Bas nylons et un peu d’humanité

L`Humanité est un des journaux qui a le plus empêché le patronat de tourner en rond. Il est fondé en 1904 par Jean Jaurès, assassiné en 1914 et sans doute un des plus intègres politiciens que la France ait connu, si ce mot veut dire quelque chose en politique. D’obédience socialiste au départ, il adopta une ligne communiste après la première guerre mondiale. En comparant l’actualité pour un événement identique, on constate bien évidemment que la chose est traitée différemment s’il s’agit d’un journal de gauche ou de droite. Il faut bien admettre que l’information est traitée de manière plus détaillée dans un journal de gauche, surtout si un quelconque patron ou bourgeois peut être mis en cause. A l’inverse, un journal de droite sera plus succinct dans son information pour les mêmes raisons. On peut inverser la vapeur pour un fait dont la cause et l’effet relèverait de l’implication de personnes situées à gauche. C’est une guerre à coup de papier et d’imprimerie. Personnellement, j’ai toujours pensé que les politiciens sont tous plus ou moins tordus qu’ils soient de gauche ou de droite. Je crois que voter juste et pour ses intérêts relève plus d’un étude psychologique du candidat que de ses promesses électorales. C’est surtout là qu’il faut être vigilant et ne pas se laisser endormir par des belles paroles.  Pour le reste vous faites comme vous voulez…

J’ai choisi pour illustrer le propos, quelques extraits du L’Humanité du 23 mai 1908, donc sous la période Jean Jaurès. Un drame, une explosion, s’est produite à l’usine Say en plein Paris. Ce nom vous dira sans soute quelque chose, puisqu’il s’agitde la marque de sucre qui peut accompagner votre petit noir, plus connu après fusion sous le label Beghin-Say. Les journaux d’alors parlent de cette histoire, mais en se contentant souvent d’en tracer les grandes lignes, c’est la faute à pas de chance, circulez il n’y a plus rien à voir! En lisant l’article de L’Humanité, on apprend que ce n’est pas la première explosion et qu’il y a sans doute un problème récurrent dans la sécurité de l’usine et sans doute un immobilisme de la part du propriétaire. Plus loin, le journal stigmatise aussi l’attitude de la direction qui a ordonné de reprendre le travail peu après que le drame soit survenu. Ces faits ne sont pas mentionnés dans les autres journaux. Mais vu qu’il n’y a q’une victime et quelques blessés, pas de quoi en faire un fromage. L’article illustre bien par ailleurs ce que le journal pense de la condition ouvrière en 1908.

Quelques autres nouvelles diffusées par le journal

Pour ceux qui ne connaissent pas la céruse, c’est un composant que l’on employait notamment pour la fabrication de la peinture. Employé depuis des siècles, sa toxicité a été surtout mise en évidence à partir de 19ème siècle, car elle contient du plomb.  La présence de plomb dans l’organisme peut engendrer des maladies graves comme le saturnisme, nom dérivé de blanc de Saturne, autre appellation de la céruse. Il a fallu un long combat pour en limiter son utilisation et trouver des produit de substitution. C’est un peu l’amiante de l’époque.

Pour le reste, le journal se veut un journal comme les autres, avec la promotion de spectacles, de publicité. Il y a même les cours de la bourse, mais là c’est moins  à gauche.

Source Gallica, BNP, DP

4 réflexions sur “Bas nylons et un peu d’humanité

  1. Bonjour M. Le Boss,
    Selon des sources de Lutte Ouvrière, les salariés de Carrefour étaient appelés à la grève lundi 4 juin. 2 100 travailleurs risquent de perdre leur emploi après la décision du groupe de se débarrasser de 273 magasins de proximité. Carrefour a réalisé plus de 700 millions de bénéfices dont près de la moitié va dans les poches des actionnaires.
    Chez France Télécom une vague de suicides devenue symbole de la souffrance au travail : neuf ans après les premières plaintes, les juges d’instruction ont ordonné un procès pour harcèlement moral de France Télécom et de son ancien patron Didier Lombard, mis en cause pour une vaste politique visant à « déstabiliser les salariés ».
    J’ai parlé que de deux cas, mais on voit qu’en 2018 le combat entre patronat et ouvriers ou employés subsiste …et c’est pas prêt de s’arrêter
    Bonne semaine, néanmoins.
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Nous assistons à un phénomène assez nouveau. Par le passé les entreprises se contentaient de faire des bénéfices. Maintenant cela n’est plus suffisant, il faut chaque année en faire plus. Alors on licencie, on compresse, on augmente les charges, si t’es pas content, il y en a d’autres qui guettent ta place.
      La lutte sociale ne fait que commencer, il y aura toujours plus de mécontents. Ce dont je suis à peu près sûr, c’est qu’il risque d’y avoir des surprises.
      Malgré tout, bonne semaine,

  2. Bonjour Mr le Boss,

    Tragédie au nom du profit ?
    Malheureusement, rien ne vient contredire cette question.
    L’ère industrielle et ses martyrs du travail. Mais combien d’anonymes tués par les dangers de leurs taches quotidiennes.
    Le roman « Germinal » de Zola en est un exemple romancé. Mais souvent inspiré de drame réel.
    Les CHSCT n’existaient pas et la population devait travailler pour subsister comme toujours. Le monde de la mine a eut son lot de victimes. Chaque corps de métier a ses dangers. mais quant le ventre crie famine, personne n’a le choix.
    Et tout cela est et sera toujours d’actualité. Malheureusement…
    Peter’.

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