En passant

Bas nylons et un compositeur solitaire

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L’art de composer une chanson est un don que l’on possède ou que l’on ne possède pas. Certains y arrivent pour une ou deux chansons, d’autres pour quelques dizaines, et le nec le plus ultra en alignent des centaines. Il est assez fréquent que ce soit des duos qui s’y mettent. Il y a en a de très célèbres, Lennon et McCartney, Jagger et Richard, Leiber et Stoller, Pomus et Schuman, Barry et Greenwich, Bacharach et David, l’un pour la musique, l’autre pour les paroles, certains pour les deux. Pour les noms que je cite, les spécialistes mettront des titres, des mélodies. Pour les autres, il est sûr que pour autant qu’ils écoutent de la musique, ils connaissent des dizaines de leur chansons. Il y a aussi des compositeurs qui n’agissent le plus souvent qu’en solitaires. Le plus célèbre et le plus revisité est sans doute Bob Dylan. Mais il y aussi Ray Davies pour les Kinks, et chez nous nous pouvons parler de Brassens ou Trenet, qui ont une belle lignée de chansons composées, carrément des centaines. Je veux m’attarder aujourd’hui sur un compositeur que j’aime bien, il est moins connu que les autres, mais quelques une de ses chansons ont fait le tour du monde dont la plus connue reste sans doute « Venus ». Il est Hollandais et guitariste et se nomme Rob (Robbie) Van Leeuwen.  Il a principalement oeuvré dans deux groupes, les Motions au début et Shocking Blue pour la suite. Il a pratiquement toujours été un compositeur solitaire et les deux formations dont je parle se distinguent notamment parce qu’il y a très peu de reprises et que les originaux sont pratiquement tous de sa plume. Ses premières chansons furent pour les Motions, un groupe qui fut très populaire en Hollande à partir de 1965 et déborda quelque peu les frontières du pays. Des quatre membres du groupe, on retrouvera le bassiste plus tard dans Shocking Blue et le guitariste Sieb Warner rejoindra Golden Earring, autre groupe hollandais d’envergure internationale. Van Leeuwen quitte les Motions en 1967 et forme la première mouture de Shocking Blue qui publiera un premier LP en 1968. C’est un « incident technique » qui décidera de la suite. Le chanteur doit quitter le groupe pour le service militaire. C’est alors qu’est recrutée Mariska Veres, chanteuse de racines tzigane. Elle donnera son empreinte au groupe et une carte de visite pleine de charme, car elle est plutôt bien roulée. Ce n’est pas tout à fait une débutante, car elle a l’habitude de chanter dans des orchestre de jazz, elle a même enregistré un disque en 1964. Elle joue aussi du piano, mais ne participera pas instrumentalement à Shocking Blue, sauf occasionnellement en concert. Son père est un violoniste virtuose de réputation internationale spécialisé dans le musique tzigane, de nombreux disques portent son nom. Bien entendu, les choses devinrent sérieuses avec le monstre succès international de « Venus », premier groupe hollandais à être no 1 aux USA, ils vendirent un million de copies rien que dans ce pays. Jusqu’en 1974 où Van Leeuwen quitte le groupe, en fait il est aujourd’hui le seul survivant de l’équipe qui enregistra « Venus », ils connurent nombre de succès même s’ils ne furent pas autant retentissants. Il y eut plusieurs reformations postérieures.
J’ai connu les compositions de Van Leeuwen dès mes premiers disques en 1965. La première publication française atterrit dans ma collection, je l’ai écouté des centaines de fois. En 1967, de passage en Italie, j’ai pu mettre la main sur un album de compilation. De cette période, on peut retenir l’album hollandais « Introducing The Motions », qui est une perde la musique beat. Quand une copie de « Venus » tomba dans mes pattes en 1969, à ma grande surprise, je remarquai que c’était une de ses compositions et qu’en effet un des membres des Motions ressemblait bien à un membre de Shocking Blue. J’ai assez suivi le parcours de Shocking et je dois admettre qu’il y a une quantité non négligeable de chansons auxquelles je trouve un charme certain. Je me souviens d’un séjour dans un camping avec deux copains, en 1970 pendant l’été. J’avais ce que l’on appelait à l’époque un mange-disques, un petit appareil portable qui permettait d’écouter des 45 tours. Pas très loin de notre tente, il y avait une famille hollandaise avec trois filles très mignonnes. J’avais le 45 tours « Never Marry A Railroad Man » qu’elles connaissaient bien. Alors elles venaient nous demander pour qu’on le passe. On essayait de les draguer, il y en avait une à ce qu’il me semblait, j’avais l’air de plaire. Mais comme la mère était un vrai dragon, pas moyen  de lui donner des leçons de langue française en particulier. Eh oui, cela va faire 50 ans cet été, je ne me souviens même pas de leurs prénoms, Par contre, je me rappelle bien mieux les chansons des Motions et de Shocking Blue, et c’est ce que nous allons revisiter.

Période Motions

Who’ll Save My Soul

You Bother Me

I’ve Got Misery

I »ll Follow The Sun – Repris plus tard par Shocking Blue.

I’ve Waited So Long

It’s Gone, ma préférée

Shocking Blue sans Mariska Veres

What You Gonna Do

Ooh Wee There’s Music In Me

Beggarman (co-écrit par Dimitri)

Shocking Blue avec Mariska Veres

Venus

Rendons au Big 3 ce qui appartient aux Big 3. Ce trio de folk américain (rien à voir avec le trio anglais du même nom) est composé de Tim Rose, Jim Hendricks et Cass Elliot, qui sera plus tard « la grosse » des Mamas And Papas. En 1963, ils ont enregistré un disque « The Banjo Song » une composition attribuée à Tim Rose. Certains passages de « Venus » ressemblent à « Banjo Song ». On a reproché à Rob Van Leeuwen d’avoir plagié cette chanson pour la musique. Toutefois il faut temporiser, en réalité cette chanson a été composée par Stephen Foster, un pionnier de la musique populaire américaine au 19ème siècle. Son premier titre est « Oh Suzannah », Tim Rose n’aurait fait qu’un arrangement et donné un autre titre à cette chanson. La chose est assez courante, le fameux « Pénitencier » est aussi dans ce cas et Alan Price s’en est attribué l’arrangement pour la version anglaise des Animals. La rythmique à la guitare est assez proche entre « Venus » et Banjo Song ». Mais cet accompagnement, surtout dans le folk, est assez commun à de nombreuses chansons. La partie chantée par Veres « she’s got it » ressemble au « Susanna » de la première chanson. Je pense que la ressemblance peut s’attribuer à une inspiration, si c’est la cas. Van Leeuwen a assez composé d’originaux qui ne se ressemblent pas pour avoir besoin de plagier autrui. Le fait qu’à l’époque du succès il n’y a pas eu de réclamation, le compositeur a bien dû l’entendre au moins une fois,  semble prouver cette théorie. Il a surtout fallu que la chanson de Shocking Blue soit un monstre succès pour que cela se remarque.

Hot Sand

California Here I Come

Wild Wind

Alaska Country

Daemon Lover

I Love Voodoo Music

Never Mary A Railroad Man, leur second plus grand hit

Waterloo

Shocking You

Eve And The Apple

Comme je le disais au début, la chanteuse de Shocking Blue venait des milieux jazz, elle y est retourné entre les formations ultérieures du groupe qui l’a rendue célèbre.  Voici deux enregistrements version jazz où elle reprend deux succès du groupe. Elle a aussi interprété de la musique tzigane.

 

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4 réflexions sur “Bas nylons et un compositeur solitaire

  1. Bonjour, merci pour les belles photos et vos histoires musicale. J’ai un groupe « les fous du volant d’antan  »
    Si vous avez des photos de filles ennylone en voiture ancienne je suis preneur ! J’ai une rubrique Pénélope jolicoeur! Vous étes le bienvenu sur mon groupe Facebook pour partager photos et articles musical toujours dans l’esprit  » voitures anciennes »

    Amicalement Patrick

  2. Bonjour M. Boss,
    Le rapprochement entre « Venus » et « The Banjo Song » est assez nette , je n’ai pas suivi si une polémique à ce sujet a été jugée ?? même si comme vous dites il s’agirait plus d’une inspiration que d’un plagiat
    Bonne semaine
    cooldan

    • Hello Cooldan,

      A ma connaissance, il n’y a jamais eu de polémique. Tim Rose par contre s’est fait quelquefois remonter les bretelles, car il avait un peu l’habitude de reprendre des chansons traditionnelles ou autres et de s’en attribuer la paternité. C’est le cas notamment du célèbre « Hey Joe » que bien d’autres avaient chantées avant lui, et qu’un certain Billy Roberts semble avoir composé ou arrangé en 1962. Dans la bagarre, Rose certifia que c’était un air traditionnel et qu’il connaissait cette chanson bien avant 1962. Quand Hendrix l’a repris, la polémique s’arrêta, il est vrai que sa version était complètement réécrite, rien à voir avec un air de folk.
      Bonne semaine

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