information sur sa personne.

Le bled à côté d’où elle naquit dans l’Ohio s’appelle… Versailles. Une majorité de résidents d’origine française habitaient l’endroit et demandèrent en 1837 que le nom anglais soit abandonné, ce qui fut fait. Cela explique peut-être son prénom francisé. Un de ses frères s’appelait Daniel.

Son père et sa mère avaient 33 ans de différence d’âge, lorsqu’elle naquit son père avait 60 ans.

Malgré qu’elle aie passé la moitié de sa vie avec un fusil à la main, elle était unanimement considérée comme une personne affable, chaleureuse et très simple.

De nombreux films et séries tv s’inspirent de sa vie.

Voici un petit film qui vous en dira un peu plus

 

Pour conclure, l’Amérique était l’un de ces pays capable de fabriquer des héros et héroïnes avec presque rien. On y retrouve bien la fascination de ce peuple pour les armes, en posséder une est un signe de virilité ou de puissance, cela n’a pas beaucoup changé. Le cas de Annie Oakley n’échappe sans doute pas à cette fascination, bien qu’elle-même empoigna un fusil avant tout pour faire manger sa famille à un âge ou d’autres se passionnent pour les contes de fées. Ce fut sans doute ce hasard qui lui fit découvrir une sorte de sixième sens, presque diabolique, pour atteindre un cible à un endroit précis à une distance plus que respectable. Elle disait, sans doute un peu par plaisanterie, que si elle n’avait pas peur d’aimer un homme, elle n’avait pas non plus peur de le tuer. Elle milita tout au long de sa vie pour que les femmes soient reconnues comme l’équivalent de l’homme pour la possession d’une arme, ne serait-ce que pour se défendre. Elle fut pourtant tout le contraire d’une personne belliqueuse, aimable, abordable, respectueuse d’autrui, sachant se faire aimer, sont les qualificatifs qui reviennent sans cesse à son propos. Si avec un fusil elle était capable de damner le pion à un homme, elle n’en prit jamais l’aspect. Toujours en robe, sauf certaines scènes à cheval, elle assuma son rôle de femme jusqu’au bout, tout en vivant un beau roman d’amour avec son mari, un mariage qui ne semble n’avoir connu aucun nuage. Même spirituellement, elle semble avoir marché sur les traces de ses parents qui étaient des quakers, un mouvement d’obédience très pacifiste.

Aujourd’hui, l’Amérique reconnait en elle une héroïne incontournable et lui voue un véritable culte. Sa tombe est un lieu de pèlerinage toujours couru. Les visiteurs déposent des pièces de monnaie pour l’entretien de la tombe, et celle de son mari juste à côté, car elle n’a pas de descendance directe. Elle a choisi de se faire enterrer là ou retentirent ses premiers coups de fusils. Il ne fait pas de doute que certains résonnent encore aux oreilles des admirateurs de ce petit bout de femme…

Mais encore…

Un article qui prouve bien que les journaux peuvent raconter n’importe quoi. C’est daté du 31 décembre 1890 et publié dans Le Rappel. J’ai reproduit le texte car il parle assez bien d’Annie Oakley, mais le sujet de l’article et son information est à mettre dans les oubliettes. J’ai cepandant gardé le nom de l’auteur, en espérant qu’il se retourne dans sa tombe…

Souces, Gallica, BNF, DP

Découvertes musicales en vrac

Une des grands avantages de la Toile au niveau musical, c’est de permettre des découvertes intéressantes, quel que soit la style qui vous intéresse.

Voici un panaché de celles que j’ai faites dans des styles très variés.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais sur l’album des Scorpions « Tokyo Tapes », il y a une chanson qui m’avait fortement impressionnée, celle qui est chantée en japonais. J’ai trouvé récemment qu’il y avait un clip qui existait de cette chanson. Pas en très bonne qualité pour l’image, mais le reste ça va. Il y a quand même assez peu de groupes de hard rock qui sont capables d’aligner un chanteur avec une voix pareille.

Il y a des gens gens qui vieillissent mal. Ce n’est absolument pas le cas de Jeff Beck, immuable derrière sa guitare.

On va profiter pour rendre un petit hommage à Mike Harrison chanteur des Vip’s et de Spooky Tooth, décédé le 25 mars. Un live de 1973 avec Spooky Tooth dans un de ces trucs pop bien baveux.

Parfois quand une star se promène dans la rue et remarque un musicien qui chante une de ses chansons, il peut penser . « ce mec chante trop mal! ». C’est peut être ce qu’à pensé Rod Stewart, au garnd bonheur du musicien

Je ne pense pas qu’il y a beaucoup de fans féminines qui aiment Led Zeppelin au point de monter un orchestre pour jouer le répertoire des idoles. Eh bien, il en existe au moins un et c’est plutôt pas mal.

Une tournante, mais avec des pianos

Des musiciens de rue font une belle rencontre. Un passant à l’air charmé s’arrête pour les écouter. Il s’agit de Dave Davies, le guitariste des Kinks !

Les Blues Maggos, fameux groupe psychédélique américain, enregistra il y a plus de 50 ans, une monstrueuse version du classique « Tobacco Road ». Les revoici bien des années plus tard, et apparemment ils ne se sont pas trop calmés.

Je connais le titre et le groupe depuis une éternité, mais là encore je ne savais pas qu’il existait un clip filmé d’époque. Les Beatles, lors de leur audition chez Decca au début 1962, interprétèrent quelques chansons dont un titre original composition maison « Like Dreamers Do ». On sait qu’ils se virent recalés par la marque au profit de Brian Poole et les Tremoloes. Deux ans plus tard, les Beatles rencontrent les Applejacks, groupe qui vient d’avoir un hit avec « Tell Me When (Dis-Moi Quand / Claud François), dont une des particularités est d’avoir une femme à la basse, Megan Davies, soeur de Ray Davies des Kinks. Ils proposent au groupe cette chanson qu’ils n’ont jamais réenregistrée pour leur compte. Elle servira de successeur à leur hit. Même si elle porte une illustre signature et est plutôt charmante, elle ne dépassera pas la 20ème du hit-parade anglais. Voici ce clip en playback.

De la musique médiévale, superbe !