Bas nylons et une chanson qui marche

 

Le jour où vous composez une chanson, bien malin si vous arrivez à prédire ce qu’elle va devenir. Même le plus doués, ceux qui collectionnent les succès ne le savent pas. Prédire qu’elle deviendra un hymne serait bien prétentieux et comment elle le deviendra relève encore plus de la mégalomanie. C’est pourtant bien ce qui est arrivé à celle que je vais vous présenter « You’ll Never Walk Alone ».

Le compositeur Richard Rodgers (1902-1979) et l’auteur Oscar Hammerstein II (1895-1960) forment un duo spécialisé dans la comédie musicale style Broadway. Richard Rodgers a travaillé aussi avec Lorenz Hart, mais la mort prématurée de ce dernier en 1943, le laisse un peu orphelin. Ils ont quand même eu le temps de composer une chanson immortelle, le fameux  « Blue Moon ». Rodgers commence alors sa collaboration avec Hammerstein II et elle sera tout autant fructueuse et couronnée de succès que la précédente. Elle ne s’arrêtera vraiment qu’au décès de ce nouveau partenaire en 1960, et il n’aura pas l’occasion de voir sa chanson retrouver une pétulante jeunesse.

La chanson qui nous intéresse fait partie du livret de la comédie « Carousel » de 1945. Elle est un succès et sera reprise de nombreuse fois les années suivantes par des artistes de premier plan, Frank Sinatra, Doris Day, Elvis Presley, et une multitude d’autres. Cela lui assure une continuité, mais ne lui donne pas encore le déclic qui l’enverra dans les étoiles, il faudra attendre 1963.

Cette année-là, c’est la consécration des Beatles, mais ils ne sont pas les seuls en route pour la célébrité. Un groupe rival mais néanmoins ami leur damne le pion. Ils établiront un succès en Angleterre qui a ce jour n’est toujours pas battu, du moins pendant l’ère du vinyle, celui d’avoir été trois fois numéro 1 avec leurs trois premiers disques et deuxième avec le quatrième. Ce groupe s’appelle Gerry & The Pacemakers. Ils sont également de Liverpool et ont en commun avec les Beatles le même producteur, George Martin. Ce dernier les a quand même un peu aidés pour le premier disque. Il leur a refilé une composition de Mitch Murray que les Beatles ont refusée « How Do You Do It ». Ce sera leur premier no 1 et ils furent le premier groupe de Liverpool a avoir cet honneur. Pour le second, le même compositeur leur donne « I Like It » au titre prédestiné, ce sera le second no 1. George Martin peut orchestrer en arrière plan, on peut imaginer que maintenant qu’il possède deux formations de première force, il évite de les mettre en compétition directe en sortant deux nouveautés la même semaine. Reste maintenant la mise en chantier du troisième single. Le leader du groupe guitariste et chanteur Gerry Marsden est très capable de composer, il l’a déjà fait et le fera encore, mais on décide de faire autrement. Suite à ses deux succès le groupe va publier un premier album. Comme c’est assez fréquent à l’époque il ne contient pas les hits, mais s’il ne contient pas le passé, il pourrait contenir le futur. Justement une reprise de « You’ll Never Walk Alone » figure dans les titres prévus sur l’album. George Martin juge qu’il pourrait faire une bonne figure en simple, et il a bien raison. C’est le troisième no 1. Par rapport au deux hits précédents, il a un petit plus, une mélodie facilement accessible, et la voix de Marsden est parfaite pour le rendre encore plus attrayant. Incontestablement, l’impact est plus fort que les deux succès précédents et la chanson reste à la première place du hit parade anglais pendant un mois, c’est dire qu’il contamine les oreilles de tout le monde.

En bon originaire de Liverpool, Gerrry Marsden est un fan du FC de la ville, les Reds, et comme vedette il a quelques entrées. Avant le début des matchs, l’habitude est de diffuser quelques hits du moment. Le manager des Reds d’alors, connaît la chanson et Marsden, il décide alors de la diffuser sur le stade. Elle est reprise en choeur par les spectateurs, chose d’autant plus facile que tout le monde la connaît. C’est ainsi qu’elle devient avec le temps, l’hymne officiel du FC Liverpool. C’est d’autant plus facilité par le fait que les paroles et le titre collent assez bien (Tu ne marcheras plus jamais seul) avec la flamme que peut exprimer au figuré un fan de sport. Par la suite, la chanson sera aussi adoptée par d’autres clubs et on la l’entendra aussi dans d’autres manifestations qui n’ont rien à voir avec le sport, mais la chanson reste intimement et éternellement liée au club de Liverpool et figure même sur l’emblème du club.

En 1985, dans la ville de Bradford un incendie, retransmis par hasard en direct à la télévision, ravage la tribune du stade du club local de foot. Il y a plus de 50 morts et 200 blessés. En signe de solidarité et pour récolter des fonds, une équipe avec Gerry Marsden comme initiateur baptisée the Crowd, à laquelle se joindra une multitude de stars dont Paul McCartney pour une contribution parlée, enregistrera une version de ce standard. Le disque sera un succès et deux semaines à la première place des hits anglais. Cela permettra à Gerry Marsden de battre par la tranche un autre record, celui d’avoir été deux fois no 1 en Angleterre avec deux versions différentes de la même chanson. En 1989, pour une autre catastrophe liée au football qui fit près de 100  morts suite à un mouvement de foule, il réactivera dans les mêmes conditions et encore avec Paul Mc Cartney, un autre de ses anciens succès « Ferry Cross The Mersey » qui sera aussi no 1. Cette chanson est aussi intimement liée à Liverpool, la Mersey est la rivière qui traverse Liverpool, est encore très populaire aujourd’hui.

Gerry Marsden, qui est plutôt un joyeux caractère, est encore célèbre aujourd’hui à Liverpool. Il lui arrive toujours d’aller chanter lors des matchs, entraînant avec lui toute la foule du stade. C’est un des rares cas dans l’histoire de la musique où une chanson appartient autant à un artiste qui ne l’a pas créée. Même si les Pacemakers sont depuis longtemps dissous, ils restent avec les Beatles, les Searchers, les artistes les moins oubliés de l’âge d’or de Liverpool.

Un choix de versions un peu au pifomètre sans oublier les principales…

La version de Carousel, 1945.

Frank Sinatra qui fut le premier à la reprendre à son compte, quasi simultanément.

Louis Armstrong, 1954.

Gene Vincent, 1958, entre deux rocks.

Nina Simone, version instrumentale, 1958.

Judy Garland, 1960.

La version qui a fait que, 1963, clip en playback.

Le version française de Dick Rivers 1964, existe aussi par Richard Anthony.

The Crowd, 1985, avec Gerry Marsden, essayez de reconnaître toutes les stars.

Version punk, the Adicts, 1983.

Le version de Susan Boyle, difficile de faire mieux !

Pour les fans de foot.

Gerry Marsden et le FC Liverpool.

2 réflexions sur “Bas nylons et une chanson qui marche

  1. Bonjour M. Boss,
    une chanson qui vous prend aux tripes et qui vous porte au delà de vous même, c’est vraiment ce que je ressens quand je l’écoute, pas étonnant que les Reds de Liverpool l’ai choisi pour l’hymne de leur club ! A l’origine leur couleur de maillot à domicile n’était pas rouge, le nouveau manager qui prend ses fonctions en décembre 1959 décide que les joueurs doivent être tout de rouge vêtus afin d’impressionner l’adversaire ! …
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,

      Merci pour l’anecdote. C’était complètement involontaire de ma part, mais hier c’était pile le 30 ème anniversaire du drame qui s’était déroulé en 1989, C’est en attendant l’info à la radio que cela m’a penser que je connaissais cette histoire que j’avais très brièvement résumée dans l’article.
      Bonne semaine

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.