En passant

Bas nylons et chanson en Q

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Dans mes goûts personnels, c’est une de mes chansons de rock and roll préférées. Je l’ai pourtant découverte via deux versions et aucune des deux n’est l’originale. Je vais vous aider un peu, ces deux reprises furent faites par Johnny Hallyday et les Rolling Stones. Vous voyez un titre commun au niveau de ces discographies si vous êtes un peu spécialiste ? Eh bien « Suzie Q » en fait partie. La version originale remonte à 1957 et son créateur est Dale Hawkins. C’est aussi une de ces chansons de rock qui ne mélange pas les interprètes noirs ou blancs, ici elle est typiquement relayée par les Blancs. Ironie du sort elle fut publiée par un label essentiellement noir, Checker, sous-marque de Chess à Chicago. Elle connut un assez grand succès aux USA, mais sa popularité n’arrivera pas jusqu’en Europe, le disque ne fut d’ailleurs pas édité en Europe avant longtemps, à l’exception de l’Angleterre. En France, il fallut attendre 1965 et certainement l’influence de la version des Rolling Stones pour qu’il soit publié sur un rare EP Barclay. L’enregistrement original n’a pas été fait dans les studios Chess, mais dans celui d’une radio locale en Louisiane, avec à la guitare le légendaire James Burton, puis revendu plus tard à Checker. Ce qui posa quelques problèmes à Dale Hawkins pour les crédits de compositeurs. Il la composa sans doute seul ou avec l’aide d’un de ses musiciens, mais Stan Lewis et Eleanor Broadwater virent se glisser dans le copyright pour des raisons futiles. Le premier parce que sa soeur Susan serait l’inspiratrice de la chanson, la seconde parce qu’elle était la femme du directeur de la station de radio où fut enregistré le disque. Pour Dale hawkins ce fut son seul succès, il devra attendre la version de Creedence Clearwater Revival en 1968, pour que l’on se souvienne vraiment de lui. Mais à côté de son légendaire titre, il fut le co-directeur de Abnack records, travailla avec RCA,  et produisit nombre d’artistes connus. Il mourut en 2010, âgé de 73 ans, non sans avoir vu sa fameuse chanson officiellement consacrée comme l’une de celles qui façonna le rock and roll.

L’original, 1957, pour moi sans égal.

Bobby Vee, fut sans doute le premier à en faire une reprise, 1961.

Les Astronauts, en surf, une assez plaisante version, 1963.

Johnny Hallyday, sous le titre « Susie Lou », sur les rocks les plus terribles, 1964.

Les Rolling Stones, bien dans la tradition du son des débuts, 1964.

Gene Vincent, enregistré à Londres, ce n’est pas ma préférée, 1964

Johnny Rivers, a certainement inspiré la version de Creedence Clearwater Revival, 1965.

Les Everly Brothers, toujours au top, 1965.

Les Barbarians, reprise assez différente, publiée sur le EP français, 1965.

Ronnie Hawkins, civilement c’est le cousin de Dale, plutôt bien fait, 1967.

Creedence Clearwater Revival, sans doute la plus célèbre, 1968.

Une belle version bien trash par les fameux Stackwaddy, 1971.

Flash Cadillac, c’est la version que vous pouvez entendre dans « Apocalyse Now », 1979

James Burton, 60 ans après, c’est lui qui joue dans la version originale.

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En passant

Bas nylon et une histoire de siècle

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Il y a sans doute quelque chose de ressenti et d’un peu étrange quand on passe d’après le calendrier à une nouvelle année, ou un nouveau siècle. Il n’y a rien de spécial, c’est une mesure purement arbitraire et imparfaite pour mesurer le temps qui passe. La mécanique céleste se foutant complètement des minutes, des secondes, des années, il a bien fallu lui coller un semblant de ponctualité, on aime bien que la journée dure 24 heures pile et non 23h59 et 39 secondes comme dans la réalité. Quand l’an nouveau s’annonce, entre le 31 décembre à 23h59 et le premier janvier à 00h01, on ne deviendra ni plus con, ni plus intelligent. J’imagine que vous avez remarqué. Un changement de siècle, à de très rares exceptions près, c’est quelque chose que l’on ne vivra qu’une fois dans sa vie.
Quand le changement de siècle s’apprêta à frapper à la porte de Paris au 1er janvier 1900, il le fit à sa manière, avec éclairs et coups de tonnerre. Nul doute que certains y virent un signe, bon ou mauvais. Les optimistes pensèrent que ce nouveau siècle serait celui du progrès, les pessimistes imaginèrent que le bruit du tonnerre serait celui du canon. On ne peut donner tort ni à l’un, ni à l’autre. Mais l’esprit du vrai parisien est ailleurs, il va pouvoir prendre le métro, visiter l’Exposition universelle qui sera d’un grand retentissement. Cliquer sur l’image pour une meilleure vue.

Une petite info parue dans la presse du 1er janvier 1900, concernant la météo.

La maison Tellier a enregistré a enregistré une chanson dédiée à l’Exposition universelle.

Pour les maires de France, c’est une autre chanson. Un gigantesque banquet de plus 22000 convives les réunit dans le cadre de l’exposition. Voici le menu :

Hors-d’œuvre

Darnes de saumon glacées parisienne

Filet de bœuf en Bellevue

Pains de canetons de Rouen

Poulardes de Bresse rôties

Ballotines de faisans Saint-Hubert

Salade Potel13

Glaces Succès – Condés

Dessert

Pour les vins, 39 000 bouteilles dont 1 500 de Fine Champagne furent utilisées :

Preignac servi en carafe

Saint-julien servi en carafe

Haut Sauternes

Beaune Margaux Jean Calvet 1887

Champagne Montebello

En gros si on fait le calcul ces braves gens ont sifflé un peu moins de 2 bouteilles par personne, dont 1500 d’alcools forts. Il y a sûrement eu de joyeuses rentrés le long des boulevards parisiens, heureusement ils sont larges.

Pour alimenter le côté illustration de ce Paris 1900, j’ai choisi une sélection de photographies qui datent de cette fameuse année. Evidemment quand on recherche des documents de cette année, il y en a nombreux qui sont en rapport avec l’Exposition universelle. Ils illustrent à leur manière le sujet, que ce soit des lieux, des affiches, ou autres. Ils nous replongent dans cette époque que l’on disait belle.

Un petit film sur l’expo.

Source Gallica, BNP, DP

Exploration musicale en terre inconnue (8)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1969 – Albert Ayler / New Generation. Je ne sais pas si la publication de ce disque en 1969 était remplie d’espoirs de ventes, j’en doute. Albert Ayler était un saxophoniste de jazz plutôt progressif. Ici il officie dans un style plus accessible, un peu funky. C’est quand même assez décalé pour l’époque, mais c’est justement ce genre de truc destiné à être reconnu comme génial et précurseur quelques années plus tard. La preuve c’est que ce 45 tours peut se vendra aujourd’hui à plus de 150 euros. C’est de la reconnaissance post-mortem, car il décéda en 1970 dans des circonstances peu claires.

1964 – Pino Donaggio / Io Che Non Vivo. Encore plus que la France, l’Italie a eu des chansons qui s’exportaient bien et qui firent des ravages en étant reprises par des artistes anglo-saxons. Comme ces chansons ne font pas partie de notre culture musicale nationale, on ignore souvent qu’elles ont des origines italiennes. Je pourrais vous citer un tas d’exemples comme « Volare » de Domenico Modugno en 1958. Mais prenons-en une autre que vous connaissez certainement et que vous avez peut-être dans votre discothèque via une de ces reprises. Le créateur en est Pino Donaggio en 1964 et le titre « Io Che Non Vivo ». Elle fut un succès en Italie et le disque fut publié en France, sans que cela impressionne. Mais quand Dusty Springfield reprit cette chanson en version anglaise « You Don’t Have To Say You Love Me », elle devint un de ses plus grands succès et sera propulsée encore plus visiblement quand Elvis Presley la mit à son répertoire. Les ventes se comptent pas millions, sans doute un peu moins pour la version française de Richard Anthony « Jamais Je Ne Vivrai Sans Toi ».

1967 – The Balloon Farm – A Question Of Temperature. Une des belles perles du psychédélique. Ce qui est sûr, c’est que je l’ai jamais aperçu dans les rayons des disquaires en 1967. Heureusement je me suis rattrapé autrement. Indispensable à tous les climato-sceptiques. Repris par Lords Of The New Church dans les années 1980.

1962 – Tuff jack / Tuff Jack. Si vous demandez à un vendeur de collectors de vous procurer le EP français de Jack Marshall, il vous répondra que cela n’existe pas. A moins qu’il connaisse bien ses classiques et qu’il vous propose le EP de Tuff Jack sur Capitol sorti en 1962. C’est le même personnage mais sous un pseudo. Ce disque n’est pas inintéressant, il contient un titre à tendance surf instrumental débutant, qui s’appelle justement Tuff Jack.

1960 – Billy Crash Craddock / I Want That. On ne peut pas dire que parmi les rares publication françaises de cet artiste américain, très connu aux USA et en Australie, il y en a une qui batte ici des records de ventes. Pourtant, si vous êtes un fan de Johnny première époque, il y au moins un titre de lui qui ne vous en pas inconnu. Il l’a adapté en français sous le titre « Oui J’aime Ca ».

1962 – Ken Jones / Joyville. Assez bizarrement, il existe un pléthore de disques destinées à la dance ou à l’ambiance. Tous les catalogues des maisons de disques en sont amplement pourvus avec des ventes souvent très confidentielles. Quelquefois, ils étaient même publiés en France sous licence. C’est le cas pour Ken Jones, chef d’orchestre anglais dont au moins 3 EPs furent publiés en France. Plus tard, il s’illustrera en devenant l’arrangeur musical des Zombies.

1964 Les Relax – Natacha. Les groupes suisses qui réussirent à faire éditer un disque en France ne sont pas légions. Après la réussite des Aiglons avec « Stalactite » un groupe de Genève réussit le coup. Sur un EP Decca figure l’excellent instrumental « Natacha », typique du beat instrumental à la Tornados. Mais ils se firent un peu souffler le succès par un autre groupe suisse, les Four Shakers, dont la version est plus populaire, également publiée en France chez Philips et nettement plus facile à dénicher. Ils publièrent un second EP chanté, uniquement pressé en Suisse, en s’adjoignant les services de Jean-Jacques Egli aux vocaux. Il est un des anciens Mousquetaires de Larry Greco et le co-auteur du fameux « Mary-Lisa ».

1965 – Jay Bentley & Jet Set / Watusi 64. Plutôt un truc de danse pour le jerk ou autres trémoussements, mais ce n’est pas déplaisant, il y a nettement pire. Formation américaine,  son titre connut quand même en France un modeste succès via la reprise des Célibataires « Demain Je Me Marie ».

1966 – Screamin Jay Hawkins – I Put A Spell On You.  Screamin’ Jay Hawkins avait bien remarqué que son grand classique était devenu très populaire via la reprise de l’Alan Price Set et aussi un peu celle de Nina Simone. Alors, il remit le truc sur le métier et en fit une nouvelle version encore plus folle, assez R&B, publiée sur un EP par Decca. Toutefois ce disque est très nettement moins courant que celui de la version d’Alan Price.

1967 – The Blues Project / I Can’t Keep From Crying Sometimes. En discutant avec un collectionneur allemand, il m’a dit que le meilleur label français pour les publications étrangères intéressantes sous licence durant les sixties, c’était Vogue. Si je suis assez d’accord avec lui, pour celui-ci c’est râpé car c’est Polydor qui l’a édité. Les légendaires (et superbes!) Blues Project. Les copains d’école avaient de la peine à comprendre que je préférais écouter cela à la place de Cloclo. Je m’en fous car les belles pièces de collection, elle sont dans la mienne et pas dans la leur.

1965 – Candy & The Kisses – Keep On Searchin’. Eh bien regardons justement une de ces fameuses publications Vogue. Un EP de 1965 sous licence Scepter records d’un trio noir vocal féminin. Cela s’est si mal vendu et c’est si rare que les dernières enchères que j’ai vues pour cette pièce se situent entre 400 et 500 euros. A part ça, c’est tout à fait dans la lignée des Supremes et même encore plus nerveux.

1967 – The Herd – Paradise Lost. Les débuts de Peter Frampton. Alors qu’ils étaient très populaires en Angleterre, Herd fut quasi totalement ignoré en France. C’est dommage car c’était bien dans l’air du temps et très plaisant.

1962 – Lawrence Welk – It’s Not For Me To Say. Encore une musique d’ambiance. Imaginez que vous êtes au cinéma en 1963 pendant l’entracte ou que vous attendez le début du film,  C’est tout à fait le genre de musique que vous auriez pu entendre. Sur cet EP London paru en 1962, qui doit être vraiment rare puisque je n’en retrouve aucune trace à part ma copie, figurent quatre titres du cru. Lawrence Welk est un chef d’orchestre très connu aux USA, peu connu en France, mais moins flamboyant que Henri Mancini.

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En passant

Bas nylons et une fille plutôt grande

 

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C’est une des plus emblématiques chansons de rock and roll, une de celles qui est interprétée indifféremment par les Blancs et les Noirs. Son créateur est bien un Noir, et justice lui soit rendue, il en fit un succès personnel avant que les Blancs l’adoptent. C’est encore et comme souvent une histoire de fille. Celle-ci a l’air d’être assez grande d’après le titre, son créateur Little Richard étant plutôt de petite taille, mais elle s’appelle Sally et a conquis le titre de « Long Tall Sally ». Elle date de mars 1956 et devient le second single à succès pour Little Richard après celui de « Tutti Frutti ». Le crédit des compositeurs est Little Richard, Enotris Johnson et Robert Blackwell et le disque est publié par le label Speciality. Ce label l’engage plus spécialement car il veut son Ray Charles ou son Fats Domino à lui. En 1956, on peut considérer que Little Richard est perçu comme une version violente du rock and roll, de plus il est Noir. Le personnage est assez fantasque, faisant souffler le chaud et le froid dans ses déclarations. Il l’est aussi sur scène, mais jamais au détriment de la musique, c’est toujours un véritable show dans lequel il s’amuse avec le public. Dans une sorte de réponse, on fait enregistrer juste après une version de la chanson par Pat Boone, un mec qui a un peu plus l’air d’un gars tranquille, du moins sur les enregistrements, et surtout c’est un Blanc. Elle connaît aussi un bon succès, mais 60 ans après peu de gens se souviennent qu’il l’a aussi enregistrée. Suivra la même année la version d’Elvis Presley, le départ d’une suite ininterrompue d’innombrables reprises dont j’ai sélectionné celles d’un intérêt particulier. Je me suis limité à un choix drastique.

L’original, 1956.

La version de Pat Boone, 1956.

Elvis Presley, version bien blanchie sans cuivres.

Wanda Jackson, la seule, la vraie, à faire pâlir le précédent, 1958.

Carl Perkins, le moins connu de plus connus, 1958.

Little Gerhard, c’est un Suédois, probablement une des premières versions enregistrées par un Européen, faux live et encore un rock à la Bill Haley, 1959.

Vince Taylor & Playboys, toujours très sensuel, 1961. Il l’a réenregistrera en 1965.

Rocky Volcano, première adaptation française « L’oncle John » aussi repris par les Vautours, El Toro & les Cyclones, Eddy Mitchell.

Eddie Cochran, version publiée 2 ans après sa mort, c’est assez bien vu, Le vocal n’est pas sans rappeler celui de Carl Perkins, 1962.

Les Kinks, premier disque, très originale reprise, 1964.

Gene Vincent en live à Bruxelles en 1963, accompagné par les Sunlights. Quelle ambiance ! Il en fera aussi une version studio en 1964 en Angleterre.

Les Beatles, une des plus belles versions. A l’époque elle parut sur un EP spécialement dédié, 1964.

Les mêmes, enregistré en live en Suède en octobre 1963, c’est donc antérieur à la version studio, mais le document est intéressant.

L’adaptation de Johnny Hallyday pour son album les rocks les plus terribles. C’est du rock très sixties. il en fera une autre adaptation.

Jerry Lee Lewis, grand interprète, au cours d’un show Shindig, 1965. Il existe plusieurs versions de ce titre dans sa discographie.

La version du groupe Jamul, version très spéciale, presque une réécriture 1970

Cactus, là on est dans la pop, 1970.

Scorpions sur l’album « Tokio Tapes » le hard rock porte bien son nom.

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En passant

Bas nylon et un rocher avant le rock

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Toujours au moyen de la photographie, remontons le temps de plus d’une centaine d’années, vers 1905. Je ne sais pas si vous avez un endroit qui incarne pour vous la futilité d’un monde dans lequel nous ne faisons que passer, mais je crois que j’en tiens un, Monaco. Endroit que je devine charmant, mais où je ne suis jamais allé. Quand je l’affirme, c’est uniquement un jugement visuel. Comme j’aime à la dire : c’est un rocher qui baigne dans une mer aux reflets d’argent. Il n’en reste pas moins que c’est un paysage que l’on pourrait penser posé sur un écrin. Excepté une urbanisation intensive, ce tout petit pays a quand même su garder un charme qui lui est propre. Pour certains c’est juste une illusion, un rêve qui se perd comme les nuages à l’horizon. Pour d’autres, c’est un peu comme ce millionnaire qui sort sa boussole de sa poche, et constate que l’aiguille indique la direction de Monaco. Depuis plus d’un siècle et demi, les dollars se dépensent là avec plus de plaisir que dans n’importe quel autre endroit du monde. Ce fut le trait de génie. Sur des terres incapables de nourrir, ne serait-ce que le souverain en place, on planta une espèce de blé qui a la particularité de ne mûrir que dans les banques. C’est l’endroit « bling bling » par excellence. On y montre ses belles bagnoles, même ses fesses, on y joue les généreux avec cette fausse générosité qui est l’apanage des vrais riches. On donne mais il faut que cela se remarque. En participant à un repas de charité, on récolte une somme d’argent qui est à peine plus que ce que les invités ont payé pour s’asseoir à la table. S’ils avaient directement donné la somme sans venir, le résultat aurait été presque identique, ah oui mais on ne les aurait pas vu frimer, c’est là tout le problème. Et puis, il y a toujours cette attirance vers les têtes couronnées, serrer la main d’une princesse ou lui parler, ce n’est pas comme serrer celle de sa concierge en lui demandant si elle a reçu du courrier. C’est le seul état au monde où le souverain ne peut pas pencher la tête de côté de peur qu’elle ne dépasse la frontière, je vous dis. Du côté de la famille princière, c’est assez cool, le bon prince Albert est plutôt un mec qui paraît assez simple, sûr que si je le croisais et que je le salue, il en ferait de même. Il aime les Scorpions, le groupe de hard rock pas la bestiole, c’est tout dire. Il a bien entendu ses détracteurs, mais celui  qui n’en a pas doit vivre sur une île déserte. Est-on plus heureux si l’on vit à Monaco ?
C’est la question que l’on pourrait poser à tous les personnages que l’on voit sur les photographies que je vous propose. Ils ne sont plus de ce monde, les photos datant du début du 20ème siècle pour la plupart et quelques unes du premier quart. C’est aussi un des charmes de Monaco, l’endroit a été tellement photographié qu’il n’est pas difficile d’en trouver d’anciennes que l’on a jamais vues. Entre silhouettes immobiles sur la photographie, paysages et lieux privés, Monaco rappelle toujours qu’il existe. Et même 120 ans après, cela n’a guère changé, sauf que les photos sont maintenant digitales.

Exploration musicale en terre inconnue (7)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien par la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.

Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1968 – Them / Walking In The Queens Graden. Quand les Them de Van Morrison se séparent, nous retrouvons deux groupes du même nom venant de la même origine, L’un du côté de Texas et l’autre resté anglais, enregistre des titres qui sont, entre autres, publiés par le label suédois Sonet. Ils sont aussi connus sous le nom de Belfast Gypsies et certains titres, tout à fait identiques sont publiés sous Them ou Belfast Gypsies. Si à mon avis cette mouture est meilleure et plus dans la tradition du groupe originel, la version US n’est pas inintéressante non plus. En France, un seul et unique single de groupe version texane est publié par Capitol en 1968, avec un original composé par le groupe en farce principale. Il attira quelques rares fans de la première époque. Il est maintenant assez recherché.

1969 – Joyce Bond / Ob-La-Di-Ob-La-Da. Les Beatles se firent souvent souffler des succès par des artistes qui se contentaient de reprendre un de leurs titres parce que la production locale de tel ou tel pays ne l’avait pas publié en single ou tardivement. Comme la pléthore de titres dans les albums des Beatles qui avaient un potentiel certain de faire un succès, le choix était grand et permettait à des petits malins de s’octroyer un hit avec une chanson signée Lennon et McCartney. Ce fut le cas pour « Michelle » que les Overlanders hissèrent à la première place du hit parade anglais. En 1969, le chose se répète avec « Ob-La-Di-Ob-La-Da » reprise par le groupe Marmelade qui hissent également la chanson à première place en Angleterre. Dans une moindre mesure, le groupe Spectrum en tira aussi quelques bénéfices avec leur propre version. Mais ils ne furent pas les seuls à tenter le coup, la chanteuse jamaïcaine Joyce Bond le fit aussi et son disque fut même édité en France, mais passa surtout inaperçu.

Robert Mitchum ne fut pas seulement un acteur de cinéma et un immonde salaud dans « La Nuit Du Chasseur » de Charles Laughton, mais également un chanteur. Il n’officiait pas dans la chansonnette ou le rock and roll, mais dans le style exotique que l’on appelle calypso. Cela fut publié en France en 1958 et je crois que les ventes furent assez faibles. Disons que je préfère l’acteur…

L’Espagne possède aussi ses enfants prodigues, la petite Marisol fut une de ces stars qui commencèrent d’enregistrer au lieu d’aller à l’école. Née en 1948, elle enregistra son premier disque en 1960. On tenta de nous l’imposer en France via une pléthore de publications dont je peux me vanter de ne pas en avoir vues beaucoup. Il y a longtemps qu’elle a pris sa retraite.

Le fans de pièces vinyles rares françaises devraient connaître ce bonhomme. Il fut le chanteur des Primitives, ce groupe anglais qui s’exila en Italie vers 1965 et y rencontra passablement de succès. En entamant une carrière solo sous le nom de Mal, il fut également un bon vendeur de disques, tantôt chantant en italien, tantôt en anglais. On tenta en vain de l’imposer en France dans les années 1970. Il chante encore aujourd’hui.

1968 – Adam & Eve / Shaggy Dog. Ce duo assez connu en Allemagne est avec ce disque leur seule apparition en pressage français. L’Adam du groupe, un natif américain, est en réalité Johnnie Dee. Si ce nom ne vous dit rien sachez qu’il composa pour les Pretty Things leur fameux « Don’t Bring Me Down » que Ronnie Bird reprit en français « Tu Perds Ton Temps ». En 1975, il s’illustra d’une autre manière, il fut condamné à 6 ans de taule pour tentative d’assassinat sur sa copine d’alors, mais qui n’était plus l’Eve du duo. Le titre principal de ce disque fut aussi interprété par les Rattles.

A propos des Rattles, eh bien les voici. Ils étaient le groupe Allemand no 1 à l’époque de la Beatlemania. Vers la fin des années 60, il décident de s’adjoindre les services d’une chanteuse et de donner une image un peu plus progressive à leur musique. Ils enregistrent un single « The Witch » qui relance leur carrière, mais leur permet aussi de se retrouver dans le hit parade anglais à une bonne place. Le groupe tourne encore aujourd’hui malgré d’innombrables changements de personnel. Le bassiste et le batteur étant les deux membres les plus réguliers. La publication de ce titre en France passa complètement inaperçue ou presque.

1966 – Verdelle Smith / In My Room. Une de ces chanteuses tendance R&B qui font aujourd’hui la joie des collectionneurs. On peut toujours se poser la question de savoir pourquoi ces disques étaient édités en France, d’autant plus qu’ils ne proposent aucun succès. On sa sans doute misé sur le très accessible « In My Room » adaptation d’une chanson en espagnol, reprise en français par Dalida « Dans Ma Chambre », Les versions anglaises de ce titre sont très nombreuses, Walker Brothers, Nancy Sinatra etc… témoignant de son potentiel intéressant. Pourtant aucune de ces versions et encore moins celle de Verdelle Smith, n’attira les auditeurs français.

1966 – I Giganti / Il Mio Giorno Verra. Le label Barclay a sorti un nombre incroyable de publications sous licence étrangère pour le marché français. L’Italie n’est pas absente, témoin la publication de cet EP en 1966 des Giganti. Un groupe assez connu dans son pays, jouant le jeu entre originaux et reprises. Bien qu’assez intéressant, ce disque n’avait aucune chance de devenir un tube en France. Il est tellement peu courant que je ne l’ai jamais vu. Si je connais son existence, c’est bien par d’autres sources que les foires aux collectors.

1967 – Laurie Johnson / The Avengers Theme. Un exemple de disque que tout le monde connaissait et que personne n’achetait. La célèbre série « Chapeau Melon Et Bottes De Cuir » a marqué son époque. La publication de ce 4 titres par Vogue en 1967 ne rencontra pas un franc succès, beaucoup moins que la série. Mais les aficionados vont jusque à mettre 200 euros pour se procurer cette copie, la plus recherchée de tous et sans doute la plus rare.

1963 – The Rockin’ Rebels / Wild Weekend. Le rock à la Johnny & Hurricanes ne fait plus trop recette en France en 1963, sinon à remplir la discographie des artistes instrumentaux français comme Joey & Showmen de Johnny Hallyday. La publication de l’original par Columbia resta très confidentielle, contrairement aux USA où le titre fait encore recette. On n’essaya pas de renouveler la tentative.

1963 – Simone Jackson / Ain’t Gonna Kiss Ya.  Cette jeune chanteuse de Manchester âgée de 16 ans fut, parait-il, accompagnée par les Beatles sur la scène de la Cavern en septembre 1962, évidemment avant qu’ils ne soient célèbres. Sa carrière fut ensuite très courte. Quand les Searchers « empruntèrent » cette chanson (écrite par un certain PJ Proby qui deviendra brièvement une star vers 1964)  au répertoire des Ribbons, groupe vocal féminin noir américain, un directeur artistique de Pye pensa qu’elle irait comme un gant à Simone Jackson. Dans la foulée, Vogue publia le disque en France, même avant la version des Searchers.  D’un côté comme de l’autre, on se tâte encore aujourd’hui pour savoir si l’idée était bonne. Il n’en reste pas moins que le disque n’est pas mal, sans égaler bien meilleure version des Searchers.

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Bas nylons et des records

Je me suis amusé a rechercher parmi les gloires des années 60 dérivées des Beatles, lesquelles de leurs chansons passaient le mieux à la postérité. Je me suis intéressé seulement aux groupes britanniques ayant émergé entre  fin 1962 et 1965. Je me suis basé sur le compteur de Youtube qui a le plus de vues, sans tenir compte de l’ancienneté de la mise en ligne mais en prenant en compte un clip présentant la même chanson qui pourrait avoir eu un nombre de passages significatif.  Il y a malgré tout quelques inconvénients à cela. Par exemple, une vidéo des Animals interprétant « House Of The Rising Sun » qui totalisait plus de 300 millions de vues a été retirée pour une raison que je ne connais pas. C’est énorme pour une « viellerie » et je crois que c’est même le record absolu de celles que je vais vous présenter. Le même clip mis en ligne il y a 6 mois va déjà vers le million de vues, c’est dire si le phénomène est solide. Alors qu’elles sont ces chansons qui attirent les nostalgique, c’est ce que nous allons voir en ne prenant qu’une chanson par artiste, la plus regardée évidemment. C’est aussi parfois un peu étonnant, car même pour un spécialiste comme moi, je suis surpris par certains résultats.

The Hollies – Long Cool Woman – 140 millions. Un hit plutôt tardif.

The Kinks . Lola – 24 millions. J’aurais plutôt imaginé « Sunny Afternoon » ou « You Really Got Me », enfin cette dernière est juste derrière.

The Rolling Stones – Paint It Black – 231  millions. Là, je crois que les paroles plaisent beaucoup aux anglophones. Musicalement, c’est une incontestable réussite.

The Searchers – Love Potion Number Nine – 19 millions. Là encore ce n’est pas la plus connue. Elle n’a pas vraiment été un succès, sauf aux USA où c’est en termes de classement hit parade, leur meilleure réussite. Le clip en playback date de début 1966, trois ans après et juste avant le départ de Chris Curtis. De plus c’est Frank Allen à la basse et plus Tony Jackson le premier bassiste qui assurait aussi les vocaux.

Gerry & The Pacemakers – You’ll Never Walk Alone – 28 millions. Ici pas de surprises.

The Zombies – She’s Not There – 20 millions. Elle est en concurrence avec « Time Of The Season » leur second gros tube enregistré quatre ans plus tard.

The Beatles – Don’t Let Me Down. 348 millions. Ce clip en live où ils interprètent ce qui n’est pas leur chanson la plus populaire, surclasse tous  les enregistrements studios.

Herman’s Hermits – No Milk Today – 12 millions. C’est leur hit le plus international.

Them – Baby Please Don’t Go – 4 millions. On aurait pu penser à « Gloria » internationalement bien plus connu.

The Tornados – Telstar – 4 millions. Le seul instrumental du classement et le premier groupe rock a être no 1 aux USA.

The Yardbirds – For Your Love – 7 millions, clip en live plus regardé que la version studio, l’attrait du visuel sans doute.

The Swinging Blue Jeans – Hippy Hippy Shake – 3 millions. Simple mais efficace.

The Animals – The House Of The Rising Sun – 58 millions, comme dit en introduction, un clip avec plus de 300 millions de vues a été retiré

The tremoloes – Silence Is Golden – 9 millions. Il n’y a pas à dire, les Tremoloes sans Brian Poole ont aligné bien plus de gros hits sans lui.

The Dave Clark Five – Glad All Over – 6 millions. Un des rares groupes anglais qui peut prétendre avoir eu un vingtaine de titres classés aux USA dont la plupart sont des compositions maison.

The Troggs – Wild Things – 17 millions. Une des premières chansons aux relents sexuels autre que du pur romantisme.

The Moody Blues – Nights In White Satin – 42 millions. Qui ne l’a jamais entendue ?

The Small Faces – Itchycoo Park – 11 millions. Ce n’est pas la préférée des radios nostalgiques.

The Who – Baba O’riley – 37 millions. C’est également assez surprenant. Mais le jury a voté !

The Easybeats – Friday On My Mind – 12 millions.  Le clip est excellent, le chanteur ne fait pas que chanter.

Spencer Davis Greoup – Gimme Some Lovin’ – 12 millions. C’est toujours aussi plaisant.

The Nashville teens – Tobacco Road – 2 millions. Cela aurait été difficile d’en imaginer une autre.

 

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