Bas nylons et chanson pour rêver d’ailleurs

De manière générale, un auditeur écoutera la chanson qui lui plait sans se poser de questions. Il consomme en quelque sorte un produit fini et mis en forme pour lui plaire. Vous pouvez très bien rouler dans une belle voiture sans savoir qui l’a construite, où elle s’est construite, et qui l’a dessinée. Pour les chansons, il en va de même. Certaines sont instantanées, d’autre mettent un éternité pour prendre forme. Deux exemples opposés : Charles Trenet, d’après ses dires, a écrit « La Mer » juste regardant celle-ci à travers la vitre d’un train alors qu’il voyageait. Léo Ferré, lui toujours selon ses dires, a mis dix ans pour mettre au point l’une de ses plus belles et plus poétiques chansons, « La Mémoire Et La Mer ». Celle que nous allons écouter aujourd’hui, résulte d’une histoire réelle dont la finalité a enchanté des millions de fans.

Nous sommes à New York dans une chambre d’hôtel. Un couple l’occupe et passe le temps. La femme va à la fenêtre et pousse une exclamation : « que se passe-t-il ? ». En fait, il ne se passe rien d’extraordinaire, simplement il neige. Pour sûr quand l’on vient de la Californie, que l’on n’est pas très âgé, voir tomber de la neige pour la première fois, c’est assez surprenant. De plus quand il neige, il fait froid, alors il y a de quoi rêver à un climat plus clément. Ce couple de musiciens, John et Michelle Philips va retourner en Californie et lui en profiter pour composer une des plus célèbres chansons des années 1960, « California Dreamin », dont les paroles racontent ce séjour à New York.

John Philips a déjà une certaine expérience de musicien, il a fait partie des Journeymen, un groupe de folk assez populaire aux USA dans lequel officie un certain Scott McKenzie et plus tard dans une autre mouture, Denny Doherty et Michelle Philips, il ne manquera plus que Mama Cass Elliot pour finaliser ce qui sera les Mamas adn Papas qui se rendra célèbre avec cette fameuse chanson.

Mais pour l’instant nous en sommes pas encore tout à fait là. Il faudra un coup de pouce qui viendra d’une connaissance qui est à l’apogée de son succès avec un des premiers grands succès de la chanson contestataire, Barry McGuire et son célèbre « Eve Of Destruction ». Lui-même n’est pas un débutant, il a déjà de nombreux enregistrements à son actif et il est même le co-auteur mais non crédité, du fameux « Greenback Dollar » initialement enregistré par Hoyt Axton, mais qui fut un succès dans la version du Kingston Trio. Il a aussi fait partie des New Christy Minstrels, un ensemble populaire branché folk. John Philips est prêt a réorienter sa carrière et McGuire qu’il connait le présente à Lou Adler, le boss des disques Dunhill dont McGuire fait partie. Il doit justement trouver un successeur à son hit, si possible quelque chose de fort. John Philips lui propose alors sa fameuse chanson. Il l’enregistre avec les Mama’s and Papa’s qui font les choeurs, de même que dans son premier album. Adler semble toutefois d’un avis différent quant à la publication de la version de McGuire, il a déjà en vue un autre titre pour lui, une autre composition de Pf Sloan, le compositeur de son hit. Il veut que le groupe enregistre lui-même sa chanson. le titre est mis en boîte dans une nouvelle prise et publié sous le nom de Mama’s and Papa’s et devient un succès. Assez bizarrement, le classement au hit parade demeure relativement modeste, 4ème US et seulement 23ème en Angleterre. En contrepartie, elle reste gravée dans les mémoires au fil du temps et devient une des chansons de référence des sixties, presque un hymne pour la Californie. En France, ce fut Richard Anthony qui en fit « La Terre Promise » qui fut une de ses grosses ventes. Les reprises sont très nombreuses, une assez plaisante par Jose Feliciano en 1967. La chanson sera réactivée en 1986 par les Beach Boys, dans une version assez bonne au son plus moderne, mais qui n’a pas la fraîcheur de l’original et ses merveilleux vocaux.

Edition française de 1965. Une première erreur de tirage a inversé le nom du groupe (en bas)

L’original

La version de Barry McGuire, les Mamas and Papas font  backing vocals

L’adaptation française de Richard Anthony

La version de José Feliciano, plutôt bien foutue

La version des Beach Boys, si la version est présentable, on ne retrouve pas l’âme du groupe

La version de Sia, vocalement très correcte et pas mal pour le reste

La version des Royal Gogolos ou comment faire de la m… avec de l’électronique.

2 réflexions sur “Bas nylons et chanson pour rêver d’ailleurs

  1. Bonjour M. Le Boss,
    C’est toujours hyper intéressant de voir dans certains cas l’évolution d’une chanson, « California dreamin » en est un exemple frappant, et votre démonstration le prouve sous tous ses angles, félicitations pour ce magnifique travail de recherche. Comme quoi une chanson peut être comme le bon vin , évoluer , et se bonifier,( à l’exclusion des Royal Gigolos qui sent le vin bouchonné, voit pourri) mais il est souvent primordial de retourner à sa pureté originelle .
    Bonne semaine
    cooldan
    PS : je connaissais pas la version de José Féliciano ….un peu jazzy, surprenante et plaisante
    SIA s’en sort très bien et le clip bien fait avec les effets spéciaux tirés du film
    Les Royal GIgolos méritent bien leur nom…je reste poli …..LOL, mais vous avez raison de montrer que la bêtise humaine existe, mais bon laissons la liberté d’expression.

  2. Hello Cooldan,
    Pour le dernier, je me demande s’ils ne se sont pas trompés de nom, cela de vrait plutôt être les Royal Rigolos…

    Bonne semaine

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