Bas nylons et éboueurs

Quand on nouveau style de musique apparaît et devient populaire, il ne naît pas spontanément. En remontant le temps, souvent avec les sources d’inspirations avouées des nouvelles stars, on trouve toujours un truc qui se pose en précurseur. Les principales sources de la musique moderne, le jazz, le swing le rock and roll, le blues, puisent leur inspiration dans la musique noire. Si on s’accorde à dire que le premier disque de rock à succès fut « Rock Around The Clock » de Bill Haley, il n’est pas le premier disque que l’on peut qualifier de rock. Dès la fin des années 1940, quelques enregistrements peuvent porter cette étiquette. Fats Domino et Big Joe Turner peuvent être considérés musicalement comme des précurseurs, mais il y en a d’autres moins connus. Presley fut la première grosse star de cette musique, reléguant assez vite Bill Haley au second plan, mais dire que Presley a inventé le rock and roll est une erreur qui a la vie dure. Il en fut un des canalisateurs, plus spécialement dans une vision blanche, c’est à dire simplifiée au niveau des instruments composés souvent de guitare, basse, batterie. Tous les mouvements musicaux postérieurs sont dans le même cas, ils sont les pierres d’achoppement de ce qui viendra plus tard.

Quand la musique punk devint à la mode à partir du milieu des années 70, surtout avec les premiers enregistrements des Ramones, on observa le même phénomène. Volontairement ou pas, certains disques datant de dix ans ou plus avaient déjà cette saveur de punk. En écoutant certains trucs des Troggs, on remarque bien un petit goût de cette rythmique simplifiée et répétitive qui est l’image sonore des disques de punk. En cela, on peut les considérer comme des inspirateurs, surtout qu’ils furent très populaires. Un autre groupe contemporain alla plus loin dans cette approche, les Sonics. Mais comme ils furent pratiquement inconnus en dehors de l’état de Washington, on ne peut pas leur concéder le titre de source d’inspiration, tout au plus ils purent avoir semé une influence locale. Par contre, c’est bien quand le punk fut présent qu’on les redécouvrit et que l’on se rendit compte qu’ils avaient eu un comportement musical punk plus de dix ans avant.

Il faut remonter à 1963, pour trouver ce que l’on peut considérer comme le premier disque punk, du moins au niveau instrumental, chose qui n’échappa aux Ramones, car ils en firent bien vite une reprise. En fait ce disque est plus un gag, que l’idée de créer un nouveau style. Il est encore aujourd’hui un phénomène qui ne semble pas avoir perdu de son potentiel contagieux. Il est un de ces disques auquel on n’échappe pas, dans un supermarché, en fond sonore sur une pub, ou simplement à la radio, il est là tapi dans l’ombre prêt à bondir dans vos oreilles. En pleine avènement de la musique surf, on oiseau eut soudain l’envie de voler, lancé par quatre garçons éboueurs, « Surfin’ Bird » et les Trashmen.

Les Trashmen sont originaires du Minesota, état du nord des USA. Ils forment un groupe que l’on pourrait presque qualifier de bal sans être péjoratif. Les Beach Boys commencent à triompher en étant les principales idoles de la musique surf, ce sport qui est à la mode sur les plages de Californie, mais qui est devenu un style de musique, principalement à l’instigation de Dick Dale. Même quand on habite un état qui est à des milliers de kilomètres de la mer. la passion pour cette musique n’en est pas moins forte. Ils décident de tenter l’aventure discographie, mais veulent proposer quelque chose d’original. Le batteur du groupe, Steve Wahrer, aime bien faire des onomatopées et l’on décide d’aller dans cette direction. En toute discrétion, cela leur vaudra pas mal d’ennuis plus tard, ils condensent deux titres d’un groupe noir de R&B, les Rivingtons. Les deux titres en question sont « Papa Oom Mow Mow » et « The Bird’s The Word », c’est à peine si les Trashmen remanient les chansons, on ne ne peut pas tellement dire les paroles, car elles sont minimalistes. Il faut admettre par contre, que sous l’impulsion de Steve Wahrer, cela sonne complètement différemment, c’est plus percutant. C’est au niveau de l’accompagnement, que l’on arrive à la création de cette rythmique qui préfigure de très près cette simplicité que l’on trouvera dans le punk, basique et répétitive. Ce n’est qu’un aspect du groupe, car ils sont très capables de faire des choses plus compliquées, le reste de la discographie le prouve.

Le disque sous l’appllation de « Surfin’ Bird » est publié par Garrett, un label local. Il ne tarde pas à conquérir tout le pays et il atteint la 4ème place du hit parade. Cette mise en lumière très évidente, attire l’attention des compositeurs originaux qui intentent un procès. Un arrangement est trouvé et tous les droits de compositeurs leurs sont reversés, ils gardent les droits d’interprètes, ce qui est moins intéressant, mais quand même mieux que rien pour un disque qui s’est vendu par millions et surtout qui a fait d’eux des légendes. Ils eurent encore quelques succès qui se classèrent ici et là, mais jamais leur réputation n’en prit un coup. Ils tournèrent avec trois membres originaux, après la mort du batteur en 1989, à travers le monde jusqu’en 2016, où ils décidèrent que l’oiseau devait atterrir.

 

L’édition française en EP. Existe en deux tirages, l’un avec label vert (1er) et l’autre avec label rouge (2nd). et en dessous le LP américain original.

La chanson ne disparaîtra jamais de l’attention du public. A part les nombreuses reprises qui existent, elle a été très souvent détournée et on peut l’entendre en toile de fond dans des films comme « Full Metal Jacket ». Le nom du groupe est lui-même devenu par dérivé un mouvement musical le trash, qui signifie littéralement ordure, déchet, en anglais. On retrouve dans ce mouvement une musique dérivée du psychobilly entre autres. Tout ce qui est un peu glauque, paroles salées, orienté vers les déviations sexuelles, peut y être rattaché.

La version originale. Il n’existe pas de clip d’époque, seul un montage filmé avec un acteur qui ressemble au batteur a été monté.

Les deux chansons que les Trashmen copièrent.

La reprise des Ramones qui peut sembler manquer de punch par rapport à l’original

Une version très déjantée par les Cramps en live.

Un dessin animé qui montre la contagion que peut avoir le titre.

Je vous parlais plus haut du mouvement trash inspiré les Trashmen et leur nom. En voici une illustration, en parodie d’un film du début des années 70 « Pink Flamingos ». Ames sensibles et gastronomes s’abstenir…

Les 3 Trashmen originaux en live 2014.

2 réflexions sur “Bas nylons et éboueurs

  1. Hello M. Boss,
    Comme quoi un bon plagiat peut permettre de faire décoller une carrière, quitte à trouver un bon arrangement financier ensuite !
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      En fin de compte, les plagiats sont monnaie assez courante aujourd’hui. Tout à l’heure, j’ai entendu sur une radio locale une chanson française dont la rythmique à la batterie, tout au long du disque, était exactement celle de « Et Moi Et Moi » de Jacques Dutronc. Encore aujourd’hui, pour un spot publicitaire, ils ont utilisé l’intro de « Love Me Do » des Beatles pendant une dizaine de secondes.
      Bonne semaine

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