Bas nylons et voyages dans un fauteuil

Vers la fin du 19ème siècle, les voyages étaient l’apanage des gens qui avaient les moyens. Le simple ouvrier n’avait guère le choix que d’aller se promener le dimanche dans les environs d’où il habitait. Quand c’était Paris ou une grande ville, cela ouvrait pas mal de possibilités, mais son horizon était quand même restreint. Depuis l’apparition de la photographie, on prenait de plus en plus conscience que voyager par l’image était un moyen comme un autre et permettait de le faire tout en restant chez soi. On prenait tranquillement conscience qu’il existait d’autres choses ailleurs et bien différentes de ce que l’on avait l’habitude de voir. Pour un simple citoyen qui n’avait jamais quitté son village de campagne, rien que le fait de voir un Noir pouvait lui sembler quelque chose de curieux. Il en avait certainement entendu parler, on peut imaginer d’une manière pas très flatteuse, mais pour le reste son imagination travaillait. L’Egypte, Rome, New York, étaient des choses plutôt lointaines dont on connaissait l’existence, mais sans plus. Les journaux, relativement accessibles, étaient encore assez avares de photographies. Cela permit la naissance d’albums dédiés à l’image qui intéressaient un public curieux, prêt à investir quelques centimes pour partir à la découverte de curiosités plus ou moins lointaines. Ces publications furent assez nombreuses et parurent dans bon nombre de pays. Ils remplacèrent en quelque sorte l’absence de livres dédiés et onéreux, qui fut possible plus tard avec l’évolution des techniques d’impression de plus en plus performantes, tant en quantité qu’en qualité.

Nous allons parcourir quelques images extraites d’une de ces publications parue vers 1895 sous le nom de Le Diorama.

Contempler la photo d’un président de la Républiqe dans son cabinet de travail, chose pas si courante. Ici Felix Faure.

Même Paris, pour un paysan d’Auvergne, était déjà un terre lointaine. Ici la rue Royale.

Bruges, la Venise du nord, qui se doutait alors qu’il y avait des canaux?

La marché de Tanger, déjà presque une autre civilisation, surtout des gens assez différents de ceux d’ici.

Palais de la reine à Granja au sud de Madrid, bâti en 1720 par Philippe V, fils du dauphin de France, il voulait avoir un palais digne de Versailles pour sa retraite.

Le pénitencier de Port Blair, alors sous domination anglaise, les éléphants sont encore des animaux assez exotiques pour les Français.

Un arc de triomphe bien plus ancien que celui de Paris, mais à Rome. Il fut bâti en 311. il est dédié à Constantin le Grand, qui défit le tyran Maxence.

Près de Nice, la baie de Villefranche pas encore sur mer dans le fascicule. Soleil du sud pour gens du nord.

Sultannat de Johor en Malaisie. Maison typique locale avec un indigène. Ils sont rusés et féroces, et ils sont très vigoureux, dit la brochure.

Le célèbre château de Chillon au bord du lac Léman, côté suisse. Bâti par les comtes de Savoie au 13ème siècle et pris par les Bernois trois siècles plus tard. C’est là que le célèbre poète anglais Lord Byron chercha l’inspiration pour son poème Le Prisonnier de Chillon, parlant de la détention d’un prisonnier ayant existé, François Bonivard,

A cette époque peu de gens ignoraient que l’Algérie était une colonie française. Alors pour le lecteur, voilà ce à quoi ressemblait Alger.

Les pyramides d’Egypte, cet endroit ou 40 siècles d’histoire contemplaient les soldats de Napoléon.

Source . Gallica, BNF, DP