En passant

Bas nylons et une certaine dame

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Au cours de mes précédents articles, nous avons vu combien l’influence des Noirs s’est faite sentir dans la musique blanche côté jazz et rock and roll. La réciproque n’est pas toujours vraie, les Noirs boudèrent passablement quelques standards du rock and roll créés par des Blancs. On trouve rarement, et même parfois jamais, des chansons comme « Be Bop A Lula », « Blue Suede Shoes », « Twenty Flight Rock » ou encore « Shakin’ All Over », interprétées par des Noirs. Si les Noirs reprennent du rock, ils se tourneront plutôt vers Little Richard ou Chuck Berry. D’autres chansons qui n’appartiennent pas à ce courant, échappent aussi passablement à l’attirance des Noirs. Nous allons en revisiter une, qui est un immortel standard mais très typique d’un public blanc. Elle fut composée par un certain Wayne Shanklin et rendue célèbre en 1951 par Frankie Laine, elle porte comme titre un prénom biblique : « Jezebel ».

Bien que typiquement américaine, mais relatant une histoire originaire du proche-orient, elle a indubitablement un petit petit fond musical venant de là. La comparaison s’arrête ici, car au fil des innombrables reprises, elle a connu toutes sortes de traitements qui l’éloignent parfois passablement de l’original. Dès sa publication en 1951, le disque de Frankie Laine connaît un immense succès et se vend à un million d’exemplaires, chose pas si courante pour l’époque. Elle fait partie de ces chansons qui ont ce petit quelque chose qui leur permet de traverser les ans sans problèmes, contrairement à des succès ponctuels qui retournent assez rapidement à une relative obscurité et qui ne tentent pas grand monde pour une reprise. La même année, Edith Piaf remarque cette chanson et demande à son homme de peine Charles Aznavour, de lui coller des paroles françaises. Il le fit et l’enregistra aussi un peu plus tard. A ce propos, j’ai une histoire personnelle à raconter à propos de cette chanson. Je dois l’avoir déjà racontée, mais je vais le faire encore une fois, tant le hasard fait drôlement les choses. Il y avait sans doute un milliard de chances que cela arrive, mais c’est bel et bien arrivé.
J’étais en vacances en 1974 à l’hôtel Ritz dans la petite ville de Senigallia en Italie, au bord de l’Adriatique. Il était environ 15 heures et je me prélassais dans un rocking chair juste à côté de l’entrée de l’hôtel. Comme je ne fais rien sans musique, surtout en vacances, j’avais avec moi mon lecteur de cassettes. C’était alors le moyen le plus courant pour écouter de la musique choisie, il n’y avait pas de walkman, ni de lecteur CD. C’est là que le hasard entre en jeu et vient mettre sa pincée de sel. Dans mes fouillis d’enregistrements qui comprenaient un choix hétéroclite des chansons, il y avait justement « Jezebel » dans la version des Chaussettes Noires. C’est justement celle-là qui passait sur mon appareil au moment précis où je vis un bonhomme qui était à une dizaine de mètres, se diriger vers l’entrée, donc vers moi. Je l’ai regardé, et je me suis dis que je connaissais cette binette. Quand il a été un peu plus près, j’ai reconnu Charles Aznavour en personne. Arrivé à ma hauteur, il s’est arrêté, m’a regardé étonné deux secondes, et est entré dans l’hôtel sans dire un mot. Je pense qu’il avait reconnu la chanson et voulait être sûr d’avoir bien entendu. Je n’ai pas essayé d’engager la conversation avec lui, car à cette époque, je me foutais complètement de ce qu’il pouvait représenter, je détestais cordialement. Par son attitude après dans l’hôtel, car c’était un peu l’émeute, je l’ai jugé assez hautain, mais pas complètement antipathique. Souvent ces personnages ne sont humbles que quand la caméra enregistre. Mais assez de blabla, voyons différentes versions…

L’original, 1951.

Edith Piaf en français, 1951.

Charles Aznavour, 1952.

Le premier rockeur à la reprendre, Gene Vincent, 1956.

Un des pionniers du rock au Japon, Masaaki Hirao, 1958.

Les Everly Brothers, toujours au top dans les reprises, 1962.

Marty Wilde, le père de Kim, un hit modéré pour lui en Angleterre, 1962.

Version orchestrale de Michel Legrand, on devine son goût pour les musiques de films, 1962.

Les Chaussettes Noires, une plaisante version, 1963.

Lee Curtis & All Stars, des Anglais à Hambourg, en live à La Cavern, 1964.

Les Hollandais, Johnny Kendall & Heralds, la première version que j’ai mise dans ma discothèque, 1964.

Vince Taylor & Bobby Clarke Noise, 1965.

Herman’s Hermits, en live, 1966.

Le King Set, avec Michel Jonasz comme chanteur, très soul music, 1967.

Les fameux Milkshakes, le garage de l’after punk, 1984.

The Mummies, groupe trash US, 1992.

David Vannian, ancien membre des Damned, une version assez bien vue, entre psyché et garage, 1995.

Huevos Rancheros, ce sont des Canadiens, en surf et instrumental, 1995.

L’Anglaise Anna Calvi en live à Paris, assez bien vu, 2011

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2 réflexions sur “Bas nylons et une certaine dame

  1. Bonjour M. Boss,
    Un titre légendaire, pas un de mes préférés et je n’en connaissais pas la genèse .
    merci beaucoup.pour nous apporter cette connaissance .
    Bonne semaine
    ooldan

  2. Hello Cooldan,

    Ce n’est aussi pas ma préférée, j’aime bien sans plus. Mais j’essaye d’explorer un peu tous les horizons.
    Merci d’apprécier mes présentations.
    Bonne suite de semaine

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