Bas nylons et une chanson en cinq

Le pouvoir d’une chanson ne peut pas se mesurer d’avance, même les spécialistes se trompent facilement. Le fait qu’elle obtienne un succès modéré à sa publication, ne constitue pas un obstacle pour son entrée dans la mémoire musicale. Parfois une version enregistrée plus tard par un autre artiste, ou un événement particulier peut la projeter dans la lumière. Rappelons-nous du succès de la pub pour Nescafé, emprunté à un obscur groupe folklorique sud-américain. Un atout non négligeable pour sa postérité reste dans le fait qu’elle plaise aux autres artistes, qu’ils en fassent une nouvelle version, qu’ils la chantent sur scène, ou qu’ils la citent comme source d’inspiration. Nous avons vu récemment quelques chansons qui sont des records de ventes, mais dans le foulée il faut bien constater que certaines ne sont pas spécialement devenus des standards, juste des chansons que l’on connaît par le créateur du succès, plus que par un nombre conséquent de reprises. La chanson dont nous allons parler figure dans celles qui n’ont pas obtenu un succès magistral à sa sortie, qui n’a depuis cessé d’avoir été constamment remise à bien sauces, et que finalement et c’est le plus important, tout le monde la connaît sans même pouvoir citer l’interprète ou le titre. Que cela nous plaise ou non, on se souviendra de l’avoir entendue.

Le jazz n’est pas particulièrement une musique où les artistes peuvent prétendre avoir une chanson qui s’est vendue à des millions d’exemplaires. L’album, le 33 tours, constitue le support le plus fréquemment employé, la publication en 45 tours est plus anecdotique, mais pas inexistante. Il faut justement un succès potentiel plus ou moins grand pour que cela se produise. Les programmateurs radios au temps du vinyle ont toujours pris le 45 tours comme référence, les maisons de disques ont pratiquement toujours utilisé ce support pour la promotion, même si un album existait. On misait sur ce qui semblait le plus à même de faire un hit. Par ailleurs pour le jazz, le durée des morceaux devait être prise en considération et ne pas excéder la durée d’une face environ 7 minutes pour celle d’un 45 tours. Au contraire de ce qui se fait aujourd’hui, on adorait les disques plutôt courts, car cela permettait d’en diffuser plus via les radios, tout le monde était gagnant.

Il s’agit bien d’un disque de jazz qui nous intéresse ici, il mélange assez bien un peu tous les paramètres de mes considérations précédentes. Il fut créé sur une idée peu employée dans le jazz, insuffler dans la musique des changement de tempos et de mesures. L’album fut intitulé « Time Out » et publié en 1959 et la chanson « Take Five ». Publié en 45 tours faisant suite à l’album, il dut attendre 1961 avant de connaître le succès en se classant assez modestement vers les vingt premières places du hit parade américain. Mais la machine était lancée, elle ne s’arrêtera jamais et le disque deviendra la meilleure vente d’un 45 tours de jazz de tous les temps et enclenchera un succès planétaire. Le compositeur en est le saxophoniste du groupe, Paul Desmond. A sa mort en 1977. il légua ses droits d’auteur à la Croix Rouge américaine, ce qui leur a rapporté depuis quelques millions de dollars.

Le squelette de la mélodie peut se décomposer ainsi : des accords de piano répétitifs, un saxophone assez blues et mélodique, une rythme de batterie tout en souplesse et en roulements. L’originalité vient de la mesure composée de cinq noires, qui inspire son titre. Le résultat est immédiatement accrocheur, et comme tout bon disque de jazz, il s’étale un peu en longueur, dépassant les cinq minutes. Pour certaines publications, la durée fut ramenée à un peu plus 3 minutes, en coupant la partie où la batterie dialogue avec le piano.

Première édition française, US Columbia était alors distribué par Philips, ici sous sa sous-marque Fontana, avant que cela passe chez EMI sous label CBS, ce qui sera le cas pour les éditions postérieures à celle-ci.

A sa sortie le disque fut passablement égratigné par les puristes du jazz. Le succès de 45 tours aida passablement à la découverte et hissa deux autres titres à la notoriété, « Blue Rondo A La Turk » et « Three To Get Ready », inspirés de morceaux de musique classique, qui peuvent presque prétendre au même statut, celui d’être inscrit dans la mémoire de nombreux passants de la rue. En France, Claude Nougaro, grand fan de Brubeck, les popularisa vocalement à sa manière en les transposant en « A Bout De Souffle » et « Le Jazz Et La Java », des succès pour lui.

Le jazz de Brubeck est une approche soft de cette musique et son titre fétiche n’y fut pas pour rien, c’est cool et plaisant et certainement cela vous mènera vers des découvertes étonnantes, le jazz est une musique aux milles facettes.

La version studio longue

Une version en live

La version de Richard Anthony, à ma connaissance la première version vocale

Par les Spotnicks parmi leurs premiers enregistrements

La version décalée d’Al Jarreau

Une version reggae

Version bluesy

Version hard

Version latino

Une autre version française

Ambiance japonaise, intéressant

4 réflexions sur “Bas nylons et une chanson en cinq

  1. Bonjour M. Le Boss,
    Le Jazz comme vous le dites si bien est une musique à mille facettes, j’aime certaines de ces facettes, celle-ci en fait partie, et pour parler de ce titre, la diversité de « Take Five » en fait un titre facilement adaptable aux registres de bon nombre d’artiste, (à toutes les sauces comme on dit de façon populaire), comme par exemple notre Richard ANTHONY national qui a construit sa carrière avec pas mal de reprises.. Bon, faut il que ces adaptations soient bien faites, votre sélection le montre très bien, selon les goûts de chacun, certes, mais réussies.
    Encore une fois une très bonne analyse de votre part,
    bonne semaine
    cooldan

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