En passant

Bas nylons et suspendre la crémaillère

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Nous avons vu dans un poste précédent, l’accident de chemin de fer qui eut lieu à proximité de Monte-Carlo en 1886. Un autre drame se produisit dans la principauté presque 50 ans plus tard, lié lui-aussi avec un moyen de transport dont on a presque oublié qu’il a existé à cet endroit.
L’essor de Monaco dans la seconde moitié du 19ème siècle amena une clientèle le plus souvent fortunée dont il fallait prendre bien soin. Le principal problème était l’exiguïté de son territoire après 1848. Les connaisseurs en histoire locale savent qu’avant cette date le territoire de Monaco s’étendait sur presque 25 km2 jusqu’à Menton, contre 2 km2 aujourd’hui. Une sombre histoire de taxe promulguée par le prince en exercice, Florestan 1er, et la période révolutionnaire de 1848, poussa Roquebrune et Menton à se déclarer villes libres avec la protection du royaume de Sardaigne.
Ce fut le malheur et aussi la chance de Monaco. En 1856, le nouveau prince Charles III, vit dans le tourisme une possibilité de redorer l’image de la principauté, en ciblant une clientèle de luxe. Le création d’un casino, l’apparition un peu tardive du chemin de fer (1868 avant on vient en bateau), la douceur du climat furent les atouts qui hissèrent Monaco en un haut lieu du tourisme. En 1869 l’objectif est atteint, Monaco est financièrement autonome, si bien que l’on peut supprimer les impôts. Cela permet d’attirer les résidents et développer la construction. Cela fait un peu sourire, supprimer les impôts pour attirer l’argent, mais le truc est efficace, certains politiciens devraient le méditer.
De pierre en pierre, Monaco se bâtit et le territoire devient assez vite étroit, d’autant plus que l’on n’est pas encore à l’édification de maisons à 20 étages. Heureusement Monaco n’est pas une île, les localités environnantes profitent aussi du boum. Pour un touriste de passage, même fortuné, si son envie de séjour est irréversible, il acceptera d’aller se loger dans les environs. Rien ne l’empêchera d’aller flamber le soir au casino, il n’y a même pas de frontière à franchir.
Pour les communes qui ont une frontière avec Monaco, une sorte de manne tombe du ciel, c’est encore le cas aujourd’hui. Difficile de trouver quelque chose qui n’est pas indexé sur les prix de la principauté quand il faut juste marcher cent mètres pour être sur le territoire de Monaco. Sans doute une des plus mal placées est La Turbie, perchée sur la montagne à l’ouest, à 450 mètres au-dessus de la principauté. Aujourd’hui pour y accéder, il faut suivre une des routes possibles qui monte en lacets à l’ouest de Monaco sur ce qui se nomme La Moyenne Corniche. C’est sur cette route que Grace Kelly eut son fatal accident. Mais au 19ème siècle, l’accès était différent, il fallait grimper la montagne par une voie romaine empruntée par les diligences. Cependant La Turbie ne veut pas rester en arrière, elle a quelques atouts, une vue magnifique sur la mer et aussi on peut l’imager une tranquillité que la vie mondaine n’offre pas toujours. Son principal handicap reste l’accès qui ne peut se faire que par diligence avec en prime la cahots de la route.
Des 1869, l’idée d’un chemin de fer à crémaillère pointe dans les esprits. Si La Turbie voit cela d’un bon oeil, Monaco y voit aussi une opportunité, celle d’accueillir encore plus de touristes en étoffant les possibilités d’accueil de proximité. La construction de la ligne ne sera pas faite de sang et de larmes, mais le résultat final se fera attendre un quart de siècle. Entre les problèmes techniques, la faillite de promoteurs, les oppositions militaires, et toutes ces petites choses qui retardent un chantier au point que l’on ne rappelle plus très bien ce que l’on était un train de construire.
Finalement, le 10 février 1894, la ligne accueille ses premiers voyageurs. C’est bien d’un train à crémaillère dont il s’agit avec traction à vapeur. La ligne est longue de 2,66 km, avec un point de départ à 67 mètres d’altitude pour 467 mètres à l’arrivée, sur voie métrique. La station du bas est sur le territoire de Monte-Carlo,, vers l’actuelle Place de la Crémaillère, à la limite frontière avec Beausoleil.


La ligne connut un succès en constante augmentation jusqu’au 8 mars 1932. Un train qui venait de partir de Monte-Carlo à 8h00, s’arrêta à 200 mètres de son point de départ et repartit en arrière, allant se fracasser contre les aménagements de la station. Ce drame fit trois victimes, le chauffeur, le mécanicien, un voyageur, et trois blessés. La cause probable est la rupture d’une pièce de la crémaillère. Heureusement l’heure matinale fit que le nombre de passagers était moindre, les wagons pouvaient contenir 60 voyageurs. Cela marqua un arrêt définitif de l’exploitation. Il faut préciser que la donne avait bien changé, la voiture avait pris le dessus et les routes très sensiblement meilleures. Aujourd’hui, bien des touristes qui admirent Monaco ne se doutent pas qu »il a existé un train à crémaillère, dont seul le nom d’une place et d’une rue peuvent attirer l’attention d’un touriste curieux.
Bien entendu, je suis parti à la recherche d’articles de presse qui relatent l’événement. Le drame passe un peu inaperçu en France, car l’actualité se concentre sur la mort d’Aristide Briand. J’ai quand même trouvé quelques journaux qui mentionnaient le fait. Je commencerai par présenter l’article de L’Humanité, journal du parti communiste qui ne manque pas d’attaquer la bonne société. Ce qui ne manque pas par contre, ce sont les images qui montrent différentes vues de la ligne et aussi de l’accident.

 

L’accident

La gare de Monte-Carlo

Différentes vues de la ligne

Gare de La Turbie

Sources . Gallica, Wikipédia, BNP, DP

Exploration en terre musicale inconnue (24)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1962 – The Dellwoods / She Got A Nose Job. Après avoir été distribué en France par London, le label américain Big Top est repris par Barclay. A ce moment là deux grands noms enregistrent pour lui, Del Shannon et Johnny & Hurricanes. Barclay profite pour publier en France un fond de tiroir du label sur un EP qui couple Mike Russo et les Dellwoods. C’est extrait d’un album un peu parodique qui fait la part belle au célèbre magazine Mad. Sur la pochette de l’édition française on peut lire : « Les disques Barclay déclinent toute responsabilité quant aux accidents survenus à la suite de l’exécution de la danse contenue dans ce disque ». A ma connaissance, il n’y a pas eu beaucoup d’accidents.

1972 – The Dramatics / Whatcha See Is Whatcha Get. Le funk et la soul sont en passe de devenir une musique de premier plan au tournant des années 1970. En Europe cela démarre assez gentiment, toutes les publications des hits américains sont loin de connaître le même succès sur le vieux continent. En voici un exemple qui n’a pas cartonné en France.

1963 – The Earls / Remember Then. En 1962, le style doo wop et les ballades années 50 sont en perte de vitesse. Pourtant ici et là, quelques artistes arrivent encore à faire des tubes dans ce style. Il y a les Duprees avec « You Belong To Me » et ici les Earls et « Remember THen ». Edité en France sur un EP partagé avec un certain Larry Finnegan, le disque passe très inaperçu, mais le titre est remarqué par les Missiles qui l’adaptent en français pour leur premier EP. Remarquez que le titre faisait un peu double emploi avec la version anglaise de Jimmy Powell, également publiée en France par Decca, lui aussi couplé sur un EP avec les Chucks qui reprennent le hit de Johnny Thunder (pas le chanteur des New York Dolls) « Loo-Be-Loop », dont notamment Dalida fera un adaptation française. Comme ce disque est aussi rare que l’autre, je vous le mets à la suite.

The Earls

The Chucks

1966 – Cher / Mama. Cher est ce que l’on peut considérer comme étant une grande star. Parallèlement à son duo avec Sonny, elle a une carrière de soliste assez prolifique, d’ailleurs sous la houlette de Sonny qui lui compose des titres assez marquants. Le duo Sonny & Cher a bien cartonné en France, enregistrant même dans notre langue. Par contre sa discographie française solo est nettement boudée et les disques d’époque, sans être des raretés très cotées, sont bien plus difficiles à trouver. Qui se souvent de cette charmante « Mama » sur cet EP de 1966 ?

1967 – The Mamas And The Papas / Dancing Bear. Ce titre est l’illustration parfaite du manque d’intérêt pour un artiste quand il n’est pas programmée à la radio. Quand on écoute leurs hits, il est évident que c’est une groupe qui manie parfaitement les harmonies vocales et que les compositions de John Philips sont de premier ordre. Et pourtant cette petite merveille sortie en 1967 n’a de loin pas eu le succès qu’elle méritait. Si cette chanson était maintenant reprise pour une publicité, sûr que l’on en vendrait un million.

1965 – Les Astronautes (Astronauts) – I Still Remember. La discographie française des Astronautes, orthographié en français sur les publications, est assez rare. Les connaisseurs savent que c’est un groupe plus spécialisé dans la surf music et originaires du Colorado, état qui n’est pas spécialement attirant pour la pratique du surf. Le surf passant de mode, il s’orientent vers les dérivés de la Beatlemania. Un rarissime et dernier EP illustrant ce virage est publié en France en 1965.

1978 – Chorale / Riu Riu. Je me souviens très bien d’avoir acheté ce disque dans un magasin qui s’appelait Champs Disques à Paris. J’avais pris la peine de l’écouter, car je connaissais une chanson du même titre enregistrée par le Kingston Trio. C’était bien la même et j’ai été charmé par l’arrangement pop de cette chanson d’origine sud-américaine. A part ça, le groupe est d’origina anglaise et je ne crois pas que les ventes ont atteint le million d’exemplaires.

1960 – Los Dandies / Dracula Cha Cha Cha.  Malgré le « los », il s’agit bien d’un orchestre italien. En 1958, la firme cinématographique anglaise Hammer relance avec un certain succès le personnage de Dracula, via l’interprétation sanguinolente et en couleurs de Christopher Lee . L’apparition du personnage dans le titre d’un disque uniquement dédié à la danse est presque une suite logique. La France n’ayant rien sous la main dans le genre, on fait appel à une production italienne que Vogue publie via son sous-label Pop. La plupart des initiatives de ce genre se contentent de ventes modérées et de ce fait sont assez rares, elles n’ont souvent qu’un intérêt mineur pour les collectionneurs.

1968 – Owl / Run To The Sun. Du psychédélique anglais qui passa complètement inaperçu lors de sa sortie. Le groupe avait dans ses membres un certain J. Vincent Edwards qui aura une certaine notoriété deux ans plus tard avec « Thanks ». C’est une bonne petite pièce de collection.

1965 – The Paramounts / Draw Me Closer. Une grosse pièce de collection. Il y a une bonne raison à cela, les Paramounts sont les célèbres Procol Harum sous un premier nom. Autant ils vendirent des millions de disques sous leur second nom, autant ils n’en vendirent que quelques centaines en étant les Paramounts. La France se décide quand même à mettre en route un EP en 1965. La chanteuse Doris Troy ayant porté bonheur aux Hollies avec « Just One Look », ils vont puiser à la même source et les mêmes compositeurs et empruntent « Draw Me Closer ».  Leur reprise est plutôt bonne, s’inscrivant dans une veine r’n’b assez présente chez le Paramounts. Pour ceux qui connaissent Procol Harum et surtout leur immortel hit « A Whiter Shade Of Pale », la voix de Gary Brooker est aisément reconnaissable. Même emballé dans une splendide pochette, cette édition française unique ne se vendit que très peu.

1969 – People / I Love You. Plusieurs artistes portent ce nom. Ici il s’agit d’un groupe californien dont deux singles parurent en France sans provoquer de marées. Sur le premier on trouve une splendide reprise de « I Love You » des Zombies.

1959 – Jack Scott – The Way I Walk. Jack Scott, alors qu’il était plutôt un rocker dans l’âme, a créé un slow immortel qui fit le tour du monde en 1958 « My True Love ». Même la France s’y colla et continua de publier ses disques les années suivante. Si son succès est assez facile à dénicher dans une vieille édition, les suivants sont très nettement plus rares et peuvent atteindre des sommes rondelettes, comme cet EP de 1959, le troisième publié. Comme extrait une chanson plutôt rock et bien roulée.

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En passant

Bas nylon et des Manfreds

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Manfred Mann est un groupe majeur dans le paysage des sixties. De 1964 à 1969, ils ne cessèrent d’être présents dans le hit parade de nombreux pays, l’Angleterre restant leur terre d’élection. Comme pas mal de leurs collègues, ils savent explorer la discographie des autres pour en tirer des hit potentiels qu’ils savent arranger de manière très persuasive pour les oreilles. Bob Dylan, dont ils reprirent plusieurs titres pour en faire des succès personnels, souligna qu’il les considérait comme ses meilleurs adaptateurs. Si on ne les regarde que sous cet aspect, on pourrait déduire que c’est un groupe commercial avec une certaine maestria. Mais ils furent plus habiles que cela, le reste de la discographie comprend un répertoire axé sur le r&b, le blues, et même le jazz tendance moderne. On peut supposer que c’est ce qu’ils préféraient et surtout les très belles ventes qu’ils réussirent avec leurs succès, leur laissèrent à peu près le champ libre pour compléter les faces B, les albums, avec ce qui leur plaisait. Il faut distinguer deux principales épopées dans l’histoire du groupe, celle de la période du chanteur Paul Jones jusqu’en 1966 et après celle avec Mike D’Abo jusqu’en 1969. Partons explorer quelques unes de ces petites merveilles, encore toutes scintillantes d’un savoir faire certain. Pour ce post, nous nous intéresserons à la période Jones qui comprend: Paul Jones, chant, harmonica;  Manfred Mann, claviers; Mike Vickers, guitare, saxophone, flûte; Mike Hugg, batterie, vibraphone, claviers: Tom McGuiness, basse, ensuite guitare. A noter que vers la fin de cette période, Jack Bruce fut pendant quelques mois le bassiste avant de partir rejoindre Cream, remplacé par Klaus Voorman, le dessinateur de la pochette du « Revolver » des Beatles. Les clips sont à peu près dans l’ordre de leur parution, excepté le premier « The One In THe Middle » que j’ai mis en avant mais qui date de 1965. A l’origine ce titre original composé par le chanteur était destiné aux Yardbirds, les deux groupes se connaissaient très bien. Keith Relf le chanteur des Yardbirds le refusa. Il ne considérait pas le titre comme mauvais, mais les paroles qui sont en fait une présentation du groupe, mettent le chanteur en avant « celui au milieu » et Relf ne se considérait pas comme le pivot central du groupe. Mais les Yardbirds acceptèrent une autre composition du groupe, qui devint un titre assez mythique dans leur discographie « Mr You’re A Better Man Than I ».

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En passant

Bas nylons et un train vers un rocher

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Le progrès apporte son lot de bonheur mais aussi son lot de malheur. A la Renaissance, on ne parlait pas d’accidents de chemin de fer, mais dès son apparition il fallut faire avec. La mémoire collective ne retient que les grands événements, il en va aussi ainsi pour les accidents ferroviaires. On se souvent de cet accident qui vit un train sortir des rails en Espagne il n’y a pas si longtemps. C ‘est même amplement documenté par l’image et le film. Si on remonte au 19ème siècle, pratiquement aucun de ces accidents  ne fait encore l’objet d’une quelconque attention. Il n’y a guère que par les journaux que l’on pouvait avoir une information quand un accident conséquent se produisait à des centaines de kilomètres. Je suis tombé par hasard sur un de ces événements qui eut un retentissement local assez considérable. Il se produisit tout près de Monaco le 10 mars 1886. A cette époque, l’endroit était déjà un lieu de villégiature renommé et surtout visité par des gens qui n’avaient pas la bourse plate, le casino faisait et défaisait les fortunes. Disons ironiquement qu’il y avait plus de victimes par suicide que par les accidents de chemin de fer, mais les premières faisaient nettement moins la une des journaux, réputation oblige.
Qu’en était-il du réseau ferroviaire en 1886 ? Les trains circulaient encore a des vitesses relativement raisonnables, mais le matériel roulant n’était pas d’une résistance à toute épreuve, il y avait encore trois classes et les wagons de cette troisième classe très vétustes, souvent presque entièrement en bois avec un confort désuet. Lors d’un choc un peu violent, il se désintégraient facilement quand ils ne prenaient pas feu. La signalisation était rudimentaire, mécanique, manuelle, chaque compagnie avait son propre code et système de signaux. Entre les gares, il n’y avait guère que le téléphone ou le télégraphe. encore fallait-il qu’il soit installé. Un événement particulier nécessitait souvent une intervention humaine avec les moyens du bord. Evidemment, la circulation était plus restreinte que maintenant, il n’y avait pas de trains qui circulaient les uns derrière les autres.
Je suis parti à la recherche de documents qui concernent cet accident à travers les quelques journaux qui en parlent, tous ne le font pas. Les documents que j’ai trouvés ne sont pas tous d’une qualité exceptionnelle, j’en ai éliminé certains par trop illisibles. J’ai gardé surtout Le Radical, journal orienté à gauche qui relate très bien l’accident, mais qui commence une petite polémique sur les responsabilités de l’accident et ne ménage pas certains confrères. J’ai pensé que c’était intéressant de voir l’avis de ce que l’on pourrait nommer journal d’opposition de l’époque. Nous y verrons que l’on cherche déjà  à diriger l’information pour préserver des intérêts ou cacher des responsabilités. On comprendra que la polémique ne concerne en rien la principauté qui n’y peut rien, mais la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Méditerranée (P-L-M). Nous reviendrons à une autre occasion vers Monaco pour parler de quelques chose qui a existé, mais qui est passablement oublié aujourd’hui, et qui se termina aussi tragiquement.

L’endroit tel qu’il paraît aujourd’hui.

En passant

Exploration en terre musicale inconnue (23)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1972 – Hard Horse / Let It Ride. Chanteur peu connu enregistrant pour Dart, à l’époque le même label que les Swinging Blue Jeans. Son disque sortit dans plusieurs pays, mais resta bien en retrait.

1964 – The Honeycombs / Colour Slide. Après avoir partagé un EP avec les Kinks (You Really Got Me), les Honeycombs ont une seconde et dernière publication en France avec un EP assez rare qui tente de capitaliser un succès aussi fort que leur précédent hit « Have I The Right », no 1 en Angleterre. Même si le groupe a une belle originalité pour l’époque, celui d’avoir une fille à la batterie, le chant du cygne n’est pas loin. Ce sera aussi celui de leur producteur Joe Meek, dont c’est le dernier groupe à lui fournir un numéro 1. Assez marrant de constater que sur la première pochette, le texte du verso leur attribuait un avenir pour le moins assuré et présentait à peine les Kinks. Et pourtant, de qui parle-t-on maintenant comme groupe mythique ?

1963 – The Hurricane Strings / The Mexican. Je crois avoir été le premier à signaler l’existence de ce disque chez les spécialistes, du moins d’avoir pris la peine de le faire. Un groupe instrumental venu de Hollande, encore presque des adolescents. Une bonne reprise de « The Mexican » des Fentones repris aussi par les Fantômes en France. Un disque peu visible.

1961 – The Lettermen / The Way You Look Tonight. Un trio vocal américain plutôt versé dans la chanson romantique. Ils sont assez populaires aux USA, mais ne franchissent pas vraiment les frontières françaises. Un titre enrobé de sirop.

1965 – Roberta Mazzoni / Ho Sofferto Per Te. L’heure italienne de la semaine, une autre tentative sans succès d’essayer d’imposer ici une chanteuse italienne au moment où elle bénéficie d’une notoriété dans son pays. Pour une fois cela n’a rien à voir avec San Remo.

1962 – The Orlons / (Dance With The) Guitar Man. Un de ces groupes noirs dont les publications françaises sont très recherchées des collectionneurs, souvent pour de belles pochettes. On peut se souvenir qu’ils ont donné un No 1 aux Searchers, qui exploitèrent une de leurs faces B « Don’t Throw Your Love Away ». Souvent ces groupes étaient cantonnés dans un style doo wop ou r’n’b qui leur était propre, mais parfois ne dédaignaient pas aller faire un tour dans le répertoire blanc. Ici, on est très étonné de trouver une reprise d’un titre connu de Duane Eddy, qui n’est pas étranger aux débuts du surf.

1967 – Rochereau / Laisse-toi Aimer. Tabu Ley Rocherau aussi appelé Le Seigneur Rochereau est un chanteur congolais connu pour avoir été l’initiateur d’un style de musique qui mélange diverses origines africaines, cubaines, latines. Il est parait-il, le père de 68 enfants, mais tout autant prolifique en musique. Durant les sixties la musique africaine était très confidentielle et plutôt prisée par la communauté noire. Mais le vent a tourné et il y a maintenant toute une demande pour ces vinyles pressés un peu n’importe où et parfois n’importe comment, un peu comme ce fut le cas pour la période jamaïcaine de Bob Marley et le reggae. En 1967. date de cette publication on peut y voir une sorte de pop africaine.

1966 – The Swinging Blue Jeans / Rumours, Gossip, Words Untrue.  Des quatre EP’s publiés en France, celui-ci est le plus rare. En 1966, les SBJ sont toujours à la recherche d’un nouveau tube. Sans doute encouragés par leur reprise de « Don’t Make Me Over » de Dionne Warwick qui les vit réapparaître dans les fonds des classements, EMI-France y va de cette publication en mettant en grosses lettres ce titre, une reprise des Knickerbockers. Dommage, car il avait un potentiel commercial certain.

1972 – Paul Brett’s Sage / Custom Angel Man. Un des ces groupes britanniques qui connut une certaine notoriété en France vers 1970 avec son premier single édité ici. La suite est plus confinée à l’anonymat, comme ce troisième et dernier single qu’on est loin d’apercevoir partout.

1968 – Linda Thorson / Here I Am. Mais oui c’est bien la Tara King de la série télévisée « Chapeau melons et bottes de cuir ». Comme c’est souvent le cas, on profite de la notoriété d’un artiste pour essayer de l’imposer dans un autre domaine. Que ce disque aie eu du retentissement à l’époque, je me rappelle que je ne m’en souviens pas.

1964 The Dave Clark Five- The Ravens / You Know It All The Time / I Just Wanna Hear You Say. De temps en temps il arrivait que l’on couple deux artistes sur un EP. Voici un cas avec un disque assez rare qui présente Dave Clark Five sur une face. Avant de signer chez EMI et connaître la gloire Dave Clark avait produit quelques titres, il sera toujours son propre producteur, pour son groupe Dave Clark Five, publiés vers fin 1962 sur le label Picadilly. Une fois la gloire venue, ils resurgiront dans de nombreux pays dont la France, ici sur le label Palette en 1964. Sur l’autre face, on trouve les Ravens, obscur groupe anglais qui enregistra juste un single pour le label Oriole en 1964, avec à l’instar des Honeycombs, une fille à la batterie. Le titre proposé est un assez bel exemple de british beat, c’est à dire tout ce qui s’inscrivait dans la lignée des Beatles. Un petit film, sans doute tourné à des fins documentaires présente le groupe chantant en playback, et l’on voit la technique de pressage d’un vinyle. Retrouverce genre de truc est un vrai bonheur.

Dave Clark Five

The Ravens

1963 – Doug Sheldon / Live Now Pay Later. Chanteur, écrivain, et acteur anglais au succès modéré. Il enregistra en français deux titres dont une version de « Parce Que J’ai Revu Linda » assez banale, et en concurrence avec d’autres versions dont celle de Mr Smet. Publiés sur son second EP, il contient sur l’autre face un titre beaucoup ambitieux musicalement que je vous propose ici. C’est un autre de ces disques pas facile à dénicher.

 

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En passant

Bas nylons et dames particulières

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L’art de manier une guitare n’est pas un truc exclusivement masculin. Souvent dans l’ombre des mâles, ces dames peuvent rivaliser voire ridiculiser nombre de leurs collègues masculins. En voici une sélection dans divers styles. Admettons quand même qu’une belle dame qui joue de la guitare, c’est quand même plus sensuel que Keith Richard avec une barbe de trois jours et une clope au coin du bec, ce qui n’en diminue pas son talent, la musique est aussi faite d’images.

Erja Lyytinen, blues woman

Chantel McGregor, un Anglaise au top

Joanna Connor, incroyable

Tina S 17 ans, du Beethoven revisité

Ayla Tesler, une Canadienne de 15 ans

Alexandra Whittingham, un Anglaise très classique

Eva Kourtes, 16 ans

Tash Wolf

Ayla Tesler-Mabe

Sophie LLoyd

Alexandra Zerner

Eliana Cargnelutti

Nita Strauss aussi guitariste avec Alice Cooper

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En passant

Bas nylons et disciples de Dracula

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Bram Stocker et son Dracula n’a en fait rien inventé, sinon donné un nom particulier à un personnage qui n’est pas seulement une légende, mais qui existe réellement. Stocker a eu l’idée avec d’autres auteurs de lui coller une mythologie qui nous connaissons bien, celui qui ne se reflète pas dans les miroirs, l’immortalité, les canines trouées qui sucent le sang, la peur de l’ail, du jour, des crucifix, et le fameux pieu qu’il faut planter dans le coeur pour le tuer définitivement. Dracula n’est pas le premier ni le seul, mais le plus célèbre. Le vampire dans la vie de tous les jours est sensiblement différent, c’est souvent un titre qu’on lui colle pour ne pas employer des termes plus scientifiques relevant de la psychiatrie, un vampire tout le monde comprend et imagine ce qu’il veut comme personnage peu recommandable. Au travers les âges, dans les campagnes et les endroits isolés, il faisait partie de la légende, on y croyait réellement par superstition et ignorance, on parle aussi de loup-garou.
Nombre de récits et d’affaires criminelles témoignent de ces faits, dont certaines sont célèbres. Le vampire de Dusseldorf, magnifié au cinéma par Fritz Lang et « M Le Maudit », est un des plus célèbres, de son vrai nom Peter Kürten. Il officie dans une particularité du vampirisme, il tue et souvent assouvit ses pulsations sexuelles avec ses victimes et peut boire leur sang. On n’est plus tout à fait dans la mythologie, s’il a peur ce n’est pas de l’ail ou des crucifix, mais surtout de la police. Une autre de ces pratiques voit surgir les nécrophages. Ils lient les pratiques sexuelles à la profanation d’un cadavre, vont même jusqu’à les déterrer, parfois ils agissent sur une personne inconsciente. Au début du 20 ème siècle, dans le village de Ropraz en Suisse, une série de profanations de tombes et mutilations de cadavres défrayèrent la chronique. L’écrivain Jacques Chessez en tira Le Vampire de Ropraz, qui s’inspire très librement  de cette histoire en faisant quelques entorses à la réalité des faits. Comme vous le voyez, la qualification de vampire est attribuée selon un certain bon vouloir, le fait principal restant que c’est toujours lié à des comportement morbides, mais on peut aussi désigner par vampire une personne obsédée par autre chose, l’argent par exemple.
A peu près à la même époque, en 1901, une histoire semblable se répandit à travers la France, le vampire de Muy. L’auteur en est bien connu, il s’appelle Victor Ardisson, parfois appelé aussi Honoré par confusion avec le prénom de son beau-père. Il reste en quelque sorte un des plus célèbres cas de nécrophilie, du moins un des plus documentés. Le protagoniste est un personnage dont on peut dire que toutes les fées ne se sont pas penchées sur son berceau, mais voyons.


Né le 5 septembre 1872 au Muy dans le Var, d’un père inconnu et d’une mère violente, Elisabeth-Apollonie Pore, qui le bat. Victor prend le nom de son beau-père, Honoré Ardisson, lequel « vivait d’expédients et de rapines ». Victor Ardisson commet une centaine d’actes de nécrophilie. Entrepreneur de pompes funèbres et fossoyeur, le « Vampire du Muy » viole de nombreux cadavres, surtout des femmes jeunes, qu’il mutile et décapite dans certains cas. Durant un certain temps, il conserve notamment sur sa table de chevet la tête momifiée d’une adolescente de 13 ans, qu’il embrasse régulièrement, la considérant comme « sa fiancée »
Il faut préciser qu’il souffrait de dérèglements, psychiques évidemment, mais aussi de particularités dont on peut dire qu’elles on contribué à l’assouvissement de ses pulsions, l’absence d’odorat et de goût. J’imagine, et si vous me le dites je vous crois sur parole, ouvrir des cercueils doit dégager des relents qui sont très loin de ceux du Chanel No 5. Il finit par se faire attraper et on l’interna pour folie, car en fait il n’avait tué personne et le code d’alors ne prévoit rien pour les relaxions sexuelles avec un mort, seule la profanation est condamnable. Lors de se son internement, il réussit quand même à s’évader en 1902 déjà, et en 1912. Il fut repris à chaque fois et mourut finalement en 1944.
On a bien entendu chercher à cerner plus précisément sa personnalité. Un psychiatre, Alexis Epaulard, eut plusieurs entretiens avec lui et put établir un profil assez précis. Je n’entre pas trop dans les détails sordides.
Le principal constat qu’il fait, c’est qu’il souffre de débilité mentale, sans qu’elle soit totale, c’est un simplet dans beaucoup de domaines.
Il a eu des rapports sexuels apparemment normaux avec des filles de rencontre et des prostituées, il eut même un maîtresse quand il fut soldat en Corse. Il n’a jamais pratiqué la pédérastie, sur des êtres vivants s’entend, ni la sodomie, ni la bestialité. Il dit qu’il n’a jamais songé à cela. Par contre il semble avoir été très attiré par les poitrines, il commençait très souvent par sucer les seins, même sur les mortes.
Bien qu’il ne pratique sa déviance qu’avec le sexe féminin, il attachait peu d’importance à l’âge, de très jeunes filles aux vieillardes. Quand il allait déterrer des cadavres, c’était peu de temps après un inhumation, ainsi les risques que l’on remarque une profanation étaient réduits. Il ne s’intéressait jamais deux fois de suite à la même défunte. Même si le nombre de ses victimes est inconnu, on l’estime possible à une centaine.
A contrario, il avait un caractère plutôt gai, le rire facile, ne se fâchait jamais, ni ne se plaignait. Il semblait faire ses atrocités comme une chose presque normale, en prétendant qu’il ne faisait aucun mal, dans sa certitude une morte est une morte, elle ne ressent rien. Il a une franchise à toute épreuve, ne nie jamais ce qui lui est reproché, pour autant qu’il s’en souvienne. Sa mémoire semble assez défaillante, surtout pour les choses remontant assez loin dans le temps, ou alors quand il est trop fatigué. Il ne supporte pas les longues conversations. Il aimait être devenu un centre d’intérêt. Physiquement, sans être un Apollon, il n’est pas disgracieux, il a le visage de monsieur tout le monde. Plutôt de petite taille, il est assez costaud et assez dur à la tâche.

Nous allons bien sûr refaire à travers divers journaux d’époque, le parcours de ce personnage sordidement célèbre. Rappel : dans certains articles il est prénommé Honoré, c’est une confusion avec son beau-père.

 

 

Source Gallica, BNP, DP