Exploration en terre musicale inconnue (37)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1970 – Deep Feeling / Do You Love Me. Remettre sur le métier les vieilleries est un exercice assez courant. C’est l’essai tenté par ce groupe anglais qui reprend le hit des Contours qui fut un morceau de bravoure pour Brian Poole & The Tremoloes en 1963. Version au tempo ralenti, mais le succès fut encore plus lent à venir, il ne vint même jamais.

1969 – Carolyn Franklin / Boxer. Qaund un artiste a du succès, il arrive souvent que la famille essaye d’en profiter. C’est le cas de cette Carolyn qui est la soeur d’Aretha Franklin. Mais elle fut loin d’atteindre la notoriété d’Aretha. Seule publication française.

1968 – Joni Mitchell / Night In The City. Ses albums sont certainement plus courants que ses 45 tours. Cette chanteuse canadienne est très liée à l’histoire de Woodstock dont elle fit une sorte d’hymne avec sa chanson éponyme. Ce 45 tours est le premier publié en France, il est assez peu visible.

1967 – Music Machine / Talk Talk. Un très beau collector. Tous les assommés de garage punk connaissent ce titre, mais sans doute beaucoup moins possèdent un exemplaire de cette édition française en EP. Mais c’est toujours aussi beau qu’elle que soit l’édition.

1964 – The Dixie Cups / You Should Have Seen The Way He Looked At Me. Encore un de ces disques de musique noire qui font les délices des collectionneurs. Cet EP publié par Vogue sous licence Red Bird, le label fondé par les compositeurs  Jeff Barry et Ellie Greenwich, est comme les autres rare et recherché.

1965 – The Shangri-Las / Give Him a Great Big Kiss. Ne boudons pas notre plaisir et restons sur le même label, mais cette fois-ci avec un groupe blanc, les fameuses Shangri-Las. Il y a 4 EP’s publiés en France, dont les deux derniers sont sans doute les plus rares. Ils sont tous bien cotés, mais le troisième est celui qui atteint les plus jolies sommes dans les ventes. Je connais bien leur discographie et je dois dire que tout voisine la perfection.

1964 – The Spotnicks / I’ll Never Get You. Parce que très populaires et connus dans le monde entier, la discographie du groupe est assez conséquente, même en France. Bien sûr, ils sont avant tout connus pour être un groupe instrumental. Cependant, les titres vocaux ne sont pas complètement absents. L’indice de la rareté de la discographie française est très variable, plusieurs publications furent rééditées à l’identique vers le milieu des années 1970, parmi ceux publiés originalement sur Président. Le EP intitulé « Around The World », uniquement vocal, est certainement plus rare que ses compères instrumentaux. Les vocaux sont confiés à Peter Winsnes qui ne faisait pas partie du groupe original. Bo Winberg, qui a entretenu la flamme des Spotnicks durant 60 ans est décédé au début de l’année.

1964 – The Carefrees / We Love You Beatles. Groupe anglais féminin pour les vocaux et masculin pour les instruments. Composé notamment de deux ex-Vernon Girls, Betty Prescott et Lynn Cornell, qui fut également la femme de Andy White, qui joue de la batterie sur le premier single des Beatles à la place de Ringo. Pourquoi ne pas profiter de dire aux Beatles qu’on les aime à travers une chanson? Ce fut fait, mais n’attira guère les succès. Ce titre est inséré sur un EP paru chez CBS en France avec trois autres interprètes. Cette publication est loin d’être courante.

1971 – Blonde On Blonde / Castles In The Sky. Après une première publication par Vogue tout aussi obscure, on tente une nouvelle fois d’imposer en France cet excellent groupe du progressive anglaise. L’essai ne fut pas plus concluant. Un truc pour collectionenurs du genre.

1970 – Charlie Brown / Ro Ro Rosey. Chanteur américain plutôt peu connu qui essaye de tirer tout le jus d’une composition de Van Morrison, mais on peut préférer l’original. Seule publication en France.

1968 – The Buena Vistas / Soul Clappin’. Groupe américain figurant sur une de ces obscures publications françaises passées inaperçues même si elles fut publiée par une grosse maison. Mais j’imagine que cela aurait pu faire des ravages dans les discothèques. On peut y voir aussi un morceau ancêtre des musiques actuelles comme le rap ou autres.

1969 – Tiny Tim / Great Balls Of Fire. Personnage un peu à part dans le showbiz, il est surtout réputé pour sa voix de fausset, mais il possédait un registre bien plus étendu. Il avait l’habitude de reprendre des vielles chansons populaires américaines, mais aussi des trucs plus pop. Il fut même engagé par les Beatles pour figurer dans leur série de disques de Noël, enregistrés spécialement à l’intention des membres du fan club. On peut l’entendre sur celui de 1968, interpréter une version de « Nowhere Man », (voir second clip). Pour le premier, il s’agit d’un single publié en France par Vogue comprenant une version de « Great Balls Of Fire » de Jerry Lee Lewis. Il ne devint jamais une grande star et connut le succès très tardivement, à presque 40 ans. Comme un bon artiste, il mourut sur scène d’une crise cardiaque en 1996.

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En passant

Bas nylons et une bagnole qui roule en Finlande

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Au tournant des sixties, l’option pour les teenagers de parvenir à la célébrité en jouant de la musique devint obsessionnelle pour une partie d’entre eux. C’est le cas en Angleterre, ainsi que pour de nombreux autres pays. Ce qui emballa la machine, c’est que les jeunes deviennent des consommateurs, le marché est intéressant et la situation sociale fait qu’il y a un boum consumériste d’après-guerre, l’argent circule. Jusqu’en 1960, l’Angleterre a son propre marché musical, on observe surtout ce qui se passe aux USA et parfois on importe les hits américains via des artistes locaux, ou alors on s’inspire du style. Il en va ainsi pour le skiffle, mélange de jazz et de folklore américain. Le rock and roll est relativement peu présent du point de vue production locale. Seuls Tommy Steele et Cliff Richard peuvent prétendre, avec quelques personnages plus secondaires comme Vince Taylor ou Wee Willie Harris, à se coller une étiquette rock. Comme consolation, pas mal d’artistes anglais trouvent un débouché en Allemagne sur les bases américaines encore stationnées dans le pays. L’armée US veut divertir ses soldats  et ne regarde pas à la dépense, on fait naturellement appel aux Anglais, géographiquement très proches et parlant la même langue. On sait que les Beatles font partie de cette équipe, plus spécialement trois d’entre eux. A partir de 1963, quand ils commencent à conquérir musicalement le monde, reléguant les USA au second plan pendant deux ou trois ans, la demande en produits musicaux anglais se fait plus pressante. Comme on ne peut pas cloner les Beatles, tout les sujets de sa majesté qui font de la musique sont les bienvenus. Un nombre incroyable d’artistes, surtout des groupes, trouvent un emploi plus ou moins lucratif. Le marché devient vite encombré, il faut essayer de décrocher un contrat ou aller voir ailleurs.
Nous allons parcourir, du moins partiellement, la carrière d’un de ces groupes qui trouva le succès ailleurs. Si je m’arrête sur eux, c’est qu’ils furent plutôt du genre intéressant, ils surent faire de très originales reprises, à côté d’un répertoire assez important de compositions originales, dont un album entier. Ils ont immanquablement un style et un son personnel. J’en ai déjà parlé ici, il s’agit des Renegades. Pendant longtemps, j’ai ignoré pas mal de choses sur eux. J’avais en tout et pour tout, le EP paru en France. Dans les années 1970, lors de voyages en Italie, j’ai découvert pas mal de pressages italiens, et un vendeur m’a confirmé qu’ils avaient eu pas mal de succès dans le pays. Verrs la fin des années 1980, j’ai eu un échange avec un collectionneur finlandais qui m’a appris toute l’importance qu’à eu ce groupe en Finlande. Mieux que ça, il m’a fourni une discographie de ce qui avait été publié là-bas. Il m’a même refilé un CD qui regroupait les deux premiers albums finlandais. Cerise sur le gateau, il m’a envoyé une vidéo VHS avec le groupe en live, celle que je vous propose plus bas. Par la suite, j’ai complété avec les vinyles dont plusieurs publications allemandes et trois albums d’époque dont deux allemands et un hollandais. En 1998, je suis allé à la foire aux disques de MIlan, coup de chance Kim Brown était présent, du moins ça m’avait l’air d’être lui. Je lui ai demandé et il m’a répondu oui. Malheureusement, je n’avais rien à faire signer, ni rien pour faire une photo. et après l’échange de quelques mots, il a du partir. Dommage, j’aurais bien bu un pot avec lui.
Ils viennent de Birmingham et se formèrent en 1960. Le groupe original se compose de Denys Gibson (1945-2016), guitare solo; Kim Brown (1945-2011), chant, guitare rythmique, claviers; Ian Mallet (1945-2007), basse; Graham Johnson, (1946- ), seul survivant, batterie. Les débuts sont très modestes, à part se produire sur des scènes locales, l’horizon est bouché. En 1964, ils ont la possibilité d’enregistrer un album de reprises de hits, mais ils ne sont même pas crédités. Un de leurs enregistrements apparaît aussi sur un album d’artistes divers dédié aux groupes de Birmingham « Brum Beat ». Les choses s’accélèrent quand ils ont la possibilité de se produire en Finlande. Ils reçoivent un accueil triomphal, ce qui décide un producteur local de leur signer un contrat. Ils sont assez remuants sur scène et ont adopté comme tenue de scène les uniformes de l’armée nordiste de la guerre de Sécession. La Finlande a trouvé un succédané aux Beatles qui ne se produiront jamais dans ce pays. Ils mettent en boîte un morceau qui deviendra leur titre fétiche « Cadillac ». C’est une réécriture de « Brand New Cadillac » de Vince Taylor, dont ils ont changé le rythme et aussi adapté les paroles. C’est un gros succès local, qui dépassera largement les frontières du pays et les fera connaître pratiquement dans toute l’Europe. Deux groupes suédois, les Shamrocks (avec lesquels les Renegades échangeront des compositions), les Hep Stars (avec Benny Anderson futur Abba), en feront des succès personnels via leur propres versions, no 1 en Suède pour les Hep Stars. Un grand nombre de groupes en réaliseront aussi une adaptation. Parallèlement, ils entament aussi une carrière fructueuse en Italie, en quelque sorte leur troisième patrie. Ils sortiront plusieurs albums et des enregistrements en italien dont une version de « Cadillac ». Denys Gibson quitte le groupe en 1966 remplacé par Joe Dunnett et Mick Webley en septembre 1967.  Sous leur nom, ils continueront d’enregistrer jusqu’en 1970, des titres moins intéressants. Par la suite, Kim Brown et Graham Johnson continueront dans un groupe de rock revival très populaire en Italie. Kim & The Cadillacs. En 1987, ils se reforment pour jouer en Finlande, ils arrivent à remplir des salles de 5000 personnes. Graham Johnson, le seul survivant, est encore accueilli en héros en Finlade, il vit en Italie, la télévision finlandise lui a même consacré un reportage en 2019. Le groupe a encore de nombreux fans dans le pays et ce qui pourrait fortement ressembler à un culte.
Nous allons explorer la discographie du groupe entre 1964 et 1967, je vous mettrai les commentaires adéquats avec les clips.

1964 – Une reprise de « Love Me Do » des Beatles sur l’album « The Mersey Sound » où ils ne sont pas crédités. On devine déjà le son qui sera le leur plus tard.

Le titre qui figure sur la compilation « Brum Beat » version rock d’une mélodie classique de Brahms.

Clip en playback du fameux « Cadillac ». Numéro 2 en Finlande,

Face B de « Cadillac » dans de nombreux pays. Un original un peu pompé sur le « Dr Feelgood » de Johnny Kidd.

Second single Finlande, reprise d’un traditionnel folk.

Troisième single Finlande, un très bel original.

Une de leurs plus belles réussites et un de leurs plus emblématiques enregistrements. Un dépoussiérage total d’un vieux titre de Bill Haley (historiquement ce titre était la face A de « Rock Around The Clock » avant que les radios se décident pour programmer l’autre face. Tourné en Finlande, le clip est sur le playback du titre. C’est assez décadent pour l’époque. Y’a de l’ambiance !

Reprise de « Take A Heart » des Sorrows, bien dans leur style. Ce titre figure aussi sur le seul EP français paru chez Riviera avec « Cadillac »

Un très bel original des Renegades qui fait partie de ces échanges de titres enregistré avec les Shamrocks, titre publié en France sur le premier EP des Shamrocks avec leur version de « Cadillac »

Ici c’est l’inverse ce sont les Renegades qui reprennent un titre des Shamrocks.

Un titre original qui figure sur le troisième album finlandais.

La chanson qu’ils présentèrent au festival de San Remo en Italie, en même temps que les Yardbirds autres concurrents. C’est bien sûr enregistré en italien. Clip sur le palyback.

Un titre du troisième album finlandais « Pop », un album entièrement composé d’originaux signés par le groupe.

Documents

Heureusement, il existe pas mal de petits films qui retracent le parcours des Renegades, en voici quelques uns.

« Cadillac » en live en 1965 en Finlande, un petit moment de folie. Monter le son, car c’est assez faible. C’est le problème avec les gens qui ont toujours le volume à coin. Il manque juste un petit bout à la fin.

Une reprise de « Long Tall Shorty » en live. Ca bouge pas mal. Ils devaient avoir pas mal de présence sur scène.

En vrai live, « Take A Heart » à peine différent de la version studio.

Seven Daffodils en live. Le son n’est pas top et les commentaires en surimpression ne sont pas les miens. Il faut aller la voir sur Yiutube, elle n’est pas en partage

Clip de 2001 en Finlande, trois membres originaux sauf Denys Gibson remplacé par Trutz Groth.

Graham Johnson aujourd’hui

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En passant

Musique pour confinement (2)

Pour faire passer un peu le temps, une sélection de musiques dans tous les styles, toutes les époques, dont quelques découvertes personnelles.

1968 – The Left Banke / Desiree. Du psychédélique un peu baroque, très belles harmonies vocales. Un régal !

1969 – Fifth Dimension / Aquarius / Let The Sunshine In. L’un des plus flamboyants hits de 1969, c’est bien sûr extrait de « Hair ».

2013 The Mystic Braves / Trippin’ Like I Do. Groupe américain dont les parents des membres devaient carburer à la musique psychédélique. C’est mieux que si cela avait été le cas avec Mireille Mathieu.

1971 – Steel Mill / Green Eyed Good. Ca n’est jamais passé à la radio, mais c’était bien quand même. Presque 50 ans plus tard, on regrette qu’on n’invente plus des trucs aussi charmants.

1974 – Terry Jacks / If You Go Away. De toutes les chansons de Brel reprises en anglais, je trouve celle-ci assez bien réussie.

2016 – The Beauty Of Gemina / All Thosse Days. Groupe suisse de dark wave.

1966 – The Squires / Going All The Way. Une de ces belles obscurités garage sixties qui font tout le charme de cette époque.

1965 Eddie Boyd / Five Long Years. Il reprend en live un de ses plus fameux titres. Buddy Guy à la guitare.

1964 -Un petit hommage à Christophe, ce fut son premier disque et sans doute son plus grand bide. Et pourtant ça tient la route !

1965 – Larry Greco / Jette-là. Il n’y a pas beaucoup de productions françaises sixties qui peuvent rivaliser avec les anglo-saxonnes. Celle-ci en est une. Elle prouve aussi qu’Eddie Vartan, le frère se Sylvie, était un excellent chef-d’orchestre. Et quel vocal !

1982 – The Unknows / The Streets. Un des très bons groupes des années 80.

1990 – The House Of Love / Shine On. J’aimais bien, trente ans déjà.

2015 – Le Roi Angus / Sommeil Trompeur. Ce sont des Suisses et  ils ne sont pas en chocolat.

1984 – Plan Nine / Five Years Ahead From My Tme. Reprise d’une obscurité de Third Bardo, dans un version très hypnotique. Un must du genre.

2019 – Roseaux Ft. Ben l’Oncle Soul – I Am Going Home. Très belle réalisation française.

2019 –  RHR Redfern,Hutchinson & Ross / Willie The Pimp. Un trio de guitaristes anglais plutôt pointus, s’amusent sur un très célèbre titre de Frank Zappa.

Encore un petit hommage, cette fois à Bo Winberg, pionnier de l’amplification de guitare sans fil et immuable soliste des Spotnicks pendant 60 ans, décédé au début de cette année à 81 ans.

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En passant

Bas nylons et ça chauffe pour le tsar

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Allons faire un petit tour dans l’histoire russe. Ce pays m’attire assez pour sa culture. La première chose qui m’intéresse, vous le devinez, c’est la musique. Sans être un amoureux absolu du folklore russe, je dois dire qu’il se laisse aborder assez facilement. Les mélodies sont jolies, à l’oreille le russe me paraît plutôt comme une langue agréable. Quand j’écoute de la musique classique, je vais assez volontiers vers les compositeurs russes ou slaves, ils ont dans leurs musiques quelque chose qu’on ne trouve pas ailleurs, c’est assez nostalgique et flamboyant. Pour le cinéma, je me bornerai à citer Sergueï Eisenstein, les cinéphiles diront que c’est suffisant. Pour la littérature je peux citer Dostoïevski, Tolstoï. Dans un tout autre domaine, je trouve les femmes russes plutôt canon. J’en ai connu une comme collègue de travail, un pur produit russe et blond d’importation. J’aimais bien parler avec elle, car mine de rien pour une simple employée, c’était un puits de culture, impressionnant. Nous avons pas mal parlé cuisine, car je ne connaissais pas grand chose de la cuisine russe, j’ai appris quelques trucs, le caviar d’aubergines m’a paru très intéressant. Et puis j’ai eu un lien marrant avec ce pays. J’ai rencontré tout à fait par hasard un authentique descendant de la famille impériale russe, le prince Romanov. Bien, après cette princière rencontre allons explorer un chapitre de l’histoire du pays.

Quand on pense à l’histoire de la Russie à l’époque des tsars, il y a des images qui viennent immédiatement à l’esprit, sans doute une des premières sera la révolution qui débuta en 1917 et qui mit fin au règne des tsars et l’exécution de la famille royale en 1918. La vodka aidant, la Russie a très souvent été un pays aux citoyens assez bouillants. La révolution mit fin à une longue domination impériale qui n’apporta très certainement pas que de belles choses pour le peuple. Après, on peut toujours discuter pour savoir s’ils ne changèrent pas un borgne contre un aveugle. Le règne des tsars précédents ne fut pas toujours un long fleuve tranquille. En 1880, un fait sanglant remua le monde occidental, une tentative d’assassinat sur la personne d’Alexandre II. A cette époque, l’empire russe s’étend en gros à la Russie actuelle, la Finlande et la Pologne. Cela ne va pas sans quelques frictions à l’intérieur de cette vaste étendue de terres, en fait le plus grand pays du monde par sa superficie. C’est encore le cas aujourd’hui avec plus de 17 millions de kilomètres carrés. Alexandre II laisse dans l’histoire la trace d’un souverain plutôt modéré, parfois teinté d’autoritarisme. Il entreprend de nombreuses réformes qui pour la plupart resteront inachevées à sa mort. Malgré tout le mécontentement est grand. A l’époque, un des principaux mouvements révolutionnaires s’appelle le nihilisme. Ce n’est pas un ramassis de gens de sac et de corde, mais au contraire un repaire d’intellectuels que l’on peu peut classer à l’extrême gauche et dont le but final est la destruction de l’état pour la libération des masses. A côté, il existe aussi des mouvements plus disparates, mais qui tendent vers le même but, la fin des tsars. Alexandre II à fort à faire pour rester en vie, car il est victime plusieurs fois d’attentats, 1866, 1867, (à Paris au bois de Boulogne en compagnie de Napoléon III), 1879. Ce sont plutôt des actes isolés avec des armes à feu. Mais celui de 1880, dont nous parlons ici est plus conséquent par les moyens employés. Il eut lieu à l’intérieur de la résidence  des tsars à Saint-Petersbourg. On tenta carrément de faire sauter une partie du palais. Le star en réchappa, uniquement parce qu’il était en retard, mais les victimes furent nombreuses. Ce n’était que partie remise, car il fut « officiellement » assassiné le 13 mars 1881.
Si l’explosion fit grand bruit, elle résonna dans l’Europe entière. Elle suscita un mouvement d’indignation parmi les dirigeants en affaires avec la Russie, quitte à se taper joyeusement dessus quelques années plus tard. Nous sommes en 1880, vous pouvez vous imaginer la vitesse à laquelle circule l’information. Feuilletons donc un journal français Le Gaulois, qui relie l’information le 19 février, trois jour après. On se rendra compte que c’est en fin de compte plutôt bien résumé et détaillé. Il y a sans doutes quelques imprécisions et exagérations, c’est tout juste si on ne nous communique pas le nombre de tasses cassées, mais dans l’ensemble c’est assez vivant, le tsar aussi. Cliquer si nécessaire pour une meilleure vue.

 

Plan du palais où a eu lieur l’attentat.

 

Manifestes nihilistes

La palais de Saint-Petersbourg

Exploration en terre musicale inconnue (36)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1963 – Joe Harnell / Fly Me To The Moon. Ce disque fait partie de ceux qui sont plutôt rares sans être vraiment recherchés. C’est du easy listening, style qui convient très bien à une ambiance musicale pendant l’entracte au cinéma ou en toile de fond dans un bar discret. La chanson est célèbre et a été reprise par un tas de monde. Ici en instrumental, c’est la X ème version de ce truc. Seul EP de l’artiste publié en France.

1958 – Sammy Hagan & The Viscounts / Out Of Your Heart. Chanteur de doo wop peu connu aux USA et encore moins en France. Capitol France publia néanmoins cet EP qui semble ne pas traîner dans les bacs de vendeurs. Pour les amateurs du genre, c’est néanmoins très plaisant.

1963 – The Gladiators / Bleak House. Pas mal de groupes anglais trouvèrent en France un aboutissement plus lucratif que de jouer les moins inconnus parmi les plus inconnus. Ce fut le cas pour les Gladiators, à l’origine Nero & The Gladiators. Sur quelques disques, il furent les accompagnateurs de Dick Rivers. EMI en profita pour publier un EP avec quatre instrumentaux. Un peu avant fut publié un single qui reprenait deux titres publiés en Angleterre. On y retrouve le titre « Bleak House » qui sera aussi repris en France par un autre groupe d’origine anglaise qui accompagna aussi Dick Rivers, les Krewkats. Il ne doit pas beaucoup y avoir d’exemplaires en circulation.

1964 – Tommy Tucker / High Heel Sneakers. Bien qu’à sa sortie le disque ne connut pas un succès fracassant, il est devenu un standard incontournable. Sa publication sur un EP par Barclay ne fut non plus pas annoncée par tous les clochers de France. Avec un peu de patience, on peut en trouver une copie en y mettant quelques dizaines d’euros.

1964 – The Marvelettes / Too Many Fish In The Sea. Les Marvelettes sont surtout connues aujourd’hui par la reprise de leur succès « Please Mr Postman » par les Beatles. Assez bizarrement à l’époque, leur hit ne fut pas publié en France en 45 tours. Malgré tout 4 EP’s furent publiés ici entre 1964 et 1967, celui-ci étant le premier. Ce sont tous des belles pièces recherchées par les collectionneurs, d’autant plus que les pochettes sont magnifiques. Les sommes peuvent dépasser les 300 euros pour une pièce en bon état. Et bien sûr, musicalement c’est tout le charme de ces groupes noirs, ici plus spécialement le style Tamla-Motown.

1967 – The Buffalo Springfield. Groupe clé dans la musique aux USA puisqu’il vit le passage de Stephen Stills et Neil Young dans ses rangs. Cette première publication française en EP propose leur hit aux USA « For What It’s Worth ». La France n’était pas trop prête pour ce genre de musique précurseur de tout un mouvement. Les ventes furent en rapport, sinon pourquoi les amateurs dépenseraient parfois plus de 200 euros pour une copie, si on le trouvait facilement?

1968 – Isabel Bond / Cry. Le catalogue Major Minor ayant porté chance à la publication en France d’un autre artiste maison, David McWilliams, qui cartonna avec « Days Of Pearly Spencer », on tenta de publier d’autres artistes de ce label. Ce fut moins réussi avec cette chanteuse anglaise qui fit principalement ses débuts de carrière vers le Star-Club de Hambourg. Elle reprend le succès du fameux Johnnie Ray « Cry », qui dans les années 50 valait un million de dollars la larme. Belle version néanmoins.

1969 – The Bintangs / Riding On The L&N. Groupe hollandais qui existe depuis bientôt 60 ans. Le blues est une de leurs principales inspirations. Leur popularité déborde quelque peu les frontières nationales. Ce single publié en France est très peu courant.

1961 – Buzz Clifford / Long Tall Sally. Il faisait suite à un EP plus courant qui comprend son succès américain « Baby Sittin’ Boogie » (repris par Sacha Distel et Nancy Holloway Le Boogie Du Bébé), On profita de ce que la France découvrait enfin le rock and roll pour publier un second EP avec le classique de Little Richard et celui de Big Joe Turner. C’est un disque assez rare.

1970 – L’Assemblée / Le Chien. A l’époque, on parlait souvent de musique progressive anglaise ou allemande, mais elle existait aussi en France. En voici un très bel exemple qui n’a rien à envier à ses concurrents. Bien sûr, ce genre de musique est destiné à certains gastronomes, on n’achetait pas ce genre de disques comme premier achat. Evidemment, il fait l’objet de recherches par les passionnés de pressages originaux. Seule et unique apparition de ce groupe.

1959 – Baby Gate / Be Bop A Lula. Sous ce nom se cache une chanteuse italienne, sans doute la plus populaire de toutes pendant des années, Mina. Bien qu’on la considère comme une diva de la variété, c’est dans un répertoire plutôt rock qu’elle entama sa carrière. Exemple avec cette reprise du classique de Gene Vincent, que l’on peut considérer comme excellente, surtout si on la compare à l’assez basique version des Chaussettes Noire un peu plus tard. Cet EP est sa première apparition discographique en France sous son premier nom, Baby Gate. La suite de sa discographie française est assez conséquente, on y trouve aussi des titres chantés en français. Mais cette première publication est certainement une des plus rares et des plus intéressantes.

1957 – Ric Cartey / Young Love. Encore un de ces disques dont la rareté frise l’obscénité. Cette chanson qui est ici dans sa version originale ne porta pas trop chance à son créateur. Plusieurs reprises connurent un succès beaucoup plus considérable, par Sonny James, Tab Hunter, Donny Osmond, qui la hissa à la première place des charts anglais en 1973. Cet EP publié par RCA en France ne se vendit qu’en quantités dérisoires, il est très difficile de se le procurer. Il n’apparaît presque pas sur les sites d’enchères. Pour consoler les amateurs, une réédition à l’identique a été publiée en 2014, c’est évidemment moins cher à l’achat.

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En passant

Bas nylons et choses plutôt bruyantes

 

Quand j’ai commencé d’acheter mes premiers disques en 1965, je ne me suis pas trop occupé d’investir mes sous dans le yéyé français. Le groupe qui attira immédiatement mon attention fut les Yardbirds, mon premier achat fut « For Your Love ». Un autre groupe se hissa si l’on peut dire à la seconde place, ce fut les Pretty Things. Ce que j’aimais chez eux, c’est que leur musique « déménageait » et leurs allures bien crades me plaisaient aussi. J’ai tout de suite pensé que des mecs avec des allures pareilles ne devaient pas faire dans la dentelle, je n’ai pas été déçu. Mon premier disque fut « Honey I Need », le premier d’une longue série. Très inspirée du blues et du r’n’b, leur musique mettait un certain voltage dans la musique noire dont ils s’inspiraient. Ils firent pas mal de reprises, mais Dick Taylor le guitariste soliste, le chanteur et harmoniciste Phil May, composèrent de nombreux nombreux titres, parfois avec un autre membre. En plus à leurs débuts, ils eurent le privilège d’avoir un batteur que l’on considérait comme l’un des plus fous apparus sur la scène anglaise, Viv Prince, remplacé par Skip Alain en 1966. Guitariste soliste et chanteur furent toujours l’ossature du groupe, c’est encore le cas aujourd’hui puisqu’il tournent toujours avec quelques interruptions passées. Le reste des membres fut toujours assez mouvant selon les époques, mais dans les débuts  on note Brian Pendleton, à la guitare rythmique et John Stax à la basse.  Comme pour les Moody Blues, on distingue deux époques totalement différentes, et musicalement assez semblables. La première des débuts jusqu’en 1967 fut la période sauvage, rythme, blues, guitares affûtées et un brin de folie. A propos, j’ai vu récemment une interview dans laquelle une jeune fille avait habité durant les sixties et par hasard dans la même maison où le groupe louait un appartement, les parents préférèrent déménager tellement c’était le bordel. Le seconde période, à partir de 1968, est un revirement total, ils abordent la musique pop et deviennent un groupe réputé pour sa création musicale, composent un des premiers opéras rock « S.F. Sorrow ». La critique ne tarit pas d’éloges sur cette période et je ne suis pas le dernier à penser qu’ils ont raison. J’ai eu le plaisir de les voir sur scène deux fois à 45 ans d’intervalle, et c’est toujours aussi admirable de précision.
Nous allons revisiter la première période à travers le trois premiers albums. Les deux premiers sont très représentatifs de l’intensité des débuts, le troisième « Emotions »  étant plus une transition entre les deux époques.

Les Pretty Things en Hollande en 1965.

Votre serviteur en compagnie de Dick Taylor à gauche et Phil May à droite. Je tiens dans la main une sérigraphie de Phil May, qu’il m’a dédicacée, il dessine aussi à ses heures. Le contact n’a pas été trop difficile à établir, car j’avais des salutations pour eux de la part de quelqu’un qu’ils connaissent bien.

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Premier 45 tours 1964, le ton est donné, un original de compositeurs extérieurs dont le producteur.

Deuxième single. Ce que l’on peut considérer comme leur plus grand succès de cette période « Don’t Bring Me Down », 10ème dans les charts anglais. Un original composé par Johnnie Dee, un américain. Le clip est un montage de la version studio sur une interprétation en live de la même chanson, mais de mauvaise qualité sonore. Adapté en France par Ronnie Bird « Tu Perds Ton Temps »

La face B, un original du groupe.

Troisième single, le très remuant « Honey I Need », un original du groupe. Egalement un montage enregistrement studio sur un clip de concert.

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Extraits du premier album de 1965.

Un original du groupe, bien remuant, Dick Taylor qui fut viré par les Rolling Stones, est quand même un bon guitariste.

Reprise vocalement assez nerveuse du titre de Bo Diddley.

Un superbe original du groupe et un blues avec une belle ambiance.

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Second album de fin 1965 « Get The Picture », splendide album. L’édition française sans titre, avec une pochette et un contenu un peu différent est très recherché.

Emprunté aux Cops’N’Robbers, pour une version plus remuante. Egalement une de mes écoutes phare.

Plutôt calme mais un des sommets de l’album, c’est un original.

Un original beaucoup moins calme.

Toujours un original

Une reprise de Ike & Tina Turner d’un titre datant de 1963.

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Singles ne figurant pas sur un album anglais.

Single de 1966, une reprise de J.J. Jackson, chanteur noir américain.

Face B du single, un original. Titre principal de l’album et du troisième EP français.

Face B du single, au titre considéré comme sulfureux, en réalité il s’agit des initiales de £ Livre sterling $ dollar.  Du moins c’est ce qu’ils ont prétendu.

Single de 1966, une reprise des Kinks.

Single de 1966. Une reprise de Carl Spencer, un chanteur de soul américain.

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Troisième album « Emotions », l’album de transition. C’est beaucoup plus calme, la voix de Phil May sonne très différemment, ce n’est plus les vocaux rageurs. De nombreux musiciens additionnels sont présents. Tous les titres sont des originaux.

Documents

Live en France 1967, groupe entre ancienne et nouvelle formation. Il y a déjà un petit air de psychédélique.

En vrai live « Midnight To Six Men »

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En passant

Musique pour confinement

Pour faire passer un peu le temps, une sélection de musiques dans tous les styles, toutes les époques.

1965 – The Shanes / I Don’t Want Your Love. Groupe suédois très populaire localement dans les sixties. Le morceau qu’ils interprètent ici est un peu pompé sur « Almost There » des Turtles. C’est assez garage punk.

Brenton Wood / Gimme A Little Sign. Un mec de Chicago, il fit un tube international avec cette chanson en 1968.

1978 – Freddie Aguilar / Anak. Record absolu de ventes aux Philippines. Et en plus c’est très joli.

2000 – 16 Horsepower / Poor  Mouth. Des gars de Denver dans le Colorado, inclus des membres d’origine française. Musique assez sombre, mais la nuit n’est-elle le meilleur moyen de chercher la lumière? Il collaborèrent occasionnellement avec Noir Désir

1962 – José Salcy / Je Suis Né Pour Pleurer. Adaptation de « Born To Cry » de Dion. Un excellent chanteur-compositeur qui n’a pas eu vraiment la carrière qu’il méritait.

1969 – Vanity Fare / Early In The Morning. Un tube pour eux en 1969 des deux côtés de l’Atlantique. Gentille musique.

1970 – John Dummer’s Famous Music Band / No Change Now. Les plus anciens se rappelleront qu’il eut un tube avec « Nine By Nine ». Ce joli blues figure sur le premier album.

2016 – Paul Roland / Doctor Magnus. Le grand Paul Roland dans un titre inédit avec ces ambiances qui lui sont propres.

1966 – I Meteors / Dici Che Mi Ami. Adaptation en italien de « Things We Said Today » des Beatles.

2018 – Khruangbin / Maria También. Un groupe américain assez étonnant aux ambiances diverses.

1970 – Mad Dogs & Englishmen / Cry Me A River. C’est bien sûr Joe Cocker dans cette superbe reprise de la chanson de Julie London.

1978 – Sniff ‘N’ The Tears / Driver’s Seat. Un truc que j’aimais bien, j’avais entendu cela pour la première fois à la radio un matin à 4h30, alors que j’allais bosser.

1977 -Mama Béa Tekielski / La vie. Une chanteuse que j’adore depuis toujours

1965 – Oscar Brown Jr / Brother Where Are You. Le fameux activiste noir dans une de ses belles chansons.

2006 – The Cramps / Psychotic Reaction. 40 ans après les créateurs, les Count Five, les Cramps remettent cette réaction toute psychotique sur le métier et tout le monde à l’air heureux.

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