Bas nylons et et des femmes particulières

 

Je suis assez amateur de films que l’on peut sans hésiter classer dans la série B. Bon, un film on voit ce que l’on voit et surtout ce que l’on veut bien y voir. Je m’intéresse très peu aux critiques d’actualité qui vous conseillent d’aller ou de ne pas aller voir un film.  Mon intérêt pour le cinéma a vraiment commencé lorsque j’allais dans un petit cinéma de la ville qui organisait des séances en matinée. Il n’y avait jamais de films d’actualité, mais très souvent des classiques en dixième rediffusion ou alors carrément des films moins connus comme ceux de la Hammer spécialisée dans le cinéma d’épouvante nouvelle vague. Quand j’avais un congé scolaire, je tapais mon père pour qu’il me refile quelques pièces pour la séance. Je dois admettre que cela m’a ouvert l’esprit, je n’avais aucune contrainte qui m’était imposée, le choix était libre et les films balayaient un peu tout l’espace cinématographique. De tous ces films que j’ai vus, il m’en reste quelques uns qui sont devenus des perles pour moi comme « Quelle était verte ma vallée » de John Ford. J’ai aussi vu pas mal de films de la Hammer, Peter Cushing et Christopher Lee sont devenus mes premières idoles au cinéma, presque des habitués de ces studios. Le cinéma d’épouvante plus ancien était assez fréquemment rediffusé, c’est ainsi que j’ai vu pas mal de classiques du genre dont les premiers Frankenstein et Dracula des années 30.

Par la suite, j’ai toujours un peu fonctionné ainsi, tout film pouvait être une belle découverte. Cela s’est encore amplifié au début des années 80, quand les premières locations de cassettes vidéos ont vu le jour, offrant un large choix de films qui avaient peu ou pas figurés à l’affiche des salles de petites villes de province. C’est alors que j’ai découvert un film qui s’est hissé dans mon estime des spectacles que j’ai du plaisir à revoir de temps en temps, un film de Russ Meyer.

Russ Meyer est surtout réputé pour avoir tourné ce que l’on peut considérer comme les premiers films érotiques destinés à la grande diffusion. Comme le porno, l’érotisme américain est souvent vulgaire, sans grande imagination. ce Meyer là me là me laisse plutôt de marbre. Avant de s’enfiler dans le créneau, il a pourtant réalisé des films plus chastes quoique pas très conventionnels, et plus spécialement en 1965, le splendide Faster Pussycat Kill Kill.

L’histoire est assez simple, trois magnifiques créatures féminines qui ne sont pas des anges venus du paradis, arrivent avec de magnifiques bagnoles vers un ranch isolé propriété d’un vieil homme infirme où il habite avec ses deux fils. Le vieux est supposé détenir une forte somme d’argent qu’il a encaissée d’une assurance lors de la mort de femme. Les trois femmes vont tenter de séduire les fils afin de savoir où se cache l’argent. Mais elles sont plus veuves noires que romantiques, enfin vous savez ce que les araignées du même nom font après l’accouplement. Le film raconte tout cela et je ne vais pas vous en parler plus longuement au niveau du scénario. Il faut le voir.

Le film bouscule pas mal les clichés. En général, ce sont plutôt les hommes qui ont les rôles de violents ou de méchants, les femmes peu recommandables se confinent dans les mégères acariâtres, ou éventuellement un rôle de femme qui tue son mari ou son amant. La violence gratuite féminine en bande est beaucoup plus rare et je crois même que c’est le premier film qui les montre sous cet aspect, du moins dans ceux que j’ai vus. On imagine alors trois femmes fiancées à Frankenstein, eh bien pas du tout, ce sont trois superbes créatures, plus belles que la beauté du diable, félines à souhait, dans des vêtements qui soulignent des corps parfaits de sveltesse et d’appel à la tentation. On prête souvent à la femme un rôle de marionnette dans les mains du truand ou d’un salopard qui tire les ficelles. Messieurs ici il faut vous y faire, c’est vous les marionnettes. Je pense que Russ Meyer a voulu soumettre le spectateur mâle à la tentation. Il use d’un érotisme suggéré caché sous des apparences presque anodines, le film est en fin de compte plutôt pudique, mais quels les signaux qui peuvent attirer le mâle dans les filets sont présents. Meyer en explore quelques facettes, c’est un peu la femelle qui attire le mâle en exécutant sa danse nuptiale. Mais dans le film de Meyer, le jeu des miroirs reflètent-ils la mort ou la vie?

Le film fut assez accueilli de manière mitigée à sa sortie. Sans doute la vision du mâle fort et invincible s’en trouva quelque peu égratignée. Des femmes qui sèment la terreur, encore une de ces histoire de libération de la femme. C’est sans doute encore aujourd’hui, le boulet qu’il traîne pour l’empêcher d’accéder au pinacle, bien que les faits nous enseignent que les femmes peuvent aussi être redoutables. Mais le temps qui passait amena de plus en plus de critiques positives, juste assez pour se hisser au niveau de film culte. Si je devais lui mettre non pas un note personnelle, mais une place dans mon estime, je dirais qu’il se situe dans la trentaine de mes films préférés. Esthétiquement les images sont belles, les actrices surtout la belle américano-japonaise Tura Satana est une déesse et aussi une spécialiste en arts martiaux qui fait les cascades sans doublage. Elle est décédée en 2011, toute auréolée de son rôle dans ce film, un des rares dans lesquels elle apparaît. Ne serait-ce que pour la voir, le film mérite un détour.

En un peu plus d’un demi-siècle, le film a pris moins de rides que les acteurs. Si la plupart sont décédés, s’ils n’ont jamais été des stars, au moins une fois dans leur vie, ils ont joué la bonne carte, celle de paraître dans un film qui a quelques atomes d’éternité.

  • Tura Satana : Varla, une « femme sauvage »
  • Haji : Rosie, une « femme sauvage »
  • Lori Williams : Billie, la « femme sauvage » blonde
  • Susan Bernard : Linda, la prisonnière
  • Stuart Lancaster : Le « vieux »
  • Dennis Busch : Le « légume », le fils du « vieux »
  • Ray Barlow : Tommy, le petit ami de Linda
  • Paul Trinka : Kirk, l’autre fils du « vieux »
  • Mickey Foxx : L’homme de la station service

4 réflexions sur “Bas nylons et et des femmes particulières

  1. Bonjour M. Le Boss,
    J »ai toujours été intrigué par les films de Russ MEYER , j’en ai vu et revu plusieurs
    celui que vous citez ci-dessus ainsi que MOTORPSYCHO et CHERRY, HARRY et RACHEL « Un ménage à trois » avec dans ce film un premier exemple de nudité masculine, très rare à cette époque (1970) et bien entendu toute la lignée VIXEN , Super Vixens , ultra Vixens , Méga Vixens
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      J’en ai vu quelques uns, mais « faster » est celui qui m’a le plus marqué. C’est vraiment un personnage à part et je dirais qu’il en faut, il y en a même pas assez.
      Bonne semaine

  2. Bonjour Messieurs,

    Merci pour cette découverte inattendue (pour moi).
    Effectivement, un trio de « femmes plus que libérées » , ça tranche avec la vision habituelle du rôle des femmes au cinéma, ingénues ou acariâtre. Et puis le contexte social est en pleine révolution… Ceci explique cela.
    Mais on profite de la superbe plastique de ces dames avant tout.
    « Aux innocents , les mains pleines » dit le proverbe. Et on ne va pas s’en priver.
    Visuellement parlant, Bien sûr.
    Peter’

  3. Hello Peter,
    C’est vrai que le contexte social au moment où il a été tourné, était en plein changement. A quelque part c’est aussi ce genre de films qui fait évoluer les choses. Les années 60 sont vraiment un tournant dans le cinéma.
    Bonne semaine.

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