En passant

Bas nylons et un train vers un rocher

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Le progrès apporte son lot de bonheur mais aussi son lot de malheur. A la Renaissance, on ne parlait pas d’accidents de chemin de fer, mais dès son apparition il fallut faire avec. La mémoire collective ne retient que les grands événements, il en va aussi ainsi pour les accidents ferroviaires. On se souvent de cet accident qui vit un train sortir des rails en Espagne il n’y a pas si longtemps. C ‘est même amplement documenté par l’image et le film. Si on remonte au 19ème siècle, pratiquement aucun de ces accidents  ne fait encore l’objet d’une quelconque attention. Il n’y a guère que par les journaux que l’on pouvait avoir une information quand un accident conséquent se produisait à des centaines de kilomètres. Je suis tombé par hasard sur un de ces événements qui eut un retentissement local assez considérable. Il se produisit tout près de Monaco le 10 mars 1886. A cette époque, l’endroit était déjà un lieu de villégiature renommé et surtout visité par des gens qui n’avaient pas la bourse plate, le casino faisait et défaisait les fortunes. Disons ironiquement qu’il y avait plus de victimes par suicide que par les accidents de chemin de fer, mais les premières faisaient nettement moins la une des journaux, réputation oblige.
Qu’en était-il du réseau ferroviaire en 1886 ? Les trains circulaient encore a des vitesses relativement raisonnables, mais le matériel roulant n’était pas d’une résistance à toute épreuve, il y avait encore trois classes et les wagons de cette troisième classe très vétustes, souvent presque entièrement en bois avec un confort désuet. Lors d’un choc un peu violent, il se désintégraient facilement quand ils ne prenaient pas feu. La signalisation était rudimentaire, mécanique, manuelle, chaque compagnie avait son propre code et système de signaux. Entre les gares, il n’y avait guère que le téléphone ou le télégraphe. encore fallait-il qu’il soit installé. Un événement particulier nécessitait souvent une intervention humaine avec les moyens du bord. Evidemment, la circulation était plus restreinte que maintenant, il n’y avait pas de trains qui circulaient les uns derrière les autres.
Je suis parti à la recherche de documents qui concernent cet accident à travers les quelques journaux qui en parlent, tous ne le font pas. Les documents que j’ai trouvés ne sont pas tous d’une qualité exceptionnelle, j’en ai éliminé certains par trop illisibles. J’ai gardé surtout Le Radical, journal orienté à gauche qui relate très bien l’accident, mais qui commence une petite polémique sur les responsabilités de l’accident et ne ménage pas certains confrères. J’ai pensé que c’était intéressant de voir l’avis de ce que l’on pourrait nommer journal d’opposition de l’époque. Nous y verrons que l’on cherche déjà  à diriger l’information pour préserver des intérêts ou cacher des responsabilités. On comprendra que la polémique ne concerne en rien la principauté qui n’y peut rien, mais la compagnie ferroviaire Paris-Lyon-Méditerranée (P-L-M). Nous reviendrons à une autre occasion vers Monaco pour parler de quelques chose qui a existé, mais qui est passablement oublié aujourd’hui, et qui se termina aussi tragiquement.

L’endroit tel qu’il paraît aujourd’hui.