Bas nylons avec des notes de satin

 

 

Quand on s’intéresse d’un peu près à l’histoire d’une chanson, on est parfois très surpris sur les aboutissants du parcours qu’il a fallu pour qu’elle devienne un succès quasi immortel. Depuis quelques posts, je vous raconte ces parcours à travers un choix personnel, mais qui sont le reflet de ce que je peux considérer comme des classiques incontournables. C’est d’autant plus facile pour moi que je les ai vus naître pour la plupart. Au cours des années 60, s’il y a beaucoup de chansons qui sont devenues des classiques que l’on peut encore entendre aujourd’hui, il y en a une cinquantaine qui peuvent se targuer de franchir allègrement les générations. L’une d’entre elles, a sans hésitations gagné ce droit à l’immortalité, et quand on cite le nom de l’artiste, c’est la première qui vient à l’esprit de la plupart des gens. Si je dis Moody Blues, vous allez me répondre « Nights In White Satin »…

Revisitons un peu le contexte de sa création. En 1967, les Moody Blues semblent avoir consumé tout le feu du succès qui les avait amené au triomphe de « Go Now » deux ans plus tôt. C’est alors un groupe dans la lignée des Rolling Stones, leur répertoire s’inspire principalement des artistes noirs. Si le succès en Angleterre les lâche assez vite, la France leur réserve un accueil triomphal le temps d’un disque, le fameux et improbable « Bye Bye Bird »  qui est tout sauf une chansonnette pour minettes éperdues de sentimentalisme. On pourrait dire qu’il cogne sec, mais il reste aussi une formidable démonstration de virtuosité à l’harmonica, je dirais même une des meilleures de l’époque. Le succès est tel, que presque les trois autres chansons du disque connaissent aussi quelques passages radio. A l’époque quand j’écoutais « Salut Les Copains », je les ai toutes entendus une fois ou l’autre. Mais encore une fois, le succès ne se renouvelle pas, malgré une suite intéressante. Deux membres quittent le groupe, le chanteur et guitariste Denny Laine, qui fera une très intéressante carrière au sein des Wings de Paul McCartney, le bassiste Clint Warwick qui abandonnera pratiquement la musique et devint, parait-il, un charpentier. Il décède en 2004, des suites d’une maladie du foie.

L’arrivée des remplaçants sera très importante pour la suite du groupe, et surtout son orientation musicale. Après un bref passage de Rodney Clark, c’est John Lodge qui reprend la basse, mais c’est le remplacement de Laine, le guitariste Justin Hayward qui va être déterminant. Ce n’est pas un débutant, il a déjà enregistré sous son nom deux 45 tours chez Pye sans grand succès. Ses idées musicales sont en fait assez loin de celles qui ont dominé le groupe jusqu’à présent. Alors on discute sur la nouvelle orientation musicale. Le période est très créative, de tous les côtés on expérimente, on cherche de nouvelles voies. Une chose qui n’a pas vraiment existé jusqu’alors, à part dans les opéras et quelques comédies musicales, c’est celle d’un album divisé en chapitres, racontant une histoire, un concept album deviendra le terme à la mode. Evidemment on va pas refaire une histoire d’amour comme « Les Pêcheurs De Perles » ou les aléas de la vie dans « West Side Story ». C’est alors que l’idée d’un album consacré aux moments principaux de la journée est retenue. Decca va à leur rencontre. La marque vient de mettre au point dans ses studios une nouvelle technique d’enregistrement et dédier un label qui va vers une image un peu plus progressive du label, Deram. On envisage également de relier les titres entre eux par un enchaînement interprété par un orchestre symphonique, ici le London Festival Orchestra. L’album est mis en boîte et publié sous le nom de « Days Of Future Passed » en novembre 1967. De l’aube à la nuit, en passant par le matin, la pause de midi, l’après-midi, le soir, chacun de ces moments se voit gratifié d’une chanson. Pris dans son écoute entière, le contenu peut paraître assez indigeste pour un teenager, surtout la présence d’un orchestre symphonique, on rêve plus de guitares tonitruantes, d’effets d’amplis, ou encore de guitares qui brûlent sur scène. Si sa nouveauté est saluée, le départ est assez discret, même un peu moqué. Rien ne laissera penser qu’il se vendra par millions ensuite. Mais une chose est encore nécessaire, bien qu’elle évoluera par la suite, il faut un 45 tours comme base de lancement. Quand on écoute l’album, il y a plusieurs chansons qui sont aguicheuses et qui peuvent plaire à un public vaste, mais c’est « Nights In White Satin », composé par Justin Hayward, qui est retenue avec en face B un titre qui n’est pas sur l’album « Cities ».

Le simple publié en France début 1968

L’Angleterre lui réserve un accueil discret, le simple entre juste dans le top 20. Heureusement, l’Europe est plus intéressée, la chanson devient un tube dans plusieurs pays. En France, elle reste trois mois à la 2ème place du hit-parade de SLC. Les albums suivants vont renforcer la position et la notoriété des Moody Blues, c’est un groupe qui plait à un large éventail d’amateurs. L’Angleterre finit pas se laisser convaincre et ils classent leurs albums dans les meilleures ventes. Mais ce n’est pas tout à fait fini. En 1972, le simple est réédité est c’est là qu’il se classe internationalement dans les premières places, sinon la première, d’une foule de pays, USA, Canada, Australie et fait même son apparition dans le top ten anglais. Pratiquement toutes les rééditions postérieures referont des entrées dans les charts, entraînant avec elles les ventes de l’album. Il restera définitivement le plus grand succès du groupe, mais il aura fallu remettre l’ouvrage sur le métier pour y arriver.

L’original en playback filmé à Paris

L’adaptation française par Patricia, c’est pas instrumentalement aussi bien que l’original, mais elle s’en sort vocalement très honnêtement

Dalida aussi, mais en italien

Live à l’île de Weight 1970

Le version des Shadows,

Prenez vos jumelles

En grégorien

Moderne

Bashung

Version plutôt speed

Version classique avec choeurs

Une version sympa en jazz

Une version décadente, ce serait comme un tableau de Léonard De Vinci repeint par Salvador Dali, à la Ramones.

 

7 réflexions sur “Bas nylons avec des notes de satin

  1. Bonjour Mr Boss,

    Dans une de ses chansons, le chanteur Léo Ferré évoque le groupe des Moody Blues.
    Je ne connais que ce tube de ce groupe. Il a été repris dans plusieurs langues tant il semble « incontournable ». Merci de nous (me) faire (re)découvrir toutes ces déclinaisons. .
    Un peu comme la chanson « My way » de Sinatra qui fut reprise par Claude François sous le titre « Comme d’habitude ».
    Les années 1960, quelle pépinière de trésors…
    Bonne journée. Peter.

    • Hello Peter,
      Oui c’est tout à fait exact, Léo Ferré évoque les Moody Blues dans « C’est Extra ». Je dois corriger pour Claude Français, c’est Sinatra, entre autres, sur des paroles anglaises de Paul Anka, qui a repris « Comme D’habitude » et non l’inverse, Claude François est bien le créateur. N’enlevons pas le mérite à une création française, qui ne fut même pas tellement un grand succès pour son créateur. Mais vous êtes tout pardonné, ils sont des milliers à faire la même erreur.
      Bonne semaine

      • Bonsoir Mr boss,

        En effet, il n’y a pas si longtemps encore, cet été, je crois, dans une émission en hommage à cette idole disparue , l’animateur évoquait la mode des reprises en français de succès venus des Etats-Unis et dont celle de la chanson « My way ».
        Et encore une fois, celui-ci faisait la même erreur que moi. Comme quoi, il faut vérifier ses sources avant d’affirmer quoi que se soit. Mais si des professionnels se prennent parfois les pieds dans le tapis…
        Merci pour la rectification. Au moins je ne passerais pas pour un imbécile si je venais à discuter musique et variété. Sait on jamais…
        Bonne fin de soirée. Peter.

    • Hello Peter,
      En effet, et en quelque sorte l’animateur donnait une « fake news », qui sera reprise par des milliers de gens, en toute bonne foi. Cela pose le problème très actuel de toutes les rumeurs qui peuvent circuler sur Internet, des gens qui reprennent des infos et vous les refilent comme la « vérité vraie ». Dans le cadre d’une chanson et qui a fait quoi, cela ne va pas changer la face du monde, mais s’il s’agit d’un cas plus sérieux, une affaire criminelle par exemple, cela peut devenir très grave. Nous savons tous que les politiciens et les dirigeants aiment bien ce genre de pratiques, surtout pour masquer leur incompétence ou leurs erreurs.
      Mais il faut rester vigilant, tout ce que l’on a pas vu de ses propres yeux est sujet à caution, comme dirait Gabin dans sa chanson « je sais que je ne sais rien ».

      Bonne journée

  2. Hello M. Boss,
    Denny Laine, membre fondateur des Moody Blues, fera partie plus tard des Wings, en effet, en 1971, McCartney fait appel à Laine pour créer avec lui le groupe Wings. Denny devient le guitariste principal du groupe et le restera durant toute la durée de vie de celui-ci. Il est le coauteur de Mull of Kintyre, gigantesque succès au Royaume-Uni.
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Je pense que pour McCartney, c’était un bon apport dans ses Wings, il me semble qu’il a toujours assez bien su choisir ses musiciens. En solo, après la séparation, je crois que c’est celui qui m’a le plus enchanté, excepté peut-être pour Lennon avec Plastic One Band. J’ai pas mal écoute « Band On The Run ».
      Bonne semaine

  3. Hello again,
    Demain soir (28/11) je serais au concert de McCartney à Paris, ses musiciens sont les mêmes depuis pas mal d’années, notamment Brian Thomas Ray qui est un musicien américain, né le 4 janvier 1955.
    Il est le guitariste et le bassiste de Paul McCartney (quand ce dernier est au piano ou à la guitare) en concert, depuis le début des années 2000, figurant ainsi sur tous les albums Live et DVD de l’ancien Beatle publiés depuis lors. Brian Ray a également accompagné sur scène (de 1998 à 2000) Johnny Hallyday et depuis régulièrement en studios. Il a été guitariste pour Mylène Farmer et aussi pour Etta James, Willy DeVille, Shakira…….excusez du peu !!
    bonne semaine
    cooldan

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