En passant

Bas nylons et suspendre la crémaillère

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Nous avons vu dans un poste précédent, l’accident de chemin de fer qui eut lieu à proximité de Monte-Carlo en 1886. Un autre drame se produisit dans la principauté presque 50 ans plus tard, lié lui-aussi avec un moyen de transport dont on a presque oublié qu’il a existé à cet endroit.
L’essor de Monaco dans la seconde moitié du 19ème siècle amena une clientèle le plus souvent fortunée dont il fallait prendre bien soin. Le principal problème était l’exiguïté de son territoire après 1848. Les connaisseurs en histoire locale savent qu’avant cette date le territoire de Monaco s’étendait sur presque 25 km2 jusqu’à Menton, contre 2 km2 aujourd’hui. Une sombre histoire de taxe promulguée par le prince en exercice, Florestan 1er, et la période révolutionnaire de 1848, poussa Roquebrune et Menton à se déclarer villes libres avec la protection du royaume de Sardaigne.
Ce fut le malheur et aussi la chance de Monaco. En 1856, le nouveau prince Charles III, vit dans le tourisme une possibilité de redorer l’image de la principauté, en ciblant une clientèle de luxe. Le création d’un casino, l’apparition un peu tardive du chemin de fer (1868 avant on vient en bateau), la douceur du climat furent les atouts qui hissèrent Monaco en un haut lieu du tourisme. En 1869 l’objectif est atteint, Monaco est financièrement autonome, si bien que l’on peut supprimer les impôts. Cela permet d’attirer les résidents et développer la construction. Cela fait un peu sourire, supprimer les impôts pour attirer l’argent, mais le truc est efficace, certains politiciens devraient le méditer.
De pierre en pierre, Monaco se bâtit et le territoire devient assez vite étroit, d’autant plus que l’on n’est pas encore à l’édification de maisons à 20 étages. Heureusement Monaco n’est pas une île, les localités environnantes profitent aussi du boum. Pour un touriste de passage, même fortuné, si son envie de séjour est irréversible, il acceptera d’aller se loger dans les environs. Rien ne l’empêchera d’aller flamber le soir au casino, il n’y a même pas de frontière à franchir.
Pour les communes qui ont une frontière avec Monaco, une sorte de manne tombe du ciel, c’est encore le cas aujourd’hui. Difficile de trouver quelque chose qui n’est pas indexé sur les prix de la principauté quand il faut juste marcher cent mètres pour être sur le territoire de Monaco. Sans doute une des plus mal placées est La Turbie, perchée sur la montagne à l’ouest, à 450 mètres au-dessus de la principauté. Aujourd’hui pour y accéder, il faut suivre une des routes possibles qui monte en lacets à l’ouest de Monaco sur ce qui se nomme La Moyenne Corniche. C’est sur cette route que Grace Kelly eut son fatal accident. Mais au 19ème siècle, l’accès était différent, il fallait grimper la montagne par une voie romaine empruntée par les diligences. Cependant La Turbie ne veut pas rester en arrière, elle a quelques atouts, une vue magnifique sur la mer et aussi on peut l’imager une tranquillité que la vie mondaine n’offre pas toujours. Son principal handicap reste l’accès qui ne peut se faire que par diligence avec en prime la cahots de la route.
Des 1869, l’idée d’un chemin de fer à crémaillère pointe dans les esprits. Si La Turbie voit cela d’un bon oeil, Monaco y voit aussi une opportunité, celle d’accueillir encore plus de touristes en étoffant les possibilités d’accueil de proximité. La construction de la ligne ne sera pas faite de sang et de larmes, mais le résultat final se fera attendre un quart de siècle. Entre les problèmes techniques, la faillite de promoteurs, les oppositions militaires, et toutes ces petites choses qui retardent un chantier au point que l’on ne rappelle plus très bien ce que l’on était un train de construire.
Finalement, le 10 février 1894, la ligne accueille ses premiers voyageurs. C’est bien d’un train à crémaillère dont il s’agit avec traction à vapeur. La ligne est longue de 2,66 km, avec un point de départ à 67 mètres d’altitude pour 467 mètres à l’arrivée, sur voie métrique. La station du bas est sur le territoire de Monte-Carlo,, vers l’actuelle Place de la Crémaillère, à la limite frontière avec Beausoleil.


La ligne connut un succès en constante augmentation jusqu’au 8 mars 1932. Un train qui venait de partir de Monte-Carlo à 8h00, s’arrêta à 200 mètres de son point de départ et repartit en arrière, allant se fracasser contre les aménagements de la station. Ce drame fit trois victimes, le chauffeur, le mécanicien, un voyageur, et trois blessés. La cause probable est la rupture d’une pièce de la crémaillère. Heureusement l’heure matinale fit que le nombre de passagers était moindre, les wagons pouvaient contenir 60 voyageurs. Cela marqua un arrêt définitif de l’exploitation. Il faut préciser que la donne avait bien changé, la voiture avait pris le dessus et les routes très sensiblement meilleures. Aujourd’hui, bien des touristes qui admirent Monaco ne se doutent pas qu »il a existé un train à crémaillère, dont seul le nom d’une place et d’une rue peuvent attirer l’attention d’un touriste curieux.
Bien entendu, je suis parti à la recherche d’articles de presse qui relatent l’événement. Le drame passe un peu inaperçu en France, car l’actualité se concentre sur la mort d’Aristide Briand. J’ai quand même trouvé quelques journaux qui mentionnaient le fait. Je commencerai par présenter l’article de L’Humanité, journal du parti communiste qui ne manque pas d’attaquer la bonne société. Ce qui ne manque pas par contre, ce sont les images qui montrent différentes vues de la ligne et aussi de l’accident.

 

L’accident

La gare de Monte-Carlo

Différentes vues de la ligne

Gare de La Turbie

Sources . Gallica, Wikipédia, BNP, DP

Exploration en terre musicale inconnue (24)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – The Dellwoods / She Got A Nose Job. Après avoir été distribué en France par London, le label américain Big Top est repris par Barclay. A ce moment là deux grands noms enregistrent pour lui, Del Shannon et Johnny & Hurricanes. Barclay profite pour publier en France un fond de tiroir du label sur un EP qui couple Mike Russo et les Dellwoods. C’est extrait d’un album un peu parodique qui fait la part belle au célèbre magazine Mad. Sur la pochette de l’édition française on peut lire : « Les disques Barclay déclinent toute responsabilité quant aux accidents survenus à la suite de l’exécution de la danse contenue dans ce disque ». A ma connaissance, il n’y a pas eu beaucoup d’accidents.

1972 – The Dramatics / Whatcha See Is Whatcha Get. Le funk et la soul sont en passe de devenir une musique de premier plan au tournant des années 1970. En Europe cela démarre assez gentiment, toutes les publications des hits américains sont loin de connaître le même succès sur le vieux continent. En voici un exemple qui n’a pas cartonné en France.

1963 – The Earls / Remember Then. En 1962, le style doo wop et les ballades années 50 sont en perte de vitesse. Pourtant ici et là, quelques artistes arrivent encore à faire des tubes dans ce style. Il y a les Duprees avec « You Belong To Me » et ici les Earls et « Remember THen ». Edité en France sur un EP partagé avec un certain Larry Finnegan, le disque passe très inaperçu, mais le titre est remarqué par les Missiles qui l’adaptent en français pour leur premier EP. Remarquez que le titre faisait un peu double emploi avec la version anglaise de Jimmy Powell, également publiée en France par Decca, lui aussi couplé sur un EP avec les Chucks qui reprennent le hit de Johnny Thunder (pas le chanteur des New York Dolls) « Loo-Be-Loop », dont notamment Dalida fera un adaptation française. Comme ce disque est aussi rare que l’autre, je vous le mets à la suite.

The Earls

The Chucks

1966 – Cher / Mama. Cher est ce que l’on peut considérer comme étant une grande star. Parallèlement à son duo avec Sonny, elle a une carrière de soliste assez prolifique, d’ailleurs sous la houlette de Sonny qui lui compose des titres assez marquants. Le duo Sonny & Cher a bien cartonné en France, enregistrant même dans notre langue. Par contre sa discographie française solo est nettement boudée et les disques d’époque, sans être des raretés très cotées, sont bien plus difficiles à trouver. Qui se souvent de cette charmante « Mama » sur cet EP de 1966 ?

1967 – The Mamas And The Papas / Dancing Bear. Ce titre est l’illustration parfaite du manque d’intérêt pour un artiste quand il n’est pas programmée à la radio. Quand on écoute leurs hits, il est évident que c’est une groupe qui manie parfaitement les harmonies vocales et que les compositions de John Philips sont de premier ordre. Et pourtant cette petite merveille sortie en 1967 n’a de loin pas eu le succès qu’elle méritait. Si cette chanson était maintenant reprise pour une publicité, sûr que l’on en vendrait un million.

1965 – Les Astronautes (Astronauts) – I Still Remember. La discographie française des Astronautes, orthographié en français sur les publications, est assez rare. Les connaisseurs savent que c’est un groupe plus spécialisé dans la surf music et originaires du Colorado, état qui n’est pas spécialement attirant pour la pratique du surf. Le surf passant de mode, il s’orientent vers les dérivés de la Beatlemania. Un rarissime et dernier EP illustrant ce virage est publié en France en 1965.

1978 – Chorale / Riu Riu. Je me souviens très bien d’avoir acheté ce disque dans un magasin qui s’appelait Champs Disques à Paris. J’avais pris la peine de l’écouter, car je connaissais une chanson du même titre enregistrée par le Kingston Trio. C’était bien la même et j’ai été charmé par l’arrangement pop de cette chanson d’origine sud-américaine. A part ça, le groupe est d’origina anglaise et je ne crois pas que les ventes ont atteint le million d’exemplaires.

1960 – Los Dandies / Dracula Cha Cha Cha.  Malgré le « los », il s’agit bien d’un orchestre italien. En 1958, la firme cinématographique anglaise Hammer relance avec un certain succès le personnage de Dracula, via l’interprétation sanguinolente et en couleurs de Christopher Lee . L’apparition du personnage dans le titre d’un disque uniquement dédié à la danse est presque une suite logique. La France n’ayant rien sous la main dans le genre, on fait appel à une production italienne que Vogue publie via son sous-label Pop. La plupart des initiatives de ce genre se contentent de ventes modérées et de ce fait sont assez rares, elles n’ont souvent qu’un intérêt mineur pour les collectionneurs.

1968 – Owl / Run To The Sun. Du psychédélique anglais qui passa complètement inaperçu lors de sa sortie. Le groupe avait dans ses membres un certain J. Vincent Edwards qui aura une certaine notoriété deux ans plus tard avec « Thanks ». C’est une bonne petite pièce de collection.

1965 – The Paramounts / Draw Me Closer. Une grosse pièce de collection. Il y a une bonne raison à cela, les Paramounts sont les célèbres Procol Harum sous un premier nom. Autant ils vendirent des millions de disques sous leur second nom, autant ils n’en vendirent que quelques centaines en étant les Paramounts. La France se décide quand même à mettre en route un EP en 1965. La chanteuse Doris Troy ayant porté bonheur aux Hollies avec « Just One Look », ils vont puiser à la même source et les mêmes compositeurs et empruntent « Draw Me Closer ».  Leur reprise est plutôt bonne, s’inscrivant dans une veine r’n’b assez présente chez le Paramounts. Pour ceux qui connaissent Procol Harum et surtout leur immortel hit « A Whiter Shade Of Pale », la voix de Gary Brooker est aisément reconnaissable. Même emballé dans une splendide pochette, cette édition française unique ne se vendit que très peu.

1969 – People / I Love You. Plusieurs artistes portent ce nom. Ici il s’agit d’un groupe californien dont deux singles parurent en France sans provoquer de marées. Sur le premier on trouve une splendide reprise de « I Love You » des Zombies.

1959 – Jack Scott – The Way I Walk. Jack Scott, alors qu’il était plutôt un rocker dans l’âme, a créé un slow immortel qui fit le tour du monde en 1958 « My True Love ». Même la France s’y colla et continua de publier ses disques les années suivante. Si son succès est assez facile à dénicher dans une vieille édition, les suivants sont très nettement plus rares et peuvent atteindre des sommes rondelettes, comme cet EP de 1959, le troisième publié. Comme extrait une chanson plutôt rock et bien roulée.

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En passant

Bas nylon et des Manfreds

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Manfred Mann est un groupe majeur dans le paysage des sixties. De 1964 à 1969, ils ne cessèrent d’être présents dans le hit parade de nombreux pays, l’Angleterre restant leur terre d’élection. Comme pas mal de leurs collègues, ils savent explorer la discographie des autres pour en tirer des hit potentiels qu’ils savent arranger de manière très persuasive pour les oreilles. Bob Dylan, dont ils reprirent plusieurs titres pour en faire des succès personnels, souligna qu’il les considérait comme ses meilleurs adaptateurs. Si on ne les regarde que sous cet aspect, on pourrait déduire que c’est un groupe commercial avec une certaine maestria. Mais ils furent plus habiles que cela, le reste de la discographie comprend un répertoire axé sur le r&b, le blues, et même le jazz tendance moderne. On peut supposer que c’est ce qu’ils préféraient et surtout les très belles ventes qu’ils réussirent avec leurs succès, leur laissèrent à peu près le champ libre pour compléter les faces B, les albums, avec ce qui leur plaisait. Il faut distinguer deux principales épopées dans l’histoire du groupe, celle de la période du chanteur Paul Jones jusqu’en 1966 et après celle avec Mike D’Abo jusqu’en 1969. Partons explorer quelques unes de ces petites merveilles, encore toutes scintillantes d’un savoir faire certain. Pour ce post, nous nous intéresserons à la période Jones qui comprend: Paul Jones, chant, harmonica;  Manfred Mann, claviers; Mike Vickers, guitare, saxophone, flûte; Mike Hugg, batterie, vibraphone, claviers: Tom McGuiness, basse, ensuite guitare. A noter que vers la fin de cette période, Jack Bruce fut pendant quelques mois le bassiste avant de partir rejoindre Cream, remplacé par Klaus Voorman, le dessinateur de la pochette du « Revolver » des Beatles. Les clips sont à peu près dans l’ordre de leur parution, excepté le premier « The One In THe Middle » que j’ai mis en avant mais qui date de 1965. A l’origine ce titre original composé par le chanteur était destiné aux Yardbirds, les deux groupes se connaissaient très bien. Keith Relf le chanteur des Yardbirds le refusa. Il ne considérait pas le titre comme mauvais, mais les paroles qui sont en fait une présentation du groupe, mettent le chanteur en avant « celui au milieu » et Relf ne se considérait pas comme le pivot central du groupe. Mais les Yardbirds acceptèrent une autre composition du groupe, qui devint un titre assez mythique dans leur discographie « Mr You’re A Better Man Than I ».

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