En passant

Bas nylons et une drôle de secte

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Cette fois-ci, nous n’allons pas explorer les faces B d’un artiste connu, mais plutôt explorer un groupe assez peu connu, les Downliners Sect. La définition de peu connu est malgré tout à prendre avec des pincettes. On pourrait presque dire que ce sont les plus célèbres parmi les moins connus. Leur carrière s’étale sur presque 60 ans et ils sont toujours en activité malgré quelques interruptions, avec deux membres originaux toujours actifs, Don Craine, le guitariste rythmique et Keith Grant, le bassiste. Le reste du groupe se compose de Terry Gibson, guitare solo; Ray Sone; harmonica, un fabuleux joueur; John Sutton, batterie. Les vocaux sont partagés mais principalement Don Craine et Keith Grant. Leurs contemporains des sixties officiant au début dans la même lignée musicale trouvèrent plus facilement le succès, les Rolling Stones, les Yardbirds, les Pretty Things, les Animals, c’est dire que leur musique est à base de r’n’b et de blues.
Quelques particularités propres à l’équipe:
Ils furent aussi un groupe qui sut se créer une image visuelle une peu décalée à l’inverse de leurs contemporains.
Ils furent parmi, sinon les premiers, a avoir des cheveux vraiment longs. Sur les photos, ils sont habillés par ironie, comme des bourgeois anglais époque 1900, notamment la casquette à la Sherlock Holmes de Don Craine.
Parallèlement à leur solide notoriété de second plan, ils eurent une discographie assez abondante durant la période 1963-66, trois albums, deux EP’s, et une flopée de 45 tours. Les trois albums sont très différents l’un de l’autre. Le premier ne contient que du blues et ses dérivés, il aurait pu être enregistré les Yardbirds. Le second est un album qui va puiser dans une tendance folk, en fait l’un des premiers albums de folk électrique. Le troisième est rock tendance progressive, de par ses artifices de studio il va vers la pop.
Même s’ils furent peu connus en Angleterre, un de leurs singles « Little Egypt » fit brusquement carrière dans le top ten suédois. Ce qui leur valut d’aller sur place donner des concerts devant des milliers de personnes, ce qui devait les changer des pubs anglais, jouant,devant quelques dizaines de personnes. Un album exclusivement suédois verra le jour, une des plus rares pièces de leur discographie, elle est très recherchée.
En 1965, Columbia publie un EP avec quatre chansons ayant pour thème la mort. Certains titres de leurs chansons font un jeu de mots avec leur nom, comme « Sect Appeal », « Be A Sect Maniac »., ou Insecticide ». En 1967, sortira le dernier single sur Columbia et marquera un temps mort pour le groupe d’une dizaine d’années. Mais l’histoire reprendra dès 1977 et ce jusqu’à présent, mélange de membres originaux ou de nouveaux musiciens. La discographie sera jalonnée de nouveaux opus dont je ne mentionne ici que les albums. En 1977, ils publient un disque de punk sous le nom F.U.2, on les considère d’ailleurs un peu comme des pionniers de cette musique. Nouveaux albums en 1979, « Showbiz »; en 1991, « Savage Return. » (CD); en 1998 « Dangerous Ground » (CD); en 2007 « Chinese Whispers » (CD). A diverses époques, on retrouvera Don Craine et Keith Grant dans les British Invasion All Stars avec Jim Mc Carty (Yardbirds); Eddie Philips (Creation); Ray Philips (Nashville Teens); Phil May et Dick Taylor (Pretty Things); Matthew Fisher (Procol Harum); Mick Green (Pirates de Johnny Kidd). Ils font aussi partie des Headcoat Sect avec Billy Childish, deux albums, 1996 et 1999.
Nous allons revisiter la discographie de la première époque, celle des disques Columbia. Comme cette discographie est assez pléthorique et vaut le détour, je la publierai en deux parties, le première maintenant et la seconde viendra dans un futur proche. Dans cette première livraison, nous verrons les débuts et l’intégrale du premier album, auquel s’ajoutera le EP paru en 1965. Il y a déjà suffisamment de grain à moudre.

1964, première tentative un disque EP auto-produit enregistré en live, reprise de « Green Onions ».

1964 – Premier single Columbia, reprise d’un titre de Jimmy Reed. Seul modeste classement dans les charts anglais. Selon certaines sources, c’est Jimmy Page qui joue de la guitare. Les Yardbirds l’enregistrèrent aussi comme démo, mais celle-ci est meilleure.

Face B, un superbe original de Mike Collier, le producteur.

Second single, une reprise des Coasters, c’est ce titre qui sera un gros succès en Suède.

Sur le premier album « The Sect », excepté titres figurant sur les singles,

(1964)

On peut le considérer comme le meilleur, il y a une sacrée énergie qui s’en dégage et peu d’albums de cette époque peuvent prétendre rivaliser avec lui. Ils se révèlent excellents musiciens, la palme revenant sans doute à Ray Sone et son harmonica dont il est un vrai virtuose. Je ne sais pas comment ce mec a pu se perdre dans les brouillards de Londres, il partira après le second album. Il vit toujours et rejoint parfois ses anciens potes pour boire une bière. Les titres sont des reprises puisées pour la plupart dans le répertoire noir américain. Il y a quand même trois originaux. 

Reprise flamboyante de Inez And Charlie Foxx. Marty Wilde, le père de Kim, est dans les choeurs.

Original du soliste et du bassiste.

Reprise de deux obscurités américaine créées par Larry Bright.

Reprise de Bo Diddley

Le fameux traditionnel mis à leur sauce

Reprise de Chuck Berry, les Yardbirds la mettront aussi sur leur premier album, celle des  Yardbirds est peut-être supérieure dans l’intensité, mais celle-ci est très originale avec les claquements de mains.

Reprise d’un titre de Muddy Waters, ils mettent un tigre dans leur musique.

Un original de Mike Collier.

Autre reprise de Chuck Berry, très chauffante.

Autre reprise de Jimmy Reed.

Toujours Jimmy Reed.

Un autre traditionnel arrangé par Ray Sone, les Shamrocks (Suède) reprendront son arrangement en le lui créditant, beau geste.

Le EP de 1965 « The Sect Sing Sick Songs ».

Les « death songs » est une spécialité dans la musique qui concerne les chansons ayant une finalité tragique ou parlant de trucs morbides. Il y a des exemples célèbres comme « Leader Of The Pack » des Shangri-Las (Le Chef De La Bande par Frank Alamo » ou le « Terry » de Twinkle » (même titre par Claude François).  Les Downliners Sect se lancent dans la bataille avec cet EP qui comprend quatre chansons du genre. C’est une tentative originale, mais qui ne fut pas une grande réussite commerciale. De ce fait, il est très rare en version originale.

C’est la reprise d’un titre créé par l’Américain Jimmy Cross. Dans la version originale, la tragédie survient après un concert des Beatles, tandis que dans la reprise, c’est un concert des Downliners Sect dont il est question. Pour la petite histoire, ce titre figure dans sa version originale sur la compilation Rhino consacrée aux pires disques enregistrés dans l’histoire du rock. Les compositeurs de cette chanson sont deux membres de Fraternity Brothers, qui eurent à la fin de années 1950 un gros succès avec « Passion Flower », chanson qui fit aussi des ravages en France via les versions de Dario Moreno et Dalida « Tout L’Amour ». Le monde est petit,

Un original du producteur dont le titre est très certainement inspiré de « Leader Of The Pack » très à la mode en 1965.

Un original du bassiste et du guitariste, très bluesy.

Version originale par le chanteur américain de country Bob Reinhardt

Un document de 1965 sur la jeunesse anglaise,  mais probablement enregistré plus tôt. On peut y voir Ray Sone jouant de l’harmonica et dans une petite interview.

Les Downliners Sect actuels Don Craine et Keith Grant.

A SUIVRE

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4 réflexions sur “Bas nylons et une drôle de secte

  1. Bonjour M. Boss,
    C’est vrai un groupe pas très connu mais très riche musicalement parlant et qui mérite votre rétrospective.
    Je connaissais cette « death song » « I Want My Baby Back » racontant cette tragédie après un concert des Beatles !!! même si là c’est un concert des Downliners .
    Prenez soin de vous ….ainsi qu’aux lecteurs de vos posts
    cooldan

    • Hello Cooldan,
      Moi et cette secte, c’est une vieille histoire. En 1966, j’avais trouvé dans un bac d’occasions le premier album. Comme j’étais déjà un fan des Yardbirds, je n’ai pas eu trop de mal à crocher. J’ai complété avec le fameux EP des chansons morbides et j’ai aussi eu la chance de mettre la main sur les très rare single de 1967 sur Pye.. Mais pour la suite, il m’a fallu attendre les rééditions de Charly dix ans plus tard, les autres albums étaient introuvables. Au fil du temps, j’ai pu compléter ma collection avec les albums en édition originale et aussi le LP suédois que j’avais acheté à Milan. Un coup de chance le vendeur n’avait pas vu qu’à l’intérieur d’une des pochettes, il y avait une photo d’époque du groupe signée par tous les membres. Je connais un dealer de collectors qui est complètement fou de ce groupe, il a même adopté le chapeau à la Sherlock Holmes comme Don Craine. Nous verrons la suite de l’histoire dans un futur post, il y a encore de belles choses dont ils sont responsables.
      Prenez aussi soin de vous, pour moi à part le virus de la musique rien à signaler, mais c’est incurable!
      Bonne semaine

  2. Bonjour M. Boss,
    Oui le virus de la musique ! celui là aucun souci, au contraire il rassemble les peuples !
    Bonne semaine
    cooldan

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