Bas nylons et un tube bien compris

Explorons encore une fois une de ces chansons parmi celles qui sont mondialement connues, et qui fut mise en lumière par un autre artiste que celui qui l’a enregistrée pour la première fois. Le répertoire noir est une source pratiquement inépuisable de trucs exploitables par d’autres. Sans qu’il soit question de racisme, très souvent jusqu’à une certaine époque vers la fin des années 1960, on diffusait plus volontiers des notes blanches que des notes noires. A contrario, les musiciens blancs étaient de vrais admirateurs des artistes noirs, et ma foi comme ce sera la cas ici, certains accédèrent à une belle notoriété grâce une une reprise bien couronnée de succès.

Cette chanson est née par un petit tour de passe-passe. A l’origine, elle est composée par Horace Ott, qui suite à une peine de coeur passagère, la dédie à sa petite amie. Il la complète avec Bennie Benjamin et Sol Marcus. Ces trois messieurs sont compositeurs, mais un règlement de l’époque empêche les compositeurs appartenant à des maisons détentrices de droits d’auteur concurrents (ici BMI et ASCAP), de collaborer ensemble. Pour que le chanson puisse être créditée et déposée correctement, Horace Ott attribue son crédit de composition à Gloria Caldwell, sa future femme.

Horace Ott est aussi un arrangeur qui travaille avec Nina Simone, c’est donc elle qui enregistre la chanson en 1964, « Don’t Let Me Be Misunderstood ». A cette époque, elle est encore assez peu connue, surtout du public blanc et peu en dehors des frontières américaines, malgré qu’elle enregistre depuis 1959. Le disque, s’il a un impact auprès de ses quelques fans, ne pénètre pas dans les charts. Les Animals, forts de leur précédents succès, cherchent le truc qui fera leur prochain tube. Ils mettent la main sur la chose et la réarrangent à leur manière. Si la mélodie du vocal est gardée, l’instrumentation est très différente, le tempo bien plus rapide. La différence entre les interprétations tient des racines, Nina Simone vient du jazz, les Animals viennent de Newcastle, donc la vision est différente et l’enregistrement a tout pour plaire aux teenagers anglais. Ils ne manquent par de lui réserver un très bon accueil (3ème au hit parade) et pratiquement un succès international, au Canada (4ème), également aux USA (15ème) où la chanson est enfin découverte.

La publication française est un arrangement maison. Pour des raisons de lettrage il met en évidence « Boom Boom » qui est malgré tout un titre très fort dans la discographie des Animals. C’est vraiment cette version qui fit beaucoup pour faire encore plus connaître son créateur, John Lee Hooker. Il est accompagné de « Club A Go Go », qui est une sorte d’hommage au fameux club de Newcastle qui doit beaucoup pour l’avènement de l’orchestre à la notoriété. De même leur version de « Roasrunner » qui complète le disque, est aussi un bon coup d’accélérateur pour cette chanson de Bo Diddley, relativement peu connue des teenagers dans le vent en cette année 1965. De plus la version est superbe.

 

Une petite polémique naquit quand elle rencontra du succès, polémique venant de Nina Simone. Elle accusa le groupe de lui avoir volé un succès. Pour enfoncer le clou, en 1965 quand elle connut enfin une certaine notoriété avec sa reprise de « I Put A Spell On You », Alan Price ayant quitté les Animals, fit un succès international via sa version.  Elle avait la réputation de n’être pas toujours très aimables avec son entourage, mais elle a quand même eu un peu tort. A partir de là son nom devint beaucoup plus connu, lançant pratiquement sa carrière internationale à un haut niveau. Quoiqu’il en soit, sa chanson fétiche publiée en France attira des l’attention sur elle ainsi que sur sa reprise de « Ne Me Quitte Pas », en français s’il vous plait.

C’est encore une fois une de ces chansons que l’on peut apprêter à bien des sauces. La version originale est un monument, Nina Simone y va avec son âme, mais encore faut-il pouvoir y pénétrer. La reprise des Animals n’a pas à pâlir. L’arrangement est divin et Eric Burdon est un chanteur qui peut se targuer d’être dans la cour des grands. Elle a bien sûr été reprise dans de multiples discographies, le plus souvent inspirée de la version des Animals. Nous allons en découvrir ou revisiter quelques-unes.

L’original 1964

La reprise des Animals en plyaback 1965

En vrai live 1965, synchronisation pas top

L’adaptation de Noël Deschamps, plutôt bonne vocalement, il l’a aussi enregistrée en italien 1965

La très bonne reprise de Joe Cocker 1969

Little Bob Story, version speed, 1975

Une version en finlandais par Kirka 1970

La version disco par Santa Esmeralda 1977

Elvis Costello 1986

Gary Moore 1988

Lucky Devils, psychobilly, 2008

Laura Del Rey 2015

Eric Burdon récemment