Bas nylons et feuilles d’automne

Quelques chansons d’origine française peuvent prétendre à une consécration internationale. La plupart sont immédiatement rattachées à celui qui les as créées, Brel, Bécaud, Piaf. L’une d’entre elles parmi les plus célèbres, sinon l’une des plus belles, a eu un parcours beaucoup plus chaotique. Il fut pour le moins singulier, avant de devenir définitivement une des plus belles chansons s’identifiant à une saison, l’automne. Il s’agit évidemment des Feuilles Mortes.
Les paroles sont de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma. Kosma s’est inspiré d’une musique de Jules Massenet Poème d’octobre, qu’il mit en forme pour un ballet musical. A l’origine elle sert de thème musical au film Les portes de la nuit, que Marcel Carné tourna juste après la libération et qui sortit en 1946. C’est plutôt un grand film de Carné, avec une distribution que l’on peut affirmer aujourd’hui comme étant du genre prestigieuse, Pierre Brasseur en est la vedette, mais aussi celui qui est alors le plus connu. Des acteurs assez réputés comme Julien Carrette, Raymond Bussières, en sont les rôles secondaires. Mais le film est aussi soutenu par deux acteurs qui sont encore dans une certaine ombre, Yves Montand et Serge Reggiani. Le film est pourtant un échec commercial, tous les clichés entre collaborateurs et résistants ne sont pas encore tout à fait assimilés et justement il est aussi question de cela dans le film. A vrai dire, la chanson sous sa forme connue n’est pas vraiment à l’honneur dans le film. Elle sert de musique de fond, et elle est fredonnée par Montant qui fait semblant d’écrire quelques paroles sur cet air. Ce ne sera pas la première fois, ni la dernière, qu’un thème de film finisse par devenir un succès, mais dans le cas présent c’est plus en douceur. La polémique s’installera pour savoir qui en aura la paternité. Yves Montant prétendra qu’il sera le premier à la chanter en public, fait contesté par Cora Vaucaire, qui assura le contraire, en apostrophant Montand de son manque d’élégance. C’est peut être elle qui a raison, car elle était proche de Prévert, dont elle deviendra une inconditionnelle. Quoi qu’il en soit, les deux l’ont enregistrée et apparemment leurs disques sont sortis presque simultanément en 1949. Pourtant, le première version enregistrée semble bien être celle de Jacques Douai en 1947. Il est important de souligner qu’aucun d’entre eux ne parvint vraiment à l’imposer à l’époque, même si celle de Montand est aujourd’hui la version francophone la plus populaire.
Le coup de pouce qui l’imposera définitivement au plan international vient de l’Amérique, via le célèbre compositeur et chanteur Johnny Mercer. Edith Piaf qui a remarqué la chanson et qui va se produire en Amérique, désire la chanter en anglais, elle l’enregistrera dans cette version en 1950. C’est dans cet esprit que Mercer colle des paroles anglaises sur la chanson, et il en fera lui-même une interprétation. Enfin en 1955, c’est dans la version instrumentale de Roger Williams, un sorte de Richard Clayderman américain. que la chanson est no 1 aux USA. Elle est lancée et ne cessera de tourner dans les répertoires des plus grandes vedettes, adaptée dans tous les styles, mais le jazz lui fera un accueil particulièrement chaleureux. De Bob Dylan à qui vous voudrez, difficile de ne pas en trouver une version qui se cache dans un coin.

Serge Gainsbourg y fera plus qu’allusion dans « La Chanson De Prévert » qu’il enregistra en 1961, qui sera par ailleurs un de ses rares vrais succès des dix premières années de sa carrière d’interprète, mais les autres se chargent de le rendre célèbre comme compositeur. Pour ma sélection, je me suis arrêté sur quelques versions, parmi les plus significatives ou les plus inattendues. Le choix est immense, presque infini, alors…

Sans doute la première enregistrée, Jacques Douai

Celle de Cora Vaucaire

Yves Montant, sa première version enregistrée

La version de Johnny Mercer

La version de Roger Williams, no 1 aux USA 1955 et seule chanson instrumentale interprétée au piano à avoir eu cet honneur

La très belle reprise de Nat King Cole pour les besoin du film du même nom avec Joan Crawford, 1956

Frank Sinatra, 1957

Edith Piaf, 1950 anglais-français

Assez étonnant par Françoise Hardy, 1965

Les Everly Brothers, 1962, pas mal du tout

Miles Davis avec Cannonball Adderley, 1958. Davis ne l’a jamais enregistrée en studio personnellement, mais très souvent joué en live

Version jazz/pop par Manfred Mann, 1966

Iggy Pop, en live 2009 et en français

Eric Clapton, 2010

Bob Dylan, enfin pourquoi pas

2 réflexions sur “Bas nylons et feuilles d’automne

  1. Bonjour M. Le Boss,
    une chanson éternelle , intemporelle, qui ne l’a pas fredonné, et qui me fait dresser les poils comme on dit de façon populaire, quand je l’écoute, que dire de plus ?
    Bonne semaine
    cooldan
    PS je ne connaissais pas la version de Johnny Mercer

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