Aujourd’hui on déménage

Entre 1963 et 1966, quelques trucs aux tempos rapides ou qui font du bruit. De quoi se mettre un forme au réveil. Dans certains titres on distingue déjà ce qui va être la règle plus tard.

Les Yardbirds en live au Marquee Club, 1964

Les Kinks comme le morceau précédent est extrait du répertoire de Chuck Berry, 1964

Les Pretty Things, musicalemet rivaux des Rolling Stones, 1965

Beatles en studio ou en live, c’est Lennon aux claviers, 1964

Them revisitent Slim Harpo à toute vitesse, 1965

Les Rolling Stones et un fameux dépoussiérage d’une oldie de Larry Williams. 1965

John Mayall exploite un thème de Mose Allison, 1966

Ted Nudgent, alors avec Amboy Dukes, tricotent le titre de Big Joe Williams en s’inspirant de la version de Then, 1966

Les Who en 1965, et c’est quand même assez culotté et déglingué pour l’époque

Bien sûr, les Who c’est aussi et surtout »My Generation ». Eh bien la voici, mais dans une reprise très jazzy de Manfed Mann

The Wheels, une pépite en forme d’embouteillage avec un rien d’inspiration basé sur « Mystic Eyes » de Them.

Cream dans cette version live de « Steppin’ Out » doivent avoir enchanté le créateur Memphis Slim, 1966

Du précédent, vous enlevez le guitariste Eric Clapton, mais vous conservez le bassiste et le batteur, vous ajoutez un certain guitariste John Mc Laughlin, un saxophoniste Dick Heckstall-Smith,  toujours en live à la même place, et vous laissez cuire à grand feu pendant une dizaine de minutes. Enregistré en 1963, on se demande pourquoi il a fallu attendre 7 ans avant qu’une maison de disque trouve la bonne idée de publier cela. Très bonne initiation au free jazz.

Bas nylons et un tube bien compris

Explorons encore une fois une de ces chansons parmi celles qui sont mondialement connues, et qui fut mise en lumière par un autre artiste que celui qui l’a enregistrée pour la première fois. Le répertoire noir est une source pratiquement inépuisable de trucs exploitables par d’autres. Sans qu’il soit question de racisme, très souvent jusqu’à une certaine époque vers la fin des années 1960, on diffusait plus volontiers des notes blanches que des notes noires. A contrario, les musiciens blancs étaient de vrais admirateurs des artistes noirs, et ma foi comme ce sera la cas ici, certains accédèrent à une belle notoriété grâce une une reprise bien couronnée de succès.

Cette chanson est née par un petit tour de passe-passe. A l’origine, elle est composée par Horace Ott, qui suite à une peine de coeur passagère, la dédie à sa petite amie. Il la complète avec Bennie Benjamin et Sol Marcus. Ces trois messieurs sont compositeurs, mais un règlement de l’époque empêche les compositeurs appartenant à des maisons détentrices de droits d’auteur concurrents (ici BMI et ASCAP), de collaborer ensemble. Pour que le chanson puisse être créditée et déposée correctement, Horace Ott attribue son crédit de composition à Gloria Caldwell, sa future femme.

Horace Ott est aussi un arrangeur qui travaille avec Nina Simone, c’est donc elle qui enregistre la chanson en 1964, « Don’t Let Me Be Misunderstood ». A cette époque, elle est encore assez peu connue, surtout du public blanc et peu en dehors des frontières américaines, malgré qu’elle enregistre depuis 1959. Le disque, s’il a un impact auprès de ses quelques fans, ne pénètre pas dans les charts. Les Animals, forts de leur précédents succès, cherchent le truc qui fera leur prochain tube. Ils mettent la main sur la chose et la réarrangent à leur manière. Si la mélodie du vocal est gardée, l’instrumentation est très différente, le tempo bien plus rapide. La différence entre les interprétations tient des racines, Nina Simone vient du jazz, les Animals viennent de Newcastle, donc la vision est différente et l’enregistrement a tout pour plaire aux teenagers anglais. Ils ne manquent par de lui réserver un très bon accueil (3ème au hit parade) et pratiquement un succès international, au Canada (4ème), également aux USA (15ème) où la chanson est enfin découverte.

La publication française est un arrangement maison. Pour des raisons de lettrage il met en évidence « Boom Boom » qui est malgré tout un titre très fort dans la discographie des Animals. C’est vraiment cette version qui fit beaucoup pour faire encore plus connaître son créateur, John Lee Hooker. Il est accompagné de « Club A Go Go », qui est une sorte d’hommage au fameux club de Newcastle qui doit beaucoup pour l’avènement de l’orchestre à la notoriété. De même leur version de « Roasrunner » qui complète le disque, est aussi un bon coup d’accélérateur pour cette chanson de Bo Diddley, relativement peu connue des teenagers dans le vent en cette année 1965. De plus la version est superbe.

 

Une petite polémique naquit quand elle rencontra du succès, polémique venant de Nina Simone. Elle accusa le groupe de lui avoir volé un succès. Pour enfoncer le clou, en 1965 quand elle connut enfin une certaine notoriété avec sa reprise de « I Put A Spell On You », Alan Price ayant quitté les Animals, fit un succès international via sa version.  Elle avait la réputation de n’être pas toujours très aimables avec son entourage, mais elle a quand même eu un peu tort. A partir de là son nom devint beaucoup plus connu, lançant pratiquement sa carrière internationale à un haut niveau. Quoiqu’il en soit, sa chanson fétiche publiée en France attira des l’attention sur elle ainsi que sur sa reprise de « Ne Me Quitte Pas », en français s’il vous plait.

C’est encore une fois une de ces chansons que l’on peut apprêter à bien des sauces. La version originale est un monument, Nina Simone y va avec son âme, mais encore faut-il pouvoir y pénétrer. La reprise des Animals n’a pas à pâlir. L’arrangement est divin et Eric Burdon est un chanteur qui peut se targuer d’être dans la cour des grands. Elle a bien sûr été reprise dans de multiples discographies, le plus souvent inspirée de la version des Animals. Nous allons en découvrir ou revisiter quelques-unes.

L’original 1964

La reprise des Animals en plyaback 1965

En vrai live 1965, synchronisation pas top

L’adaptation de Noël Deschamps, plutôt bonne vocalement, il l’a aussi enregistrée en italien 1965

La très bonne reprise de Joe Cocker 1969

Little Bob Story, version speed, 1975

Une version en finlandais par Kirka 1970

La version disco par Santa Esmeralda 1977

Elvis Costello 1986

Gary Moore 1988

Lucky Devils, psychobilly, 2008

Laura Del Rey 2015

Eric Burdon récemment

Bas nylon et guide Machin

A quoi pouvait ressembler un sorte de Guide Michelin vers 1867 à Paris et qui en plus ne concernait que la capitale?

C’est ce que nous allons essayer de voir à travers quelques épisodes qui viendront de temps en temps perturber le blog pour la bonne cause. Comme vous le savez je suis assez féru d’histoire, pas tellement le grande, comme celle des batailles célèbres ou des souverains puissants. Non, il m’intéresse plus de savoir comment vivaient les gens en pleine cambrousse en 1750 ou encore comment fut percé le tunnel ferroviaire du Somport. Pour cela, il faut des témoignages qui nous permettent d’entrer dans le vif par un témoin de son temps, à travers ce qu’il a vu ou ressenti. Nous aurons alors une vue, certes subjective, mais qui va nous entraîner dans plus de petits détails. A la limite, savez-vous quel temps il faisait lors de la prise de la Bastille? Pour autant que je me souvienne, je n’ai jamais lu ce détail à quelque part. Mais on peut supposer que le jour fatidique, s’il était tombé un violent orage de grêle sur Paris, le destin de la France en aurait peut-être été changé.
Un exemple : vous avez sans doute entendu parler de l’éruption volcanique qui tua près de 30000 personnes à la Martinique en 1902. Les victimes sont dues à l’éruption elle-même, mais il y eut un autre phénomène qui aurait pu avoir une certaine importance dans le déroulement du drame dont on ne tint absolument pas compte. On sait qu’une des causes du retardement de l’évacuation de la population vers un endroit plus sûr, fut que l’île était en pleine période électorale, ce qui n’arrangeait pas les affaires de ces messieurs les candidats. Alors on décida qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. On peut épiloguer longtemps pour savoir si les « savants » de l’époque étaient assez bons connaisseurs de la vulcanologie pour prédire avec certitude que l’éruption aurait lieu. Pourtant sans être un spécialiste mais un peu observateur, on pouvait tirer certaines conclusions. Les animaux, eux, se trompent rarement sur l’imminence du catastrophe. A la Martinique, il y a une espèce de serpent que l’on surnomme Fer de lance, en raison de sa tête qui a la forme d’une pointe de lance. Ce serpent d’environ 2 mètres, venimeux pour l’homme, plutôt agressif, est très courant là-bas. D’habitude il vit dans la nature parmi la végétation, et pour peu qu’on lui foute la paix, il ne vous mordra pas. Mais voilà, bien avant l’éruption, ces charmantes bestioles avaient quitté leur cambrousse pour envahir la ville par dizaines, ils savaient bien que les marrons allaient chauffer. On ne tint aucun compte du fait. Vous pouvez aller fouiller sur les récits de l’événement, rares sont ceux qui parlent de cette invasion de serpents. Voilà un exemple de la petite histoire.
Paris a toujours été un endroit célèbre. Mais à partir de la moitié du 19ème siècle, la ville devient un but de voyage pour les habitants de lieux éloignés et aisés. Les transport s’organisent, le rail tisse sa toile. En 1867, on a sans doute qu’une vague idée de ce que la ville peut offrir. La Tour Eiffel, le Moulin Rouge, n’existent pas, les endroits devenus célèbres sont encore juste une idée dans les projets des plus audacieux. On ne cherche pas encore une station de métro, c’est de la science fiction, bien que celui de Londres existe déjà dans une première mouture. Alors il vint l’idée à quelques uns de mettre en quelque sorte Paris dans sa poche, au moyen d’un petit guide que vous mène dans les lieux qui méritent une petite visite dans ce que la capitale peut alors offrir comme curiosités pour un touriste avide de devenir un Parigot l’espace de quelques jours.
Ce guide, il ne fut pas le seul, fut publié en 1867 et s’intitule Les Plaisirs de Paris. N’allez pas croire que sous ce titre ronflant, il va vous emmener dans tous les lieux un peu louches, dans les rues où ses dames s’offrent à la clientèle, ou encore dans une de ces maison avec une lanterne rouge en guise d’enseigne. Non. le mot plaisir est sous sa signification première, une chose plaisante, simple ou un peu plus compliquée, se promener dans une belle avenue très bien fréquentée, admirer un monument, manger dans un bon restaurant. Tout cela est au programme. Au fil des pages, un descriptif des lieux vous guidera à mots aimables à travers le dédale des rues et des lieux, vous incitant à tourner ici plutôt que là, en vous suggérant à mots couverts d’éventuellement éviter un passage un peu sombre ou d’entrer absolument au café Truc, rempli de vrais résidents à la verve fleurie. Vous êtes invités.
Dans un premier temps, je vous ai extrait quelques illustrations de ce guide, et même un peu de pub, phénomène assez nouveau.. Certaines images sont sans texte. Imprimées avec la qualité de l’époque, en dessins plutôt que d’avoir recours à la photographie encore hésitante avec la technique. Mais l’ambiance et les visages du Paris d’alors y sont bien présents. Dans un autre post, plus tard, nous aborderons un descriptif avec les mots qui avaient cours dans cet appel à Paris, en croisant ces silhouettes devenues fantômes depuis longtemps, mais qui s’animeront pour un instant dans cet opéra de lettres, de mots, et de papier.

 

 

Des winners d’un express musical

Le New Musical Express est un hebdomadaire musical anglais qui existe depuis 1952. Il a une belle influence sur le marché et dans les années 1960, il faisait un peu la pluie et le beau temps. Avec la popularisation de la télévision, une grande cérémonie avait lieu chaque année pour récompenser les artistes les plus populaires dans un domaine ou l’autre. Chaque nominé venait sur scène et interprétait une ou deux chansons devant un public nombreux et en vrai live. Un des présentateurs de ces récompenses fut le très populaire Jimmy Saville, que l’on désigna à la vindicte populaire dans les années 2000 comme étant un prédateur sexuel de la pire espèce. Mais bon, ce n’est le but de mon article de parler de cela ici, mais plutôt de vous monter quelques extraits de cette fête populaire. Certaines des prestations sont assez inhabituelles, parfois drôles, parfois permettant de voir un artiste se défouler sur scène.

Ce genre de rencontres c’est comme un gare sans train, s’il n’y a pas les Beatles

Le second est d’une drôlerie qui frise la censure. Le groupe Freddie et les Dreamers était très populaire, ils cartonnèrent même aux USA où ils eurent un numéro 1. Le leader Freddie Garrity était un parfait entraîneur plein de bonne humeur. Si le groupe n’était pas le plus renommé musicalement, les prestations publiques se déroulaient dans la bonne humeur. Voici ce qu’ils firent sur la scène.

Twinkle qui un succès avec « Terry » que les fans de Claude François connaissent, contrairement à son répertoire habituel se lance ici dans le rock and roll

Manfred Mann, un groupe incontournable des cérémonies ne fait pas dans la dentelle. Une version survolté de « Sticks And Stones ».

Dusty Springfiels, la chanteuse no 1 en Angleterre pendant longtemps, était aussi très à l’aise, excellait même, dans la soul music, Dommage que l’on se rappelle plutôt du reste.

Cliff Richard est in rocker avec les Shadows bien sûr. A la fin du clip vous verrez les Beatles récompensés par un certain Roger Moore

A propos des Shadows, en voici un ancien, qui étale ses diamants

Billy J Kramer, un protégé des Beatles à qui ils filent des chansons

Les Searchers, d’habitude plutôt calmes, mais là…

Les Kinks, bien sûr

Incontournable Moody Blues, ils la chantent encore 53 ans après

Les Rolling Stones dans un truc que j’adore et pas compliqué

Les Hollies, le début de leur long parcours

Wayne Fontana au sommet de sa courte notoriété

Them et Van Morrison assurément un grand chanteur

Bas nylons et videz votre assiette

La satire a toujours existé, selon les époques on pouvait plus ou moins se permettre certaines choses. Monsieur de La Fontaine fut en son temps un écrivain satirique. Il adopta l’astuce de faire parler les animaux à la place des hommes, il ne fut de loin pas le premier à le faire, mais nul n’était dupe, on savait bien de quoi il était question. L’apparition de la presse donne l’idée à certains de mettre leur verve au service de la satire. A la Belle Epoque, ces journaux existaient déjà en parution régulière et connurent même un certain succès auprès des amateurs. La liberté de la presse, dans sa version définitive sous la Troisième République, loi de 1881, ne limite en principe pas la liberté d’expression. Il ne faut certes pas trop s’y fier, mais il est certain qu’en élan qui se manifesta pour la publication d’opinions diverses se mit en place. Parmi ces publications L’Assiette au Beurre reste une des plus célèbres, l’on s’y réfère encore aujourd’hui. Toutes proportions gardées, c’est un précurseur des publications telles que Fluide Glacial ou l’Echo des Savanes, car il n’est pas seulement un journal écrit, mais aussi de nombreuses histoires en style bandes dessinées  y voient le jour.  Pour les artistes illustrateurs, c’est une sorte de révolution, on s’oriente vers une diffusion qui n’est plus à exemplaire unique, mais de série. Il est certains que les collaborateurs à la revue n’étaient pas politiquement des conservateurs. Le journal parut hebdomadairement de 1901 à 1912, après une interruption depresque 10 ans, il reparaît sous forme mensuelle de 1921 à 1936, et disparaît complètement.

Nous allons parcourir un numéro, celui du 19 février 1922. Tout d’abord, un billet contestateur sur la drogue, eh oui cela existait déjà en 1922. Ensuite nous explorerons une de ces bandes dessinées dans le style de la revue. Le thème est assez marrant, Jésus revient sur terre et part explorer le monde contemporain, accompagné de son conseiller technique, Satan. Par rapport à ses aventures passées, les choses ont bien changé, en fin de compte pas tellement sur certains plans, les gens sont toujours aussi cons. Le scénario et les dessins sont de Rudolf Placek, un peintre et dessinateur d’origine tchèque.

Vous pouvez cliquer sur les images pour avoir une meilleure illustration.

 

Source Gallica, BNP, DP

Une prise de sons

Un petit tour dans un style que j’adore, les instrumentaux sixties…

The Hurricane Strings, Hollande, 1962. The Mexican, originalement créé par les Fentones en Angleterre, c’est ma version préférée.

The Sounds, Finlande, 1963. Très populaires dans leur pays, existent encore aujourd’hui, ce titre est un arrangement sur un air traditionnel russe et fut repris par les Ventures.

Les Sunlights, France, enregistrement inédit réalisé en 1963/64. Ce sont les mêmes qui connaîtront le succès avec « le Déserteur » en 1966.

The Motivations, USA, 1964, obscur groupe américain qui s’inspira pour le titre des « oiseaux » de Hitchcock.

The Jokers, Belgique, 1964. très connus en Belgique, j’aime bien

The Four Shakers, Suisse, 1964. Dans la partie francophone, le groupe instrumental le plus connu avec les Aiglons. Ce titre date de 1964 et non 1963 comme annoncé.

Les Four Dreamers, France, 1962. Leur titre le plus connu et, je crois, leur seul original.

Nero et les Gladiators, Angleterre, 1961. Excellent titre, une face B. Dans ce groupe officia brièvement, un certain Bobbie Clarke, futur et grand batteur de Vince Taylor et Johnny Hallyday.

The Gladiators, les mêmes mais sans Nero et sans bobbie Clarke, Angleterre 1962. Le groupe viendra en France et accompagnera Dick Rivers vers 1963-64.

Les Spotnicks, Suède, 1963. Un des groupes du style ayant acquis une réputation internationale. Superbe version de Johnny Guitar, la chanson du film Rio Bravo.

The Falcons, Malaisie, 1965. Eh oui, il y a même des groupes instrumentaux vers le soleil levant.

The Ryth’men, Suisse, 1965. La seule tentative de ce groupe, un disque assez difficile à dénicher, il n’a été publié qu’en Suisse.

The Somebodies, Allemagne 1965, Titre à ma connaissance seulement publié sur une compilation allemande avec quelques groupes et chanteurs locaux, dont Tony Sheridan, bien qu’il soit anglais. Le célèbre « Tico Tico », dans une version avec un plutôt bon guitariste.

Les Jumping Jewels, Hollande, 1964. Groupe qui a assez bien franchi les frontières de son pays, existent encore. une reprise des Outlaws anglais.

Les Sauterelles, les Swiss Beatles, dons un bel instrumental, 1965. Le groupe existe toujours.

Bas nylons et une chanson qui demande l’amour

Vers 1965, on commence à sentir une idée d’innovation dans les studios anglais, on recherche des nouveaux sons, des compositeurs capables d’aligner des hits ou de composer des chansons plutôt innovatrices. Beaucoup de groupes anglais doivent, entre 1962 et 1964, une soudaine notoriété grâce à la reprise d’une obscurité américaine. C’est le cas pour les Searchers qui démarrent avec « Sweets For My Sweet » empruntée aux Drifters, Manfred Mann et « Do Wah Diddy Diddy » venu des Exciters, ou encore les Moody Blues et « Go Now » créé par Bessie Banks. D’obscurs enregistrements, ils deviennent des standards qui sont encore dans toutes les oreilles. D’autres sont plus ambitieux, sans pour autant renoncer à mettre quelques reprises dans leur répertoire, ils ont un potentiel de compositeurs qui peuvent assurer des hits qui ne tardent pas à monter à l’assaut des hit parades. Il y a les Beatles, les Rolling Stones, les Kinks, ces derniers par la seule force de Ray Davies, qui je crois est le compositeur sixties anglais le plus titré dans ce domaine, entre compositions solitaires et entrées dans les charts. Et puis, il y a encore une catégorie un peu plus à part, ceux qui se voient confier des chansons par des compositeurs plus ou moins en vue, un producteur habile en composition, une société de compositeurs.

L’histoire de la chanson que je vais vois conter, appartient plutôt à la troisième catégorie, elle m’est particulièrement chère, car c’est le premier disque que j’ai acheté. Un groupe anglais a signé pour le label Columbia, sous l’impulsion d’un producteur suisse d’origine russe, Giorgio Gomelsky. Ils ont déjà publié deux 45 tours et un album enregistré en public. Les affaires marchent, mais sans courir. Comme beaucoup de groupes de cette époque, ils sont en admiration devant le blues et le répertoire noir en général. Lors d’une réception festive qui réunit un peu tous les artistes qui enregistrent chez EMI, les Beatles y compris, un de membres du groupe qui nous intéresse est abordé par un inconnu du nom de Graham Gouldman, qui leur propose une chanson qu’il a composée. En prenant l’avis des autres membres, la chanson leur paraît intéressante et ils pensent pouvoir en faire quelque chose. Un seul des membres est réticent, le guitariste soliste, qui voit le groupe sombrer dans la facilité, lui qui ne voit que la couleur noire dans la musique. Il quittera le groupe sur cette mésentente, ce qui ne l’empêchera pas de faire ensuite une carrière fabuleuse. Il s’appelle Eric Clapton, le groupe les Yardbirds, la chanson « For Your Love ».

Il faut mettre le chanson en forme, et c’est là le plus compliqué. On peut la jouer note pour note, banalement ou bien lui ajouter quelques épices. L’homme orchestre du groupe, Paul Samwell-Smith, le bassiste et plus tard producteur de Cat Stevens, a bien quelques idées. On ne sait pas trop pourquoi, il verrait bien un clavecin, instrument rarement employé par une musique à tendance rock and roll. Oh bien sûr, on ne va pas l’employer tel quel, mais en trafiquant le son de manière à lui donner un sonorité toute différente. Il faut bien avoir en tête que cela devient une règle dans les studios d’enregistrement en 1965, on cherche la nouveauté en s’appuyant sur ce qui commence à ressembler à de l’électronique. Aucun des membres ne jouant de cet instrument, il est confié  à un organiste, Brain Auger. Le nouveau soliste recruté, Jeff Beck, devra se transformer sur certaines photos en joueur de claviers, mais à la limite il s’en fout, il n’aime que les bagnoles, ce qui ne le perturbera pas pour devenir un dieu de la guitare,

Le disque est mis en boîte et publié. Quand on écoute les productions de l’époque, il faut bien admettre que cela est assez différent de ce que l’on produit alors. C’est assez innovateur et le tout très accrocheur. Le mérite principal en revient d’abord au compositeur, mais sans le solide appui de la mise en son fait par le groupe, le résultat n’aurait sans doute pas été aussi probant. C’est assez évident, car beaucoup de reprises sont assez banales. Graham Gouldman écrira aussi les deux succès suivants, et oh merveille, le suivant ne ressemble pas au précédent. Plus encore, il deviendra un compositeur très demandé. Les Hollies feront un tube avec « Bus Stop », Herman’s Hermits avec « No Milk Today », Wayne Fontana avec « Pamela Pamela ». Les spécialistes savent qu’il sera plus tard un membre de 10CC et que « I’m Not In Love » lui doit aussi quelque chose.

Après quelques passages radio, le réponse est immédiate, les Yardbirds obtiennent leur premier tube, 3ème UK et 6ème USA. Eric Clapton admettra plus tard qu’il a un peu regretté son départ vu le succès, mais les Yardbirds un peu moins, car ils ont maintenant un guitariste innovateur qui ne sera pas pour rien dans la légende qui désormais les suivra, un groupe clé des années 60, qui a fait avancer le schmilbic comme on peut dire maintenant.

1ère publication française. Malgré que les Yardbirds enregistrent chez Columbia/Emi, le producteur Giorgio Gomelsky à signé avec Barclay/Riviera pour la France, C’est la patte des producteurs indépendants. La photo n’est pas d’actualité, elle montre encore Eric Clapton (2ème depuis la droite).

Clip original humoristique en playback, l’intro est beaucoup plus long que sur le disque. Chris Dreja (guitare rythmique) fait semblant de jouer des claviers. On a longtemps cru que ce clip était perdu.

En vrai live

L’ancien rocker Larry Williams, grande inspiration des Beatles, sera un des premiers à reprendre la chanson sur un album où il recrute le fameux  Johnny Guitar Watson. Une assez belle reprise.

En France c’est Monty qui s’y colle. Pour une version française c’est assez réussi. Le 45 tours 4 titres publié existe en deux versions, une avec ce titre (second tirage) et une autre avec « Le Temps » (premier tirage) à la place. Je suppose que c’est dû au fait que l’émission Salut les Copains commençait à diffuser le titre sur les ondes d’après l’album publié en même temps, ce qui obligea Barclay à rectifier le tir et le publier aussi en 45 tours 4 titres et 2 titres.

Le légendaire groupe anglo-allemand entièrement féminin, les Liverbirds, l’a inclus dans son second album en 1966.

Gary Lewis (le fils de Jerry Lewis) & The Playboys, 1965.

Herman’s Hermits, 1965.

Brésil, Renato E Seus Blue Caps-Vivo So 1966.

La version du compositeur, 1968, sur un album où devenu chanteur, il reprend ses plus célèbres compositions.

Italie, Ombre Di Bronzo – Finara, 1968. A mon avis le première grande version, un peu comme le groupe la joue maintenant.

The Four Tops, beaux vocaux.

Version disco par Chilly, 1978, il fallait bien qu’ils en fassent une.

Version rockabilly, 1989.

Version symphonique, 1983.

Greg Sage, le guitariste et chanteur des Wipers, 1991 et son jeu de guitare très personnel.

Note : En 1973, Fleetwood Mac seconde mouture, en a enregistré une version pour l’album « Mystery To Me ». Elle a été publiée en 45 tours simple. Comme je ne l’ai pas trouvée, je n’ai évidemment pas pu l’inclure dans ce listing. 

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