En passant

Exploration en terre musique inconnue (41)

Au temps du vinyle, la production phonographique française est assez minimaliste par rapport à un pays comme les USA. Cela ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Malgré tout, une immense partie de cette production restera dans l’ombre, par manque de soutien de la presse spécialisée, par manque de diffusion radiophonique, par manque promotion. Je me souviens d’avoir vu chez les disquaires des représentants de maison de disques faire la promotion de nouveautés du catalogue. Ils n’avaient rien de différent des autres représentants, sauf qu’ils vendaient ou faisaient la promotion des disques au lieu de brosses ou d’assurances. Il y avait ce qui était en demande, les fameux succès du moment, et des trucs moins connus ou inconnus qu’il fallait essayer de refiler au disquaire en vantant la marchandise, charge à lui d’en souligner les mérites auprès d’une clientèle dont il connaissait les goûts.
Malgré cela une très grande partie de cette production est restée inconnue, ne s’est pas ou mal vendue, c’est en général ces disques qui font le bonheur des encyclopédistes, même certains sont devenus de très estimables pièces de collection. Allons faire un tour dans ces publications dont la plupart vous sont inconnues, autant les chansons que les artistes, à moins que vous n’ayez été un chasseur de disques averti pour quelques uns d’entre eux. Toutes les publication dont je parle ici ont bien été éditées en France et sont uniquement des 45 tours.

1960 – Jimmy Jones / Handy Man. Chanteur de r’n’b noir qui fut très populaire au tournant des sixties aux USA. Son premier hit fut publié en France sur un EP MGM partagé avec un autre chanteur Dick Caruso. Un peu plus tard MGM, alors distribuée par EMI, sortira un autre EP consacré uniquement à Jones qui reprend ce succès et trois autres titres. Cette première publication est très rare. Bien que peu recherchée sa discographie française est peu visible, elle comprend quand même six EP’s. Del Shannon remit à la une ce hit en enregistrant sa propre version en 1964, les vocalises de Jones étant assez proches des siennes. Baris Manco l’adapta en français « Un Autre Amour Que Toi ».

1967 – Terry Knight & The Pack / I (Who Have Nothing). Groupe issu du garage punk qui obtint une certaine notoriété aux USA avec cette chanson adaptée d’une chanson italienne de Joe Sentieri, qui devint un standard en anglais repris des dizaines de fois. La version de Knight n’est ni la première, ni la dernière, mais une des plus recherchées au niveau publications, c’est toute la magie de ces rares EP’s publiés en France. La mutation de ce groupe arriva à la formation de du très connu Grand Funk Railroad.

A noter comme curiosité, à la même époque elle fut aussi exploité de manière différente par un obscur groupe anglais, les Spectres. Cela n’a jamais été publié en France, mais au niveau collector recherché, il fait la pige au précédent. Il faut juste savoir que ce groupe est aujourd’hui bien plus connu sous le nom de Status Quo. Personnellement, je préfère leur version.

1965 – Don Covay / Mercy Mercy. Don Covay obtient une tube planétaire en 1961 avec « Pony Time » qu’il chante lui-même, mais sans doute plus apprécié via la reprise de Chubby Checker. Un ou deux de ses enregistrements lui confèrent une poussière d’éternité via des reprises faites par des artistes très connus. C’est le cas pour celle-ci qui l’on connaît certainement plus par la version des Rolling Stones. L’original fut publié en France sur un très rare EP en 1965.

1969 – Pete Brown And His Battered Ornaments / The Week Looked Good On Paper. Pete Brown est une légende la musique anglaise. Il collabora à la composition de nombreux titres de Cream. Il officia au sein de plusieurs groupes comme chanteur au sein de ce groupe-ci et aussi PIblokto! Il existe six singles de lui avec ces deux formations, ce sont tous d’assez jolis collectors.

1963 – The Sherrys / Pop Pop Pop – Pie. Groupe féminin noir qui connut un bref succès aux USA, juste assez pour que London publie cet EP en France. C’est rare mais pas aussi recherché que d’autres groupes du même genre, il faut quand même admettre que cela n’a pas la classe des Ronettes ou des Crystals. Repris en français par Claudine Coppin.

1962 – Mike Stafford / Plus De Problèmes. Un de ces chanteurs anglais égarés en France et chantant en Français dont on perd les traces. On peut dire avec certitude que les collectionneurs ne se pressent pas pour en trouver une copie, c’est aussi rare que le disque.

1967 – Paul Anka / Memphis Tennessee. La discographie de Paul Anka en EP’s est pléthorique, il en existe une quarantaine. Les indices de rareté sont extrêmement variables, mais en règle générale ils sont tous assez facilement trouvables.  Il faut distinguer deux périodes, les enregistrements pour ABC Paramount et ceux pour RCA. Tout le monde ne le sait pas, mais Anka a racheté les droits sur les enregistrements Paramount, a mis le véto sur ceux-ci et réenregistre les principaux pour RCA. Par exemple, sa célèbre « Diana » existe dans la version 1957 et dans la version 1963. Si vous achetez ce titre sur label RCA, vous aurez la seconde version. Pour l’original, il faut se rabattre sur ceux édités avant le rachat, en général ABC Paramount/Véga pour la France. Heureusement, c’est assez facile de les trouver. Pour son dernier EP français paru en 1967, pas vraiment le plus courant, on retrouve un truc assez inattendu, un reprise d’un des fameux titres de Chuck Berry.

1966 – Gene Vincent / Bird Doggin’. Si vous demandez, et même si vous ne me le demandez pas je vois le dis quand même, quel disque enregistré par un pionnier du rock et qui n’est pas du rock trouvez-vous le plus fabuleux ? En bien celui-ci. sans hésiter. En 1966, Gene Vincent signe un contrat avec les disques Challenge, il enregistre ce titre accompagné par les Champs, le groupe qui enregistra le célèbre instrumental « Tequila ». Il n’y a plus trace de rock and roll, c’est bien un son 1966. Le disque n’obtient aucun succès aux USA, mais beaucoup plus en Europe où « Gégène » est toujours assez populaire. Disons que plutôt que de récolter du succès, il se fait remarquer et les critiques s’extasient sur ce titre, Il est publié sur un EP London qui s’est assez bien vendu à l’époque. Mais comme la plupart des fans ne lâchent pas leur copie, ce n’est donc pas trop facile d’en trouver un exemplaire. Noël Deschamps en a fait un assez bonne reprise « Pour Le Pied ».

1967 – The Byrds / Lady Friend. La discographie des Byrds est assez abondante. Les débuts furent fracassants, mais peu à peu les choses se tassèrent, les succès se firent plus rares et plus modestes. Cela n’enlève en rien la qualité de leurs enregistrements, ils gagnèrent même en sophistication au fil du temps. Un de leurs échecs commerciaux fut ce single avec « Lady Friend » en face principale. Il est pourtant parfait tant instrumentalement que vocalement, sans doute un peu trop pour taper immédiatement dans l’oreille. Le simple paru en France est assez rare, mais on retrouve le même phénomène dans pratiquement tous les pays où il a été publié. J’ai toujours considéré ce groupe comme un acte majeur des sixties, et ce n’est pas ce disque qui me fera changer d’avis.

1967 – The Yardbirds / Little Games. Restons dans les histoires d’oiseaux. Les Yardbirds furent assez populaires en France, toute ce qui fut parfois abondamment diffusé sur les ondes radiophoniques se retrouve assez facilement dans les bacs de collectors. Mais il y en a deux ou trois qui sont beaucoup plus rares, car il furent beaucoup moins diffusés sur les ondes, sinon pas du tout. Le dernier EP fait partie de cette catégorie et il contient en plus une anomalie, deux titres annoncés ne sont pas ceux joués.  Même à l’époque de sa parution, il était peu visible dans les magasins, je le sais par expérience.

1963 – The Crickets / Lonely Avenue. Mais oui, c’est les Crickets de Buddy Holly. A sa mort le groupe continua d’enregistrer et ils servirent aussi d’accompagnateurs occasionnels pour Bobby Vee. Cette reprise de ce standard très connu, figure sur un album US paru en 1964, qui aligne plusieurs reprises des Beatles. Cet EP est leur seule publication française. Il est rare.

1959 – The Clovers / Love Potion Number Nine. Il faut vraiment avoir un détecteur de Clovers pour savoir que ce disque a eu une publication française en 1959. Dans ce style c’est un de mes préférés, bien que la première fois que je l’ai entendue c’était par les Searchers, mais celui-ci est bien l’original. Que cette publication soit restée dans l’obscurité ne m’étonne pas trop, qui pouvait acheter cela à la place d’un Dalida en 1959 ?

*****