Bas nylons et une infirmerie

Je ne sais pas ce qu’il adviendra dans cent ans des chansons récentes qui se regardent à coup de millions sur Youtube. Par contre on peut très bien se faire une idée sur celles qui figurent sur des enregistrements qui furent faits dans les années 1920 et qui traversent le temps en étant arrangées de mille manières et qui résistent très bien à l’usure du temps. Il est parfois très difficile de situer les origines de certaines chansons, car si elles ne sont pas le fait d’un compositeur connu avec un copyright déposé, elles peuvent avoir diverses origines et remonter très loin dans le temps. C’est assez facile pour de vieilles chansons ou musiques qui furent créées en Europe, car il a toujours plus ou moins existé un archivage ou une page d’histoire qui a retenu le nom des compositeurs. C’est assez évident pour les artistes qui se firent un nom dans les cours royales sous la protection d’un roi mélomane. Même si elles datent du 17ème siècle, les oeuvres de Rameau ou Couperin sont encore clairement identifiées aujourd’hui. Les problème est un peu différent aux USA, nombres d’immigrants dès le début de la colonisation amenèrent avec eux une partie de leur folklore. C’est très évident dans le folk US, nombre de chansons ont des origines européennes et furent transformées au fil du temps. Par exemple, on retrouve les tyroliennes dans certains titres, ce qui n’est pas à proprement une couleur très locale.

La chanson dont nous allons nous occuper dans ce post est l’une d’entre elles. Comme pour « Le Pénitencier », on en retrouve des traces bien avant sa mise en lumière, probablement un ou deux siècles auparavant. Les paroles, ainsi que la musique, furent soumises à la bonne volonté de celui qui la chantait et qui la tenait d’un autre qui l’avait déjà entendue ailleurs. Elle gagnera une première forme définitive quand elle sera enregistrée avec un procédé sonore, ce qui ne l’empêchera pas d’évoluer vers d’autres styles et jouée avec d’autres instruments. Le fameux « Pénitencier » prendra sa forme définitive avec la version des Animals. Elle existe bien avant sur d’autres enregistrements, mais cela sonne assez différemment, et en plus le fameux jeu de la guitare est absent et il est pour beaucoup dans son succès.

Il ne me reste plus qu’à vous donner le nom de la chanson, « St James Infirmary », que Louis Armstrong grava sur disque en 1928. C’est la version qui est à l’origine de tout ce qui suivra. Mais il ne fut pas le premier à l’enregistrer, une version assez différente, mais à peu près identique au niveau des paroles, vit le jour l’année d’avant par Fess Williams and his Royal Flush sous le titre « Gambler’s Blues ». Pour les historiens, la base de la chanson remonte à un folk irlandais « The Unfortunate Lad » datant du 18ème siècle. Mais les Noirs avaient l’habitude de s’approprier des chansons blanches pour les arranger à leur manière, ici un jazz New Orleans teinté de blues. La question du copyright a toujours été en discussion, mais elle est habituellement attribuée à Joe Primrose, bien qu’elle fasse partie du domaine public. Le thème de la chanson est triste, un joueur qui vient voir sa femme en train de mourir dans l’infirmerie d’un hôpital.

Pendant longtemps, elle fut jouée à la manière d’Armstrong et ne cessa d’être reprise par une multitude d’artiste très connus, comme Cab Calloway qui eut pas mal de succès en 1933, avec sa version comme sonorisation d’un dessin animé de Betty Boop où il est caricaturé. Dans les arrangements tendant vers l’abandon de la version jazz, le folk, le beat  et la pop sont à l’honneur, bien que pas mal de musiciens gardent une interprétation proche de ses origines.

Encore une fois, c’est une chanson dont il est presque impossible de ne pas l’avoir entendue une fois ou l’autre. Les versions se comptent pas milliers, certaines sont appréciées, d’autres moins. Même si parmi ces versions aucune ne fut un succès de hit parade international, globalement les ventes doivent se chiffrer en millions. Mais voyons quelque versions…

La première version historique,  Gambler’s Blues,1927

La version de Louis Armstrong, 1928

Harlem Hot Chocolates avec Duke Ellington, 1930

La version dessin animé Betty Boop de Cab Calloway, 1933

La merveilleuse version folk par un des plus grands chanteurs du genre, Cisco Houston, 1958

Version rockabilly, Don Sargent, 1958

La version beat du groupe hollandais, Johnny Kendall & The Heralds, un gros succès en Hollande, 1964

Adaptation française par Eddy Mitchell « J’avais Deux Amis », 1965

La version qui a sans doute inspiré celle d’Eddy Mitchell, les Cop’s N’ Robbers, 1964. Le monsieur tout à gauche sur la photo me ressemble beaucoup quand j’étais plus jeune

Version blues, Alex Harvey, 1964, son pas top

La magnifique version de Colette Magny, 1965

Fameuse version pop, Eric Burdon & Animals, 1968

Très bonne version de Joe Cocker, 1972

Eric Clapton et Dr John en concert,  1996

Version récente par les White Stripes sur le clip de Betty Boop

Hugh Laurie, acteur mais aussi musicien

2 réflexions sur “Bas nylons et une infirmerie

  1. Bonjour M. Le Boss,
    Très belle analyse, mais pour répondre à votre interrogation du début de ce post, je ne pense pas que les chansons actuelles, vues par million sur youtube auront les mêmes carrières et reprises tout simplement parce que nous sommes dans un tel monde de consommation …et donc vite consommé, vite oubli.
    Vu l’immensité de tout ce qui est diffusé sur tous les réseaux, on passe vite à autre chose….
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Absolument d’accord, je ne pense pas que cela survivra longtemps. On passe vite à autre chose. Quand je pense à certains trucs que j’ai écouté des milliers de fois, cela demande du temps et il faut un attrait fort, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, car vite lassant.
      Bonne suite de semaine

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